La défense de Ségolène
Candidate socialiste aux présidentielles et comme telle possible futur chef des armées, Ségolène Royal devrait présenter samedi prochain ses orientations en matière de Défense, quatre jours avant les assises nationales de l'UMP sur le même sujet. A l'invitation de République moderne, du groupe Orion et d'autres clubs regroupant les spécialistes de défense du PS ou proches du parti, une réunion thématique est ainsi prévue samedi après-midi à la Maison de la Chimie, à deux cents mètres à peine du ministère de la Défense.
La campagne électorale avait jusqu'ici évité le sujet, laissant aux médias le plaisir d'ironiser sur les lacunes des candidats, et d'abord de Ségolène qui avait calé sur le nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE), comme si tout un chacun connaissait par coeur le nombre de sous-marins, de frégates, de chars en état de marche et d'avions en état de voler équipant les armées françaises. Par souci de symétrie, ou par pure galanterie, Nicolas Sarkozy vient à son tour de se planter, cette fois sur le nombre des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA), en répondant à une interview de RMC.
Tout le monde sait qu'un ministre fonctionne avec un cabinet, et a fortiori un président de la République peut-il s'appuyer sur une équipe de conseillers et d'experts, donc le critère de choix n'est vraiment pas leur capacité à répondre à un "grand oral" technico-militaire. Le risque du candidat, c'est qu'il n'a pas encore le même appareil à sa disposition et qu'il est sous la pression constante des sollicitations médiatiques. Là n'est donc pas le sujet, et ce n'est certainement pas par ignorance que les deux principaux candidats ont reculé le moment de se lancer sur cette matière.
C'est plutôt parce qu'il est communément admis que s'il est un sujet sur lequel doit prévaloir un consensus au-dessus des partis, c'est précisément celui de la défense de la France, de ses ressortissants et de ses intérêts. Un consensus qu'on a remarqué sur la dissuasion depuis quarante ans, sur la professionnalisation depuis 8 ans, sur l'engagement de la France sur des théâtres extérieurs. Et l'on a pu noter, après quelques déclarations de campagne très volontaristes sur le service civique obligatoire l'année dernière, une même modération des deux camps sur ce sujet insuffisamment stabilisé.
Polémique sur le deuxième porte-avions ? Là aussi, beaucoup de publicité à une phrase de Ségolène mettant en doute la nécessité de lancer un deuxième porte-avions, et aucune en revanche sur une interview de son expert Défense, le président de la région Bretagne Jean-Yves Le Drian, à Ouest France déclarant ensuite que si la France n'était pas capable de lancer un deuxième PA en coopération européenne, elle ne le ferait pas toute seule. En fait, les deux candidats savent qu'il faudra lancer inéluctablement un porte-avions... pour succéder au Charles de Gaulle avant que celui-ci ne soit retiré du service. Et, sauf le ministre actuel qui veut à tout prix l'engager avant de quitter son poste, on ne peut pas dire que Sarkozy soit beaucoup plus pressé que Ségolène de lancer sans réfléchir un programme qui absorbera une grande partie du budget de la marine, compromettant tous les autres.
Alors, identité de vues sur la défense ? Non, pourtant, car il y a bien une politique de gauche et une politique de droite sur le sujet. La gauche, contrairement aux idées reçues, n'est pas antimilitariste et peut être fière de son bilan depuis 1981 : féminisation et premiers jalons de la professionnalisation (les VSL) avec Charles Hernu, création des grands commandements interarmées avec Pierre Joxe, modernisation de l'outil industriel et accompagnement de la professionnalisation avec Aian Richard, etc. Et surtout, une attention particulière aux hommes et aux femmes de la Défense qui, pour le PS, sont et doivent être reconnus comme des citoyens à part entière.
Le programme de samedi sera sans doute moins grand public que celui de Villepinte. Nul doute cependant qu'il pourrait être riche de toutes ces réformes que la gauche n'a pas eu le temps de mener à bien : statuts des personnels civils et militaires, droits d'expression et de représentation, accompagnement des militaires dans leur retour à la vie civile et pour une deuxième carrière, refonte de la politique africaine dans le sens d'une plus grande lisibilité pour tous et de l'ordre juste sur ce continent, mise en place d'une véritable politique industrielle du secteur évitant les embardées des fusions européennes mal consolidées... un discours très attendu, enfin, sur la place que la gauche entend redonner à la France dans l'Europe et dans le monde.




















