« novembre 2007 | Accueil | janvier 2008 »

Deux styles, deux sensibilités

Miracle de la technique moderne, les Français ont pu voir ce 31 décembre au soir, de façon parfaitement simultanée, les voeux du président de la République Nicolas Sarkozy sur toutes les chaînes réquisitionnées en direct, et ceux de Ségolène Royal sur Internet, dont les mêmes télévisions n'ont passé qu'un court extrait, mais nous ne sommes plus, il est vrai, en campagne électorale.

On ne peut s'empêcher de faire des comparaisons : tout les oppose et beaucoup les rejoint. J'invite ceux qui ont le temps, et mes amis qui sont à l'étranger, à cliquer sur ces deux liens (l'intervention présidentielle devrait être mise en ligne sur ce lien TF1-LCI) à regarder les deux interventions, elles le méritent. 

D'un côté, la France qui réussit, le gagneur, celui qui a remporté le match sur beaucoup de promesses et se bouge tant qu'il peut, mais reste handicapé par le retard d'une situation bloquée depuis des années, explique-t-il. Pas responsable de ce qui se faisait avant 6 mai ? Un style sincère, proche, mais des omissions : tous mes voeux d'abord à ceux qui vont faire la fête, ensuite aux autres qui travaillent ce soir au service de tous, enfin à ceux qui risquent leur vie au loin, les militaires. Hommage légitime rendu aux valeurs, mais pas un mot pour ceux qui auraient le temps de faire la fête mais n'en ont pas forcément les moyens, physiques ou financiers.   

De l'autre, la France qui souffre, tous ceux qui attendent aussi la solidarité de leurs concitoyens et d'abord de l'Etat. Un cadre plus sobre, Ségolène n'a évidemment pas droit aux flonflons élyséens, un ton plus grave, pas de connivence. La distance, toujours, un choix qui ne lui a pas forcément réussi jusqu'ici mais qui relève d'un autre type de sincérité. Le rappel d'une France qui se doit d'être d'abord fraternelle, la fraternité étant aussi importante que la liberté et l'égalité dans les valeurs de la République.

Au chapitre des ressemblances, la même impatience : le président frustré de ce que la grande réforme promise mette du temps à se faire, mais c'est à cause des retards accumulés par la France, répète-t-il, et parce qu'il ne veut privilégier le dialogue à la force, le consensus à la violence. Dont acte. Ségolène Royal éprouve une impatience non pas personnelle, mais plus politique : "le temps presse", la France a "le potentiel" qu'il lui faut pour se développer. Manque juste ce développement annoncé, pas encore constaté.

Convergence, donc, pour constater que la France peut faire plus et mieux. Est-ce l'esquisse d'un dialogue ? Sarkozy a besoin d'une opposition pour diriger et gouverner, pas simplement de ralliements individuels. Ce soir, il en avait une.    

Napoléon en petites bulles

L'Empereur Napoléon pourrait se retourner dans son mausolée des Invalides, s'il apprenait que son nom est aujourd'hui celui d'une marque d'eau minérale, au demeurant très distinguée, mise en bouteilles par les îliens d'Elbe.

Pas rancuniers d'avoir été abandonnés après moins d'une année de règne par leur souverain en résidence surveillée, un statut quand même assez privilégié quand on visite ses deux résidences de Portoferraio et San Martino, les habitants de cette superbe île toscane entretiennent, sinon la flamme du souvenir, en tous cas ce qu'il faut d'image napoléonienne pour faire marcher tourisme et commerce.

La Villa Demidoff à San Martino, du nom d'un prince apparenté à Napoléon qui consacra son énergie à en faire un musée napoléonien, était la résidence d'été de l'Empereur en exil. En position dominante à cinq kilomètres du golfe de Portoferraio, dans la verdure d'un beau parc, la Villa était ornée d'aigles partout sur les murs et les grilles, avec des "N" également peints sur les façades.

L 'intérieur était orné avec raffinement et a été parfaitement restauré, notamment les murs peints de fausses draperies, pour permettre aujourd'hui d'accueillir des expositions temporaires. Une étonnante salle à manger égyptienne à l'étage et un grand salon de réception au rez de jardin évoquent des réceptions qui ont pu être fastes, à défaut d'être très mondaines avec une cour réduite au minimum...

Sur les hauteurs de la ville de Portoferraio, entre le fort du Faucon et le fort de l'Etoile, la Villa dei Mulini était la résidence d'hiver. Parfaitement restaurée elle aussi, et avec goût, cette demeure est très simple, seul le cadre naturel est véritablement grandiose, avec un jardin s'ouvrant sur la mer, à pic sur les vagues et les rochers. Une douceur méditerranéenne qu'il ne retrouvera jamais, surtout pas à Sainte-Hélène.

L'intérieur est sobre, malgré la décoration, et l'on comprend qu'un souverain habitué au faste, à l'éclat et à l'action se soit ennuyé de limiter son énergie à gouverner quelques milliers d'insulaires pacifiques et d'organiser la pêche et la réforme agraire. N'empêche, après l'eau minérale, une "birra Napoleone" va voir le jour. A la santé de l'Empereur !

Convergences parallèles

L'expression avait été forgée par Aldo Moro pour décrire avec une grande prescience le rapprochement progressif de la Démocratie chrétienne et du Parti communiste, réalisé vingt-cinq ans plus tard avec le Parti démocrate (PD). Elle a été sortie de la naphtaline par le leader du PD Walter Veltroni, engagé dans une dialectique encore incertaine avec l'ex-président du Conseil Silvio Berlusconi sur fond de réforme des institutions. Plus qu'un rapprochement objectif, on en est bien aux convergences parallèles.

Il faut avoir la patience de lire les analyses savantes des politologues italiens pour tenter de comprendre, au-delà du raccourci ravageur inventé par la presse de "Veltrusconi" pour schématiser cette alliance gauche-droite improbable, ce qui peut inciter les deux hommes à nouer un dialogue sans apparaître comme trahissant chacun son propre camp.

Veltroni, leader du nouveau PD, se défend de toute trahison en réaffirmant son loyalisme au gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi. Il sait que si ce dernier tombe au début de l'année prochaine, le système sera bloqué jusqu'à de nouvelles élections générales, ce qui n'est souhaitable pour personne et ne fera pas progresser la réforme de la loi électorale qui au centre des débats. Car c'est le 18 janvier que la Cour constitutionnelle se prononcera sur la validité du référendum d'initiative populaire visant à l'annulation de l'actuelle loi électorale et contre lequel plusieurs petits partis, craignant de disparaître dans le nouveau système, menacent de se désolidariser du gouvernement.

Prodi défend évidemment la cohésion de sa fragile majorité pour laquelle il doit compter sur toutes les formations politiques, alors que Berlusconi et Veltroni sont plutôt favorables à un système qui consolide l'exécutif et fasse que l'Italie ne soit plus un pays ingouvernable du fait de l'émiettement de l'électorat. Leur convergence porterait sur un système électoral qui mettrait fin à la dictature des micro-partis et renforcerait les mécanismes majoritaires au profit des grandes formations.

Mais certains croient deviner l'ambition cachée de Berlusconi : pactiser avec Veltroni en lui permettant de succéder sereinement - dès que possible - à Prodi, en échange d'un soutien à son éventuelle candidature à la présidence de la République pour succéder à Giorgio Napolitano. S'il dit volontiers avoir "assez donné" comme Président du Conseil, la magistrature suprême ne lui déplairait pas comme couronnement de sa carrière politique.

Une situation que résume de façon très irrévérencieuse le journal satirique "Il Vernacoliere", sorte de "Canard enchaîné" toscan, en titrant à la une : "Le mariage d'amour de l'année : Veltroni épouse Berlusconi". Le reste est absolument intraduisible...

Le festin de Babetta

Réveillon n'est pas gueuleton. On peut célébrer la fête à table sans rouler par terre, savourer le goût sans s'alourdir inconsidérément, fêter la nature sans aller dans les appareils compliqués ou recourir aux sauces à contre-sens (sauce de viande pour un poisson, sauce à l'huître pour une viande). Dscf6347 Comme message de voeux, voici un menu léger mais royal que j'ai eu le privilège de goûter dans un endroit caché de Toscane où le patron aime la bonne cuisine, en bord de mer, et qui se lit come un poème. Un petit goût ensoleillé d'Italie pour tous mes amis...

Sformatino di finocchio con Mazzancolle bolliti e maionese all'arancia (la traduction ne rend évidemment pas l'alchimie des saveurs : flan de crevettes cuites à l'eau et mariées à une purée de fenouil, servi avec une mayonnaise légère relevée à l'orange). 

Zuppetta di vongole con crema di cipolla bianca al latte (coques en nage avec une crème à l'oignon blanc et au lait, et avec ses croutons, rien à voir avec une soupe à l'oignon !)

P1000344 Ravioli neri al ripieno di spigola e besciamella ai frutti mare (exceptionnel : raviolis en pâte teintée au noir de seiche, fourrés avec du bar et recouverts d'une béchamelle aux fruits de mer : un condensé de Méditerranée).

P1000348 Paccheri con gamberi rossi, cozze e pomodoro ciliegino (pâtes larges fraîches, spécialité locale, avec sans doute des langoustines malgré le nom de "gamberi rossi", et tomates-cerise de Sicile, un plat au goût presque sucré. La côte toscane est attaquée par une variété de crevettes rouges à pinces dites "killer", venues d'Amérique, qui ressemblent à de petites langoustines, d'où la confusion).

P1000351 Filetto di tonno steccato ai gamberi, maionese di pomodoro e verdure croccanti (filet de thon cuit avec des crevettes, purée de tomate et légumes croquants revenus à la poële. On s'attendait à un pavé, avec l'appréhension d'une fin de déjeuner après déjà quatre plats, et on a eu droit à la plus légère des créations, avec des gambas insérées dans le filet de thon et une garniture croustillante de petits légumes frits).

P1000353 Crema di mascarpone in gelatina di fragole con biscotti secchi al Martini (crème de Mascarpone, sorte de fromage blanc épais, en gélatine de fraises, avec biscuits secs arrosés de Martini - infiniment léger malgré la description)

Vini : Lavis Muller Thurgao Trentino, Lavis Chardonnay Trentino, Spumante Cesarini Sforza (vins blancs secs du Trentin - Frioul, mousseux italien traditionnel au début et à la fin).

Voilà pour les voeux, qui permettent de reprendre son chemin en toute légèreté. Je n'irai pas jusqu'à dévoiler l'addition et l'adresse de ce petit restaurant de plage, au risque de gâcher définitivement un endroit qui doit rester secret. Une seule indication : l'Italie est pleine de ces endroits uniques où l'on prend le temps de vivre, il suffit de les chercher sans jamais se presser. Bonne année !

La Corse vue de loin

  Rien de plus beau et de plus apaisant que la Corse vue de loin, depuis le rivage toscan, quand un vent du nord balaie la brume marine et dévoile la grande île dans ses moindres détails, avec une visibilité que seul un temps d'hiver peut donner.

Cachée ces derniers jours par le mauvais temps, la Corse réapparaît majestueusement entre l'île d'Elbe et la petite île de Capraia. La silhouette effilée du Cap corse, la pointe du Monte Grosso derrière la montagne de Bastia et, à moitié caché par l'île d'Elbe proche à toucher, le massif enneigé du Monte Cinto qui brille au soleil : la réalité géographique que la Corse fait partie de l'archipel toscan, plus que de "l'hexagone".

Ce n'est pas un hasard, du reste, si la Corse apparaît dans un encadré à gauche des Pyrénées sur ma carte routière française, bizarrement perdue dans le Golfe de Gascogne, alors qu'elle est parfaitement à sa place entre Gênes et la Sardaigne sur ma carte italienne. D'où vient alors cette sensation que la Corse est "ailleurs", pas vraiment française mais pas du tout italienne ?

La séparation dans le temps, alors que la Sardaigne reste ici un prolongement naturel ? La douceur et la tolérance des Toscans, qui va jusqu'à faire voter les immigrés et les apatrides aux élections locales ? Ou le ton très "nationaliste" de Radio Corse Frequenza Mora, qu'on capte parfaitement mais qui finit par lasser à force de décliner la corsitude à toutes les sauces ?

Une chose est certaine, en tous cas. Lorsque Napoléon était retenu sur l'île d'Elbe, pouvant voir la Corse d'encore plus près, ses pensées n'allaient pas vers sa terre natale. Elles allaient vers le continent. Aucune idée de prendre le maquis ou de retourner à Ajaccio. Comme beaucoup de Corses, il avait décidé que son destin était ailleurs. Peut-être n'imaginait-il pas que Sainte-Hélène serait bien pire que Portoferraio et l'Atlantique sud bien plus rigoureux que la mer thyrrénienne...

Le miracle de Pise

      Moins courue que Florence ou même Louxor à Noël, l'ancienne principauté maritime de Pise, sur le débouché de l'Arno sur la mer, est un bijou qu'il faut savoir découvrir dans la lumière de l'hiver, comme beaucoup de villes italiennes, quand un soleil pâle et sans aucune violence donne des teintes pastel aux paysages et aux monuments, jusqu'au marbre de Carrare qui devient délicatement rose. 

La ville ne se réduit pas à la Tour, mais tout y mène et c'est encore aujourd'hui, à côté du Duomo, le point de repère qu'on reconnaît de très loin sur l'autoroute. Et le plus beau miracle du "champ des miraculés" de Pise est bien la tour elle-même, penchée depuis presque dix siècles et toujours debout, qui traverse les guerres et les générations et subit encore, impavide, l'assaut incessant des touristes venus de partout pour constater qu'il s'agit bien d'une des merveilles du monde.

Il faut attendre plus d'une heure pour pouvoir gravir son escalier en rond et s'accouder sur le côté le plus penché du sommet, et se donner des frayeurs culturelles. Les moins patients se contentent de se faire photographier en train de "soutenir" la tour pour l'empêcher de tomber. Une blague séculaire mais qui prend des proportions industrielles car on fait la file pour choisir la bonne place, et faire indéfiniment la même photo ! 

Mais rendons hommage à un tourisme qui, ce n'est pas le cas partout, se montre ici très respectueux des monuments, des pelouses et même d'un relatif silence dans le Duomo, monument imposant à l'extérieur et impressionnant quand on en découvre l'intérieur, avec cette voûte aux caissons dorés et ces départs de murs en pierres alternées noir et blanc qui rappellent des influences arabes certaines.

Mystérieuse, la chaire située au centre de la nef est un monument dans le monument, dont la base est un enchevêtrement de colonnes, de statues et de lions qui forment un spectacle en clair-obscur assez étonnant.

Moins fréquenté, parce que payant (la visite du Duomo est gratuite), le Baptistère vaut pourtant la visite, comme du reste l'ensemble du site qui ne se limite pas à la tour et aux stands des vendeurs de souvenirs. Mais il est un lieu purement artistique, et le symbole spirituel est très subliminal, comme ces bougies électriques à minuterie qui remplacent les cierges à allumer devant la Madonne et les statues de saints. Pise n'est pas Padoue ou autres hauts-lieux de pélerinage d'une Italie toujours très catholique, où le sérieux quotidien Repubblica, évoquant dimanche dernier le passage de Tony Blair de l'église anglicane à l'église catholique, annonçait qu'il s'était "converti au christianisme"...      

Soyeux Noël à Lyon

P1000197 Passer à Lyon le jour de la fête de la lumière, avec un rayon de soleil perçant la brume du bord de Rhône et colorant la ville de teintes douces et soyeuses, est un pur plaisir pour les yeux, avec des façades plus pimpantes qu'ailleurs qui rappellent que, malgré la température, on est ici plus proche du sud que du nord, avec beaucoup d'influences provençales, italiennes, en un mot... gallo-romaines.

P1000193 Le marché de Noël de Perrache, plus discret que dans d'autres grandes villes, reflète ce mélange de cultures qui reste, jusqu'à l'immigration la plus récente, plus réussi qu'ailleurs, ou en tous cas plus harmonieux. Lumières artificielles et jeux de glaces et de miroirs scintillant au soleil donnent une intensité particulière à l'activité très intense de cette veille de Noël. Les bougies et lanternes - y compris celle de Saint-Martin - ajoutent à la chaleur et à la célébration de la lumière.

P1000212 Dans l'alignement des stands du marché de Noël, le Noël chrétien n'est présent que par deux marchands de santons de Provence, production traditionnelle et toujours populaire, même si le genre a du mal à se renouveler : une fois qu'on a complété la Sainte famille, le boeuf et l'âne, les rois mages et deux bergers, l'imagination est moins débordante que pour les crèches italiennes où la technologie moderne permet d'animer les personnages par de petits moteurs électriques aussi ingénieux que discrets.

P1000210 Mais c'est surtout la ripaille païenne qui est massivement célébrée par les stands de cochonnailles, de boudin blanc, de pain d'épices, de confiseries en pâtes d'amandes et de chocolat et même, plus insolite, de thés de Chine. Barbe à papa et barbe de père Noël, tout est prétexte à spécialité gastronomique et dégustation.

P1000213Sans aucun rapport avec la fête mais désormais présente sur tous les marchés populaires européens, la production de poupées russes et autres objets russes en bois laqué voisine avec les masques africains et les figurines japonaises. Lyon, plus que jamais, est un carrefour international. Même si Noël s'estompe un peu derrière la fête foraine.

Rome en habits de Noël

Navona1_5  S'il est une ville qui prend un air de fête plus que toute autre en fin d'année c'est Rome, où le respect des traditions, religieuses et païennes, se conjugue à l'esthétique du décor et à l'art de la mise en scène pour en faire un endroit hors du temps, un symbole universel de la fête de Noël.

P10001791 P1000168 L'endroit le plus connu des touristes est la Piazza Navona, où la tradition la plus ancienne voulait que les artisans napolitains fabriquant les santons de crèche viennent installer leurs étals. La tradition s'est maintenue et les Napolitains sont bien là, même s'il n'y a plus guère que quatre ou cinq de ces boutiques, un peu perdues au milieu des vendeurs de confiseries, tirs forains, marchands de jouets et vendeurs de souvenirs dont beaucoup sont asiatiques, de la même façon que les artistes qui font des portraits au milieu de la place sont souvent, comme dans toutes les capitales, des japonais ou des sud-américains.

Mais l'esprit est resté des boutiques et de P1000173_3leurs petites lumières, donnant à ce marché de Noël un air intimiste qu'il n'a nulle part ailleurs, dans une P10001771 odeur où le marron grillé l'emporte de loin sur les sucreries et la barbe à papa. Au milieu, une fausse grange abrite la crèche où viennent jouer de temps en temps - car il faut du souffle ! - les pifferari et les zampognari, les joueurs de pifre et de cornemuse avec leurs peaux de mouton typiques de la Ciociaria, tandis qu'à l'autre bout de la place tourne un manège à l'ancienne.

Cachée derrière un échafaudage, la grande statue des fleuves (Nil, Gange, Amazonie, Danube) se refait une santé avec une armée de spécialistes qui restaurent la pierre ancienne à la brosse et à la ponceuse, en petites gestes infiniment minutieux et respectueux. Rome continue le travail de mise en valeur commencé pour le Jubilé et qui lui donne aujourd'hui ces couleurs pastel, ces statues éclaircies, ces fontaines redevenues lumineuses.

P10001641  Puis il faut remonter le centre vers la place d'Espagne, à travers les P10001911 petites rues toutes décorées différemment, lumineuses à toute heure du jour et de la nuit, qui donnent un relief particulier aux palais et maisons baroques aux teintes ocre, rose et crème des restaurations les plus récentes. Pas une faute de goût dans ces décorations de Noël.

Toujours légère, la petite fontaine de la Navicella voit se refléter toutes les guirlandes lumineuses tandis qu'à mi-escalier, sous la façade de la Trinité des Monts à demi-cachée par un échafaudage qui recouvre l'obélisque, encore une restauration en cours, une crèche grandeur natureP10001901 imite de vieilles maisons et de vieilles auberges d'une crèche napolitaine, et se fond tout naturellement dans les rampes des escaliers, comme si elle avait toujours été là. Cet escalier de la Trinité des Monts est par excellence le théâtre où Rome se donne en spectacle, un spectacle renouvelé à chaque saison : au printemps, ce sera une cascade d'azalées qui descendra les escaliers jusque sur la place, dans une grande symphonie de rose et de rouge...

Une femme en guerre

51idwwz7usl__ss400_ Tout a été dit, ou presque, sur le livre de Ségolène Royal "Ma plus belle histoire, c'est vous". Les plus paresseux se sont contentés des commentaires de presse pour en parler savamment dans les dîners en ville, les pressés ou les radins ont lu les "bonne feuilles" publiées notamment sur le Nouvel Obs... Avec un sentiment dominant : affaire classée, quels que soient les regrets.

Je me suis quand même forcé à l'acheter (19,50 €, ça va encore) et à le lire (un week-end sacrifé à ne pas aller à Eurodisney comme tout le monde) sans a priori et sans attendre des révélations puisque, comme tout le monde, j'avais déjà lu les extraits largement cités de l'entrevue ratée de Roméette et Julio, Ségolène sous le balcon d'un Bayrou timoré... "Il aura manqué l'occasion d'être le Premier ministre de la première femme présidente de la République".

J'y ai trouvé, c'est vrai, un plaidoyer pro domo argumenté mais un peu tardif, où elle ne reconnaît qu'un "erreur tactique" ou deux. Répondant à toutes les accusations infondées sur son incompétence présumée ; gommant l'épisode Nolwenn comme un montage de la presse, alors que c'était quand même un léger dérapage ; accusant les autres de lui trouver un ton de maîtresse d'école alors que, objectivement, Ségolène a une façon interminable de répondre en oubliant la question, qui dissuade non seulement l'interviewer mais le spectateur ou l'auditeur moyen. Et admettant aussi qu'elle a volontairement maintenu une distance avec les journalistes par opposition à la séduction permanente jouée par le candidat Sarkozy. Alors qu'il n'est pas forcément démagogique de tutoyer un journaliste, ni le contraindre à une connivence déplacée, il faudra faire mieux pour la prochaine campagne...

Justement, cest là que le livre devient passionnant : à bien le déchiffrer, il est écrit au futur, tourné non pas vers une revanche personnelle mais vers une dette qu'elle estime avoir contractée auprès d'un large électorat populaire, "ses" 17 millions d'électeurs : "je veux, moi, empêcher les gens de pleurer (...) Je voulais gagner pour eux. Je gagnerai un jour pour eux". Rendez-vous est pris, c'est dit.

Et pour gagner, elle liste et analyse les outils de la victoire de son adversaire : le contrôle du parti hermétiquement étanche à toute critique interne, la gestion médiatique de chaque événement par les barons de l'UMP, fût-il un non-événement, l'occupation systématique du terrain par contraste avec la passivité des éléphants socialistes, l'art de remplacer une actualité gênante par une info percutante qui détourne l'attention ou "la diversion par le vacarme". L'UMP, explique-t-elle, contrôle les groupes de presse, les organismes de sondage, et jusqu'aux images tournées et sélectionnées par une régie exclusive lors de ses meetings.

Le livre s'essouffle un peu en finale : nouveau plaidoyer féministe, un peu long, reprise des thèmes principaux. Mais aussi, une nouvelle promesse de repartir à l'aventure. Curieusement pourtant, pas ou peu de stratégie de conquête du pouvoir, de prise d'assaut du parti, d'imposition d'un leadership. Peur d'un vocabulaire trop masculin ? Il n'y a pas que des militantes, il y a aussi des militants et toute une base qui n'attendent qu'un mot d'ordre pour reprendre la Bastille, ou refaire une bataille de Solférino, préalable à tout discours sur les prochaines échances présidentilles...

Religion : dialogue ou concurrence

Au-delà des discours sur le rapprochement des religions, qui est en soi un progrès philosophique, celles-ci restent en concurrence entre elles et le prosélytisme est parfois source de vives tensions, le missionnaire étant dans tous les cas un combattant de la foi qui doit risquer jusqu'à sa vie pour ce combat, rappelle précisément le Vatican tout en légitimant l'effort pour convertir les chrétiens non catholiques.

Télescopage de l'actualité, un capucin italien installé à Smyrne, le père Adriano Franchini, 65 ans, a été blessé dimanche 16, à l'issue de la messe, d'un coup de couteau donné par un jeune Turc de 19 ans qui lui avait écrit pour lui demander à devenir chrétien. La police turque a retrouvé ce jeune et deux complices, ce qui semble exclure l'acte isolé et rejoint une série d'attentats d'extrémistes dont le plus célèbre est celui commis par Memet Ali Agca contre Jean-Paul II. En février 2006, un jeune avait assassiné le père italien Andrea Santoro à Trébizonde, à la fin de la messe, et avait été condamné à 18 ans de prison.

En juillet 2006, le père français Pierre Brunissen est poignardé à la cuisse par un jeune Turc à Samsun, toujours sur la Mer noire. Enfin en juin 2007, le journaliste arménien catholique Hrant Dink est assassiné par un ultra-nationalistes devant sa rédaction : comme chaque fois, le indices désignent les milieux nationalistes turcs, les "loups gris", et ne mettent pas en cause d'activistes islamistes.

Le Premier ministre turc, leader d'un mouvement politique musulman, a immédiatement condamné ce nouvel attentat : "nous sommes contre tout type de nationalisme, qu'il soit religieux, ethnique ou régional. Notre parti (Justice et Développement) a depuis longtemps intégré les composantes ethniques de ce pays, qui constituent la base de la citoyenneté turque. Dans les fondements de notre philosophie, le concept de discriminiation n'existe pas." A la différence des nationalistes turcs qui se réclament de l'idéologie kémaliste, le Premier ministre est davantage l'héritier des Sultans ottomans qui toléraient les autres religions et accueillaient les minorités opprimées d'Europe, juifs d'Espagne, protestants francais ou vieux-orthodoxes russes.

Au Vatican, le cardinal Renato Raffaele Martino, président du conseil "Justice et Paix", a condamné dans Repubblica un "épisode tragique et décourageant qui, étrangement, se répète chaque fois que le dialogue inter-religieux, en particulier entre catholiques et musulmans, est sur le point de connaitre d'importantes nouveautés (...) Les violences contre les missionnaires sont vécues avec douleur et amertume aussi bien par l'église catholique que par les musulmans en Turquie". Mais les missionnaires doivent continuer leur travail, "sans se laisser intimider et toujours prêts à payer un prix très élevé, jusqu'à la perte de la vie, pour la diffusion de l'Evangile, la défense de la vie, l'aide aux plus pauvres et aux plus nécessiteux".

Dans l'article d'Henri Tincq, publié par Le Monde de samedi, celui-ci mentionne la publication le 14 décembre par la Congrégation pour la doctrine de la foi d'une note défendant le droit des catholiques à "évangéliser" partout où ils l'entendent, contre l'idéologie du "pluralisme indifférencié" selon laquelle toutes les options religieuses se valent. Cela vaut pour les chrétiens (il faut évangéliser "les pays où vivent des chrétiens non catholiques, surtout ceux qui sont de vieille tradition et d'ancienne culture chrétiennes") comme pour les non chrétiens.

Les religions du monde sont en concurrence, c'est un facteur d'enrichissement culturel mais aussi d'affrontement potentiel, qu'il s'agisse des missions chrétiennes (certaines missions protestantes américaines ont des moyens considérables pour recruter des fidèles en Afrique, en Asie ou en Europe centrale), des imams musulmans en Asie et en Afrique mais aussi en Europe, ou du Dalai Lama qui poursuit partout dans le monde sa croisade pacifico-médiatique, rassemblant des foules importantes comme récemment à Milan. Un phénomène d'intérêt amplifié par l'écho médiatique, nouvel outil de ce retour à l'esprit des croisades.