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Les chars jouets (5)

Parallèlement au char en tôle, apparu dès 1918 et produit jusque dans les années 1970 en Europe, l’automitrailleuse en tôle mérite un développement à part, par sa thématique autant que par son esthétique. Ce billet sur le char à roues et l'automitrailleuse conclut donc la série des "chars jouets". En effet l’automitrailleuse étant antérieure au char, les jouets la représentent dès la fin du XIXe siècle, en plomb ou en alliage, puis en tôle à moteur mécanique.

1 canon automoteurSignalé dans les catalogues de jouets du début du XXe siècle, ce petit « automoteur » en plomb sur chassis fantaisie en alliage à quatre roues, de fabrication française, tirait des grains de riz de son petit canon à ressort intégré, à l’échelle des soldats de plomb de l’époque.

2 Automitrailleuse alliage En alliage également, mais plus petite encore, l’automitrailleuse à tourelleau armé d’une arme lourde était sans doute beaucoup plus proche de la réalité des matériels en dotation dans l’armée française. L’uniforme bleu horizon des deux servants, le tireur et le conducteur, ainsi que le profil de l’avant du véhicule suggèrent plutôt la fin de la Première guerre.

3 Automitrailleuse tolePlus ancienne sans doute, mais déjà en tôle simplement peinte, et non pas imprimée, l’automitrailleuse porte le même canon à ressort des soldats en plomb qui équipait le premier engin mentionné ci-dessus. La fabrication de tôle est rudimentaire puisque la tôle est simplement soudée, et non pas assemblée par des pattes repliées comme on le fera ensuite. Des filets d’or rehaussent la peinture grise et donnent un certain cachet à ce jouet plutôt rare.

4 Automitrailleuse CKO Du côté allemand, cette automitrailleuse Kellermann Schützenpanzer, de la firme CKO, illustre le réarmement allemand des années trente. Tôle imprimée à rivets apparents, moteur mécanique, c’est déjà la technique qui fera le succès des jouets militaires allemands. Très grossière, la double mitrailleuse de la tourelle comporte une base unique à pierre à briquet, qui génère des étincelles en rebondissant sur un frottoir qui tourne avec le moteur.

5 Automitrailleuse K 343La firme CKO accompagnera du reste l’effort industriel allemand en copiant les principaux modèles mis en dotation dans la Wehrmacht, dont le K-343 et le K-347, beaucoup mieux finis que les précédents, et portant le camouflage centre-Europe qu’on verra progressivement remplacer la peinture grise.

Les plus beaux sont sans conteste les jouets produits 6 Réutilisation allemande par Typco, comme pour les chars. Mais un exemple particulier du dynamisme des fabricants de jouet allemands se retrouve dans cette séquence où l’on voit une automitrailleuse « A-572 », fidèle réplique d'un modèle réel de l’armée allemande, changer de robe, de tourelle et voir ses deux roues remplacées par des chenilles, pour devenir après-guerre un très honnête half-track qui ressemble à tout sauf à un half-track américain, mais qui arbore de superbes marquages style « US et alliés - Libération ».

7 Puma En France, dans une superbe boîte marquée « Engin Blindé de Reconnaissance », une automitrailleuse proposée dans les années 1950 par Vébé ne ressemble en rien à l’EBR de Panhard mais beaucoup plus au Puma allemand de la fin de la guerre, y compris dans la peinture grise. D’autant qu’elle a huit roues à pneus comme le Puma, et non pas quatre roues extérieures à pneus et quatre roues internes métalliques (dites agricoles) comme l’EBR. Ce jouet reprend aussi beaucoup de la technique allemande, moteur à ressort, pierre à étincelles, et la tourelle tourne quand l’engin roule. 8 Automitrailleuse INGAP

  En Italie, le constructeur de Padoue INGAP (Industria Gioccatoli di Padova) propose à la fin des années 1950 une jolie automitrailleuse à quatre roues et trajet programmable. Mais l'on n'est déjà plus dans tôle.

Enfin Joustra (les Jouets de Strasbourg) propose un étonnant véhicule à huit roues, lançant deux missiles sur deux rampes parallèles, sorte de synthèse entre les lance-roquettes multiples et les lanceurs de missiles tactiques. Là nous sommes dans les engins de l'artillerie, un domaine différent.

Avis de tsunami

Les armées françaises bruissent des rumeurs les plus folles : reformatage drastique, externalisation des services, privatisation des équipements, fusion des régions militaires en régions interarmées, disparition des états-majors d'armée derrière un unique super-état-major des armées, aucun niveau n'échappe à la spéculation...

Une chose est certaine, au-delà des inquiétudes, fondées ou irréelles : le travail de réflexion de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale n'est que la partie immergée d'un gigantesque iceberg contre lequel les armées se voient catapultées à toute la vapeur du Titanic, ou la vaguelette qui cache le Tsunami.

Difficile de savoir la réalité. Dans ce genre de réforme en profondeur, le déballage public n'est pas un gage d'efficacité et la défense reste une mission au service du pays, pas au service de l'institution militaire. Et si la commission du Livre blanc auditionne en public, avec diffusion télévisée sur la chaîne parlementaire LCP et sur le Net, ses travaux de réflexion ne sont pas divulgués et par exemple les parlementaires n'y sont pas associés, ce qu'ils déplorent.

Paradoxe également, un gouvernement de droite, même s'il se dit de rupture, est plus légitime aux yeux de l'institution militaire qui a ainsi du mal à lui faire un procès d'intention. On imagine sans peine la tonalité bruyante des rumeurs de popote et des éditoriaux signés de grands officiers généraux si le même travail avait été entrepris par une présidente et un gouvernement de gauche. Aujourd'hui les popotes bruissent donc à voix basse, ce qui n'enlève rien à l'inquiétude des 100.000 machoires et autres hauts-lieux de réflexion stratégique.

Le calendrier est certainement l'inverse de ce qui est annoncé : les conclusions du Livre banc seront rendues dans quelques mois pour orienter la future loi de programmation militaire qui doit démarrer pour l'exercice budgétaire 2009. Cela c'est pour le long terme. Dans l'immédiat, des décisions sont attendues à la fois sur les programmes, avec la "revue des programmes", et sur les structures, avec un rapprochement plusieurs fois annoncé de la gendarmerie et des autres forces de l'ordre, et une refonte des structures de l'armée de terre. Ce n'est pas encore la fusion des armées au sein d'un grand pôle "défense-sécurité", mais c'est sans doute un premier pas dans cette direction.

Certains politiques critiquent le fait que des décisions aussi lourdes soient prises alors que les grandes orientations ne sont pas arrêtées. C'est oublier que la programmation actuelle n'est plus exécutable, faute de crédits budgétaires pour mener à bien les programmes lancés. Depuis André Giraud, cela fait vingt ans que les ministres de toute couleur et de toute tendance lancent des programmes sans se soucier du financement par leurs successeurs - le dernier exemple étant le 2e porte-avions, lancé de façon plus velléitaire que volontariste par Michèle Alliot-Marie.

Une remise à plat est donc nécessaire, avant même de décider des choix stratégiques futurs : sans un inventaire et un recentrage des moyens, il est de toute façon illusoire de croire qu'on pourra infléchir ou mener une politique, d'où l'urgence à revoir l'ensemble des programmes déjà lancés pour reconquérir des marges de manoeuvre budgétaires. Aux Etats-Unis, le Congrès n'hésite pas à arrêter et supprimer tel programme s'il lui semble ne plus correspondre à un besoin opérationnel, ou ne pas donner satisfaction dans son développement.

Enfin les perspectives d'externalisation des services et de la maintenance procèdent d'une logique déjà illustrée avec succès par les Britanniques, qui ont retrouvé par ce biais une plus grande efficacité dans la projection des forces en consacrant la priorité de leur effort budgétaire à l'opérationnel. Livre blanc ou pas, cette évolution est inévitable, voire très souhaitable. D'autant que la France risque d'avoir de gros besoins si elle entend maintenir son poids politico-militaire : le récent renforcement du dispositif aéroterrestre en Afghanistan, celui des moyens navals dans l'Océan indien et au large de la Somalie, autant de missions qui demanderont un effort accru des forces armées et une rééquilibrage de l'organique vers l'opérationel.

Dans cette tempête qui se prépare, chacun jouera son rôle : l'exécutif dira qu'il parle au nom des intérêts supérieurs de la nation, l'opposition défendra le contrôle démocratique du processus. Certains chefs militaires partiront en claquant la porte, comme cela se faisait autrefois, facilitant ainsi le jeu naturel de l'avancement dans les armées. Arrivera aux commandes une nouvelle génération d'officiers, ceux qui auront commandé dans une armée entièrement professionnalisée. Les ressources et la faculté d'adaptation de l'institution militaire française sont le plus sûr garant de la réussite d'une vraie réforme en profondeur des armées. Cette fois, le Titanic ne coulera pas !

Les chars-jouets (4)

Après les chars jouets de la première guerre mondiale, le Kriegspiel allemand puis la revanche du Sherman, ce quatrième billet conclut la série sur les chars-jouets en tôle, qui ont fini par perdre la guerre… contre le jouet en plastique.

Si la mode du jouet guerrier tend à décroître dans les années cinquante, aussi bien dans les pays européens touchés par la guerre mondiale qu’aux Etats-Unis, au profit du jouet « civil » et surtout le train mécanique qui explose en devenant électrique, certains constructeurs vont s’efforcer 2 - char_tchadde maintenir le créneau des chars en tôle.

C’est en particulier le cas de Joustra, les « Jouets de Strasbourg », une entreprise créée en 1934 par les frères Kosman et qui, profitant de la quasi disparition de ses concurrents allemands après 1945, va devenir le premier constructeur européen de jouets mécaniques jusqu’à ce que la concurrence asiatique, dans les années soixante, le force à se reconvertir dans le jouet artistique et technique.

9 - Tchad Le modèle le plus connu de 1 - char TchadJoustra est le char « Tchad » (au-dessus et ci-contre), décliné en trois couleurs (marron, vert, kaki), d’inspiration technique allemande (caisse de Panzer II, tôle imprimée à rivets apparents, deux mitrailleuses à l’avant comme les jouets allemands) mais d’esthétique très américaine (train de roulement, tourelle et canon).

3 - Puma de CHR Même hésitation pour le char géant « Puma » de CHR, à moteur mécanique et direction téléguidée par cable, où l’on distingue mal s’il s’agit d’un char allemand ou d’un char américain dans la forme, volontairement générique, ce qui étonnant pour un jouet de cette qualité, et qui reste un jouet étonnant par sa taille. De son côté, l’italien INGAP (Industria di gioccatoli di Padova) réplique imperturbablement le Panzer III allemand de Gescha repeint sous des couleurs fantaisistes, avec un petit moteur électrique commandé par un boîtier à pile.

C’est l’apparition de l’AMX-13 (et de l’AMX-40 dérivé de l’ARL-44 et resté à l’état de prototype) avec sa révolutionnaire tourelle oscillante, qui va amener de la diversité dans l’inspiration. 4    - Lorraine de Joustra Joustra produit un superbe « char Lorraine » (normal, pour une fabrique alsacienne) jouet tout en métal à chassis fantaisiste mais tourelle d’AMX 13 (photo 4). C’est aussi le cas pour le « Radarmatic » des Jouet Mont Blanc, en tôle imprimée avec accessoires en plastique, moteur électrique à piles. C’est encore plus flagrant pour une version plus petite du même constructeur, l’AMX-J, en tôle imprimée, moteur à friction et produisant des étincelles.

De plus en plus, à partir de la fin des années cinquante, c’est le plastique qui arrive dans la composition des jouets métalliques, et les moteurs électriques qui remplacent les moteurs mécaniques à ressort. On voit ainsi un TF-56 de Joustra où la tourelle et la partie inférieure sont en plastique, seul le dessus de la caisse en tôle imprimée offrant encore quelques détails : on dérive de plus en plus du modèle réaliste au jouet fantaisie et à la production privilégiant la quantité sur la qualité. Il s’agit d’une adaptation rapide, rendue nécessaire par l’arrivée d’une production concurrentielle, de masse et à bas prix, venant des pays d’Asie.

Le production asiatique est trop vaste pour être étudiée dans le détail. Encore aujourd’hui, les petits oiseaux mécaniques vendus dans le métro viennent le plus souvent de Chine, dernier pays à avoir maintenu le savoir-faire du jouet métal, moteur à ressort, grâce à une main d’œuvre à très bas prix – et il faut savoir les acheter à l’occasion, comme véritables objets de collection…

5 - MF074 chinois En Chine, la faiblesse en produits pétroliers – donc en matières synthétiques – va donc prolonger la production de jouets en métal. Le char chinois, à moteur à friction, robuste et peu cher, est le type même du jouet fantaisie à grande diffusion rappelant très exceptionnellement, avec un effort d’imagination, des modèles réels. C’est le cas du petit « MF-74 », dont la silhouette rappelle celle du JS-III russe. Pour le reste, la plupart de ces chars (MS-701, MF-179, MF-779, MF-062, etc), fabriqués à Shangaï, sont des jouets d’inspiration fantaisiste, peints de couleurs vives et très peu militaires.

8 - char fantaisie japonais Au Japon, l’inspiration est américaine, même quand les modèles ne correspondent à rien. On trouve des Sherman comme le « M-4 » de Taiyo, mais les sigles M-40 de Modern Toys ou M-45 de Eyco ne correspondent que de très loin à des chars réels ; la production japonaise tend aussi à incorporer des accessoires et des personnages en plastique et à évoluer vers les engins spatiaux et de science-fiction.

Les années soixante-dix verront ainsi la disparition quasi complète des chars en tôle imprimée, avec la séparation de deux marchés bien différents : le jouet pour enfants se détourne de plus en plus du militaria, et c’est aussi bien. Quant au char, il cesse d’être un jouet pour devenir un modèle réduit de plus en plus fidèle à la réalité, et les collectionneurs de Solido ou de Dinky Toys militaires, comme ceux qui construisent des maquettes en plastique, sont des enfants de plus en plus âgés…

Une note conclura la série sur les jouets en tôle, consacrée non plus aux chars mais aux blindés à roues, dont l’histoire mérite un développement particulier.

Les chars-jouets (3)

Apparu sur les champs de bataille dès 1942, le char américain M4 Sherman restera surclassé dans ses versions successives par ses adversaires allemands (Panzer 4, 5 et 6) dans la course au calibre et à la précision. Mais le rouleau compresseur allié, jouant de la quantité des chars (comme le T-34 sur le front russe, aux côtés du Sherman lui-même livré à l’armée rouge), et d’une suprématie absolue des soutiens artillerie et bombardement aérien, emportera la décision, heureusement pour les démocraties…

skate 007 Symbole de ce renversement du rapport de forces, le Sherman va apparaître sous forme de jouet dès avant la fin de la guerre. Dès le débarquement en Normandie en juin 1944, il va prendre possession du paysage de l’imaginaire, s’imposant dans une production de jouets où la production allemande disparaît dès le début de la guerre pour cause de rationnement du métal. Le blindé français, coupable (malgré lui) de réutilisation par l’armée allemande, ne figurera donc plus dans la gamme des jouets, sauf la chenillette Lorraine et quelques autres extrapolations plus ou moins fantaisistes de chars rappelant vaguement les Somua S-35 et Renault R-35.

Le manque de métal ne va pas empêcher l’apparition de jouets de fortune, pour célébrer l’arrivée de la coalition arrivée et la libération de la France. Des jouets de guerre apparaissent, en plâtre ou en terre, réalisés à partir des moules servant aux jouets en alliage d’avant 1939 (chenillettes). Dans le cas du Sherman, certains jouets sont étonnants car fidèles à la silhouette du char américain mais avec les peintures françaises d’avant guerre, et un équipage portant les casques français d’avant-guerre également. C’est le cas de ce char portant la mention « Jouet France », en plâtre avec des roulettes en bois, portant un étonnant camouflage et un équipage en tenue 1939, un soldat étant debout en capote derrière la tourelle, et qui a dû être produit en série limitée entre 1944 et 1945. Un autre petit char en plâtre, sans roulette, d’origine belge (Ourso), est plus une figurine qu’un jouet, avec deux antennes métalliques plantées dans la masse.

Autre exemple d’une production de guerre, ce char en bois, artisanal, dont le train de roulement est réalisé en bobines de fils, la seule pièce de métal étant une petite tige montée sur ressort à l’intérieur du canon pour lancer grains de riz ou boulettes de papier. La silhouette du Sherman est bien reconnaissable, et le nom « Dolly » peint sur le côté de la caisse vise à renforcer le look américain, mais il s’agit bien d’une production française.

D’autres jouets sont plus exacts dans leur rapport au modèle réel, et la plupart portent sur la peinture américaine vert olive l’étoile blanche de la coalition alliée. Une étoile qu’on retrouvera dans les cinq années suivantes sur les chars jouets allemands de la marque Gama, reproduisant toujours les Panzer 2 et 3 mais avec des tourelles et une décoration s’inspirant des blindés américains.

Avec le retour d’une relative disponibilité du métal pour la fabrication des jouets, vont apparaître des chars Sherman beaucoup plus précis, comme celui-ci à moteur mécanique et trajectoire orientable par levier fixe, ce qui ne constitue pas une véritable télécommande. Le jouet mécanique fait son retour en force dans les années cinquante mais avec une évidente évolution du marché vers des productions d’orientation civile : constructions mécaniques Meccano, voitures, trains, avions, beaucoup moins de « Militaria » qu’avant 1939, la génération des parents ayant traversé la guerre ne souhaitait évidemment pas revivre, par jouets interposés, des souvenirs dramatiques. Raison pour laquelle la génération du « baby boom » (enfants nés entre 1945 et 1950) ne connaîtra pas les petits soldats et leurs accessoires des générations précédentes !

Un prochain billet fera le point de la production des chars des années cinquante et soixante, notamment française (dont Joustra : Jouet de Strasbourg, Jouets Mont Blanc, CHR, etc). C’est à l’issue de cette période que le plastic aura progressivement remplacé le métal et la tôle dans la confections des jouets, pour des raisons autant de coût de fabrication que de sécurité du jouet lui-même. Le jouet en tôle restera encore fortement implanté dans certains pays asiatiques, dont le Japon, qui s’orientera vers des engins à mécanismes électriques de plus en plus sophistiqués, et la Chine, restée fidèle jusqu’à aujourd’hui au jouet mécanique traditionnel : outre les chars, la Chine produit encore des voitures à friction, motos, oiseaux à ressort et autres jouets traditionnels qui font la joie des collectionneurs.

7 Sherman japonais Bon exemple de cette lente évolution, où le Sherman reste une valeur refuge, ce Sherman japonais de marque Taiyo, des années 1960, à moteur à pile, vendu sur Internet comme beaucoup de ces objets désormais introuvables. Un demi-siècle plus tard, le Sherman est encore coté sur le marché de l’imaginaire, malgré toutes les guerres connues depuis et où le char s’est illustré sous des versions et modèles beaucoup plus modernes…

Les chars-jouets (2)

C4MarkCan Après l’apparition du char sur le champ de bataille en 1916 et la floraison de jouets inspirés du FT17 français et Mark britannique, l’immédiat après-guerre verra se développer le char en tôle dans de nombreux pays et sous les formes les plus variées. Mais c’est en Allemagne qu’il va triompher dans les années trente, sous le double effet d’une industrie du jouet mécanique déjà très dynamique avant guerre (Bing, Ernest Lehmann C°, Märklin, S.G. Gunthermann, Georg Fischer, J.L. Hess, etc) et d’un réarmement de plus en plus visible.

6 - GamaN°60 C’est ainsi que les 2 - chef de char Lineolmarques Gama, Märklin, TyCo, Diestler, CKO, Gescha, vont proposer les jouets les plus ingénieux et les plus robustes, parallèlement au développement d’un successeur économique au soldat de plomb, la figurine en résine de sciure et colle, sous les deux marques Lineol (à base carrée) de et Elastolin (à base ronde).

Après des modèles plus ou moins fantaisistes, le PanzerKampfWagen (PzKw) 1 va, de sa production en 1934 jusqu’aux années de la guerre, dominer la scène du jouet. 4 - Gama BoiteFacilement reconnaissable à sa tourelle à deux mitrailleuses, il sera adapté ensuite, en tant que jouet, par une simple modification de la tourelle et un accroissement de ses proportions, pour ressembler aux modèles successifs de la Wehrmacht, les PzKw 2 et PzKw 3, puis 4. La guerre mécanisée devient une réalité qui s’impose aux jeux des enfants, comme un véritable conditionnement, avec les bataillons de soldats en résine, la gamme complète des blindés et véhicules d’accompagnement : automitrailleuses, tracteurs d’artillerie, camions, etc.

1 - A680 Arnold Parmi les marques allemandes, certaines comme Arnold et Gescha proposent des chars qui ne ressemblent que lointainement au PzKw 1. Il s’agit de jouets petits et robustes, mais qui ne sont pas à l’échelle des figurines de l’époque. C’est Gama qui, de très loin, domine la production en qualité et en diversité. Jouets robustes à moteur à ressort actionnant des chenilles en caoutchouc, mitrailleuses avec des pierres à briquet crachant des étincelles quand le char est en mouvement, détail des lots de bord (pelle-pioche et hache) : Gama arrive à fixer un standard, puisqu’il sera progressivement copié par les autres constructeurs.

TCO réalise pour sa part un PzKw 1 exceptionnel, très proche de la réalité, aujourd’hui recherché par les collectionneurs. Il s’agit d’un char de 23 cm à chenilles métalliques, 9 - PZ1 TCOdoté d’un dispositif entraînant et percutant une bande à amorces quand le char avance, mu par un puissant moteur à ressort. Gescha suivra l’évolution en passant de ses premiers chars-jouets rudimentaires à de très jolis engins détaillés et télécommandés par cable, ou  avec dispositif à changement de trajectoire. Seul pays à suivre l’Allemagne par sympathie politique, l’Italie s’inspire alors des modèles allemands et la marque INGAP (Industrie Nationale du Jouet Automate de Padoue) propose des chars proches de ceux de Gama ou Gescha.

Il faut noter aussi que les mêmes moules conçus pour faire des jouets sur les modèles des PzKw 1 à 3 serviront après guerre pour produire des versions abusivement rebaptisées « PzKw 5 – Panther », sans aucune vraisemblance, ou camouflées en Sherman américain, le constructeur se contentant de repeindre le jouet aux couleurs kaki avec l’étoile blanche qui distinguait la coalition alliée, portant l’inscription « made in US Zone Germany », puis « made in western Germany . Mais il ne s’agira plus que d’une fabrication marginale.

Car la réalité est que la guerre a brutalement interrompu la production de jouets en tôle. Les sociétés qui auront survécu à la guerre ne retrouveront plus leur niveau d’avant-guerre : le jouet de guerre est bien passé de mode en Allemagne. (à suivre)

Projet en cale sèche

Dscf5893_1_2  Le réalisateur Yves Bourgeois, auteur du remarquable reportage long-métrage filmé sur le porte-avions Charles de Gaulle "Confidences d'équipage" (voir ma note du 26 octobre 2006, "les tripes du porte-avions"), risque de ne pas pouvoir mener à bien le projet de suite qu'il avait conçu et déjà démarré, faute de soutiens financiers : manque d'audace des industriels concernés, ou manque d'imagination, toujours est-il que le film sur le "Grand carénage" est menacé aujourd'hui de ne pas voir le jour.

2955 Le projet, c'est donc de filmer le porte-avions pendant sa longue période d'hibernation, si l'on peut dire, cette IPER (Indisponibilité périodique pour entretien et réparation) de dix-huit mois où le navire est démonté jusque dans ses deux chaudières nucléaires, tous ses équipements vérifiés, ses systèmes testés, ses infrastructures visitées et ses superstructes repeintes (selon le vieil adage de la Marine : "saluer tout ce qui bouge, repeindre tout le reste").

La Marine avait déjà donné les autorisations, preuve de sa confiance sur une opération quand même assez confidentielle, le déshabillage d'un porte-avions. Thalassa avait également accordé son soutien, autre preuve de réussite d'une émission sans précédent, le passage d'un film de 120 minutes sans aucune coupure publicitaire, et une audience record. Le constructeur naval DCNS, premier concerné, avait également décidé un financement du projet.

1336Hélàs ! Il manque quelques sponsors pour compléter le tour de table, parmi les équipementiers, électroniciens de défense, industriels du nucléaire, constructeurs aéronautiques et autres missiliers, et le financement reste donc incomplet. Par force d'inertie peut-être, méconnaissance du dossier certainement, et aussi par sous-estimation de l'impact populaire du premier film sur le porte-avions, "Confidences d'équipage" restera peut-être sans suite, si rien ne se passe dans les trois semaines.

En effet le chantier du porte-avions est largement entamé, il y a des rendez-vous qui ne peuvent être perdus sans dommages pour l'histoire : ainsi le "décapsulage" des chaudières nucléaires, opération unique. Ou bien l'étonnante manoeuvre des avions utilisant la piste de Landivisiau camouflée en pont de porte-avions, avec les diables rouges, les jaunes, les verts, tout le personnel d'appontage déployé "comme pour de vrai", pour maintenir l'entraînement des pilotes de l'aéronavale et de l'équipage et entretenir leur savoir-faire. Les pilotes ont également un entraînement prévu sur un porte-avions américain, autre séquence prometteuse de ce projet de film.

Est-ce la peur de toucher un sujet sensible, au moment où l'on s'interroge sur la volonté du politique de décider ou non du lancement d'un second porte-avions, qui empêche le projet d'aboutir ? Ce serait dommage de considérer le tournage d'une telle oeuvre documentaire comme une simple opération de lobbying. C'est au contraire un morceau d'Histoire, l'histoire d'un patrimoine militaire, industriel et technologique unique en Europe, car la France est le seul pays européen disposant d'un porte-avions "long" à catapulte, et doté d'une propulsion nucléaire.   

Photos : PB, meretmarine.com, DCN

Les chars-jouets (1)

Les bateaux-jouets sont les plus esthétiques des jouets mécaniques, mais ne sont pas les plus étonnants : après le Musée de la Marine, je veux décrire ici, en cinq notes, une collection un peu articulière, celle du char-jouet, né en 1918. En commençant par le commencement, les chars-jouets de la première guerre mondiale, contemporains de l'apparition des premiers chars de bataille.

B4Renpetitdétail Lorsque le char fit irruption sur le champ de bataille, il provoqua chez les combattants une stupeur et un effroi sans commune mesure avec ses proportions réelles. Très vite il est l’objet de représentations, d’abord sous la forme de souvenirs par et pour les soldats, puis de jouets mécaniques en tôle peinte. Celui-ci, apparu au 19e siècle avec la révolution industrielle, était riche jusqu’alors de voitures, camions, bateaux, oiseaux et personnages animés les plus divers, mais le « militaria » y était minoritaire. On trouvait des voitures blindées ou des voitures-canons souvent fantaisistes en métal coulé, accompagnant les soldats de plomb et à la même échelle, mais occupant à l’évidence une place marginale.

D8canonroues Les premières automitrailleuses sont apparues sous forme de jouet au début du 20e, élément accessoire des batailles de soldats de plomb. De fabrication artisanale, plomb ou alliage coulé et peint, tôle sertie ou soudée, mais offrant parfois la ressource d’un canon à ressort pour tirer des grains de riz. Alors que le jouet en tôle était déjà motorisé, ces petits jouets militaires ne l’étaient pas, sans doute pour ne pas déranger le lent ordonnancement des batailles d’infanterie. Il faudra l’arrivée du char et sa manœuvre autonome pour que le blindé-jouet devienne motorisé.

A5encrier Ainsi, avec l’arrivée du char en 1916-1917, une autre dimension vient s’ajouter au monde des jouets, particulièrement dans les jouets mécaniques qui atteindront leur apogée dans les années 1930 pour se heurter dans les années cinquante au jouet en plastique et disparaître progressivement. Le premier char apparu était informe : c’était le tank britannique, qui s’appelait ainsi car les Anglais avaient écrit « tank » (réservoir) sur les caisses pour dissimuler cette arme secrète. Gros caisson à chenille muni d’armes sur le côté et au-dessus, il devint de plus en plus massif, à l’opposé du char Renault FT-17, le plus petit des blindés mis alors en service, déjà moderne dans sa silhouette grâce à sa tourelle pivotante.

A4douillesAvant même la fin du conflit, les combattants avaient fabriqué les premières représentations miniatures : à l’aide de douilles et de morceaux de cuivre, en laiton soudé, avec parfois un petit moteur, ce sont encore des créations artisanales, signées ou portant l’indication du lieu des combats : Arras, souvenir de Metz... Les usines Renault produiront de grosses maquettes en laiton et acier, lourdes et superbes, réservées aux collectionneurs, qui ne sont pas véritablement des jouets.

A1tank17Le fabricant de jouets Pinard, déjà connu pour ses automitrailleuses, propose alors le « Tank 1917 », silhouette approximative du char anglais Mark 1 à 3, en tôle peinte et chenilles fixes, avec un tout petit moteur à ressort sous le chassis pour actionner des roues métalliques. Un jouet rudimentaire qui a dû être produit avant même la fin de la guerre.

A8Renaultgros Plus élaboré, et proposé en grande série, c’est le Jouet Français (JOUEF) qui lance une série industrielle de FT-17 en tôle peinte, avec moteur mécanique, projecteur à pile à l’avant et ressort pour faire exploser une amorce dans la tourelle. Ce jouet volumineux sera accompagné d’une version plus petite pour accompagner les soldats de plomb. Et on propose à la même échelle un tracteur d’artillerie, à mécanisme à ressort et phares à ampoules, et son canon tracté, à ressort pour percuter des amorces.

Les années vingt verront une floraison de jouets en tôle plus ou moins inspirés des deux modèles que restent le FT17 et le Mark anglais. Français, Britanniques et Américains sont les plus nombreux à produire de petits blindés-jouets, mais on trouve aussi des productions italiennes. L’industrie allemande, déjà maîtresse dans le jouet mécanique de qualité, va s’imposer dans les années trente, encouragée par une société tout entière tournée vers le réarmement. (à suivre)

Marins de 7 à 77 ans

DSCF8816 Expo à ne pas rater au Musée de la Marine à Paris, puisqu'elle a été prolongée jusqu'au 3 novembre, "Bateaux jouets, 1850 - 1950" est un événement à plusieurs points de vue : l'intérêt des objets, l'émotion des souvenirs, la qualité de la muséographie en font un spectacle pour les passionnés de la mer, du jouet, du bricolage, et pour tous les nostalgiques des petits voiliers en bois du Luxembourg ou du bassin des Tuileries.

En fait, le principal patrimoine de la collection exposée est le jouet manufacturé en métal, qui apparaît avec la révolution industrielle et l'accompagne, avec des mécanismes de pus en plus sophistiqués juqu'à l'irruption du plastique dans les années 1950 qui verra le déclin des jouets à ressort et du jouet en métal.

DSCF8822 Les pièces rassemblées, appartenant au Musée de la Marine ou à des collectionneurs privés, sont exceptionnelles par leur richesse et leur originalité. Pièces uniques et artisanales comme ce bateau à vapeur mû par roues à aubes, le Comté du Hainault, fabriqué par le Français Giroux en 1859, ou ces contre-torpilleurs massifs produits par Radiguet.

DSCF8820 Mais aussi pièces en série, et c'est un défilé de tous les noms des industries du jouet en France (Gil, Vébé, JRD, Hornby, JEP...) et Allemands (Hess, Plank, Fleishmann, Arnold, Mârklin, Bing...), noms dont beaucoup se feront connaître par toute le gamme des jouets mécaniques : trains, voitures, automates. Une très belle pièce de Bing est le Hohenzollern, de la fin du 19e siècle.

Jouets guerriers pour les gros cuirassés, certains démontrent une grande inventivité pour transformer de paisibles bassins en batailles navales : ainsi la torpille à ressort qui vient frapper un bateau de guerre lequel, lorsqu'il est touché au centre, s'ouvre en deux et coule aussitôt.

DSCF8817 Jouets poétiques aussi, avec des voiliers et des canots à rame de tout type mais aussi la "carpe frétillante", jouet mécanique de 1924 à faire rêver les pêcheurs d'eau douce. Ou comme le sous-marin Berrot, "jouet scientifique et bien français, car il ne torpille ni les femmes ni les enfants", se contentant de plonger en immersion et de remonter à la surface grâce à une poire qui pompe de l'air dans le réservoir.

L'exposition est aussi l'occasion de découvrir deux très belles créations esthétiques : d'abord le film du grand collectionneur Jac Remise, "Le jouet reflet de son temps", tourné en 1968 avec les bateaux de sa collection privée mis en situation dans la nature. Un document assez unique, dommage qu'il ne soit pas en vente. Ensuite la série des photos faites pour une campagne de publicité de la marque Vuitton par le photographe Jean Larrivière, mettant en scène ces petits bateaux mécaniques dans les paysages magiques des grands fleuves de l'Inde avec un incroyable travail de mise en scène (certaines photos racontent le DSCF8826"making of").

Une visite à rater d'autant moins que, à côté de cette exposition sur le bateau-jouet, le Musée de la Marine du Trocadéro reste le bonheur des maquettistes avec une collection unique de bateaux, à voile et à vapeur, en bois et en métal, devant laquelle on peut passer des heures sans se lasser. Celle-ci est certainement "la Licorne" de l'ancêtre du capitaine Haddock, celle du trésor de Rackham le rouge.

Le nouvel appel de Rome

J'ai hésité à mettre ce billet dans la catégorie "politique". J'aurais pu le mettre dans "Histoire". Ségolène Royal choisissant le palais Farnèse pour lancer un appel aux Français par-dessus les frontières étriquées des partis, par une interview à Libération, ça rappelle bigrement Georges Pompidou lançant à Rome, avec la complicité du correspondant de l'AFP Robert Mengin, un appel pour rassembler les Français alors déçus par la politique du général de Gaulle et par l'immobilisme d'une société qui n'avait toujours rien compris à Mai 68.

C'était le 17 janvier 1969. Le 15 juin, cinq mois plus tard, De Gaulle avait échoué au référendum constitutionnel et démissionnait, provoquant des présidentielles : Pompidou était élu Président avec 58% des voix contre le centriste Alain Poher. La France restait à droite, certes, mais une page était tournée. Bien sûr, Ségolène vient de perdre les présidentielles et il n'y a pas d'échéance majeure en vue. Il n'empêche, elle se positionne à nouveau comme challenger unique du président de la république, et le fait de choisir la ville du Traité de Rome pour prendre une position courageuse sur la relance de la construction européenne est également un symbole fort.

Loin de rejeter le compromis sur le mini-traité poussé par Nicolas Sarkozy, comme le souhaitent certains "nonistes" impénitents, elle reconnaît que c'est un "compromis" : "je crois que ce traité, même imparfait, peut remettre l'Europe en marche. J'aurais préfére un texte avec moins de dérogations. Mais mieux vaut un compromis que rien". Une position réaliste, car ce n'était pas la solution qu'elle avait préconisée au départ, mais elle prouve un pragmatisme qui montre qu'elle sait faire la différence entre politique et idéologie.

Et son soutien reste nuancé puisqu'il lui permet de rebondir, justement : "l'intégration de la Charte européenne des droits fondamentaux est une avancée très importante. C'est pourquoi nous devons faire bloc avec le socialistes portugais, espagnols, allemands et les autres, et adopter ce texte le plus vite possible pour passer à l'étape suivante : la préparation du traité social. La question de la procédure d'adoption, référendaire ou parlementaire, n'est plus une question de principe ; nous n'avons pas de temps à perdre à nous diviser".

Pour le reste, qui fera l'essentiel des commentaires, elle redit son souhait d'une recomposition politique dépassant largement le cadre du parti socialiste pour associer, comme en Italie, "centre et PS; et ce ne sera pas en laissant de côté les militants venus de l'extrême-gauche ou du PC". Ajoutant que "parmi les centristes, il y a des démocrates qui peuvent se reconnaître dans un projet politique qui ne sacrifierait pas pour autant l'identité de la gauche".

La stratégie est claire, en tous cas : plutôt que de perdre du temps dans les joutes parisiennes dont elle sait qu'elles ne résoudront rien dans l'immédiat, la candidate structurelle de la gauche va labourer dans des terres plus fertiles : l'Italie, l'Espagne, l'Argentine, le Chili, partout où les démocrates de gauche avancent. Sans se désintéresser des municipales, où son soutien sera sans doute réclamé par plus d'un candidat local. Mais il est improbable qu'elle apparaissse là où l'attend, tant sa capacité de surprendre reste intacte...

Des colonies aux immmigrés

DSCF8810 DSCF8785 Inauguré par le maréchal Lyautey, Paul Reynaud et le président Doumergue en 1931, le beau Musée des colonies de la Porte Dorée à Paris, abandonné depuis quelques années, a revu le jour sous la forme d'une Cité nationale de l'histoire d'immigration, ouverte le 10 octobre dernier.

Ce n'est pas un DSCF8786hasard si ce site phare de l'Exposition coloniale internationale, à l'époque où la France rayonnait sur un vaste empire, a trouvé une nouvelle vocation en portant notre regard sur le devenir de ce rayonnement par l'immigration étrangère en France, dans laquelle les anciennes colonies ont joué et jouent encore un rôle central.

DSCF8793 Pour autant, ce n'est pas un musée ethnique où l'on classerait les immigrés par communauté d'origine. Pas davantage un musée de l'intégration où toutes les cultures seraient fondues en une seule, la culture universelle française. Non, c'est beaucoup moins et beaucoup plus à la fois : une évocation sensorielle du parcours de l'immigré qui arrive en France, la souffrance de son déracinement, la souffrance de ne pas appartenir aux paysages où l'on vit, et même la souffrance de se retrouver un étranger quand on visite son pays natal.

DSCF8796 Par petites touches, l'exposition s'adresse à la sensibilité de tous, "Français de souche" ou "Français immigrés", et va s'attarder sur le regard : regard de celui qui arrive, regard de celui qui voit arriver l'autre. Des caricatures de la fin du 19e siècle et du début du 20e rappellent que les idées antisémites étaient répandues en France, comme les préjugés anti-italiens, anti-polonais, la peur de l'asiatique ("le péril jaune"), des clichés qui réapparaissent à chaque époque, avec chaque vague d'immmigration.

DSCF8798 Car chaque époque a eu ses phantasmes d'invasion, et chaque fois une population immigrée s'est intégrée, le temps d'une ou deux générations : après les Belges ce furent les Italiens, puis les Polonais, ensuite les Espagnols, très nombreux les Portugais, puis les Algériens, Marocains et Tunisiens, enfin les Africains, les Chinois, ceux d'Europe centrale et orientale...

DSCF8802 Ouvert à tous les niveaux de compréhension, y compris aux enfants par la profusion d'images et d'objets, le musée offre aussi des éléments pour approfondir sa compréhension : cartes montrant la répartition des communautés d'immigration aux différentes époques, documents, vidéos avec des témoignages humains (une mère arabe parle à sa fille francophone, laquelle traduit à sa propre fille qui ne parle qu'anglais), enfin des interviews sur la notion "d'étranger".

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On apprend beaucoup sans se lasser, en grappillant à ALeqM5jWyn_a-e8t_TyH9EPiRXahcOwiig droite et à gauche. Ce musée vivra par les expositions temporaires - il y en a déjà une sur l'immigration arménienne - et par l'événementiel qu'il saura susciter. Un projet prometteur, salué comme tel par son promoteur l'ancien président Jacques Chirac, venu en visite le 19. On attend encore une inauguration officielle, le gouvernement s'y est engagé. Si le sujet l'intéresse...