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La nouvelle gauche italienne

Le jour même où Tony Blair partait, le réformisme européen gagnait une nouvelle figure emblématique avec la candidature officielle de Walter Veltroni, présentée mercredi soir à Turin, à la direction du nouveau Parti Démocrate (PD). Avec la désignation de Veltroni, qui sera démocratiquement entérinée lors d’un congrès constituant, le 14 octobre prochain face à des concurrents divisés, la nouvelle gauche italienne concrétise ce que Romano Prodi avait commencé en réunissant une large coalition de centre gauche : fonder un nouveau Parti Démocrate décomplexé et libéré des idéologies traditionnelles, sans renoncer aux valeurs portées par ses différentes sensibilités mais avec une approche « sincère, pragmatique et non idéologique » de la politique.

Le lent cheminement de la gauche italienne, surtout grâce à la refondation du PCI devenu avec Achille Occhetto et Massimo D’Alema le parti « Démocrate de Gauche » (DS), a permis la lente mais solide réconciliation de la famille marxiste avec la famille catholique, le PCI et la DC réunis en une même famille, Don Camillo et Peppone militant dans la même mouvance et ramenant à la maison les composantes éclatées de la famille socialiste. Le discours de 90 minutes de Veltroni, qui pensait parler devant deux mille personnes et en a rassemblé cinq mille dans plusieurs salles avec des écrans sur le site historique du Lingotto, a pris lui aussi une dimension historique malgré, ou à cause de, sa banalité.

C’est un travail générationnel, le résultat de décennies d’efforts. L’ancien président du Conseil démocrate-chrétien, l’octogénaire Ciriaco De Mita, réagit en refusant de monter sur le train de « ce parti à l’américaine » : c’est la fin d’une époque. Beaucoup d’anciens leaders DC ou de la gauche, même plus jeunes, apparaissent brusquement vieillis ou hors course. Lui-même prétend rejeter un système partisan rigide « où chacun peut opposer son veto et personne n’a le droit de décider ». Car « l’excès de décision peut être appelé dictature, mais on peut aussi perdre la démocratie par défaut de décision ».

Soutenu par le « professeur » Prodi dont il a été vice-président du Conseil, sans être sa créature, « Wonderful Walter » a fait ses preuves comme maire de Rome, élu en 2001 et renouvelé jusqu’en 2011. Diriger avec succès une capitale peut être le tremplin idéal, Chirac l’avait compris et Delanoé aussi. Ancien des Jeunesses communistes et ancien élu du PCI, son idéologie est aujourd’hui une forme de positivisme appelée par ses détracteurs le « Buonismo », le bonisme, défini comme « la manifestation ostentatoire de bons sentiments, de tolérance et de bienveillance envers ses adversaires ». Ses figures tutélaires ne sont plus Marx ni Gramsci mais Saint François d’Assise, Kennedy, Martin Luther King et Mère Teresa.

La séduction pour convaincre et pour répondre à toutes les attaques, c’st bien plus qu’un Sarkozy de gauche : Veltroni cultive un humanisme qui lui fait croire en l’Homme, avec ce qu’il faut de naïveté pour rester généreux et ne jamais céder au cynisme en politique. En comparaison, son rival de toujours et comme lui au départ journaliste communiste, Massimo D’Alema, apparaît anguleux, agressif, polémique… et trop marqué à gauche. Veltroni apparaît d’emblée comme celui qui saura réconcilier la gauche et la droite, mais aussi le nord industrieux et le sud idéologique… Le maire de Rome opère cette réconciliation mille fois mieux que le Milanais Berlusconi, empêtré entre dogmatisme néolibéral et affairisme cynique.

Et sans apparaître comme un doux rêveur, mais comme un responsable au sens plein du terme, ce militant tiers-mondiste qui a emmené des étudiants romains plusieurs années de suite en Afrique pour les sensibiliser au développement, n’hésite pas à tenir un discours sécuritaire qui aurait fait hurler en France : les immigrés sont les bienvenus s’ils viennent en respectant la légalité, mais il faut appliquer la loi avec « sévérité et fermeté » à ceux qui viennent « pour faire du mal aux autres ou pour exploiter les femmes et les enfants » et pour lesquels la justice doit agir « sans conditions ni hésitations ». Mais justement, son militantisme tiers-mondiste l’exonère de tout soupçon raciste.

Un discours qui fera écho en Europe, puisque Veltroni veut sortir des majorités bloquées et « conquérir un électorat différent » ; rejeter l’alternance rigide « comprise comme un modèle où l’on efface tout ce qui a été fait par le gouvernement précédent », car on peut « reconnaître, parfois, que l’autre camp a pris des décisions justes, dans l’intérêt général ». Et son message d’espoir, étonnant et contrastant avec la realpolitik : « la politique n’est pas une promenade solitaire dont on choisit les étapes et les trajets ; c’est un merveilleux voyage collectif. Faisons-le, pour une fois, dans l’allégresse ». Alors qu’en France, on en est à signer des pétitions pour inciter les formations de l’opposition à s’unir, en Italie l’opposition est revenue au gouvernement pour y pratiquer… le développement durable.

Faire bouger les lignes

Sortir les institutions et la vie politique de l'immobilisme, vaincre la force d'inertie, faire bouger les lignes pour réformer la France, tel est l'argument asséné et répété par le président de la République aux politiques du centre et de la gauche qu'il voulait convaincre de rejoindre le gouvernement Fillon ou en tous cas de participer à une action dépassant le cadre de la majorité présidentielle.

Un argument persuasif qui en a convaincu certains, soucieux d'efficacité politique à court terme sans attendre une improbable et lointaine alternance : ceux-ci se légitiment aujourd'hui du succès de l'équipe France à remettre l'Europe sur les rails sur l'impasse de la Constitution, et annoncent de "vraies réformes" avant les vacances d'été, au nom de la stratégie de rupture de Nicolas Sarkozy.

D'autres ne se sont pas laissés convaincre, par fidélité à leur camp ou par attachement à leurs valeurs. Un président de région s'est même vu offrir de conserver sa présidence de région s'il acceptait de participer à l'action du président. Et comme il répondait qu'il risquait de perdre cette région s'il changeait de camp, le président de la République lui aurait répondu sans hésiter : "aucun problème, l'UMP votera pour vous". Un numéro de séduction extrême, qui montre en tous cas que Sarkozy ne se sent pas otage de sa propre majorité, faisant avec ses 52% de voix l'ouverture que Chirac n'avait pas osée avec 82%...

Par contraste, l'activisme forcené des uns, malgré son côté velléitaire, éclaire d'un jour plutôt sombre les choix du parti socialiste en faveur de l'immobilisme, comme un grand malade qui devrait garder le lit jusqu'aux municipales plutôt que de se soigner. Parmi les militants, c'est la consternation. Au-delà des courants, un consensus se fait jour imperceptiblement pour juger sévèrement tous les chefs de file, y compris Ségolène Royal. Personne ne se reconnaît non plus dans les dernières décisions du Conseil national du PS, ni dans la tonalité des débats qui y ont eu lieu.

Au fond, c'est une même envie de "faire bouger les lignes" qui arrive par contagion dans l'opposition. L'envie incarnée un temps par Ségolène Royal et ses "Désirs d'Avenir", mais qu'elle n'est pas arrivée à structurer durablement en n'acceptant pas de jouer en équipe, tout en reprochant aux autres de ne pas la suivre. Sans parler de scission, le rejet par certains au PS des adhérents à tarif réduit et les appels simultanés à adhérer à "Désirs d'Avenir", s'adressant aux mêmes derniers arrivés au PS, risquent de déboucher sur une structure parallèle au PS : est-ce délibéré ?

La surprise viendra peut-être des élus. Les députés PS ont refusé l'aventure et la division en réélisant Jean-Marc Ayrault comme chef de groupe, évitant de se déchirer entre pro- et anti-Ségolène. De leur côté, les Verts et le PC ont formé un groupe ensemble pour des raisons purement mathématiques, mais le rapprochement est symboliquement prometteur. Les députés et les présidents de région PS, avec une base territoriale consolidée, deviendront ainsi dans un proche avenir, sinon les arbitres des luttes parisiennes, du moins les nouveaux points de repère d'une action politique qui a déserté, pour l'instant, la rue de Solférino.

Capacités européennes

DSCF7253 Le salon du Bourget, qui a fermé ses portes dimanche soir sur un double succès auprès des professionnels et auprès d'un public plus nombreux que jamais, a été marqué par l'affirmation d'une technologie européenne au mieux de sa forme, capable de donner à l'Europe et à sa défense les capacités autonomes qui fonderont demain sa souveraineté.

DSCF7335Sur le plan de l'aéronautique civile et de l'espace, la vedette a était l'A-380, majestueux dans ses évolutions aériennes qui représentent un défi à la pesanteur.  Airbus, qui vient de traverser une crise sans précédent, a enregistré durant le salon un record de commandes lui permettant de rattraper et dépasser son rival Boeing un peu dépité. Succès italien mais donc bien européen, la récente commande massive du C-27J, avion de transport militaire tactique réalisé par Alenia avec Lockheed et adopté par l'armée de Terre américaine. Succès aussi pour le spatial européen avec des commandes également record pour le lanceur Ariane 5 après un démarrage difficile, et l'affirmation d'un pôle franco-italien autour de Thales et de Finmeccanica.

DSCF7337 Pour les avions de combat, le Rafale dont le nouveau standard opérationnel a été mis en oeuvre en Afghanistan par l'Armée de l'Air et par l'Aéronavale,  jouait sur son terrain. Il a donc été le favori du public, concurrencé par le Mirage 2000 plus que par l'Eurofighter en termes de démonstration aérienne mais tous les trois très applaudis. La présence américaine était limitée aux F-16 et F/A-18 désormais très classiques, mais avec un absent de marque : le F-35 Joint Strike Fighter, système d'arme de nouvelle génération furtif, était visible en bout de statique mais n'a pas été présenté en vol, sans que l'on sache si c'était un désintérêt du constructeur ou la peur d'un risque technique.

Côté russe, justement, Sukhoi avait évité le risque d'accident des années passées en ne venant pas au Bourget, mais c'est MiG qui en a pris un au troisième jour des vols de démonstration : le MiG-29, dont il faut reconnaître que les figures effectuées étaient ahurissantes, a eu de graves ennuis à un de ses deux réacteurs à la fin d'une chandelle. Information minimisée aussitôt, le réacteur aurait été changé la nuit suivante mais l'appareil est resté ensuite très discret.

DSCF7323 Technologies discrètes mais essentielles au maintien des capacités européennes, les systèmes électroniques, de commandement, de détection, de propulsion, toutes les capacités complexes liées à la défense étaient également présentes. Comme par exemple la propulsion à statoréacteur que les Européens maîtrisent comme les Russes alors que les Américains ne l'ont pas encore : c'est ce type de propulsion qu'on trouve sur le futur missile de supériorité aérienne Météor, mais aussi sur la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française, l'ASMP-A.

DSCF7322 Dans sa visite au galop des stands industriels, le président de la République a eu le temps de regarder les maquettes des deux composantes de cette dissuasion qui représente une "assurance-vie" pour la France, comme l'avait déclaré le candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale, mais aussi une capacité autonome pour l'Europe, car sa mise en oeuvre est totalement indépendante. Ces deux maquettes étaient celles du missile balistique M-51 qui équipera les nouveaux sous-marins français et qui a réussi un essai majeur il y a à peine une semaine, et de l'ASMP-A dont le développement se poursuit de façon nominale et qui sera la première des deux composantes rénovées à être mise en service opérationnel dans les forces françaises. 

Le PS en hibernation

Il paraît que c'est une décision consensuelle : le conseil national du Parti socialiste a décidé de repousser son congrès de rénovation jusqu'après sa troisième défaite électorale, programmée pour les municipales de 2008.

Que Ségolène Royal ait eu des choses "plus importantes" à faire que de participer à ce conseil me paraît terriblement discutable, mais elle n'aurait sans doute rien changé au résultat final, les jeux étant faits à l'avance. Car contrairement à ce ce que disait jadis Laurent Fabius, "on ne cache pas un éléphant derrière une fraise des bois", cette fois c'est tout le troupeau d'éléphants qui s'est caché derrière la fraise des  bois.

D'acord, Ségolène n'a pas gagné la présidentielle. D'accord, elle a mal amorcé son autocritique en commençant par rejeter la faute sur les autres, Fabius et le SMIC à 1500 Euros, Martine et les Jospiniens pour les 35 heures. Ce n'est pas forcément faux, mais ce n'est pas une autocritique, laquelle reste à faire de façon dépassionnée et réellement "politique" sur la façon dont la campagne a été menée.

Mais venons-en à l'essentiel. Voici un parti affaibli, terriblement affecté dans sa crédibilité auprès de l'opinion car il ne propose ni valeurs ni stratégie. Au lieu de se mettre en ordre de bataille, de rassembler l'opposition tout entière, de proposer un "shadow gouvernement" élargi et compétent, symétrique de ce gouvernement élargi au centre et à quelques transfuges de la gauche, ce parti se replie sur lui-même et, pire, son appareil se détourne des militants.

Repousser le congrès aux calendes grecques, c'est exactement dénier le droit aux militants d'exprimer leurs sentiments. C'est aussi, à l'évidence, se débarrasser de ces "adhérents à vingt balles" qui avaient rejoint nombreux le PS pour Ségolène et que les anciens trouvent aujourd'hui encombrants. C'est en réalité tout faire pour que la base ne puisse pas demander des comptes à ses dirigeants.

Dirigeants ? Le mot signifie direction donnée, responsabilité assumée. On ne voit plus ni l'une ni l'autre. On ne voit que des permanents qui s'autolégitiment et détournent un parti au mépris de sa base. Alors que Nicolas Sarkozy débauche des ministres à gauche et se réclame de Jaurès, le PS ne se réclame plus de son héritage et n'offre d'horizon aux Français que les enjeux municipaux.

A entrer ainsi dans un processus d'hibernation, le PS actuel risque de voir sa base faire la grève des cotisations ou partir sur la pointe des pieds - pour ne pas le réveiller - non pas par esprit de scission mais pour se retrouver sur le terrain de l'action avec tous ceux qui, dans l'opposition, ne sont pas résignés et veulent agir de façon cohérente : socialistes, centristes, verts, alter-mondialistes...

Savoir autour de qui se fera ce rassemblement n'est pas la question. Il se fera, c'est une nécessité pour la démocratie et pour la défense des valeurs qui rassemblent tous ceux qui s'opposent à un gouvernement qui amalgame "l'immigration et l'identité  nationale".

   

Putain le Neuron !

DSCF7274 Exclamation empruntée à un adolescent, découvrant samedi matin le drône de combat (UCAV, pour Unmanned Combat Aerial Vehicle) européen Neuron, à la silhouette futuriste, sur le stand de Dassault, au salon aéronautique du Bourget, caché derrière un Rafale qui, bien qu'étant l'un des appareils de combat les plus modernes au monde, prenait par contraste un sacré coup de vieux.

DSCF7325 C'est vrai, pour les lecteurs de bandes dessinées, qu'ils soient jeunes ou vieux adolescents (jusqu'à 77 ans, en fait), le Neuron c'est un peu "le Secret de l'Espadon", de Blake et Mortimer. La même compraison me revient à chaque salon, peut-être parce que mon logiciel est resté bloqué sur E.P. Jacobs, le Jules Vernes de la bande dessinée.

DSCF7311 La guerre du futur est sans âge. Elle a toujours existé, et le succès jamais retombé de Star Wars nous rappelle ce besoin de projection que nous avons toujours, pour le meilleur comme pour le pire. Ce besoin d'imaginer, les adolescents à peine grandis que sont les ingénieurs le concrétisent sur leurs planches à dessin (pardon, aujourd'hui ce sont des écrans) par des créations concrétisant les idées les plus folles en faisant appel aux techniques déjà accessibles. Ici le Hermes 900 israélien.

Le drone est justement cet avion sans pilote sur lequel on fantasme depuis des années.DSCF7329 Aujourd'hui il existe sur les champs de bataille. Et pas seulement pour détecter, surveiller, photographier mais aussi, depuis peu, pour tirer des missiles. Demain, il saura tirer sur des avions, c'est l'ambition du programme Neuron qui réunit plusieurs payus européens. On a déjà vu des missiles dans toutes les crises au Moyen-Orient, et de toutes les tailles. Par nécessité et par inventivité, les Israéliens ont été et restent des précurseurs. En France, Sagem a développé de petits drones tactiques pour l'armée de Terre, dont le dernier, le Sperwer B, est de conception suisse. 

Depuis les premiers drones d'observation tactique, un chemin immense a été parcouru : le drone DSCF7316moyenne altitude longue endurance (MALE), un temps développé en coopération avec EADS (EuroMale), est réapparu à ce salon sous son seul nom israélien de Heron TP. Un appareil énorme, avec une envergure spectaculaire, capable de voler longtemps et très haut pour observer toute une région, hors de la portée des missiles anti-aériens les plus communs.   

DSCF7255 D'autres sont plus classiques, comme le Watchkeeper exposé chez Thalès, ou carrément élégants, comme ce drone d'Alenia Aeronautica (groupe Finmeccanica), qui emprunte au design italien par sa silhouette et ses couleurs. 

DSCF7320  Mais l'inventivité n'a pas de limites. On sait aussi faire, désormais, des hélicoptères sans pilote à usage d'observation, aussi bien à des fins militaires que civiles à travers le concept global de sécurité : manifestations de masse type Jeux Olympiques, surveillance de zones ou de frontières, ces appareils télécommandés représentent un atout important là où on manquera d'appareils pilotés. Chez EADS, le SHARC (scouting and hunting autonomous rotor craft) ressemble à un gros jouet, tandis que le drone tactique ORKA est plus classiquement un hélicoptère, mais plus petit et sans verrière. A peine différent des maquettes télécommandées qu'on peut voir au salon de la maquette et du modèle réduit !

Le Hollande est une pâte molle

Un fromage peut être trompeur : ce n'est pas parce qu'il a un extérieur rouge vif que son contenu est vigoureux ou piquant, au contraire. L'emballage rouge cache souvent une pâte gouda tranchemolle et assez fade, c'est exactement le cas du fromage de Hollande qu'on appelle l'Edam.

Dans la famille des fromage de Hollande, fromages à pâte pressée non cuite, de forme sphérique et de couleur orangée comme le Gouda, celui qui est le plus souvent connu hors des Pays-Bas est le modèle inventé pour l'exploration par bateau, dès le 16e siècle, qui a porté le nom du port de pêche d'où il partait, Edam. Le fromage d'Edam était recouvert d'une couche de cire qui l'imperméabilisait et lui permettait de voyager loin, à une époque où n'existaient pas les cales frigorifiques.300px-Mimolette_vieille_etuvee

La cire a été remplacée par du plastique, mais l'aspect extérieur reste le même : le rouge est donc le moins ferme et celui qui a le moins de caractère, l'orange est celui que nous appelons Mimolette, le vert est parfumé aux herbes et c'est la croûte noire qui contient le fromage le plus vieilli et le plus fort en bouche.

Hollande royal La Hollande étant un pays de monarchie, on trouve même, comme en Grande Bretagne, des fromages portant la marque de "fournisseur de sa majesté la Reine", avec parfois une couronne sur l'emballage comme dans le cas de ce Hollande Royal.

Bien sûr on peut préférer à ces pâtes molles et fades, auxquelles il faut ajouter des herbes ou des épices pour forcer le goût, des fromages coulants et fermentés comme le camembert. En France, on préfère aujourd'hui le camembert Président au Hollande Royal. Question de goût. Mais les fromages coulants sont vite saturants au palais, et on finit par s'en lasser.

Pour ma part, je préfère le fromage de chèvre ou de brebis, moins lourd et souvent original. En particulier, je vous recommande le chabichou, un fromage de chèvre du Poitou à saveur très fruitée. Ni trop fade ni trop fait, il rafraîchit en fin de repas et donne un goût de nouveauté et surtout de grande simplicité. A découvrir, ou à redécouvrir.

Cathy est revenue !

Elle était partie fâchée, à cause d'un édito de Jean-Marie Colombani. Et que son blog était hébergé chez Le Monde. Catherine Guibourg, la militante européenne passionnée de "l'Europe dans la campagne", est sortie de sa bouderie et a repris son blog. Enfin ! Du coup j'ai remis le lien vers son blog car il est tonique, même si on peut souvent être en désaccord.

Officiellement, elle dit qu'elle est revenue parce que Colombani n'est plus là pour l'agacer, cette Bretonne qui a l'agacement facile. Surtout quand Colombani touche à son Bayrou. En réalité, elle est revenue parce que le combat continue, que l'Europe continue, que Bayrou continue et qu'elle a des choses à dire. Le silence est une vertu mais son efficacité politique est limitée dans un monde d'action dominé par la parole.

Et maintenant, elle nous sert de grands papiers sur "Modem - Mot d'aime", car elle est d'abord un écrivain. Elle a repris son épée pour défendre le Béarnais. C'est un peu moins "l'Europe dans la campagne", un peu plus "l'Européen dans la campagne", même si je considère que Bayrou n'a pas le monopole de l'Europe.

Au fait, Catherine, rejeter tous ceux qui ne sont pas Bayrou dans le camp des nationalistes chauvins ce n'est pas seulement injuste, c'est inefficace. Ecrire comme tu le fais dans ton dernier billet que Ségo et Sarko sont dans le même camp de la "transgression nationaliste" parce que tu n'as pas digéré les drapeaux français agités dans les meetings de Ségolène, c'est abusif et certainement une erreur politique : le drapeau européen ne vient pas remplacer le drapeau français, il vient le compléter, de même que l'Europe n'efface pas la France mais s'appuie sur elle. Vaste sujet.

Et franchement, est-ce encore le moment de jouer le Modem tout seul en parlant de la "formidable dynamique" qu'il a lancée ? Si nous continuons à jouer comme ça chacun dans son coin, nous tous dans l'opposition, nous nous préparons pour une alternance, au mieux... en 2025 ! 

Gauche, Centre et Verts ensemble

C'est une vérité d'évidence mais qui avait échappé à beaucoup dans le brouillard qui pèse sur l'opposition depuis le 6 mai : la seule façon d'éviter le tsunami de l'UMP à l'assemblée nationale c'est que les forces d'oppositon de la gauche, du centre et des écologistes fassent bloc en pratiquant le désistement systématique pour le mieux placé, sans exclusive et sans négociation.

Encore une fois, c'est dans Libération qu'a été lancé l'appel, publié lundi sous la forme d'un "rebonds" intitulé "un appel contre la confiscation des pouvoirs par l'UMP et ses allliés". Et annonçant la création d'un forum de réflexion et de dialogue www.onatoujoursraisondinventer.eu pour rassembler des signatures et lancer une dynamique de ressort contre "le découragement" révélé par le taux d'abstention inquiétant de ce premier tour, comparé au taux de participation des présidentielles

Tout en reconnaissant que la mutation des différentes formations d'opposition n'est pas encore assez mûre pour qu'on puisse envisager une coalition cohérente, les signataires estiment "possible de s'y acheminer : que le Parti socialiste opte enfin pour une démarche d'ouverture, loin de sa posture hégémonique, travaillant à la modernisation de ses propositions et alliances; que le Modem, à l'image du centre italien ou des libéraux démocrates anglais, choisisse l'autonomie constructive en s'engageant, sur des valeurs et des projets, au côté d'une gauche modernisée; que les Verts assument clairement d'être des partenaires responsables dans une future majorité d'idées et de gouvernement; que les altermondialistes, tout en maintenant leur ambition sociale, acceptent la logique représentative et l'exercice des responsabilités".

Tout est dit, et en particulier la remise en question par le PS d'une posture hégémonique qui fait que ses dirigeants, en particulier son premier secrétaire, n'arrivent pas à articuler le mot "Modem", comme si c'était une obscénité. Que Bayrou ait fait le choix de ne pas saisir la main tendue par Ségolène Royal après le premier tour des présidentielles, c'est sa responsabilité et ne remet pas en cause une tentative qui aurait sans doute abouti à avoir une présidente socialiste et un premier ministre de centre-gauche. Mais qu'on estime aujourd'hui au PS que Bayrou est mort et qu'on n'a pas besoin de lui faire de cadeau, c'est une attitude qui condamne ses partisans aveuglés par leurs querelles internes.

Au fait, cet appel où je retrouve les signatures de Daniel Cohn-Bendit et ses deux complices, son frère Gabriel et l'ancien député européen Olivier Duhamel, avec celles de Jean-marie Bockel ("social-libéral" du PS), Jean-Luc Bennahmias ("Verts" devenu Modem), Christophe Madrolle (Modem), inclut un trio bien connu pendant les présidentielles: Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne, l'avocat Jean-Pierre Mignard et Bruno Rebelle... trois mousquetaires de Ségolène.

J'ai été sur le Forum, qui n'a qu'un jour d'existence. Avec déjà cent douze signatures, devenues cent treize avec la mienne : allez-y, on signe en deux clics et une vérification par e-mail, c'est simple comme bonjour et c'est un geste de bon sens et de salubrité publique.

Meeting tranquille en banlieue

Il y a les grands meetings électoraux, avec la foule et les vedettes, la mise en scène et l'ambiance organisée. Et puis il y a toutes les autres réunions de moindre ampleur qui font le quotidien d'une campagne électorale, où des candidats tenaces et patients se battent à contre-courant de la vague résignée, où des militants fidèles à leurs idées, malgré les sondages et les sarcasmes, tiennent bon et font venir leurs amis, et grâce à qui rien n'est jamais perdu d'avance, même dans ce département des Hauts de Seine qui est une "planète UMP". Eve, une amie, m'a donné son témoignage sur une réunion locale cette semaine à Meudon, qui reflète si bien la réalité d'un parti qui ne baisse pas les bras. Merci, Eve !

"Ce jeudi soir, je me dépêche pour ne pas être en retard ; le tract précisait réunion à 20h30. J’arrive au Stade René Leduc à 20h30 précises. Dans une petite salle municipale d’une banalité effrayante, éclairée par des néons livides, environ 7 personnes : le suppléant de la candidate aux Législatives Jacques Blandin, Jean Levain maire de Chaville et quelques personnes que j’ai déjà vues dans d’autres réunions du PS qui, manifestement, font partie des bénévoles qui donnent leur temps et leur soutien à la cause. Les intervenants présents sont assis sur une rangée de chaises inconfortables face à plusieurs rangées de chaises tout aussi inconfortables et pratiquement vides.

Comme toujours le premier rang est déserté et je m’y assois. Fort aimablement, on vient me saluer et je ne peux m’empêcher de penser que cette courtoisie signifie qu’il y aura peu de monde et que les quelques personnes présentes le savent mais on se souvient de moi, on m’appelle par mon nom. J’en suis étonnée.

Je vais consulter les tracts. Le slogan « Le 10 juin, on vote Caroline ! » m’amuse et m’irrite ; pourquoi réduit-on les femmes à leur prénom ? A la réflexion, le nom, chez nous, est dit patronymique donc dans la transmission masculine. Quand même ! Si l’on n’a cessé d’appeler la récente candidate Ségolène, l’on n’a jamais osé appeler ses adversaires François ou Nicolas.

La photo de la candidate aux Législatives est superposée à celle de la candidate aux Présidentielles. Tiens, elle s’appelle Roy ; c’est proche de Royale. Faut-il y voir un signe ? Le texte est une série de professions de foi. Rien sur les moyens de les concrétiser…

Tradition bien française, les gens ne commencent à arriver que vers 21 heures. En tout, dans l’assistance, 25 personnes. La candidate Caroline Roy arrive et la réunion commence après qu’on nous a annoncé que Marc Mossé, l’un des intervenants, sera en retard.

Je regarde les présents. En dehors de la candidate et de son suppléant, sans doute portés par leur enthousiasme pour les valeurs qu’ils défendent, ils ont l’air fatigué, leurs dos sont voûtés, leurs visages sont tirés et n’expriment aucune joie.

Jacques Blandin prend la parole en expliquant qu’avec Caroline Roy, ils ont mis au point une stratégie « marketing » de leurs réunions. Quand on veut faire acheter une lessive, on commence par expliquer pourquoi il ne faut pas acheter les marques concurrentes puis l’on développe les atouts de son propre produit. Il va donc nous dire pourquoi il ne faut pas élire « les autres » (en fait, il parlera essentiellement de l’UMP, un peu du candidat du Modem qui cumule des mandats dont le législatif ne lui est pas le plus intéressant) et Caroline Roy nous exposera les motifs de l’élire. Il est intelligent, manie le discours avec aisance, l’ironie, avec brio. Elle est dynamique, s’exprime clairement avec conviction et sincérité.

Marc Mossé, enfin arrivé, axe sa prise de parole sur les institutions, le risque, si l’UMP obtient 3/5ème des sièges, de lui donner la possibilité de changer la Constitution pour faire passer des lois qui ne la respecteraient pas. C’est précis, pertinent et très convaincant.

Au fur et à mesure, les gens s’affaissent sur leurs chaises et certains même, terrassés par la fatigue, luttent pour ne pas s’endormir. Je ne peux m’empêcher d’éprouver de la tristesse pour cette lassitude mais aussi du respect pour cette fidélité.

La parole est donnée à Jean Levain. Il a l’air d’un brave homme qui se donne entièrement à sa tâche de maire. Son discours est émaillé d’anecdotes et d’exemples vécus au sein du Conseil Général avec une majorité de maires de droite sur le sujet des logements sociaux.

Il règne une certaine bonhomie entre les intervenants ; ils se connaissent bien, leur auditoire est composé en grande partie d’amis, de militants, de familiers. Le temps passe et il faut écourter pour répondre aux questions de la salle (...)

Je questionne sur les libertés individuelles et les caméras de surveillance, la carte Vitale à puce, les machines à voter. Caroline Roy qui avait évoqué l’impossibilité pour la CNIL de faire un vrai travail se déclare très concernée par ce problème. Jacques Blandin affirme qu’on ne peut refuser les nouvelles technologies mais que, par exemple, pour les machines à voter, il faudra exiger l’édition d’un bulletin papier (déposé dans une urne transparente) auquel on pourra se référer en cas de litige.

Une dame âgée s’étonne qu’il n’ait pas été davantage question de l’Europe. Marc Mossé lui répond que, bien entendu, « on est tous favorables à l’Europe ». Je me demande de quelle Europe il parle : je l’avais entendu, dans un débat sur la Constitution européenne, égrener tous les dangers de cette Constitution tout en appelant, à mon grand étonnement, à la ratifier.

Il faut libérer la salle. Un pot nous attend. Je reste le temps d’échanger quelques mots avec un monsieur visiblement en mauvaise santé et une dame toute maigrichonne dont les propos trahissent une naïveté certaine, avant de prendre congé non sans avoir souhaité sincèrement bonne chance à la candidate.

Je suis contente d’être venue ; ces gens forcent le respect. Je suis perplexe sur la suite des événements mais pas pessimiste. J’éprouve une grande tendresse pour toute cette intelligence, tout cet engagement militant. Ces gens méritent une victoire, à tout le moins une réassurance mais la vie nous est-elle donnée pour nous rassurer ?

Eve"

"Désirs de défense"

Premières retrouvailles mercredi soir, après la défaite aux présidentielles, du groupe Orion, club de réflexion réunissant des experts et acteurs du monde de la défense proches du parti socialiste et qui tente d'apporter, par des notes ou des articles collectifs, un éclairage "de gauche" aux problématiques de la Défense en France.

Un ancien ministre, des experts de stratégie, d'anciens membres de cabinets ministériels, des industriels et journalistes, le groupe est très composite et se considère comme totalement indépendant du PS puisqu'il accueille également des fonctionnaires civils et militaires du ministère de la Défense, que leur statut empêche d'adhérer à un parti.

Autour des fondateurs, Louis Gautier, Stéphane Verclytte et Bruno Tertrais, le débat est animé, sans être polémique, plutôt ironique et sans complaisance. "On en a pour dix ans d'opposition", lance l'ancien ministre qui suscite un tollé, avant d'ajouter en souriant "mais en comptant les cinq années déjà écoulées..." Ouf !

Si le débat électoral des présidentielles a ménagé les problèmes de défense, c'est aussi parce que l'opinion ne s'y intéresse pas vraiment, résume l'un. "Nos travaux ont été intéressants, mais très ignorés par les parlementaires qu'ils étaient censés soutenir", ajoute l'autre. La conclusion c'est que la modestie ne paie pas, quand il s'agit d'un débat d'opinion aussi lourd de sens sur la politique de la France, admet l'un des fondateurs.

Problème structurel d'un parti qui, sauf à de rares moments, n'a jamais professé d'intérêt prioritaire sur les thèmes de la défense, avec des experts et des parlementaires très divisés entre eux, une absence de structure de réflexion qui a justement permis à Orion de trouver sa place mais révèle aussi une grande faiblesse. Et maintenant ?

La nouvelle équipe du ministère s'est attelée à la programmation militaire, "ils sortiront un projet de nouvelle loi de programmation militaire (LPM) en décembre prochain", annonce un observateur attentif. Oui, mais avec quelle marge de manoeuvre sur les grands programmes, lui rétorque-t-on. Il ne s'agit plus d'un débat de techniciens, mais d'un débat sur les principes, par exemple sur le déploiement de troupes françaises à l'extérieur (en opérations ou en pré-positionnement), sur la participation de la France aux états-majors intégrés, sur son attitude vis-à-vis du vrai sujet qu'est l'Europe de la défense et la PESD.

"Le débat va s'accélérer, il faut s'adapter à cette accélération pour proposer une approche structurée, cohérente et qui soit d'opposition". Affirmation non contredite, qui suscite un débat sur le "comment ?" Réponse des plus jeunes : il faut occuper l'espace des débats, aller sur les Forums, lancer des blogs, communiquer en temps réel et de façon informelle. Le site Orion, totalement passif, sera revitalisé : une belle ambition ! Preuve que la bataille électorale de la Ségosphère et de désirs d'avenir a laissé des traces, une suggestion est faite : et si on faisait un blog "désirs de défense"?  A suivre...