« octobre 2007 | Accueil | décembre 2007 »

Désert et des sciences

La Cité "des Arts et des Sciences", ambitieux nom donné à l'Ile Seguin entre Boulogne et Sèvres, reste à ce jour un immense espace en jachère, après la destruction des usines Renault qui la recouvraient et la dépollution des terrains. On a peine à imaginer que, dès septembre 2010, plus d'un millier d'étudiants pourraient, comme vient de l'annoncer l'université américaine de Paris qui a déposé deux permis de construire, profiter d’un campus composé d'un bâtiment académique de 11.000 m2 et d'une résidence étudiante de 10.000 m2.

Coeur symbolique de l'industrie automobile française, l'île n'est plus aujourd'hui qu'un no man's land pudiquement voilé à sa pointe aval par un rideau de peupliers et en amont par un morceau de façade de l'usine historique encore marquée "Régie Renault", mais qui pour le reste n'offre qu'une surface nue où s'alignent d'étranges tas de sable recouverts de bâches en plastique, comme les dunes rigides d'un désert industriel.

Plusieurs fois remaniés après la défection de l'industriel François Pineau, qui a délaissé la Seine pour installer sa fondation d'art moderne sur la lagune de Venise, les projets d'aménagement sont prometteurs : centres universitaires, dont celui de l'université américaine, centres de recherche médicale, peut-être un centre pour la recherche sur le cancer, centres administratifs et, surtout, des jardins promis pour faire de l'ancienne usine Renault une oasis futuriste.

Bientôt dix-huit ans que l'usine est fermée, mais l'île continue à incurver silencieusement son profil en point d'interrogation dans le flot de la Seine, tandis qu'à Boulogne le bétonnage a commencé à vive allure sur les anciens terrains Renault. Une superbe passerelle de béton, amenée en tronçons par voie fluviale, a du reste commencé à relier cette rive de Boulogne à l'île, en parallèle de l'ancien pont industriel toujours conservé. Il est même prévu que cette passerelle soit prolongée de l'autre côté de l'île, vers Sèvres et le Bas-Meudon.

Avec la frénésie de construction qui a pris les deux rives de la Seine autour et en amont de l'île, à Boulogne sur la rive droite et du Bas-Meudon à Issy les Moulineaux sur la rive gauche, il est vraisemblable que les promoteurs ont de quoi s'occuper et qu'un chantier scientifique et universitaire n'est pas prioritaire. Dommage, car s'il y a bien un endroit qui mériterait un effort de même ampleur que ce qui a été fait à l'Est de Paris, autour de Bercy et de la BNF, c'est bien cette boucle de la Seine où la nature est encore un peu conservée entre les espaces verts de l'île Saint-Germain, des parcs de Brimborion et de Saint-Cloud et du Bois de Boulogne...

Une Belgique pour l'Europe

C'est Carlo, un proche ami italien, mais plus Européen qu'Italien, qui écrit à ses cousins belges (car il a vraiment de la famille belge, comme beaucoup de familles européennes aujourd'hui transversales) ce qu'ils auraient tendance à oublier : nous avons tous besoin d'une Belgique unie et cohérente, car la Belgique reste un moteur essentiel de l'Europe, tout simplement.

"Chers amis Belges,

"Il est évident que votre Pays traverse un moment de difficultés, c'est le moins qu’on puisse dire. Sans vouloir entrer dans les problèmes relationnels entre les deux communautés parce que, en tant qu’Italien vivant en Italie, je n’oserais certainement pas critiquer votre politique intérieure, permettez-moi quand même quelques réflexions.

"J’ai connu pour la première fois la Belgique en 1967, c’était l’Europe des six qui, en fait, marchait à deux “moteurs” : le français et l’allemand. En cette période-là les autres pays - dont l’Italie - avaient d’autres fonctions ou, pire encore, n’avaient pas encore bien défini leur rôle envers la construction de l’Europe.

"Moteurs mis à part, si l’Europe a pu se bâtir (résultat médiocre, je le reconnais, mais nous vivons en paix entre nous depuis 62 ans et cela est déjà un grand exploit) cela est aussi le mérite des belges qui ont su accueillir, comprendre et apprécier les intervenants dans leur territoire, en faisant oeuvre de coordination dans les institutions européennes et ce malgré les coups bas de quelques pays voisins, qui ne se sont pas encore fait à l’idée : capitale de la Belgique égale capitale de l’Europe.

"(...)  ce rôle de coordinateur était à l’époque bien partagé entre vos deux communautés. C’est sur ce point extrêmement valable que me portent mes réflexions, tel un médecin au chevet d’un « grand brûlé » s’appliquant sur les cellules encore actives pour reconstruire, peu à peu, tout le corps .

"Je crois fermement que vous devriez regarder plus loin, au-delà de vos frontières (cela n’étant pas difficile vu la dimension géographique !) afin d’assumer la grande responsabilité que tous les Belges ont à nouveau dans la construction de l’Europe des 25, 27, 29, etc. Ceci est le résultat de votre grande expérience de cohabitation et de développement économique, pratiqués pendant plus de 170 ans de votre histoire (...) !

"Que vos politiciens (NL & F) veuillent bien choisir l’Europe comme priorité, faire de l’Europe le « pétrole de la Belgique » une vraie matière première, ressource du sol qui peut contribuer sinon même déterminer votre politique nationale. C’est peut-être bien en faisant preuve de cette capacité-là que la Belgique effrayait « The Economist » au point de sortir son numéro bas-bleu sur la FIN de la Belgique (voir « The Economist » Sep/6.) (...) Vive donc la Belgique/Belgie/Belgien et que, si le cœur vous en dit, on lui laisse bien chanter « Allons enfants de la Patrie » pourvu que Patrie reste bien au Singulier et au Plat-Pays! "

Liban : le vide organisé

Très bel éditorial d'Issa Goraieb dans L'Orient le Jour de ce matin, qui réagit à la vacance du pouvoir présidentiel avec la fin du mandat (prolongé) du président Emile Lahoud et son départ du palais présidentiel de Baabda. Avec deux idées fortes : les chrétiens ne sont plus représentés dans l'appareil institutionnel, puisque le premier ministre est constitutionnellement sunnite et le président du parlement chiite ; ensuite la responsabilité confiée par le président sortant à l'armée de faire respecter l'état d'urgence n'a pas de conséquence partisane puisque l'appareil sécuritaire libanais reflète toutes les composantes du pays. Je le cite :

"On y allait insensiblement, au milieu d’un haineux échange d’accusations, d’invectives, de veto et d’exclusives, de bluffs et de contre-bluffs. On a fini par courir droit dessus, sous le regard effaré des médiateurs étrangers comme des citoyens, tout en protestant à qui mieux mieux de son attachement au dialogue, à l’entente, au compromis. L’impensable est arrivé, on y a sauté à pieds joints. Pour la première fois depuis qu’elle existe, la République se retrouve aujourd’hui (et jusqu’à quand ?) sans président. Du coup, et pour la première fois aussi depuis le régime d’autonomie concédé par les Ottomans, les chrétiens font figure d’absent dans les sphères les plus hautes de l’État libanais.

Que c’en soit fini avec un régime qui, d’installation en reconduction – et jusque dans son interminable décomposition –, n’aura cessé d’incarner l’ère de la tutelle syrienne ne suffit guère hélas à enjoliver le tableau. Au peuple, en effet, aura été déniée même une fin de mandat sereine, sinon heureuse : c’est-à-dire une élection présidentielle tenue dans la normalité et suivie d’une courtoise passation des pouvoirs, le tout augurant d’une aube nouvelle.

Jusqu’au bout – et on lui reconnaîtra au moins cette douteuse constance –, Émile Lahoud se sera montré fidèle à ses amitiés, affirmant dans son message d’adieu de mercredi qu’il partait la conscience tranquille. En revanche, quelle béate inconscience a-t-elle pu, dès le lendemain, porter cet homme claquemuré dans son palais bien gardé à reprocher aux députés de la majorité de se terrer dans leur hôtel par légitime crainte des attentats, d’inspiration bien connue, qui ont clairsemé leurs rangs ?

Pinter_lorient_2  Jusqu’au bout, de même, Lahoud aura entretenu un malsain suspense autour de la botte secrète – entre autres un gouvernement de militaires ou une squatterisation de Baabda – qu’il réservait à ses détracteurs du 14 Mars. C’est en définitive un pétard passablement mouillé qu’a largué, au moment de rentrer chez lui, le président quand il a confié à l’armée le soin de veiller à la sécurité publique sur tout le territoire. Pourquoi un pétard ? Parce que le président, bien que chef suprême des armées, n’a nulle autorité pour bricoler de la sorte un semblant d’état d’urgence, et encore moins pour placer les forces de police et de gendarmerie à la disposition de l’institution militaire ; le gouvernement ne s’est pas fait faute de le lui rappeler vertement, d’ailleurs. Et pourquoi mouillé, ce pétard ? Parce que l’armée, inquiète de l’actuel échauffement des esprits, n’a pas attendu les dernières instructions de Lahoud pour se déployer en force depuis quelques jours déjà : et cela avec le concours et l’entière coopération de ces mêmes forces de police et de gendarmerie que l’opposition prosyrienne tient pour loyales au seul gouvernement.

Cette haute vigilance est on ne peut plus justifiée, tant la précarité politique peut être, ici, source d’accidents sécuritaires. À force d’avoir été triturée dans tous les sens – à commencer par cette inconcevable affaire de Parlement mis à pied par son propre président ! – et parce qu’une hérésie en entraîne inévitablement d’autres, c’est une Constitution à géométrie non plus seulement variable, mais en incessante mutilation, défiguration, que la nôtre. Au Liban, ce ne sont plus des mandats présidentiels qu’on reconduit, mais les délais légaux, extrêmement rigoureux pourtant, régissant ce scrutin vital. Et si l’on s’y résout, nous dit-on, c’est pour empêcher les uns ou les autres d’aller trop loin dans l’hérésie. Et puis l’échéance, qui en est à son cinquième report, attendra bien cette conférence d’Annapolis du 27 novembre censée relancer le processus de paix au Proche-Orient.

Dans l’intervalle, les Libanais devront faire connaissance avec cette trouvaille qui a pour nom le vide organisé. Organisé, oui, comme il sied à un pays aussi notoirement épris d’ordre et de discipline que le nôtre. Après tout, on dit bien dérapage contrôlé..."

Dessin : (c) Pinter - L'Orient Le Jour

Chirac : tristement choquant

L'intérêt de penser tout seul, c'est qu'on n'est pas obligé d'attendre des consignes pour exprimer un point de vue : j'ai été terriblement choqué d'apprendre aujourd'hui la mise en examen de Jacques Chirac. Et tout aussi choqué de voir cette espèce de lâcheté collective devant ce qui reste une incongruité bien française, celle de mettre en examen un ancien président de la République, en faisant semblant qu'il ne s'est rien passé, que cela n'a aucune importance.

Lâcheté, le fait de banaliser l'information, de faire comme si de rien n'était, de presque la censurer : véhiculée sur le Net et sur les radios dès l'après-midi, l'info n'est passée qu'en milieu du journal de 20 heures, sur TF1 aussi bien que sur la 2. Noyée derrière les grèves, comme si c'était un épisode quelconque de je ne sais quel mauvais feuilleton.

Lâcheté des responsables, qui pour une fois ne disent mot, sans doute pour respecter "l'indépendance de la justice". Lâcheté de l'opposition, avec un François Hollande qui nous explique doctement qu'il ne "se réjouit pas". Lâcheté enfin de l'avocat de Jacques Chirac qui affirme, on croit rêver, que la juge a eu raison de décider cette mise en examen et que c'était la moindre des choses qu'elle le fasse, pour permettre à son client de se justifier.

Comme Français, ce soir, et pour l'image de la France dans le monde, j'ai un peu honte. Le problème n'est pas de savoir si Jacques Chirac est coupable ou innocent : on sait bien que sur ces emplois fictifs, donc illégaux, le maire de Paris de l'époque n'a pas touché un centime. C'était avant que l'on organise le financement des partis, quand chacun se débrouillait dans l'illégalité. Un jeu où tout le monde a été pris les mains dans la confiture et où certains, c'est vrai, ont payé beaucoup plus que d'autres. Mais un jeu qui a été arrêté et qui fait partie du passé, d'un passé peu reluisant mais d'un passé quand même.

On va maintenant avoir droit à un grand déballage, où aucune formation politique n'aura la virginité nécessaire pour s'ériger en garant moral. Où les hypocrites parleront de la présomption d'innocence. Où les médias vont créer un suspense, là où il n'y en a pas. Avec, entre sous-entendus et malentendus, le soupçon qu'il y a encore eu un règlement de comptes au sein du même camp politique. Et il restera une certitude : La France, en tant que pays qui sacrifie ses anciens dirigeants à la justice-spectacle, ne sortira pas grandie de cet épisode.

Paradoxes du Golfe

Alors que les dépenses d'équipement militaire continuent à augmenter chez les riverains arabes du Golfe persique, face à une hypothèse de déstabilisation de l'Iran, ce pays reste leur partenaire naturel et la zone franche de Dubai est plus que jamais le poumon commercial entre l'Iran et le reste du monde.

Paradoxe révélateur, alors que le tarmac de l'aéroport international d Dubai était envahi cette semaine par les équipements les plus sophistiqués du monde entier, les avions de ligne iranien continuaient à se poser tout à côté, participant à l'incroyable ballet de ce qui est devenu un des "hubs" les plus actifs au monde, carrefour entre l'Asie, l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Europe.

Le paradoxe n'est pas dans la présence iranienne. Cette présence fait partie de la normalité et la solidarité économique est étroite non seulement entre l'Iran et les Emirats, mais avec l'ensemble des pays producteurs de pétrole de la région : une crise dans le Golfe, et c'est immédiatement une crise pétrolière majeure, régionale et mondiale.

Du reste, l'Iran n'est pas mentionné ici dans les conversations ni dans la presse, ou très peu, tant l'idée d'un bombardement sur ce pays paraît extravagante, vue du Golfe et surtout au vu de la catastrophe durable en Irak. La moindre étincelle en Iran, et c'est l'embrasement prévisible du Liban au Pakistan, à travers la Syrie, l'Irak, l'Iran et l'Afghanistan. Du reste, c'est la situation dans le sous-continent indien qui préoccupe le plus les éditorialistes du Golfe avec une inquiétude perceptible sur la situation au Pakistan tout proche et sur la stabilité dans l'Océan indien.

Paradoxe encore, l'avion qui ramène du salon de Dubai les industriels européens longe le Golfe par la rive iranienne et pénètre profondément en territoire iranien pour contourner l'Irak insécure par l'est, avant de tourner vers la Turquie à l'ouest. Il cotoie la région enneigée du mont Ararat, cher au coeur des Arméniens, et survole le lac de Van, au coeur de la grande province kurde à cheval sur quatre pays.

Cette région, justement, est menacée par d'autres facteurs d'inquiétude, de crises latentes ou à venir. L'armée turque, les milices kurdes, l'armée iranienne, le vide laissé par l'armée irakienne disparue... Aujourd'hui, l'ennemi n'est plus un adversaire identifié, déclaré, prévisible. Il est plutôt l'incapacité des grandes puissances à maîtriser l'imprévisibilité et à respecter le règlement des crises par une approche multilatérale et négociée.

Guerre sans pilote

  Indicateur intéressant de l'évolution du savoir-faire militaire, le salon aéronautique de Dubai, dans le Golfe, présente cette année côte à côte les super-avions de combat dérivés de la guerre froide et les aéronefs sans pilote qui, utilisés en Afghanistan, sont passés du statut de prototypes à celui d'outils de combat pleinement opérationnels. Principalement consacré à l'aéronautique civile, avec cette année les succès d'Airbus en commandes d'A380 et A350, ce salon comporte un volet militaire qui est une vitrine révélatrice à la fois des technologies et de l'évolution des besoins opérationnels.

Toujours en tête des technologies mais toujours aussi peu exporté, le Rafale de Dassault reste incontestablement l'avion de combat multirôle de référence, largement au niveau sinon en avance de ses concurrents européens et américains, notamment le F-16 dont la force principale vient de ce qu'il a été produit à des milliers d'exemplaires, un avantage pour le coût, les pièces, la maintenance et l'interopérabilité. Mais cette avance du Rafale ne durera que jusqu'au jour où les avions de la génération du F-35 américain Joint Strike Fighter apparaîtront sur le marché.

Remarquable, le come-back des avions russes avec une technologie et une industrialisation davantage fiabilisées, et des solutions qui les conservent dans le peloton de tête dans leur catégorie, comme les MiG et les Sukhoi proposés à l'exportation et qui intéressent de nombreux pays, de l'Asie au Maghreb.

Mais ces armements appartiennent quand même à la guerre conventionnelle, entre adversaires déclarés et déployés en bataille. Dans les conflits dits "assymétriques", où l'adversaire est souvent mal identifié et utilise des techniques de combat indirectes ou totalement non-conventionnelles, le recours à des solutions limitant les risques pour les forces engagées est de plus en plus nécessaire, quand on voit les bilans de pertes militaires en Irak et en Afghanistan.

Avions sans pilote, donc économes en vies humaines, les drones sont désormais répartis en deux catégories, les drones d'observation (Unmanned aerial vehicule - UAV : ci-contre et en bas, le drone britannique HERTI) et les drones de combat (unmanned combat aerial vehicle - UCAV). Ces derniers ne sont pas seulement les projets futuristes ou démonstrateurs technologiques comme le Neuron de Dassault ou le Taranis de BAE Systems, qui préfigurent les combats aériens de demain. Ce sont des UCAV plus petits mais déjà capables de tirer des roquettes ou des missiles ou de lâcher des bombes en  toute invulnérabilité pour le tireur, celui-ci pilotant son avion à distance.

C'est ainsi que le MQ-9 Reaper de General Atomics (non illustré ici) a lancé le 7 novembre des bombes de précision GBU-12 à guidage laser, après avoir expérimenté le 27 octobre le tir de missiles AGM-114 Hellfire. Pas en essai mais en réalité, en Afghanistan et sur des cibles réelles. Equipant à la fois les forces américaines et britanniques sur ce théâtre, le MQ-9 est le successeur du MQ-1 Predator, et peut emporter à la fois quatre missiles et deux bombes, ce qui est considérable pour un drone et constitue un changement majeur sur le champ de bataille.

La Royal Air Force a également commencé à utiliser en Afghanistan le système HERTI dans le cadre d'un programme de coopération avec BAE Systems. Ce drone, dont les spécifications ne sont pas précisées par le constructeur, est capable de décoller, d'accomplir sa mission et d'atterrir par la commande d'une souris d'ordinteur, à partir d'une station de contrôle au sol présenté avec l'appareil au salon de Dubai. Il s'agit aparemment d'un drone essentiellement consacré à la surveillance (maritime, côtière, frontière, d'infrastructures) doté d'une grande précision de navigation et d'acquisition et transmission d'imagerie, et avec une autonomie de 24 heures.

Femme(s) debout, démocrates

Ségolène Royal termine sa tournée militante et anticonformiste en Amérique latine, sans mandat ni mission, mais pour continuer à porter l'image forte d'une femme en lutte pour toutes les femmes, et à travers elles pour une forme plus égalitaire de la démocratie, elle qui lançait il y a quelques mois en Martinique : "Moin sé en fanm doubout !"

En Argentine, elle n'a pas seulement accompagné la victoire aux présidentielles de Cristina Kirchner, elle a rendu hommage aux "mères de Mai" dites aussi les "folles de Mai" car elles osaient braver la dictature alors au pouvoir en Argentine pour exiger la vérité sur leurs enfants disparus. Et en particulier, raconte-telle sur son blog, à Josefina « Pepa » de Noia, l’une des fondatrices de ce mouvement de femmes qui osaient "braver la répression avec leur fichu blanc sur lequel était brodé le nom de leurs enfant emprisonnés dont elles étaient sans nouvelles".

"J’ai beaucoup d’admiration pour ces femmes debout qui ont défié un régime fondé sur la peur et s’investissent aujourd’hui dans la consolidation de la démocratie. En ce jour d’élection présidentielle, j’accompagne Pepa au bureau de vote et nous poursuivons en chemin notre conversation sur le combat de ces femmes auxquelles le président Kirchner a rendu l’hommage qu’elles méritent. Le gouvernement argentin a d’ailleurs prouvé sa détermination à ne pas laisser impunis les crimes de cette sinistre période et défère les tortionnaires à la justice".

Son entretien avec Cristina Kirchner suit le même fil conducteur, la recherche d'une voie sociale résistant à l'ultra-libéralisme dominant et visant à donner à l'Etat "un rôle d'impulsion et de régulation". Un débat qui traverse pour elle toute l'Amérique latine, "laboratoire de notre modernité", où des gauches très différentes accèdent au pouvoir avec le même sentiment que "si le marché est un bon serviteur, il est un mauvais maître". Des gauches qui ont montré "qu'elles sont, plus que la droite, capables d'entraîner l'électorat centriste et de nouer des alliances à vocatoon majoritaire". Un message on ne peut plus clair pour les politiques français.

Au Chili, où elle terminait cette tournée, elle a retrouvé la présidente Michèle Bachelet qu'elle avait accompagné pendant sa campagne électorale, saluant en elle, dans un message sur son blog,  "une femme dirigeante politique, une femme chef d'Etat, forte, déterminée et enthousiaste" dont elle partage "la volonté de répartir mieux les richesses nationales, la volonté de mettre en place un système social et un système éducatif performant, la volonté d'investir dans des ressources d'avenir et la volonté de répondre à tous les problèmes de sécurité".

"Il y a différentes façons d'exercer l'autorité : chacun doit pouvoir l'exercer en restant soi-même. Michelle Bachelet est une femme qui a de l'autorité, de la volonté et de l'énergie, elle sait où elle va, moi, je partage totalement cette façon de faire". Pour qui aurait un doute, Ségolène apparemment sait où elle va, même en faisant des détours de dizaines de milliers de kilomètres !

Le courage de Paul Tibbets

La mort du pilote américain qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima, Paul Tibbets, fait l'objet dans la presse et sur un certain nombre de blogs de commentaires univoques, qui mettent sur les épaules d'un seul homme une responsabilité qui le dépasse infiniment puisqu'elle est en réalité partagée par deux pays : les Etats Unis et le Japon.

Mais il faut commencer par lire le remarquable historique que j'ai trouvé sur Agoravox, qui décrit techniquement comment la première bombe a été larguée le 6 août 1945, comment la seconde devait toucher Kokura le 9 août mais a finalement été lancée contre Nagasaki à cause de la météo, et comment une troisième était prête au cas où les Japonais ne capituleraient toujours pas. Deux ont suffi pour faire plier la dictature japonaise et arrêter brutalement le conflit. Au lieu de cela, il a fallu des dizaines de villes allemandes incendiées et rasées par les bombardiers classiques, dont Dresde et Hambourg mais beaucoup d'autres, avec des centaines de milliers de victimes. Bombardements menés par des centaines de pilotes britanniques et américains qui, contrairement à Tibbets, n'ont jamais été nommément cités ou mis en cause.

Accessoirement, l'Histoire n'a retenu que le nom de Paul Tibbets, et un peu oublié celui du pilote de Nagasaki, Frederick C. Bock, mort d'un cancer en 2000. Mais le seul responsable politique de la décision d'utiliser cette arme de destruction massive était le président américain Harry Truman, et l'Humanité lui doit d'avoir eu le courage de le faire car ce n'était certainement pas une décision facile : le régime militaire qui dirigeait le Japon continuait une guerre qui avait dévasté toute l'Asie pendant cinq ans et prenait désormais en otage sa propre population. L'Allemagne nazie avait capitulé le 8 mai, militairement écrasée par la coalition alliée, mais le Japon continuait la guerre imperturbable, jusqu'à assumer son autodestruction avec des suicides collectifs de militaires japonais et de leurs familles.

Je lis dans certains commentaires que Tibbets n'a jamais exprimé de "repentance". Pour autant je n'ai jamais lu qu'il ait fait du triomphalisme et il devait certainement avoir des cauchemars, comme beaucoup de militaires ayant dû appliquer des décisions qui les dépassaient. Car ce pilote ne faisait qu'appliquer une décision décidée au plus haut niveau politique, dont la légitimité reste encore aujourd'hui fondée aux yeux de l'Histoire : elle a permis de mettre fin à un conflit meurtrier déclenché par une dictature sans foi ni loi, et surtout sans aucun respect pour la dimension humaine, qu'ils s'agisse des pays occupés ou de la propre population nippone.

A ce sujet, la repentance est un sentiment qui honore le pays qui en est capable. Les Etats-Unis l'ont largement démontré, même sur leur Histoire la plus récente. Par contraste, il est étonnant qu'encore aujourd'hui, le Japon s'érige en victime sans accepter la moindre repentance pour les massacres commis de sang-froid en Chine, en Corée et dans tous les pays d'Asie cyniquement rebaptisés "aire de co-prospérité asiatique". Qu'il s'agisse des massacres de Shangaï, des essais médicaux sur des cobayes humaines dans les camps de prisonniers en Chine, ou des bordels utilisant des Coréennes réduites en esclavage pour les besoins de l'armée japonaise, le regret du Japon officiel est long à venir, c'est le moins qu'on puisse dire.

Il est du droit des démocraties de se défendre et de défendre les droits de l'Homme. La dissuasion nucléaire fait partie intégrante de ce droit, et sa logique est précisément que, depuis Hiroshima, plus personne ne peut ignorer que la menace d'emploi d'une arme aussi terrible ne fait pas peur, contre un ennemi agressif et agresseur, aux démocraties les plus légalistes. Tibbets n'est finalement que le premier d'une longue série de militaires qui, jusqu'à ce jour, permettent aux démocraties de faire valoir ce droit en assurant la "veille de la dissuasion nucléaire".

L'Europe sinon rien

Le choix de l'Europe n'est pas simplement une ligne de clivage qui passe à travers les différentes formations politiques françaises, c'est une cicatrice douloureuse pour l'Histoire et pour le rayonnement de la France, d'où l'importance de ne pas rater à nouveau ce rendez-vous.

Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne, a eu le courage de dire tout haut, dans le Nouvel Observateur cette semaine, ce que beaucoup de militants, d'adhérents ou de sympathisants du parti socialiste pensent aujourd'hui : si le PS ne votait pas le mini-traité, quels que soient les défauts de cette solution, il se mettrait immédiatement "en congé du parti". Un choix qui n'est pas une démission, puisqu'il demanderait à adhérer directement au parti socialiste européen (PSE), mais un positionnement par rapport au congrès de ce parti prévu courant 2008. Et un sérieux avertissement aux instances dirigeantes actuelles si elles manquaient d'autorité.

François Hollande, premier secrétaire du PS, a pour sa part annoncé qu'il "ne votera pas contre" le projet présenté par le gouvernement, ce qui est un soutien assez modéré. Rappelant que si Ségolène Royla avait été élue présidente elle aurait organisé un nouveau référendum pour dépassser l'échec du précédent sur le premier projet de Constitution européenne, il a constaté que le mini-traité aujourd'hui défendu par Nicolas Sarkozy et son gouvernement était un moindre mal et qu'il fallait éviter un nouveau blocage, donc ne pas voter contre. Une motion chèvre-chou bien dans son style, mais le consensus exige parfois un peu plus de courage.

En plus, cette déclaration vaut engagement pour son auteur, mais pas forcément contrainte pour les élus du PS aux deux assemblées. On se souvient que le référendum interne au PS sur la Constitution lui avait été largement favorable mais qu'un certain nombre de défenseurs du "non" s'étaient autorisés, sans encourir de sanction, à militer contre la décision majoritaire du parti, contribuant évidemment à l'échec de ce référendum européen.

Le fait que la gauche ne l'ait pas emporté aux présidentielles est le jeu de la démocratie, qui ne doit pas empêcher l'opposition qu'elle est restée d'avoir une attitude responsable. Le contenu de l'Europe peut effectivement être différent selon qu'on la voit libérale ou sociale, mais le référentiel européen est aujourd'hui le cadre naturel de toute politique se voulant de gauche. Les démocrates français finiraient dans les oubliettes de l'Histoire s'ils manquaient cette occasion de montrer, au lieu d'une abstention frileuse, leur "désir d'avenir européen", leur volonté concrète de faire que la France, moteur de la construction communautaire, n'a rien renié de son ambition européenne.