Nouveau style défense au PS
Le tout nouveau secrétaire national du PS chargé des questions de défense, le député de l'Essonne et maire de Palaiseau François Lamy, n'est pas un nouveau venu sur le sujet : il est certainement, je peux le dire ici sans trahir de secret, plus au fait de ces questions que son prédécesseur David Assouline. Membre de la commission défense de l'Assemblée, il a notamment enquêté sur les attentats du 11 septembre, l'engagement militaire français au Rwanda et dans les Balkans, les opérations extérieures en général, et a été rapporteur pour avis du budget Défense.
Le choix de François Hollande de lui confier ce secteur est un choix non seulement de bon sens, mais doublement consensuel : très longtemps proche de Martine Aubry au sein du club Réformer, il n'est englué aujourd'hui dans aucune querelle de chapelle et se réclame volontiers, en prenant ce secteur, du discours de la candidate Ségolène Royal en mars dernier sur la défense qui avait associé toutes les tendances, du souverainiste Jean-Pierre Chevènement (hors PS) jusqu'à l'Européen Jean-Yves Le Drian en passant par les anciens ministres de la défense Alain Richard (pro-européen) et Paul Quilès (nettement moins).
A l'époque, il faut le reconnaître, le discours de Ségolène avait eu dans l'électorat exactement le même retentissement que celui de Sarkozy sur le même sujet, quelques jours plus tard : aucun retentissement du tout. Le sujet n'intéressait visiblement pas l'électeur, en partie à cause de l'étonnant consensus droite-gauche sur la problématique de défense. Et ce n'est pas le moindre paradoxe, celui qui avait été pressenti par Ségolène pour être son éventuel ministre de la défense, Le Drian, avait été sollicité ensuite par Sarkozy... pour les mêmes responsabilités.
Aujourd'hui, le "gouvernement présidentiel" a pris l'initiative en lançant un grand chantier du Livre Blanc, chantier placé sous le signe de l'ouverture. Une ouverture très sélective, remarquent les parlementaires PS, puisque le Parlement n'y est pas associé. Et un travail très peu ouvert, puisqu'un certain nombre de conclusions semblent avoir déjà été apportées par le président de la république avant même que le Livre Blanc n'ait commencé à être rédigé : ainsi du rapprochement de la France avec l'OTAN, de la compression des effectifs militaires décidée sans perspective stratégique mais dans l'urgence budgétaire, des affirmations hâtives ou hasardeuses sur les programmes d'équipement, sans relation avec un discours sur les missions...
La "méthode Lamy", a-t-il expliqué à un certain nombre de parlementaires et de spécialistes de la défense, ne consistera pas à faire un contre-Livre Blanc, ni à assumer une attitude caricaturale de refus d'une réintégration de l'OTAN, d'autant que l'attitude du président ne semble pas encore clairement arrêtée. Entouré des anciens ministres et d'un certain nombre de groupes qui hier encore travaillaient en parallèle, chacun dans son coin, il se veut d'abord rassembleur, pour donner une posture crédible au PS et à ses élus : le PS n'a pas à prouver qu'il peut être un parti de gouvernement, "puisqu'il l'est !" Son défi, c'est plutôt qu'il doit prouver qu'il peut être un parti d'opposition, et jouer son rôle d'opposant en choisissant son terrain sans forcément se placer sur celui qu'on veut lui imposer.
La France a eu pendant longtemps une position singulière, héritage du gaullisme, en se démarquant de ses alliés sur la globalisation de la menace (qui consiste à mélanger des pays, des groupes, des terroristes dans un même fourre-tout), sur le rôle géographique de l'OTAN (l'Afghanistan est-il dans l'Atlantique Nord ?), sur le maintien d'un certain format de forces armées, sur la préservation de ses capacités industrielles... Il n'est pas dit que le PS voie un intérêt quelconque à sortir de cette singularité. Pas, en tous cas, sans avoir des certitudes sur une défense cohérente et sur une consolidation européenne.










