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Touche pas à mon hymne !

La_liberte_guidant_le_peupleSurprenant débat trouvé sur le blog de Ségolène, qui rappelle Gainsbourg sifflé par les parachutistes lorsqu’il avait chanté « Aux armes, et cetera… ». Un contributeur anonyme de ce forum très ouvert, "Jossyl" (j’oscille ?), propose de récrire la Marseillaise dont les paroles sont trop « guerrières, haineuses et racistes ».

Il présente des paroles écrites selon lui par Graeme Allwright et Sylvie Dien, nettement plus champêtres et pacifiques, que voici :

La Marseillaise

Pour tous les enfants de la terre

Chantons amour et liberté.

Contre toutes les haines et les guerres

L'étendard d'espoir est levé

L'étendard de justice et de paix.

Rassemblons nos forces, notre courage

Pour vaincre la misère et la peur

Que règnent au fond de nos coeurs

L'amitié la joie et le partage.

La flamme qui nous éclaire,

Traverse les frontières

Partons, partons, amis, solidaires

Marchons vers la lumière.

Pils Hélàs, trois fois hélàs, où est passé "Aux armes, citoyens !"  Le seul passage connu et fredonné par le monde entier, véritable patrimoine de l'humanité, se trouve ainsi rayé de la carte, ce qui suscite des réactions parfois vives.

"Ropib" réagit ainsi avec la dernière énergie : « franchement, mettez-moi cet hymne que vous proposez et je me fais apatride ». Plus nuancé, Guy Barbey écrit : « La Marseillaise n'a pas qu'un seul couplet. On peut lui en ajouter. En tout état de cause, le premier, qu'on privilégie, est justement le plus férocement xénophobe. »

Pour "Abrov", « Je ne crois pas qu'il faille sans cesse réarranger l'histoire, le présent en est la conséquence. Ce chant a une histoire et un sens alors pourquoi devrions-nous en changer les paroles? (…) C'est le respect, je crois, que nous devons à ceux qui étaient avant nous et le devoir que nous avons de le transmettre à ceux qui seront après nous ».

Réaliste, le commentaire de "Sanctuaire 75" remarque : « Les paroles, peut être plus violentes, certes, que celles que vous nous proposez, plus enfantines, idéales (voire "cul-cul"), ne choqueront pas davantage les tympans de vos chérubins que certains couplets ou refrains de leurs idoles actuelles. Le patriotisme est exécrable. Mais l'Histoire est là ! » Enfin pour "blanchet 2", « changer ces paroles équivaudrait à réécrire l'histoire. Expliquer, expliquer, commenter, voilà la solution. Ces paroles sont et font partie de notre histoire ».

A l'image des sympathisants de Ségolène Royal, pas franchement gauchistes et parfois un tantinet conservateurs, la Marseillaise ne se touche pas. De toutes façons, l'hymne national n'a pas besoin d'être écrit pour des besoins pacifistes : l'hymne de la paix existe déjà, c'est l'hymne européen.

Pour une "sécurité durable"

Francart S'il ne fallait retenir qu'une idée de l'ouvrage très ardu que vient de publier le général (2e section) Loup Francart, c'est le concept de sécurité durable, dont il souhaite qu'il devienne un concept européen de sécurité durable. Sécurité englobant des politiques traditionnellement séparées (Défense, Intérieur, Economie, etc), pour faire face à une menace qui méconnaît les frontières.

Le "Livre gris sur la sécurité et la défense", publié chez Economica, n'est pas vraiment une lecture de week-end. C'est un gros travail de réflexion, avec des notes, des tableaux et des renvois, dont se délecteront plutôt les étudiants en DEA de défense et les chercheurs, car il est clair qu'il ne se veut pas grand public.

Il est tout de même intéressant à signaler car depuis le général Poirier, grand stratège de la dissuasion française, la pensée militaire n'a pas été très riche en publications en France et seuls quelques rares auteurs, dont le général de Richoufftz déjà cité ici, se sont risqués à un tel exercice. A vrai dire, Francart ne se pose pas en successeur de Poirier, et aurait du mal à figer une doctrine dans un paysage stratégique aussi mouvant. Mais il a le très grand mérite - faute de Livre Blanc depuis 1994 - de mettre en perspective les risques et les atouts de la France face à des menaces multiformes, dont la moindre n'est pas le manque de cohérence de sa posture de défense, entre une souveraineté exclusivement nationale et un evironnement totalement européen.

On pourra ne pas suivre le général Francart quand il systématise le 11 septembre et la montée du terrorisme islamiste comme tournants essentiels pour l'analyse stratégique mondiale. L'auteur, qui a déjà écrit sur "la crise du 11 septembre", a nuancé son propos en relativisant la dimension islamiste du terrorisme et en suggérant, sans les décrire, les nouvelles incertitudes qui naissent hors du monde arabo-musulman, notamment en Asie, et pèseront demain sur l'équilibre mondial.

Les deux points forts de son discours restent ainsi, face à la globalisation de la menace, d'une part la globalisation de la réponse "défense et sécurité", ce qui sera une donnée évidente de toute nouvelle programmation militaire, et d'autre part la nécessité de raisonner en termes européens.

Il est "indispensable, explique-t-il, de dispenser de nouvelles relations entre la sécurité et la défense qui représentent les deux piliers de la sécurité nationale". Mais aussi : "la sécurité nationale est désormais globale sur le plan des domaines à maîtriser, mais également sur le plan de la mise en oeuvre : aucun pays ne peut plus songer seul à assurer sa défense et sa sécurité".

Il constate aussi que les Européens, malgré leurs désaccords entre eux sur la crise irakienne, restent relativement cohérents face à une analyse américaine qu'ils ne partagent pas : "contrairement aux prévisions, les pays européens ayant adopté des attitudes fondamentalement différentes lors du débat sur l'entrée en Irak de la coalition américaine, ne se sont pas opposés sur les questions de fond en matière de sécurité". Et les dernières déclarations critiques de Tony Blair sur la politique américaine en Irak ne peuvent que renforcer cette affirmation.

Spécialiste de l'intelligence stratégique et du maillage mondial des réseaux d'information, le général Francart développe enfin des points de vue pertinents sur la vulnérabilité non plus seulement du territoire national, mais de "l'infosphère" dans laquelle se meuvent les Etats, leurs intérêts économiques, leur fonctionnement démocratique : contre toute menace, la meilleure parade reste la "veille", très en amont, pour ne jamais se laisser surprendre, comme les Américains le furent le 11 septembre.   

Le "volver" de Lionel

Volver_almodovar_0320_l En voyant le dernier Almodovar, « Volver », je n’ai pu m’empêcher de superposer deux images dans ce film superbe, qui m’en ont presque gâché le plaisir : le personnage de la mère fantôme et celui de Lionel Jospin, l’homme dont tout le monde parle mais que personne n’a vu. Qu’Almodovar me pardonne, cela n’enlève rien à l’admiration que j’ai pour le metteur en scène et pour ses films, qui réussissent toujours à nous faire sentir « en famille », même dans les situations les plus rocambolesques et avec les personnages les plus scabreux – ça, c’est du baroque.

Mais l’histoire, que je ne veux pas raconter dans les détails – chez lui, c’est de toutes façons impossible à résumer – tourne autour du personnage d’une mère présumée décédée et qui fait son come-back, « Volver » en espagnol, pour demander pardon à sa fille cadette. Considérée morte par tout le village où elle vivait, elle est légitimement perçue comme un fantôme par ceux qui l’ont aperçue, qui l’ont ainsi vue « revenir », et l’on n’est même pas sûr, en quittant la salle, qu’elle soit bien réelle.

Jospin L’image d’un Lionel enveloppé dans son linceul blanc et revenant nuitamment au parti socialiste pour demander pardon de l’échec des dernières présidentielles, ce qu’il n’a toujours pas fait, m’a terrorisé. Et plus encore, lorsque la mère-fantôme se cache sous le lit pendant que ses deux filles se disputent, je me suis demandé si Lionel était sous la table à la dernière réunion du bureau du PS, rue de Solférino, où selon la presse Ségolène Royal aurait vertement reproché à François Hollande de vouloir signer un texte pour faire « volver » Jospin.

Franchement, la politique n’a pas besoin de fantômes. On reproche déjà suffisamment aux candidats réels ou putatifs de ne pas avoir assez de programme, pour ne pas remarquer que l’ancien Premier ministre se contente de se poser en dernier recours vertueux, sorte de statue du commandeur dans un parti qui pourtant ne reconnaît pas de « sauveur suprême ».

Coupable d’être montée trop haut dans les sondages, Ségolène Royal n’a pas pour seul mérite d’avoir doublé Sarkozy dans l’opinion, ce qu’elle est incontestablement seule à pouvoir faire parmi les candidats de la gauche élargie (je n’ose imaginer un duel Sarkozy-Jospin !). Elle est aussi en train d’attirer, au-delà du grand public (et qu’y a-t-il de honteux à avoir les sympathies du public ?) , un nombre croissant de cadres et d’élus au sein même du PS.

Ceux qui lui reprochent d’être populiste sont non seulement de mauvaise foi, mais refont la même erreur qui a fait perdre la gauche aux dernières présidentielles. Ils sont déjà en train de spéculer sur le second tour des prochaines présidentielles, alors que la priorité est de faire passer à la gauche le barrage du premier tour. Avec toutes les voix, y compris tout ou partie de celles du centre, n’en déplaise aux puristes, n'en déplaise à ceux qui font semblant de rien quand Bayrou vote la motion de censure déposée par la gauche…      

Les murs de Jéricho

Getlabel Depuis la Bible, on sait bien qu’aucun rempart ne résiste au temps et à la ténacité. A coups de trompettes et de démocratie, même le mur de Berlin a fini par tomber en novembre 1989, et je ne pouvais pas ne pas signaler cet amusant  dossier, insolite dans la revue « Armées d’Aujourd’hui », sous le titre « la tentation des murs ».

Approche historique et technique, dépassionnée et sans a priori politique, le dossier parcourt les murs à travers l’histoire et la géographie, de la grande muraille de Chine et du « limes » d’Hadrien, jusqu’au mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens occupés, en passant par les plus récents que sont la séparation entre les deux Corées, le mur dressé par les Marocains au Sahara occidental, celui qui partage encore Chypre, celui que les Espagnols ont édifié autour de l’enclave de Ceuta au Maroc ou encore la barrière renforcée entre les Etats-Unis et le Mexique…

13mauer Politiquement correct, c’est-à-dire sans prendre parti politiquement, décrivant techniquement les murs faits en béton, en clôtures, avec des radars, en champs de mines, le dossier suggère quand même que le mur est une « solution provisoire parfois nécessaire » mais qui ne fait que « déplacer ou aggraver la crise ». Et cite un chercheur au Collège interarmées de défense, Erice Chauprade, pour qui un mur quelle qu’en soit la forme « cristallise les tensions et renforce les rancœurs nourries par la privation de la liberté, l’humiliation d’être enfermé et le ressentiment que provoquent les complications de la vie quotidienne ».

On ne saurait mieux évoquer le vécu quotidien non seulement des populations laissées « au-delà du mur », comme les réfugiés africains et sud-américains chassés par la famine ou par le chômage, mais plus encore celles qui sont enclavées comme le sont aujourd’hui les Palestiniens.

Rappelant que la « barrière de sécurité » israélienne en Cisjordanie a été condamnée par la Cour internationale de justice aussi bien que par la Cour suprême israélienne, « Armées d’aujourd’hui » cite un autre spécialiste, Jean-Christophe Romer, du Centre d’études d’histoire de la défense (CEHD), pour qui « le mur est un système archaïque, car l’Histoire prouve toujours qu’il a été un échec et une illusion : tous les murs ont été franchis ou contournés un jour ou l’autre ».

Et comment ne pas voir plus qu’un clin d’œil à l’actualité dans cette publicité de France Telecom qui s’étale dans les quotidiens : « construire le monde demain, c’est faire tomber les barrières ». Les trompettes d’aujourd’hui, c’est la sonnerie des portables ! 

Islam et démocratie

348bayanouni Passionnante interview dans Libération du 19 mai d'Ali Sadreddine Bayanouni, leader des Frères musulmans syriens exilé à Londres : en substance, il nous dit que les Frères musulmans sunnites sont pour un Etat laïc, alors que les chiites iraniens sont pour un Etat religieux incompatible avec la démocratie.

Violente et ferme, la condamnation du régime chiite iranien arrive en fin d'interview. A la question : "existe-t-il une menace chiite ?", il répond sans hésiter : "oui, c'est une vraie menace. L'islam modéré est tout-à-fait différent du régime iranien. Comment Paris a-t-il pu appuyer un homme (Khomeiny) qui voulait un Etat religieux, et pas les Frères, qui veulent un Etat civil aux références islamiques ?"

Et d'ajouter : "l'Iran menace la Syrie, le Liban, l'Arabie saoudite, les pays du Golfe qui ont des minorités chiites. La Syrie est devenue un pont entre l'Iran et le Hezbollah". Il distingue évidemment le Hezbollah chiiite libanais du Hamas sunnite palestinien en répondant à la question "le Hamas est-il un parti terroriste ?" : "non. Il n'a jamais commis d'attentats hors de Palestine - sans l'occupation israélienne, il n'aurait pas eu à prendre les armes".

Seule équivoque de ces déclarations, sans doute liée à un problème de traduction (comment dit-on laïc, en anglais ?), son utilisation du terme "civil" au lieu de "laïc", mais bien par opposition à "religieux" : "notre programme politique demande la création d'un Etat civil et non religieux, qui respecte la pluralité et l'alternance. La démocratie n'est pas en contradiction avec l'Islam".

On le savait, le fossé entre organisations sunnites et chiites est important, même et surtout en Irak, quelles que soient les alliances tactiques. Et s'il était avéré que l'hélicoptère britannique abattu, il y a deux semaines à Bassorah (sud de l'Irak), l'a été par un missile iranien SA-18 comme l'écrit la lettre d'informations TTU, il y aurait évidemment de quoi s'inquiéter sur le renforcement croissant des milices chiites irakiennes armées par l'Iran. Une menace qui avait justifié, dans les années 1980, un soutien des démocraties occidentales au régime irakien menacé par la révolution islamique iranienne.

Contre tous ceux qui amalgament abusivement les mouvements politiques sunnites et chiites sous le même vocable "d'islamistes", ce responsable des Frères musulmans, même si pour sa part il généralise sur les chiites à partir du régime iranien, montre bien les clivages qui existent.

Et qui contredisent cette blague reçue par SMS : "the High council of Islam in Iraq suggested that both sunni and shia organisations merge and be called sushi..." Cette blague n'est pas une caricature, avis aux émetteurs de fatwas !

Gonflés, les Royalistes

Réunion d'accueil des nouveaux adhérents, ce soir à la section socialiste de Sèvres : une quinzaine, un record absolu ! C'est le "tsunami" des adhérents à 20 Euros, qui adhèrent avant le 1er juin pour pouvoir voter aux primaires qui désigneront le candidat du PS aux présidentielles... ou la candidate.

Accueil un peu formel, entre style camarade et style guindé, on explique aux nouveaux les règles du parti, les responsabilités de l'adhérent, les devoirs du militant. On entre dans les détails techniques, d'intendance, presque d'épicerie : vingt Euros c'est juste pour voter aux primaires, le tarif normal est plutôt autour de 55, voire 57 Euros... C'est ce qu'il faudrait payer pour voter aussi pour le choix des candidats aux législatives.

Les nouveaux se regardent, mi-intimidés, mi-impatients. En fait ils sont venus justement pour les primaires, plus que pour le reste, me dit mon voisin. Ils vont maintenant devoir se présenter un par un aux "anciens", qui vont voter leur adhésion formelle par acclamations. Sans être dans la fourchette des lecteurs de Tintin, ils sont quand même étalés de dix-sept ans, pour le plus jeune, à presque soixante-dix ans pour un des retraités. Un bon échantillonnage de la société.

Pas dégonflé, l'un des jeunes se présente : "Bonjour, voilà, moi ce qui m'intéresse c'est de militer pour Ségolène, alors justement je vais lancer un groupe Désirs d'Avenir (du nom de son blog) dans le secteur, si vous voulez vous inscrire je prends les noms..."  Les anciens se regardent, interloqués : c'est qui, maintenant, qui adhère à quoi ? Mais il aura lui aussi droit à sa ration d'applaudissements intronisateurs.

Le débat se lance, maintenant que les nouveaux sont "intégrés". La candidate aux législatives de 2007 se présente avec son suppléant, évoque l'intercommunalité... "Oui, bon, c'est très local vos préoccupations, mais sur le plan politique national, c'est quoi votre programme ?" l'interpelle sans complexes un retraité-nouvel adhérent. Suit un débat intéressant, révélateur du décalage des calendriers : il faut soutenir des candidats aux législatives dont l'élection suivra la présidentielle, pour laquelle justement le PS est en train d'élaborer un projet. Difficile d'établir des clivages et des lignes politiques avant que ce processus soit mené à bien, avant que le consensus soit atteint !

"En attendant, on a les fondamentaux", explique la candidate. "Laïcité contre communautarisme ; démocratie républicaine contre perversion des institutions ; défense des missions publiques contre le faux débat sur la propriété des services publics ; et enfin la crise institutionnelle européenne, qu'on ne peut pas évacuer".

Pendant ce temps, le jeune "Royaliste" a fait une feuille volante pour recueillir le nom de ceux qui veulent militer pour Ségolène. Il la fait circuler tranquillement. Une majorité des nouveaux a mis son nom... D'autres parmi les anciens en font autant. Décidément, ça bouge à la base !    

Adieu, Jean-Pierre

"Tu le connaissais, Jean-Pierre ?" La question anodine d'un confrère au téléphone m'a littéralement foudroyé, on ne s'attend jamais à entendre d'un ami proche qu'il est passé du présent à l'imparfait, même quand il était malade, même quand c'était évident, même quand c'était cent fois prévisible.

Quand on grandit en âge, la mort se fait insidieusement plus présente, plus fréquente autour de soi - mais on ne s'y habitue pas parce qu'on ne peut pas s'y habituer, ce n'est jamais le bon moment, ni la bonne personne, on n'est pas prêt, on n'a jamais eu le temps de lui dire la dernière chose qui restait encore à dire, on culpabilise à hurler de n'avoir pas été plus disponible, plus proche, plus présent...

Après, les propos de circonstance qu'on s'invente avec les autres - "oui, c'était dans son sommeil, il ne s'est rendu compte de rien" - sonnent faux, on se sent faux, on se sent seuls, même à plusieurs. Je me suis enfermé pour pleurer, parce que c'est la seule réaction normale qu'on peut avoir. Un ami ça se pleure, pas de discours. C'est trop de soi qui part avec un ami ancien.

Et puis ça passe, avec un whisky partagé pour se reprendre, pour évoquer des souvenirs. Parce que c'est comme ça et parce qu'on n'est pas propriétaire du deuil, c'est la famile qui en est propriétaire, la malheureuse ! Reviennent les bons moments, instantanément, les complicités, les scoops préparés, le mécano industriel cent fois remonté, les secrets cent fois partagés, le vent de Bretagne, les oliviers ramenés de Toscane et la vigne de Corse mûrie en muscat raffiné. Avec un rêve fou, auquel il croyait depuis toujours, nous poussant tous à y croire contre vents et marées. C'est promis, Jean-Pierre, je vais y croire, à l'hydroptère.

A toi ce soir, aux tiens, à nous, aux paysages que tu aimes : Pace e Salute...

Un général en pétard

C’est le général d’armée Jean Cot, à la retraite mais toujours hyperactif, qui s’indigne des menaces qu’il voit partout sur de nouvelles coupes aussi bien sur le budget de la défense que sur les effectifs des armées françaises.

Sous le titre « Faut-il casser l’armée ?», l’ancien patron de la 1ère Armée lance un cri indigné, dans un éditorial signé publié par la « Lettre de réflexions du Groupe Raspail », l’un de ces multiples clubs de réflexion qui se sont créées à gauche - et pas seulement à gauche - sur la problématique de la défense de la France et de la défense européenne.

« Au moment où s’ébauchent les programmes en vue des échéances électorales de 2007, - s’indigne-t-il - la tentation s’installe, à droite comme à gauche, de trouver les moyens de régler en partie les problèmes de la France en démantelant sa défense, en cassant son armée. Ainsi des "experts" du ministère des finances proposent-ils, dans une note interne, de réduire les effectifs des armées de 30 % et leurs programmes d’équipement de 20%, pour récupérer près de 9 milliards sur le budget de la défense. Belle opération, sur un budget annuel de 40 milliards ! Certains vont jusqu’à dire que notre système de défense est "périmé et coûteux".

« Peut-on dire d’une armée qu’elle est périmée lorsque, totalement professionnalisée en moins de six ans, ayant perdu le tiers de ses effectifs, elle a remis complètement à plat ses modes d’engagement et la conception de ses équipements pour faire face à la nouvelle donne stratégique dans le monde ? Et a-t-on le droit de dire qu’elle est trop coûteuse lorsqu’elle a vu son budget passer de plus de 3% du PIB national en 1990 à moins de 2% aujourd’hui ? Notre système de défense supposé périmé n’assume-t-il pas correctement les missions qui lui sont confiées, sur le territoire national et dans le monde ? (…)

« Peut-on faire semblant d’ignorer que le budget de défense des Etats-Unis est plus de trois fois supérieur à celui des vingt-cinq pays de l’Union européenne réunis ? Peut-on accepter longtemps encore que, pour cette raison, 500 millions d’Européens dépendent à ce point, pour leur sécurité, au travers de l’OTAN, de 300 millions d’Américains ? Et peut-on nier que l’Europe ne défendra ses intérêts majeurs et ne tiendra la place qui lui revient dans le monde que si la défense européenne sort enfin de ses balbutiements ?

« Cette extension du champ de la sécurité de l’Europe implique le renforcement de nos moyens de défense, et non leur attrition. Tous les sondages, dont ceux de l’Eurobaromètre, montrent que les citoyens, pourtant mal informés sur les questions de sécurité, comprennent ces exigences. Mais on le sait : les citoyens sont souvent en avance sur ceux qui les gouvernent ou y aspirent. »

Cet édito assez tranché est suivi d’un dossier plus nuancé qui aborde les aspects diplomatiques, sécuritaires et industriels du problème en situant résolument la problématique de la France dans son contexte européen. Et conclut en posant la vraie question : « quel rôle pour la France dans l’Europe, et quel rôle de l’Europe dans le monde pour le rendre plus sûr, plus pacifique et plus juste ? »

Lettreraspail6 Le club Raspail (contact : anniecrepin@aol.com) association regroupant des femmes et des hommes de gauche, membres du Parti socialiste ou proches de cette organisation politique, convaincus que les questions de défense ne doivent pas être laissées aux seuls "spécialistes », a publié récemment un petit ouvrage, non conformiste, sur ces problèmes, très justement titré « La défense à plusieurs voix ». Intéressant.

Les fleurs de mai

Dscf2855Le printemps est riche de surprises et de nouveautés : pas une semaine sans qu'une floraison apparaisse, complétant ou remplaçant celles qui n'ont pas duré, comme les magnolias. Les averses parfois violentes ont cette année accéléré le processus, en dépouillant plus vite les arbres fruitiers de leur floraison, en détruisant les fleurs à larges corolles, en remplissant d'eau les tulipes et en arrachant les pétales, mais pour laisser aussitôt la place à d'autres fleurs, plus riches, plus colorées, plus festives encore...

Dscf2857 J'ignore si c'est le micro-climat de la région parisienne, ou bien un phénomène plus large. Toujours est-il que mon champ d'observation se limite au minuscule jardin que nous entretenons ma femme et moi, et aux jardins alentour. Le résultat de nos observations est que le paysage change à vitesse accélérée à partir de la mi-avril, et se renouvelle avec bonheur, pour culminer avec l'apparition de la première rose, constatée le 11 mai. Et que le spectacle de la nature est souvent plus réconfortant que celui des affaires du monde, pour rappeler Voltaire qui nous incitait à "cultiver notre jardin"... 

Dscf2850La glycine a explosé, se déversant en longues grappes entre le bleu et le mauve clair. Plante envahissante et fastidieuse à tailler en été car elle n'arrête jamais de pousser dans le plus grand désordre, insistant pour ressortir là où on ne l'attend pas et se refusant à suivre les cheminements qu'on lui suggère. Mais sa floraison est unique, et se pencher pour passer sous cette barrière naturelle, ce rideau orodant et léger, est un plaisir intense. Nous ne sommes pas les seuls à en profiter puisque c'est la glycine qui attire le plus d'insectes, marquant nettement le changement de saison, pour le plus grand bonheur des oiseaux.

Dscf2852Puis le jasmin, qui poussait en bourgeons effilés depuis quelques semaines, a enfin décidé de s'ouvrir. Il le fait progressivement, comme pour ménager ses effets. Mais dès les premières fleurs c'est tout le parfum de l'orient qui envahit la maison et nous incite à laisser la fenêtre ouverte. Un plaisir dont nous savons qu'il va durer un bon moment, et c'est encore un plaisir de voir grandir cette plante, si petite au départ et devenue un immense buisson qui part à l'assaut du mur.

Dscf2856_1Enfin les clématites, imprévisibles et indisciplinées, apparaissent là où la plante semblait morte et sèche il y a quelques semaines encore. Elles en profitent pour se faire de la place avant l'arrivée des autres fleurs grimpantes. Mais c'est pour dans deux semaines, au moment où, selon les premiers signes, exploseront tous ensemble les rhododendrons : un spectacle à ne pas manquer !

Vingt jours pour Ségolène

Plus que vingt jours pour aller adhérer au PS et avoir une chance, même petite, de faire franchir à Ségolène Royal la barrière d'éléphants qui l'attend aux primaires, prévues pour la fin de l'année, lequelles désigneront le candidat de la gauche socialiste aux présidentielles de 2007.

C'est un calcul bêtement mathématique, si tant est qu'on puisse dire que les mathématiques sont bêtes, et je ne me risquerai pas sur ce terrain-là. Le sort de la gauche, donc d'une éventuelle majorité alternative à la majorité actuelle (ou ce qu'il en reste) se joue en fait sur la petite centaine de milliers (130.000, 140.000 ?) d'adhérents du PS à jour de leur cotisation, et c'est cela qui m'inquiète le plus. Un déni de démocratie.

1segolene_1 Car les sondages favorables sur lesquels caracole Ségolène sont des sondages faits dans l'opinion publique, chez l'électeur de base dont la très grande majorité n'est encartée dans aucun parti. Son avance ne se retrouve pas quand on sonde les "encartés". A cause de la force d'inertie, de la dispersion des sympathisants entre ténors du parti, et surtout de la composition socio-générationnelle des adhérents, beaucoup plus vieille et masculine que l'électorat français.

A tous ceux qui défendent leur vertu et leur indépendance, considérant qu'aller signer dans un parti est une compromission, je répète : payez-vous une adhésion-promotion à vingt euros (trois places de cinéma) et ne vous sentez pas obligés de rester si la maison ne vous plaît pas. Contentez-vous de voter pour la candidature de Ségolène en fin d'année, et pour le même prix vous aurez fait avancer la démocratie, l'Europe et le rayonnement de la France.

Pas assez précise dans son programme ? On entend ça d'elle tous les jours. Elle a choisi une démarche empirique, pragmatique, à partir des contributions reçues à son forum, au lieu de produire des techno-notes et des techno-programmes. Pour une fois, ça change. Bernard Kouchner fait la même chose, ça passe bien, les gens ont vraiment besoin qu'on les écoute, aujourd'hui.

Pas assez claire sur les choix économiques ? Elle est ouvertement euro-libérale et euro-sociale, tendance Blair (celui du début), même si ça choque les agités du néo-gauchisme, et avec la caution de Daniel Cohn-Bendit, un vrai européen. Nous sommes un certain nombre à nous sentir davantage "Blaireaux" que "Nonistes".

Pas assez à gauche non plus ? J'ai entendu le contraire puisqu'elle a déclaré publiquement que son programme serait socialiste. Cela veut dire quoi ? Tout simplement qu'elle acceptera le choix du parti, ce qui me semble un très bel engagement démocratique. Je ne me souviens pas l'avoir entendu d'autre candidats. Notamment de tel qui, souhaitant entendre la voix du parti un jour, reprend sa liberté le lendemain si son choix est désavoué par une majorité au sein du parti.

Mais laissons les querelles internes et de linge sale en famille, et restons sur l'essentiel : il faut des énergies neuves, des idées neuves, un vent nouveau. Pas de raison de laisser au petit Nicolas le monopole du recrutement des jeunes et de l'action dans la rue : l'UMP vendait même son muguet le 1er mai !

Au fait, merci aux dernier convaincus de chercher à en convaincre d'autres à leur tout. Bravo en particulier à Claudine, qui réussit à drainer un courrier intéressant autour de la candidature de Ségolène, sur le site "encore féministes". Pas mal de voix critiques, mais aussi quelques ralliements. C'est l'essentiel !