Camilleri, écrivain du soleil
Il est des auteurs qui écrivent des romans de plage, littérature légère et sans lendemain. D'autres qui écrivent pour durer en amenant le soleil d'été ou de lumineux paysages exotiques dans nos froideurs d'hiver. Andrea Camilleri est les deux à la fois : la légèreté qu'il apporte est de celles qui durent, et ses personnages siciliens occupent aujourd'hui les kiosques de gare mais seront demain dans les manuels scolaires.
Cet été, Camilleri se fait concurrence à lui-même : le dernier épisode des aventures du désormais célèbre commissaire Montalbano, "La pista di sabbia" (La piste de sable) voisine en devanture avec "Le inchieste del Commissario Collura", les enquêtes de son "petit frère", le commissaire Collura. Pas le même style, pas la même densité : les enquêtes de Cecè Collura sont une série de petits récits, petites enquêtes, publiés l'été dernier en feuilleton dans La Stampa et dont l'unité de lieu est que tout se passe au fil d'une croisière sur un même paquebot, le commissaire de police Collura ayant accepté de jouer pendant ses vacances le commissaire de bord intérimaire.
Littérature alimentaire, ou de circonstance, ou peut-être naissance d'un nouveau personnage ? Alexandre Dumas a bien publié ses romans en feuilleton dans la presse, comme Balzac, bien avant qu'on ne les trouve dans La Pléiade... Les intrigues sont légères, les récits suffisamment courts pour êtres lus sur la plage, il n'y a pas concurrence ici avec le récit serré et intensément détaillé des enquêtes de Salvo Montalbano. Le "Maigret" sicilien, qui aime les filets de rouget, le vin blanc frais, se baigner la nuit en mer, se promener seul sur la plage ou dans les collines, et sait être un abominable flic mal embouché craint par son entourage malgré son coeur généreux...
Cousin de Maigret, il l'est sans le cacher, puisque Camilleri a d'abord travaillé à adapter les feuilletons de Maigret pour la télévision italienne. Une filiation qu'il ne regrette pas, au contraire, puisqu'il ne déteste pas que la presse l'appelle le Simenon sicilien. Mais son oeuvre dépasse le policier et certains ouvrages qui n'ont rien à voir avec Montalbano, comme "La scomparsa di Pato" sont des trésors d'écriture et de description de la société sicilienne. Alors, qui est ce deuxième commissaire ?
Il faut lire la petite interview de Camilleri publiée à la fin des "Enquêtes du comissaire Collura" pour avoir quelques clés de compréhension sur l'apparition de ce petit frère de Montalbano. Collura était l'un des noms que l'auteur avait choisi pour baptiser son personnage principal, avant de prendre Montalbano en hommage à Vàsquez Montalbàn. Le voici ressorti à l'occasion d'une commande d'été, mais Camilleri n'exclut pas de le faire survivre : "pour l'instant il n'a qu'une fonction, pas une existence autonome. J'aimerais beaucoup inventer une histoire dans laquelle se retrouveraient Cecè Collura et Montalbano".
Pour les paresseux qui voudraient attendre la traduction, Camilleri se lit très facilement en italien. Son sicilien est tout sauf dialectal, il ne l'est que dans le vocabulaire fleuri et les expressions locales, et au bout du troisième qu'on lit, on intègre parfaitement les plus courantes et les plus pimentées, comme "rompere i cabasisi" pour "rompere i coglioni", "testa di minchia" pour "testa di cazzo", "picciliddru" pour "piccolino", "taliare" pour "guardare". Des milliers d'Italiens connaissent aujourd'hui plus d'expressions siciliennes qu'ils n'auraient jamais imaginé intégrer dans le vocabulaire courant sans Montalbano. Un Montalbano qui, au fait, porte un visage, celui de l'acteur Luca Zingaretti qui a déjà incarné le personnage dans une douzaine d'épisodes à la télévision. Et qui ne pourra donc jouer le commissaire Collura, si celui-ci est destiné à croiser son collègue Montalbano...
Je dois confesser mon inculture! Je ne lis pas l'italien ... Mais la Sicile, c'est chouette (sauf la saleté!)...
Je rate rarement les épisodes de Maigret à la télé, par contre!
Rédigé par: Jacques Heurtault | 22 août 2007 at 23:08
Dommage que mes pauvres restes d'Italien ne me permettent pas de lire Camilleri dans le texte.. j'attendrai donc la traduction. Merci de m'avoir fait découvrir un auteur nouveau et de m'en avoir si bien donné l'envie de le lire!
Rédigé par: Catherine | 23 août 2007 at 08:28
@ Jacques et Catherine, je vous souhaite d'apprendre le minimum d'italien nécessaire pour apprécier les saveurs et les senteurs de ces romans policiers siciliens. A moins qu'une chaîne française ne nous fasse la bonne surpirse d'adapter en français le feuilleton télévisé du commissaire Montalbano !
Rédigé par: Pierre Bayle | 23 août 2007 at 20:47