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Nouveau style défense au PS

Lamy_2 Le tout nouveau secrétaire national du PS chargé des questions de défense, le député de l'Essonne et maire de Palaiseau François Lamy, n'est pas un nouveau venu sur le sujet : il est certainement, je peux le dire ici sans trahir de secret, plus au fait de ces questions que son prédécesseur David Assouline. Membre de la commission défense de l'Assemblée, il a notamment enquêté sur les attentats du 11 septembre, l'engagement militaire français au Rwanda et dans les Balkans, les opérations extérieures en général, et a été rapporteur pour avis du budget Défense.

Le choix de François Hollande de lui confier ce secteur est un choix non seulement de bon sens, mais doublement consensuel : très longtemps proche de Martine Aubry au sein du club Réformer, il n'est englué aujourd'hui dans aucune querelle de chapelle et se réclame volontiers, en prenant ce secteur, du discours de la candidate Ségolène Royal en mars dernier sur la défense qui avait associé toutes les tendances, du souverainiste Jean-Pierre Chevènement (hors PS) jusqu'à l'Européen Jean-Yves Le Drian en passant par les anciens ministres de la défense Alain Richard (pro-européen) et Paul Quilès (nettement moins).

L351_2A l'époque, il faut le reconnaître, le discours de Ségolène avait eu dans l'électorat exactement le même retentissement que celui de Sarkozy sur le même sujet, quelques jours plus tard : aucun retentissement du tout. Le sujet n'intéressait visiblement pas l'électeur, en partie à cause de l'étonnant consensus droite-gauche sur la problématique de défense. Et ce n'est pas le moindre paradoxe, celui qui avait été pressenti par Ségolène pour être son éventuel ministre de la défense, Le Drian, avait été sollicité ensuite par Sarkozy... pour les mêmes responsabilités.

Aujourd'hui, le "gouvernement présidentiel" a pris l'initiative en lançant un grand chantier du Livre Blanc, chantier placé sous le signe de l'ouverture. Une ouverture très sélective, remarquent les parlementaires PS, puisque le Parlement n'y est pas associé. Et un travail très peu ouvert, puisqu'un certain nombre de conclusions semblent avoir déjà été apportées par le président de la république avant même que le Livre Blanc n'ait commencé à être rédigé : ainsi du rapprochement de la France avec l'OTAN, de la compression des effectifs militaires décidée sans perspective stratégique mais dans l'urgence budgétaire, des affirmations hâtives ou hasardeuses sur les programmes d'équipement, sans relation avec un discours sur les missions...

La "méthode Lamy", a-t-il expliqué à un certain nombre de parlementaires et de spécialistes de la défense, ne consistera pas à faire un contre-Livre Blanc, ni à assumer une attitude caricaturale de refus d'une réintégration de l'OTAN, d'autant que l'attitude du président ne semble pas encore clairement arrêtée. Entouré des anciens ministres et d'un certain nombre de groupes qui hier encore travaillaient en parallèle, chacun dans son coin, il se veut d'abord rassembleur, pour donner une posture crédible au PS et à ses élus : le PS n'a pas à prouver qu'il peut être un parti de gouvernement, "puisqu'il l'est !" Son défi, c'est plutôt qu'il doit prouver qu'il peut être un parti d'opposition, et jouer son rôle d'opposant en choisissant son terrain sans forcément se placer sur celui qu'on veut lui imposer.

La France a eu pendant longtemps une position singulière, héritage du gaullisme, en se démarquant de ses alliés sur la globalisation de la menace (qui consiste à mélanger des pays, des groupes, des terroristes dans un même fourre-tout), sur le rôle géographique de l'OTAN (l'Afghanistan est-il dans l'Atlantique Nord ?), sur le maintien d'un certain format de forces armées, sur la préservation de ses capacités industrielles... Il n'est pas dit que le PS voie un intérêt quelconque à sortir de cette singularité. Pas, en tous cas, sans avoir des certitudes sur une défense cohérente et sur une consolidation européenne. 

Italie aux semelles de plomb

Zzz_2  Parti voir une saga émouvante dans la veine de "Nos meilleures années" (La meglio gioventù) de Marco Tullio Gordana, j'ai eu une impression désagréable en sortant de "Mon frère est fils unique", (Mio fratello è figlio unico) de Daniele Lucchetti, comme si le réalisateur n'arrrivait pas à se débarrasser d'une mauvaise relecture des "années de plomb", assimilant avec une complaisance étonnante militantisme de gauche et dérive terroriste.

Zz18767712 Si le personnage principal est Accio, "La Teigne" (Elio Germano), marginal en révolte et perpétuel adolescent qui choisit d'être fasciste par rejet de sa famille ouvrière et communiste, avant d'en revenir par une lente et logique maturation, c'est son frère Manrico (Riccardo Scamarcio) qui est le héros politique de la fable. Jeune homme ténébreux au regard clair sous des cheveux bouclés, personnage "caravaggesque" qui symbolise la beauté, le charme et le verbe politique aux yeux de son frère complexé, il fait pour sa part un parcours qui part du PCI des années soixante et le mène à travers l'extrême-gauche (on croit deviner des Mao) jusqu'aux Brigades rouges des années soixante-dix et à un destin évidemment tragique. Le film, parti comme une fresque familiale dont l'engagement politique des uns et des autres n'est qu'un à-côté, bascule du reste après cet épisode terroriste et peine à trouver une chute, faute de morale, sinon une sorte de rêve éveillé du frère survivant qui donne à ses parents et à tous leurs voisins le logement social tant attendu. 

Remarque : si l'on en croit ces deux films romancés, chaque famille italienne aurait compté un Brigadiste dans ses membres. Un peu extrême, quand même... Cela m'a rappelé une discussion avec des amis après avoir revu la série "La miglior gioventù" : on y décèle finalement une vision berlusconienne de l'histoire contemporaine de l'Italie, dans laquelle la gauche n'a pas su se dépêtrer de ses tentations de violence et où surtout Mai 1968 a semé les germes durables du désordre et de la chienlit. Un désordre dont l'Italie ne peut se sortir qu'en rompant avec toute idéologie... sauf libérale. Un refrain qu'on entend beaucoup en France ces temps-ci.

Dans ce dernier film, l'analyse est encore plus nette puisque les néo-fascistes sont présentés comme de minables bagarreurs, avec un rien de sympathie condescendante, et n'ont évidemment aucun rapport avec le terrorisme de droite qui, malheureusement le film n'en fait pas mention, a participé aux "années de plomb" au même titre que le terrorisme d'extrême-gauche. Bien que le réalisateur se dise de gauche, il trahit une vision manichéenne qui ignore le rejet et la condamnation sans équivoque par toute la classe politique, à commencer par la gauche justement, de la violence terroriste - condamnation qui a  permis ensuite le lent travail de "contrition" des brigadistes condamnés et repentis, dès les années 1980.

Montalbano4 Mention particulière, quand même, à Luca Zingaretti qui a accepté de tourner le rôle du vendeur de nappes nostalgo-fasciste et réussit, avec un naturel toujours aussi convainquant et un fort accent romain, à faire oublier le personnage sicilien du commissaire Montalbano qu'il a imposé à la télévision. Un grand acteur. Mention particulière également pour la reconstitution historique, avec une profusion de Fiat 500 et 600, et des deux-roues des années 1960 et 70 dont un Solex, un Guzzi Zigolo, une Gilera, sans oublier un extraordinaire "hymne à la joie" de Beethoven revisité à la sauce Mao-Marx.   

Les dentelles du Concorde

Concorde1969 Comme une super-star dont on offrirait les jupons et dentelles à la vue du public, un grand déballage des dessous du Concorde est organisé le week-end prochain (27, 28, 29 septembre et 1er octobre) à la Halle aux grains de Toulouse où l'on dispersera toutes sortes de pièces détachées, de toutes les tailles et à tous les prix, pour le plus grand bonheur des collectionneurs mais avec un rien d'indiscrétion sur l'intimité du géant supersonique.

Eric_cabanis_afp Réalisée au profit de l'Aérothèque, organisme toulousain qui conserve le patrimoine aéronautique de Sud-Aviation, de la SNIAS, Aerospatiale, Aerospatiale-Matra puis EADS et Airbus, cette vente est en même temps une commémoration de ce qui, malgré une fin douloureuse, a été une très grande réussite technologique franco-britannique, un incontestable succès européen, précurseur des succès actuels d'Airbus, le champion européen qui arrive à damer le pion aux constructeurs américains.

1er_vol Tel est en tous cas le message que développement les deux auteurs de l'introduction du catalogue réalisé pour cette vente aux enchères, André Turcat, pilote d'essai de Sud-Aviation et de la SNIAS, et en tant que tel pilote du premier vol Concorde, et Gérard Gabrilot, président de l'Aérothèque et ancien chef du service Support technique à l'Aérospatiale. Ici Turcat, deuxième à partir de la droite, après le premier vol d'essai du Concorde.

Mais la lecture de ce catalogue très riche et varié ressemble, et ce n'est pas un hasard, à un catalogue de pièces détachées : en réalité, certaines de ces pièces détachées sont encore dans leur emballage d'origine et n'ont jamais volé, tandis que d'autres viennent d'appareils ayant effectivement été en service.

Concorde_dpche Il y a les pièces mythiques, qui vaudront très cher au-dessus des estimations de départ. Ainsi le "machmètre" qui mesurait la vitesse en Mach, avec une zone rouge légèrement au-dessus de Mach 1, estimé au départ entre 1.500 et 2.500 Euros. Egalement exceptionnel, un train avant complet dans sa caisse en bois de 3,80 m de haut sur 1,55 de long et 0,84 de large, qui pèse plus de 1,2 tonnes. Son prix est évalué entre 2.000 et 3.000 Euros. Egalement très beau, ci-dessus, l'indicateur d'horizon avec un beau ciel bleu dans un boîtier noir, à environ 1.000 Euros.

D'autres objets esthétiques coteront certainement, comme ces photos à tirage unique de l'avion, des assiettes et couverts au couleurs du Concorde, des gravures et des maquettes de l'avion en bois : des objets plus décoratifs que révélateurs de technoogie. Les amateurs de techno leur préféreront les vérins, soupapes, manomètres, pompes hydrauliques, carters, volets, altimètres et commutateurs, glaces de cockpit en triplex, certains à des prix très accessibles, y compris de très belles ferrures d'attache moteurs évaluées entre 50 et 100 Euros !

Plus personnels et humains, des ceintures passagers (200 à 300 €), casques d'équipage (400-800 €) et même un siège de toilette tout blanc sur sa caisse d'origine, entre 400 et 800 Euros. De quoi combler en tous cas tous ceux qui avaient raté une vente similaire réalisée en 2003 en Grande Bretagne avec les stocks de pièces détachées de British Aeospace. Concorde n'a pas fini de dévoiler ses charmes !

Photos : Archaéro / Eric Cabanis AFP / Aerostories / La Dépêche du Midi.

Coriace, pas Curiace

Je continue à lire avec curiosité les analyses sur la stratégie de retour de Ségolène Royal, et dois reconnaître que celle-ci est parfois plus percutante par ses silences que par ses déclarations, ce qui ne l'empêche pas de manier l'humour quand elle retourne à son avantage la critique qu'on lui avait faite de se prendre pour Jeanne d'Arc.

Mais laissons la tactique verbale et revenons à la stratégie. Comme l'écrit finement Libé, il ne faut pas surtout qu'elle structure une "tendance" interne au PS au risque de s'y enfermer et de se heurter isolément aux autres clans ligués contre elle : ce serait une stratégie des Curiace, qu'elle a eu la sagesse de ne pas adopter. Faute d'adversaire, le clan des anti-Ségo n'a pas de ciment et perd sa cohésion, qui a du reste toujours été artificielle.

Alors quoi ? Présente à l'université d'été de La Rochelle, et l'une des rares à l'être parmi les figures de proue du PS, on ne peut pas lui reprocher de s'en être mise à l'écart. Elle y a cotoyé François Hollande, qu'elle ne critique pas ouvertement en ce moment, à la différence d'un nombre croissant de caciques du PS. De même, elle a exprimé son chagrin pour la charge éléphantesque de Jospin, sans se porter sur le terrain de l'invective. Elle continue enfin à jouer le jeu de la discipline interne du parti, tout en essayant de compter ses supporters à l'extérieur comme à l'intérieur : difficile de ne pas se faire taxer de "fractionniste" si elle structure un courant interne, ou "d'anti-parti" si elle rassemble ses partisans à l'extérieur, genre réseaux Démocratie d'avenir. La sagesse est de ne pas précéder le mouvement, mais de l'accompagner quand il sera mûr.

Son seul challenger véritable, DSK, Nicolas Sarkozy a eu l'obligeance de lui trouver un destin international, à défaut de destin national, l'occupant ainsi à l'extérieur des bagarres de la gauche. L'éternellement jeune Fabius, qui commence à compter les rides et l'âge qu'il aura à la prochaine présidentielle, en est réduit à tirer des bords sans afficher clairement le cap, comme il l'a souvent fait dans sa louvoyante carrière. Les Gracques s'agitent, à mi-chemin désormais du PS et du MODEM, et même plus loin pour certains devenus très proches de la majorité présidentielle. Et ce n'est pas Michel Rocard, toujours sémillant mais parfois un peu difficile à suivre, qui éclairera leur lanterne, ni la nôtre, d'ailleurs.

La réalité politique est ailleurs, et le calendrier n'est pas seulement celui du lointain, très lointain congrès du PS. Il est celui des municipales, sur lesquelles les sections et les fédérations socialistes ont commencé à travailler et à batailler, et qui représentent l'enjeu véritable et le plus proche. En face, la droite est réduite à l'expression quotidienne du seul président de la République, avec le risque d'une saturation du public et d'un ras-le-bol de l'électorat. Et une fragilisation du président qui ne pourra plus compter sur un premier ministre dépossédé de sa fonction de fusible. D'ici que les syndicats descendent dans la rue et arrêtent les trains, les métros et les écoles, l'actualité ne sera plus les bouquins ravageurs qu'on voit aujourd'hui en tête de gondole des libraires, mais la réalité économique et sociale des Français. Là sera le débat, là le discours. On reparlera alors, certainement, de démocratie participative et de désirs d'avenir.

Les Russes de retour

Ce n'est pas une déclaration, ni une action particulière, plutôt un faisceau d'indices : la puissance russe est de retour, dépouillée de son manteau soviétique mais forte d'un passé historique, d'un territoire continental, d'un poids économique de puissance, et surtout d'une volonté de ne pas subir l'hyperpuissance de qui que ce soit d'autre. Après une éclipse de presque quinze ans, voici revenir la Russie sur la scène internationale.

Laissons de côté le déclamatoire, ou par contraste la relative discrétion des propos officiels de Vladimir Poutine et de son régime. Le langage du corps est beaucoup plus parlant, de l'immersion d'un drapeau sous la banquise polaire jusqu'au survol de l'Atlantique nord par des bombardiers. Une remarquable analyse de Laurent Zecchini dans le Monde, "le réveil de l'armée russe", décrit la renaissance de cette immense armée. Une renaissance qui doit moins à la volonté de revanche de ses généraux - jamais remis de leur échec afghan - qu'à la volonté de puissance des dirigeants politiques

Il cite à cet égard un diplomate selon lequel "nous assistons au retour de la Russie des tsars. Il n'y a pas de la part des Russes de vraie menace militaire, mais c'est le retour d'une diplomatie de force, et nul ne sait sur quoi elle peut déboucher".

Certes il n'y a pas de menace militaire directe, au moins pour les Européens : la Russie n'a plus la profondeur stratégique du Pacte de Varsovie et ses forces doivent encore passer par le processus d'une professionnalisation et d'une modernisation réelles, à l'instar de ce qui a déjà été fait dans la plupart des pays occidentaux. Mais cela n'empêche pas cette armée de refaire surface ailleurs dans le monde, là où on avait perdu l'habitude de la voir, et d'abord auprès de ses anciens alliés.

D'après la lettre stratégique TTU, la Russie aurait ainsi décidé de remettre en service sa base navale de Tartous, sur la côte syrienne, ancienne base logistique d'où rayonnait la présence militaire russe en Méditerranée. La lettre TTU évoque à cet égard une inquiétude des responsables israéliens mais il me semble que, bien au-delà d'Israël, c'est un signal fort pour tous les riverains de la Méditerranée, devenue un lac de paix depuis la fin de la guerre froide.

Il n'est pas impossible non plus qu'on voie la présence russe, diplomatico-militaire, se réaffirmer bientôt auprès de l'Iran, et compromettre sérieusement les chances européennes de faire progresser une médiation sur le problème du nucléaire. On voit en tous cas cette présence s'affirmer partout avec une vigueur sans précédent sur le marché international des armements. L'industrie russe, autrefois éclatée entre pays du Pacte de Varsovie, y compris en Ukraine, et qui a dû se restructurer drastiquement, bénéficie aujourd'hui d'un budget de la défense en hausse rapide et d'un soutien sans faille à l'exportation.

L'industrie de défense russe représente ainsi un vecteur d'influence d'autant plus privilégié que, à la différence de l'industrie européenne en particulier, elle n'est pas contrainte par tout l'arsenal de règles éthiques qui limite aujourd'hui la compétitivité de celle-ci : convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines anti-personnel, convention OCDE pour l'interdiction de la corruption de fonctionnaires dans les marchés d'armement et surtout absence d'un contrôle gouvernemental rigoureux sur les exportations de matériel de guerre... autant de règles dont l'industrie russe, comme l'industrie chinoise ou nord-coréenne, s'affranchit totalement.

Considérée jusqu'à récemment comme une simple concurrence déloyale, cette pratique de l'industrie russe qui fausse les règles du marché pourrait être examinée avec plus de circonspection si on s'apercevait que, derrière les enjeux commerciaux, c'est d'un véritable retour de la stratégie d'influence qu'il s'agirait. La compétition sévère pour équiper les forces armées en Inde, par exemple, ne serait donc plus de nature commerciale mais véritablement politique : un signe qu'on glisserait vers une forme renouvelée de guerre froide, non plus en Europe mais au Moyen-Orient et en Asie.

Baron d'Orient

La fin d'une carrière journalistique est un événement qui passe généralement inaperçu, même quand il s'agit de quelqu'un qui a marqué le paysage dans le monde étroit des spécialistes du Moyen-Orient, je veux parler de Xavier Baron. Je prends la liberté de rompre ce silence, au risque de heurter sa modestie.

Image Xavier, qui quitte la semaine prochaine son service après quarante années ininterrompues à l'Agence France Presse, a pris contact avec le Proche-Orient un jour de septembre 1970 qu'il revenait d'un reportage à Pnom Penh, lors d'une escale à Tel Aviv. Quinze jours plus tard il était à Amman pour couvrir Septembre Noir. Il ne devait plus quitter la région dont il deviendra, à force de travail patient et méticuleux, un grand spécialiste, correspondant permanent à Beyrouth quand il n'était pas au Caire, à Amman, Damas et Bagdad, au fil des crises et des guerres, avant d'installer le service arabe de l'AFP à Nicosie.

Promenant partout son regard grave et curieux, alors abrité derrière ses moustaches comme tant de journalistes dans cette région, il sera l'un des premiers à observer les Palestiniens autrement que comme des réfugiés sales et indisciplinés, ou des terroristes sanguinaires, comme on les voit dans des clichés de presse qui ont la vie dure. Il en sortira "Les Palestiniens, un peuple", un ouvrage documentaire et froid à force d'être objectif, mais qui sera une somme et dont il fera vingt ans plus tard, à la demande de son éditeur, une deuxième édition complétée.

Image1Ami de tous et ennemi de personne, il sera bien sûr catalogué comme pro-palestinien à cause de cet intérêt suspect pour une cause alors condamnée - personne n'imaginait dans les années 1970 qu'Arafat ramènerait les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, et encore moins en 1982 quand il leur fallut évacuer Beyrouth par la mer et par la Bekaa. Mais pour avoir eu le plaisir de travailler brièvement à ses côtés en plein siège de Beyrouth, je peux témoigner non seulement de son sang-froid, mais de son attachement à rester toujours factuel, au-delà de toute émotion, et avec l'abnégation de ces moines de la presse écrite que sont les agenciers. Avec une équanimité sans faille : ses rares engueulades comme chef de bureau, jamais injustes et plus souvent justifiées, se limitaient à un froncement de sourcil désapprobateur qui vous remplissait de confusion.

Dscf8458 Rendre hommage à Xavier, c'est rendre hommage à tous ceux qui l'ont précédé ou suivi à Beyrouth, et dont nous évoquions aujourd'hui la mémoire, dans un restaurant libanais proche de l'AFP : André, Georges, David... De grands noms pour nous, des inconnus du public car les agenciers sont les soutiers de la presse et ne sont connus le plus souvent que par les journaux qui utilisent leurs dépêches pour faire leurs propres articles. Certains se font un nom en allant à Libé, au Monde. Les autres restent cachés dans l'anonymat de l'agence.

La richesse de ces journalistes est de savoir qu'ils sont indispensables, beaucoup plus que tous ces envoyés spéciaux d'un jour ou d'une semaine qui font "un plateau" et puis s'en vont. Indispensables pour accueillir le confrère et l'éclairer, le "tuyauter", l'accompagner. Pour comprendre un pays en profondeur, vivre avec lui, ressentir comme lui sans se laisser emporter pour autant par les émotions et les indignations de la rue.

Dscf8457_2 Nous étions aujourd'hui une bonne bande de ceux-là, avec Ignace, Fouad, Luc, Florence, nos deux complices des premiers jours à Beyrouth et de Damas Nadra et Antoinette, et Henri, et Joseph... Sans nostalgie, mais avec la satisfaction d'avoir été là où il fallait, quand il le fallait, nous avons bu à la génération suivante, celle qui a pris le relais sur le terrain. Sans exagérer, c'est un peu à eux tous, à l'AFP, à cette façon de faire du journalisme sans poser d'a priori idéologique et sans démoniser personne, que la France doit d'avoir conservé sur le Moyen Orient un regard différent, un regard authentique. Puisse la France conserver longtemps sa liberté d'analyse et de compréhension ! Merci, Xavier, d'y avoir autant contribué, et aussi longtemps.

Ségolène, Sarkozy, un parallèle étonnant

Les Français ont la mémoire courte, à gauche en particulier : le PS, qui semble ne pas être d'accord avec les critiques de Nicolas Sarkozy sur la gestion de l'Euro par le président de la Banque centrale européenne, aurait-il oublié les critiques sévères contre le même Jean-Claude Trichet formulées en décembre 2006 par Ségolène Royal ?

Et puisqu'il faut parler d'amnésie, et pour bien faire comprendre que malgré le paragraphe qui précède je ne suis pas un éditorialiste du Figaro, la droite avait alors fait un tollé aux propos de la candidate de gauche, accusée de tous les maux dont évidemment l'incompétence, pour avoir remis en cause le fonctionnement de la Banque européenne.

"Ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants démocratiquement élus", avait-elle dit simplement, expliquant que le président de la BCE devait aussi rendre des comptes au Conseil européen des ministres. Les critiques du président de la république sont moins génériques, car plus circonstanciées à l'attitude de non-réponse de Trichet aux pressions sur le marché financier de la crise immobilière aux Etats-Unis, qui se répercute sur les taux d'intérêt des banques et provoque déjà des difficultés en Europe (voir ma note d'hier). Mais c'est le même raisonnement : il n'y a pas de souveraineté de la BCE au-dessus de celle des pays qui l'ont créée.

Le paradoxe n'est qu'apparent, dans cette ressemblance de parcours - on pourrait trouver autant d'exemples en politique étrangère - entre celui qui a été élu et celle qui a failli l'être : tous deux représentent la rupture au sein de leur camp. Sarkozy a rompu avec l'idéologie immobiliste de l'UMP, et imposé une ouverture qui a mécontenté autant à droite qu'à gauche, chez les politiques professionnels.

Ségolène avait osé la rupture à gauche, en tendant notamment la main à Bayrou et en court-circuitant l'appareil du parti pour aller au devant des électeurs, et n'a pas été portée par ses propres soutiens : à la différence de Sarkozy, qui avait pris d'assaut l'UMP et était parti en campagne avec bien deux années d'avance, Ségolène n'avait obtenu qu'une investiture réticente aux primaires, à six mois de l'échéance électorale.

La rupture à gauche, on continue à en parler et on ne la voit toujours pas. Je voulais aller à la fête de l'Huma, puis j'ai entendu des compte-rendus du débat d'hier entre Marie-George Buffet, François Hollande, Besancenot et... c'est qui déjà chez les Verts ? Bref chacun a campé sur ses positions, et la raison est simple : chacun de ces leaders ne représente que la partie la plus immobiliste, la moins audacieuse (même avec des slogans "révolutionnaires") de sa formation. Et puis l'odeur des merguez-frites, évoquée par France-info, m'a fait fuir.

Non, j'ai un grand regret : ne pas avoir été disponible pour aller au Forum de Libé à Grenoble, où soufflait l'air de la nouveauté. Même ceux du PS qui sont les plus critiques envers "l'ouverture" étaient là pour dialoguer avec des ministres du gouvernement Sarkozy (on ne dit plus gouvernement Fillon, on dit gouvernement Sarkozy, c'est plus rapide) et ce que j'ai pu en lire pour l'instant m'a rassuré : non, les idées de gauche ne sont pas mortes et personne n'a le monopole de l'ouverture.

Quant à la rupture, je reconnais que celle de Sarkozy a "fonctionné" auprès de l'électorat, et attends avec impatience qu'une dynamique Ségolène renaisse : un PS qui se contente de critiquer d'avance la remise en cause des statuts spéciaux dans les régimes de retraite ne fait que défendre les intérêts corporatistes de sa base de fonctionnaires, ce n'est certainement pas un discours qui fera progresser la gauche dans l'opinion publique.

Crise du capitalisme : le retour

La presse britannique jouait ce matin un remake du film célèbre sur la crise de 1929, avec de grands titres alarmistes et des photos d'épargnants faisant la file pour retirer leurs économies d'une banque en cessation de paiements.

"Panick on the High Street" dans le Daily Telegraph, "Banking turmoil hits the street" à la une du Financial Times, "Savers besiege bank" sur The Guardian. Des photos humiliantes poun un pays aussi prospère et florissant, avec des personnes âgées faisant de longues queues comme on en voyait autrefois devant les magasins dans les pays de l'Est, avant qu'ils ne découvrent le capitalisme.

Tout ça parce qu'une banque britannique spécialisée dans le crédit hypothécaire, la Northern Rock de Newcastle, s'est trouvée mise en danger par la crise de l'immoblier. Les déclarations de l'association des banques britanniques et du ministre des Finances disant que cette banque serait soutenue n'ont pas suffi à rassurer les clients qui se sont précipités pour retirer leurs dépôts.

Mais comme nous sommes quand même en 2007, et grâce aux progrès technologiques réalisés depuis 1929, les épargnants affolés ont commencé par retirer leurs dépôts sur Internet, faisant selon le Guardian sauter les sites de plusieurs banques. Pour finalement reprendre la bonne vieille habitude des files devant les guichets.

Je laisse aux spécialistes le soin d'analyser comment la crise de l'immobilier aux Etats-Unis s'est étendue par contamination au marché financier britannique. Le gouvernement se veut rassurant en affirmant que "pour l'instant, il y a plein d'argent dans le système, les banques ont toutes les liquidités qu'il leur faut ; à condition de ne pas faire autant de crédit à court terme que la Northern Rock".

Donc quelque part il y aurait une morale : les banques qui sont le pus responsables du surendettement des ménages découvrent  à leur tour les affres des fins de mois difficiles. Ce n'est pas, pour autant, la fameuse auto-régulation du système capitaliste que nous vantent les doctrinaires de l'ulra-libéralisme. Plutôt la manifestation de craquements inquiétants : et si le virus traversait la Manche ? 

PS : les photos n'ont rien à voir avec la crise mais je suis fasciné par ces vieilles barges à voile qui naviguent encore sur la Tamise, et par le spectacle toujours renouvelé du Pont de la Tour de Londres...      

Risque terroriste intégré

L'un des plus courants parmi les menaces à la sécurité, le risque terroriste est désormais pleinement intégré dans les équipements, parades et entraînements des forces militaires et de police, comme en témoignent certains stands sur les grands salons d'armement comme DSEI à Londres - un salon qui coïncidait avec l'anniversaire du 11 septembre.

Le risque le plus fréquent sur les théâtres actuels, Irak et Afghanistan, est celui des IED (Improvised Explosive Devices) ou engins explosifs de circonstance, visant les véhicules même les plus protégés, et qui sont passés des modèles rustiques (mines piégées) aux dispositifs les plus élaborés, avec télécommandes et même utilisation des téléphones portables.

Outre les parades électroniques et électro-magnétiques, sur lesquelles une certaine discrétion est maintenue pour ne pas donner d'indications à ceux qui mettent au point ces IED, les systèmes de dépiégeage et désamorçage à base de robots télécommandés se multiplient, chez les grands constructeurs comme Lockheed ou chez de petits fabriquants artisanaux, tous avec un bel assaut d'ingéniosité : robots à pince, petits et gros, tous sont capables de participer au dépiégeage et au déminage sans danger pour leurs utilisateurs, placés à distance de sécurité.

La nouveauté réside dans les simulateurs de commandos-suicides, vus pour la première fois à Londres et proposés par un petit constructeur de l'île de Man, MilPolice Equipment. Ici, trois mannequins, un blond et deux moustachus basanés (pour maintenir l'équilibre du politiquement correct, sans doute), portant des ceintures avec de gros cylindres explosifs, sont placés sur des plates-formes à roulettes pour être déplacés au milieu d'une foule de figurants.

Pour les forces de l'ordre, civiles ou militaires, l'entraînement consiste à neutraliser ces "terroristes" sans atteindre les civils. Et à préserver justement les civils pris en otages par les commandos-suicides, comme c'est fréquemment le cas.

Chacun de ces mannequins est équipé d'un gilet portant des charges qui simulent les explosifs réels : chaque cylindre est chargé de Co2 et de craie, provoquant un bruit d'explosion et dégageant de la fumée sans recours à des moyens pyrotechniques, et sans dommage pour le porteur ce qui le rend utilisable par des personnes et pas seulement des mannquins.

Avantage de ce système, qui permet un entraînement sans risque pour les forces concernées, il est réutilisable par rechargement des simili-charges. Un avantage indéniable sur le commando-suicide réel, où le terroriste et sa charge ne sont pas réutilisables, en principe.   

Mode mili automne-hiver

La mode contemporaine, notamment du fait des surplus, est de plus en plus influencée par le vêtement militaire, d'où l'intérêt de voir comment la mode militaire évolue elle-même en fonction de la nature des conflits et des pays où ils se déroulent. Le salon des équipements de défense DSEI, qui se tient cette semaine à Londres, est une bonne occasion de parcourir les tendances actuelles et d'en anticiper l'impact sur le prêt-à-porter futur.

D'abord, le camouflage règne partout, avec une préférence pour les couleurs claires : beige et grège. On n'en est plus aux teintes désert de la guerre du Golfe, mais aux paysages semi-désertiques de l'Irak et de l'Afghanistan où quelques taches de végétation viennent rompre la monotonie, avec des taches de plus en plus petites pour casser les formes et brouiller les contours.

La part croissante du combat urbain sur les  différents théâtres d'opérations fait que les treillis s'adaptent également aux couleurs et formes de ce cadre. De même, la nécessité d'opérer hors combat prévoit des versions avec casquette lorsque la sécurité n'impose pas le port du casque et gilet pare-éclats, notamment en maintien de la paix.      

Bien sûr, le mieux pour disparaître  complètement est de se dissimuler derrière des dentelles ressemblant à des végétaux : les concepteurs font preuve alors d'une imagination débordante que ne démentiraient pas les grands couturiers style Lacroix. Mais il s'agit de compléments vestimentaires pour tireurs embusqués, peu propices à la mobilité et qui ne constituent donc par l'équipement de base. Compléments comme les foulards et keffiehs, pour protéger du sable et du vent, généralement assortis ou coordonnés aux teintes de l'uniforme.

Egalement à la mode, le noir couleur de la nuit : l'apanage des forces spéciales opérant dans l'obscurité, qu'il s'agisse de militaires ou de forces de maintien de l'ordre type police ou gendarmerie. Le seul camouflage est alors de se fondre dans le noir et d'éviter toute surface claire repérable par l'intensificateur de lumière.

Parmi les accessoires indispensables, le masque à gaz complète la tenue de protection chimique. Le risque chimique reste une probabilité sur tous les champs de bataille, et les équipements de protection et de décontamination sont de plus en plus élaborés. Difficilement utilisables, en revanche, en version "casual" civile, car très chauds à porter.

Accessoire hors du commun, celui enfin qui permet à un parachutiste de se transformer en planeur : une paire d'ailes rigides, dans ce modèle "Gryphon", qui permettent à un chuteur opérationnel de voler sur 40 km s'il est largé à 10.000 mètres d'altitude. Un vol plané de presque un quart d'heure, c'est le rêve d'Icare réalisé ! Moins cher en tout cas que le vol en navette spatiale, même s'il n'est pas encore accessible au grand public...