Paris capitale de l'Europe

Attroupement sans précédent le 1er juillet au soir sur le pont du Trocadéro, pour voir la Tour Eiffel revêtir sa robe bleue à étoiles d'or, alors qu'on célébrait le début de la présidence française de l'Union européenne qui commence en juillet pour six mois.

L'un des monuments les plus anciens et les plus visités au monde, la Tour Eiffel garde une fascination intacte et l'on ne sait plus si l'on doit louer ses formes toujours audacieuses malgré son grand âge, ou l'ingéniosité de ceux qui la mettent en valeur. C'est depuis le tournant du millénaire quelle revêt toutes les heures, pendant dix minutes, sa robe de lumières clignotantes, synthèse hardie entre la sage robe de mariée et la robe de bal à strass et paillettes.

Cette fois, c'est Areva qui paie la couleur bleue - couleur de l'énergie, couleur du compteur bleu - et les étoiles européennes sont là comme un prétexte. Au fait, je ne les ai pas comptées et n'ai pas vérifié si l'étoile irlandaise était encore allumée.

Mais au-delà de la fascination, qui manque de provoquer des accidents de la circulation avec des piétons qui s'immobilisent bouchée bée au milieu des passages cloutés, des automobilistes qui s'arrêtent sans prévenir pour prendre des photos, une foule qui avance la tête en l'air sans regarder les feux tricolores, la vraie question est dans la symbolique.

Paris célèbre-t-elle la présidence française de l'Union - d'où la Liberté de Delacroix triomphant sur la façade de l'Assemblée nationale - ou plutôt la présidence européenne d'un pays désormais plus tourné vers ses voisins ? Au-delà de l'incantatoire, il est trop tôt pour dire si cette présidence laissera une trace dans la construction européenne. Au moins aura-t-elle ajouté une parure à la garde-robe de la Tour Eiffel !

Bon vol, Gilles !

Notre cher ami Gilles Patri nous a quittés il y a quelques jours à Villeneuve d'Allier, où il avait pris sa retraite et où il a été enterré jeudi. L'information transmise par son très proche ami Manfred Knappe, et que nous avons aussitôt relayée, a suscité de nombreux messages et sympathie et de souvenirs émus de ses anciens confrères, dont ceux de Pierre Sparaco, Michel Polacco, Gilbert Sedbon, Wolfram Wolf, Patrick Guérin et l'équipe du GIFAS, Chrsitiane Seltzer et l'AJPAE, et de très nombreux autres journalistes et collègues d'EADS. Une occasion de rappeler son souvenir à ceux qui l'ont moins connu.

Journaliste d'abord et avant tout, Gilles a comencé à la rédaction du quotidien L'Aurore. S'il avait rejoint l'Aérospatiale en 1983, il rappelait souvent que c'était bien comme journaliste, pour participer à la création en juin 1983, sous l'impulsion de René Bourone, de la Revue  Aerospatiale, qui a démarré comme une publication corporate du groupe et s'est peu à peu imposée comme un magazine mondialement apprécié.

Lorsqu'il en est devenu le rédacteur en chef, il a continué à améliorer le niveau de la publication, en réalisant lui-même des reportages exclusifs non seulement sur la production du groupe mais sur l'ensemble du secteur des industries aéronautiques et spatiales. C'est ainsi qu'à partir de la fin des années 1980, la revue est devenue disponible en kiosque et a bénéficié d'un nombre appréciable d'abonnés.

Ce dont il était le plus fier, je m'en souviens lorsque nous travaillions ensemble, c'était sa "carte de presse professionnelle" qui reconnaissait sa qualité de vrai journaliste. Car il défendait en permanence son indépendance et son intégrité de journaliste, au-delà des intérêts particuliers de la société, ce qui a grandement contribué à la réputation de la Revue Aerospatiale et à sa réputation personnelle parmi ses confrères de la presse. Capable de plaisanter jusqu'à plus soif autour d'une bonne bouteille de Bordeaux, avec un sens de la plaisanterie llié à un gout certain pour le provocation, Gilles était d'un sérieux professionnel irréprochable et pouvait piquer des colères noires quand on s'avisait de transformer ses papiers, souvent des chefs d'oeuvre d'érudition mais comme tels un longs - mais étant un bon rédacteur en chef il finissait par se couper lui-même - ou quand Maryse faisait semblant de ne pas l'entendre plutôt que d'entrer dans bureau constamment enfumé...

 M7008 Cela ne l'a jamais empêché d'avoir le meilleur esprit d'équipe avec ses collègues, et lorsqu'Aerospatiale a d'abord fusionné avec Matra au sein d'Aerospatiale-Matra, puis avec l'équipe de commuication de DASA au sein d'EADS, il a contribué par ses compétences et par son esprit d'équipe au succès de ce qui est devenu alors Planet Aerospace, avec la compréhension et la complicité permanente de Manfred Knappe.

En tant que rédacteur en chef, Gilles a réussi à amalgamer une véritable équipe rédactionnelle multinationale avant de prendre sa retraite en 2002, tout en continuant à accompagner l'équipe de la communication corporate, par exemple en contribuant à l'ouvrage patrimonial en quatre langues, "Sur les ailes du temps". Ayant vécu comme adolescent en Allemagne, pionnier de la compréhension franco-allemande, il a été réellement un co-fondateur de l'esprit d'équipe multiculturel qui a cimenté les équipes de communication d'Ottobrunn et de Paris et nous a laissé un superbe héritage en termes d'histoire de l'industrie aéronautique européenne. Bon vol, Gilles !

(c) photos Roger Guigui.

Al-Qaïda s'attaque au pétrole

Trouvée dans L'Orient Le Jour, citant lui-même des agences de presse, l'information que l'Arabie saoudite a déjoué des attentats qu'al-Qaïda projetait contre des sites pétroliers est passée plutôt inaperçue, alors qu'elle est lourde de signification. L’Arabie saoudite a en effet annoncé l’arrestation en six mois de 701 islamistes de différentes nationalités, dont des Africains et des Asiatiques, qui projetaient des attentats notamment contre des sites pétroliers du royaume, premier exportateur de pétrole au monde.

Première évidence : contrairement à ce que veulent nous faire croire les intégristes occidentaux (les "néo-cons" et autres adeptes du "choc des cultures"), l'intégrisme islamiste n'est pas cette image absurde d'un islam obscurantiste opposé à l'occident, mais un extrémisme contre lequel le monde musulman se bat lui-même depuis plus de trente ans, voire plus en Egypte, un combat qui est une réalité quotidienne pour tous les musulmans modérés depuis les pays du Golfe jusqu'au Maghreb en passant par un certain nombre de pays musulmans non arabes, surtout en Asie.

Deuxième évidence, la nébuleuse d'al-Qaïda ne cible pas principalement les pays occidentaux, même si les menaces récurrentes de ses porte-parole ne sont pas à prendre à la légère, mais elle vise également le monde musulman où elle entend étendre son influence, du Pakistan à la bande sahélienne, où elle est très active à étendre ses réseaux, avec bien sûr les théâtres irakien et afghan. Al-Qaïda, que nous le voulions ou pas, est un adversaire en guerre contre tous et doit être affronté comme tel.

Troisième évidence, les stratèges d'al-Qaïda visent désormais le nerf de l'économie mondiale, la circulation du pétrole. Qu'il s'agisse des gisements, des plates-formes off-shore, des pétroliers (comme le pétrolier français Limbourg ci-contre, attaqué en 2002) ou des oléoducs, les attentats avérés ou déjoués sont nombreux et révèlent un plan cohérent, avec comme point d'effort la production pétrolière arabo-iranienne sortant du Golfe par le détroit d'Ormuz, et de laquelle l'économie mondiale, le cours du brut et le prix du pétrole sont étroitement dépendants.

Selon les autorités saoudiennes, les personnes arrêtées cherchaient à « relancer les activités criminelles dans le royaume », qui depuis mai 2003 avait été le théâtre d’une vague d’attentats ayant fait plus de 100 morts, en recrutant des activistes "dans des pays asiatiques et africains pour mener des opérations en Arabie saoudite (...), mettant à profit les facilités accordées aux fidèles musulmans se rendant à La Mecque pour le pèlerinage annuel ou la Omra (petit pèlerinage) . Les cellules démantelées et dirigées de l’étranger visaient en premier lieu des installations économiques dans le royaume."

Dans la province orientale, riche en pétrole, les forces de sécurité ont arrêté des membres d’une cellule, contrôlée par des immigrants africains, qui « cherchaient, en nouant des relations avec des employés du secteur pétrolier, à se faire recruter dans des sites pétroliers », notamment le site d'Abqaïq. Dans un message du n° 2 d’el-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, saisi sur le chef de cette cellule à dominante africaine, l’adjoint d’Oussama Ben Laden recommande « des collectes d’argent » et promet l’envoi en Arabie saoudite de jihadistes en provenance « d’Irak, d’Afghanistan et d’Afrique du Nord pour attaquer des installations pétrolières et les forces de sécurité ». La crise pétrolière n'est pas derrière nous, décidément.

Le retour des Poilus

Retirée discrètement en 2006 de la Gare de l'Est où elle était accrochée depuis 1926, la gigantesque toile de 60 m2 intitulée "le départ des Poilus" est revenue tout aussi discrètement en janvier 2008, après quelques polémiques plus ou moins justifiées et une restauration - la seconde depuis l'origine - nettement plus justifiée. On y reconnaît le soldat du début de la Grande guerre, avec encore le pantalon garance (c'est avant l'uniforme Bleu horizon), le volontaire la fleur au fusil, la classe 14 jeune et fière de partir...

Le temps a passé, certains symboles sont moins forts, d'autres restent aussi vifs. Peinture patriotique des Poilus français partant gaiement au front en août 1914 contre l'envahisseur allemand, cette grande fresque avait fini par avoir un air un peu suranné à l'heure de la réconciliation franco-allemande, alors que l'Europe vit en paix depuis plus de soixante ans, d'autant qu'elle était l'oeuvre d'un peintre américain, Albert Herter, auteur d'autres peintures patriotiques pour le soutien à la guerre.

Gare symbolique, la Gare de l'Est n'a pas vu partir que des soldats joyeux et insouciants, elle a vu aussi partir des trains de prisonniers de guerre et surtout des convois de déportés. Quelques plaques de marbre, plus discrètes mais tout aussi parlantes, sont là pour perpétuer le souvenir qu'aucun pardon ne saurait effacer.

Sans doute fallait-il intégrer ces souvenirs pour permettre à la gare de vivre sa grande mutation. Celle d'un trafic désormais multinational, et plus seulement réservé à la SNCF. A côté des rames de TGV - dont le nouveau TGV qui dessert Strasbourg en passant par la Lorraine avec ses sabots, on peut voir son cousin germanique le train ICE (Inter city) avec un air de famille assez remarquable conféré par la nécessité aérodynamique et par les accords entre la SNCF et Die Bahn.

 Annonces en français et en allemand (à la Gare du Nord, c'est en Français et en Anglais, comme à la Gare Montparnasse c'est en Français et en Breton...), passagers de toutes orgines et pour toutes destinations, l'Europe à grande vitesse est une réalité. Pour partir pour Munich, Francfort, ou même Berlin, il n'est plus besoin d'un fusil Lebel, un Rail-pass suffit aux touristes américains ou japonais. L'Europe du rail est, avant beaucoup d'autres structures encore à parfaire, une réalité que beaucoup de non-Européens nous envient.

Jérusalem capitale double

Arton57 Sans vouloir me placer sur le terrain de la politique politicienne, je suis fier ce soir d'avoir entendu le président français demander en mon nom, en Israël, la coexistence de deux Etats, un Etat israélien et un Etat palestinien, ayant tous les deux Jérusalem comme capitale partagée.

On épiloguera ensuite sur le demande du gel de la colonisation, de la levée du blocus de Gaza, le discours de la paix, autres arguments soulevés avec pertinence par Nicolas Sarkozy... Tout cela a été déjà demandé, y compris par George Bush et par Condoleezza Rice. Mais Jérusalem restait le tabou ultime, devant lequel butaient tous les prétendus plaidoyers pour la paix.    

Ce même tabou qui a fait capoter les dernières négociations israélo-palestiniennes sous initiative américaine, et qui a contraint Yasser Arafat, usé et épuisé mais lucide jusqu'au bout, à refuser ce qui ne pouvait être un compromis, mais bien une capitulation, acceptant de s'enfermer dans le mutisme ultime de la Mouqatta plutôt que d'abdiquer cette revendication aussi sacrée pour les Palestiniens qu'elle l'a toujours été pour les Israéliens.

Zoom%20DOME%20DU%20ROCHER Qu'un président français vienne rappeler qu'il n'y a pas de paix possible, on ne parle pas encore de paix durable, sans la reconnaissance que la Ville sainte par excellence - celle des trois religions du Livre - ne pouvait être légitimement confisquée au profit d'une seule partie, cela est le triomphe de la raison. Et je suis fier d'appartenir au pays de la raison, qui n'exclut pas la foi.

Que demain le président français se rende dans les territoires palestiniens pour voir Mahmoud Abbas sans se rendre jusqu'au petit mausolée de la Mouqatta, comme George Bush faisant semblant de ne rien voir, même cela n'aurait pas vraiment d'importance. L'important, c'est que la France est venue dire que Jérusalem peut appartenir à deux pays, comme elle peut appartenir à tous les croyants. A deux pays qui n'ont d'autre choix que de vivre ensemble, non pas dans la méfiance de l'autre mais dans la confiance et l'amitié. Ce soir, on peut rêver un peu, ou croire...