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Habache, Gaza et le drapeau irakien

Un lien fort unit trois événements apparemment très lointains dans l'actualité internationale : la mort samedi 26 janvier à Amman de Georges Habache, la brèche ouverte cette semaine dans la frontière entre l'Egypte et Gaza, et la décision cette même semaine des autorités irakiennes de modifier leur drapeau national. Ce lien abstrait, c'est le déclin définitif du nationalisme arabe et de ses idées laïques derrière la montée de l'islamisme.

Georges Habache, le "docteur" Habache car il était médecin avant de prendre les armes et de créer le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), était au départ un militant panarabe, l'un des fondateurs du Mouvement nationaliste arabe (MNA). Un mouvement socialiste, nationaliste, panarabe et d'inspiration nassérienne. Laïc aussi, il faut le rappeler, et Habache était un chrétien, comme un certain nombre de nationalistes arabes et comme le créateur du parti Baas syro-irakien Michel Aflak. Marxiste et soutenu par l'URSS, son effacement a également correspondu à l'effondrement du bloc communiste.

800pxflag_of_iraq_281963199129_svg La concrétisation du mouvement nationaliste arabe avait été la création éphémère, à la fin des années cinquante, de la République arabe unie (RAU) qui devait intégrer dans un même ensemble arabe, laïc et socialiste, la Syrie, l'Egypte et l'Irak. Le drapeau commun portait trois bandes rouge, blanche et noire, avec trois étoiles vertes pour symboliser chacun des trois pays.

Inutile et trop long de raconter ici l'échec de la RAU, rejetée par la Syrie comme trop dominée par l'Egypte nassérienne. Toujours est-il que celle-ci a ensuite remis sur son drapeau l'aigle de Saladin, qui avait été le premier emblème de l'Egypte d'après la monarchie. Et a renoncé du même coup à imposer son leadership sur le monde arabe. 

La Syrie a conservé deux étoiles, alors que l'Irak a adopté en 1963 les trois étoiles marquant son attachement au nationalisme arabe, jusquà ce que le Baassiste Saddam Hussein décide, lors de la guerre du Golfe de 1990-91, d'intercaler entre ces étoiles l'inscription "Allahou akbar", Dieu est le plus grand. Une concession aux pressions islamistes, un signe envers les monarchies du Golfe pour se concilier alors - et en vain après l'occupation du Koweit - leur soutien.

En décidant finalement de supprimer les trois étoiles, le gouvernement irakien vient de couper avec les racines "nationalistes arabes" de l'Irak. Et de consacrer le fait que l'Irak est un pays musulman. Finie la laïcité, et finie aussi la garantie pour les Chrétiens de s'intégrer à une vie politique nationale dont ils sont de plus en plus exclus.

Quel rapport avec Gaza ? Simplement le fait que l'initiative des derniers événements, le désenclavement d'un territoire assiégé par l'armée israélienne, a été le fait des Frères musulmans égyptiens, alors que l'Autorité palestinienne était incapable d'intervenir au profit de la population civile palestinienne de Gaza. La jonction entre le Hamas et les Frères musulmans est un autre signe inquiétant non seulement de l'éclatement du camp palestinien, mais du fait que les idées laïques n'ont plus aucun rôle moteur dans cette région : le nationalisme arabe a cédé la place à un communautarisme ethnico-religieux, lui-même porteur de graves affrontements régionaux entre sunnites et chiites...

Sur les pneus du Che

San_pablo A l'opposé du tour du monde à moto en 80 jours, rouler le plus vite possible sans rien voir, le voyage organisé sur trois ans par un petit groupe de motards marseillais parcourant l'itinéraire à moto d'Ernesto Guevara en 1951 se situe entre l'enquête policière - ils sont membres du Club moto de la police nationale (CMPN) - et la quête iniatique, dont le Che n'est finalement qu'un prétexte.

L'équipe est menée par Bruno Bohrer, un habitué des périples intercontinentaux à moto, qui a parcouru dix mille km en 2007 avec Bernard Franchi, entre Buenos-Aires, Ushuaia et Santiago, avec retour à Buenos-Aires. Cette année, Bernard n'étant pas libre, Bruno est accompagné de Roland Carlier et Claude Leiner, également de l'UMNP, et leur circuit va les mener de Santiago du Chili à Lima au Pérou, ou plutôt l'inverse puisqu'ils vont redescendre de Lima à Santiago en parcourant près de 5.000 km, passant par le Machu Pichu, Cuzco et le lac Titicaca. En 2009, le "voyage du Che", illustré par le film "Diario del Che en motocicleta", sera finalement bouclé par un dernier périple de Lima à Caracas, soit encore 4.500 à 5.000 km.

Nortonesii_ Un voyage tout en lenteur, fait de rencontres et de découvertes humaines, exactement comme le fit le Che. Avec une différence importante : Guevara et son co-équipier Alberto Granado montaient une Norton 500 ES II, baptisée la Poderosa, qu'ils ont massacrée à force de la maltraiter, ce qui a fait que Guevara a fini son périple à pied, jusqu'à rejoindre plus tard le Mexique, Castro et les exilés cubains.

"S'ils avaient eu une BMW au lieu d'une  Norton, ils seraient rentrés ensemble en Argentine et Ernesto ne serait sans doute jamais devenu le Che révolutionnaire", conclut Bruno Bohrer avec sa compétence d'enquêteur autant que de motard passionné. Leurs motos sont de vénérables mécaniques, deux BMW 600 de 1967 à fourche Earles l'année dernière, cette année une très respectable BMW R12 de 1939 escortée par une Oural russe, toutes deux attelés en side-car - pas de quoi tenir une moyenne de rallye, mais increvables !

Au-delà de quelques soutiens ponctuels (AXA, AGF, Ville de Marseille, Région Rhône-Alpes), ces motards sont surtout portés par leur enthousiasme et par le soutien de l'Education nationale, à travers la participation des élèves du Collège du Vieux-Port à Marseille. Ceux-ci ont réalisé une fresque retraçant toute la saga motocycliste du Che, qui sert de trame à ce nouveau voyage devenu un  projet éducatif. Mais c'est aussi un voyage interactif, puisque nos compères prennent le temps - ils ne sont pas pressés - de faire des photos et de tenir leur journal, qu'on doit absolument visiter sur leur site ou sur le blog de Christophe Herberichs.

Descente_torata Dernier avatar du "Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes", ce reportage mêle agréablement photos de sites grandioses, cartes satellitaires de leur itinéraire permettant de les suivre au jour le jour, témoignages très humains et considérations mécaniques expertes. A regarder avec régularité, ils en ont encore pour petit un bout de temps !

L'encrier de Mélanie

Ce soir, c'est récré : je dois répondre à Mélanie, qui s'inquiétait de l'origine et des particularités d'un encrier en forme de char remontant à la première guerre mondiale qu'elle avait vu sur ma note du 24 octobre. C'est un objet à la fois rare et commun, puisqu'en cherchant on en trouve encore aux Puces et chez les antiquaires, et leur prix est très accessible puisqu'ils sont peu demandés, étant très, très démodés, à l'heure où les Poilus disparaissent...

Celui-ci est un Renault FT-17, le premier char français apparu sur les champs de bataille dans la dernière année de la Grande Guerre. Un souvenir de guerre, évidemment créé pour ceux qui l'ont combattue, en tant que militaires ou mobilisés. Une petite plaque en laiton porte le nom du lieu chargé de mémoire, ou de l'unité de chars, ici "souvenir de Metz", ailleurs "souvenir de Mailly", "souvenir de La Courtine", ou encore "souvenir du 501e RCC". En parcourant régulièrement E-bay, où j'ai emprunté quelques photos, j'en découvre toujours de nouvelles versions.

Au-delà de cette petite différenciation "commerciale", l'objet est unique, et signé. L'artiste signe "A. Ouveb", ou bien "Ouveb", et il faisait des encriers sous des formes très diverses. Dans le cas précis, la signature est sur la trace laissée par la chenille du char dans le sol, derrière la chenille gauche du char. La mention "Inkwell" qui revient sur E-bay est simplement le mot anglais qui veut dire encrier, ce n'est pas une marque. Je n'ai pas retrouvé le nom du fabriquant mais c'était évidemment une création en série.

Création artistique, sculpture moulée pour le décor, mais le char lui-même est une maquette précise et anguleuse, avec des éléments en métal soudés entre eux et soudés sur la base. La tourelle pivote, seule pièce mobile de la maquette. L'objet dans son ensemble comporte une autre pièce mobile, le couvercle de l'encrier en forme de casque, cachant l'ouverture avec un petit encrier en verre (généralement perdu).

Le char fait 8 cm de long, l'objet en tout fait 13,5 cm, et il est en régule, un alliage d'étain ou de plomb et d'antimoine qu'on utilisait en période de guerre ou d'immédiat après-guerre, quand le cuivre manquait, réservé aux munitions. Un alliage clair au départ, qui s'oxyde ou se patine et devient plus foncé, pas très facile à nettoyer.

S'il fallait terminer sur une image, cet encrier est proportionné au Renault FT-17. A la même échelle, un Leclerc de Nexter (ex-GIAT), celui qui équipe aujourd'hui les forces françaises, ferait trois fois sa longueur : plutôt encombrant sur un bureau. Alors, Mélanie, surtout gardez cet objet car il est original et représente un témoignage historique, à défaut d'avoir une plus grande valeur marchande.

Tous héritiers de Mai 68

Moment de grand bonheur partagé, ce mercredi soir, avec un spécial "Droit d'inventaire" sur France 3 consacré à Mai 1968 et sa conclusion par Max Gallo : "si l'héritier politique de Mai 68 a d'abord été le président Giscard d'Estaing, qui a le premier fait bouger une société ressentie comme trop patriarcale avec la loi Neuwirth et la condition féminine, en fait nous sommes tous les héritiers de Mai 68 par les ferments de liberté individuelle qu'il contenait".

A contre-tendance de l'idéologie actuelle qui renie Mai 68 et sa "chienlit", les témoignages rassemblés par Marie Drucker en avance de phase de ce quarantième anniversaire étaient, au-delà de leur très grande diversité, convergents sur un fait, souligné par Laurent Joffrin, autre historien de ce mouvement : celui que, même si le général De Gaulle avait refermé la parenthèse de ce mois révolutionnaire après sa "disparition" à Baden et la reprise en mains de la situation politique dès son retour à Paris, situation sauvegardée par l'habileté tactique de Pompidou, plus rien ne serait plus vraiment comme "avant Mai 68"...

Moment d'émotion, le témoignage de son oncle, Michel Drucker, alors jeune journaliste du journal télévisé et gréviste par solidarité, licencié ensuite comme nombre de présentateurs beaucoup plus connus comme Léon Zitrone, Robert Chapatte et tant d'autres. II raconte comment avant les événements, le "conducteur" du commentaire du journal télévisé était passé chaque jour au ministre de l'Information Alain Peyrefitte puis relu à l'Elysée, comment la télévision publique était officiellement contrôlée. Un contrôle qui, précise Max Gallo en tant qu'ancien porte-parole du gouvernement sous le président Mitterrand, a perduré jusque vers 1986.

Mélange réussi d'interventions directes et d'interviews enregistrées, la présentatrice de la nouvelle génération a recueilli le témoignage d'acteurs politiques comme Charles Fiterman, Pierre Juquin, Jean-Philippe Lecat, Edouard Balladur, mais aussi Alain Krivine, Daniel Cohn Bendit, présent sur le plateau avec Marina Vlady, ancienne porte-parole des "343 Salopes" (signataires du manifeste pour la légalisation de l'avortement), et Arlette Laguiller témoignant elle aussi de l'absence des femmes sur une scène politique essentiellement masculine - "non, complètement macho !", corrige Cohn-Bendit.

Avec le recul historique, il est connu que même les pires adversaires se parlent, ou se recueillent ensemble sur leurs souvenirs et sur leurs morts. Là c'était différent, la connivence venait à la fois d'une certaine fierté d'avoir participé à Mai 68, d'un peu de nostalgie, et de la brusque prise de consience qu'on avait beau avoir fait la révolution ou avoir été une personnalité politique de premier plan, on pouvait se faire couper la parole par une jeune présentatrice parfaitement à l'aise de la liberté que ses aînés avait conquise pour elle. Une image très forte et très parlante.

Un Poilu très européen

Pied-de-nez de l'Histoire, le dernier survivant des Poilus de Verdun n'est pas un Français, mais un Franco-Italien qui a fait deux guerres puisqu'il s'est battu d'abord en France contre les Prussiens, puis en Italie contre les Autrichiens, et se refuse aujourd'hui à être un héros national et à être enterré au Panthéon.

Lazzaro Ponticelli, seul survivant depuis quelques jours de la Grande Guerre, est né en Italie le 7 décembre 1897. Arrivé en France tout seul à l'âge de neuf ans, pour rejoindre ses frères déjà émigrés, il s'engage en 1914 sans avoir l'âge d'être mobilisé, mais parce qu'il veut se battre pour le pays "qui lui a donné à manger". C'est donc dans la Légion étrangère qu'il se bat la première année de la guerre dans les tranchées, jusqu'à ce que l'entrée en guerre de l'Italie en 1915 le rende mobilisable côté italien - il n'a pas encore la nationalité française - voir le récit détaillé sur un blog à visiter.

C'est contraint et forcé qu'il est amené jusqu'en Italie, mobilisé dans les Chasseurs alpins, et qu'il découvre l'autre front, la guerre italo-autrichienne où il se bat tout aussi vaillamment, sans se départir d'un a priori humaniste qui lui fait prendre des risques pour les blessés, même ceux de l'autre camp. Il devra attendre sa démobilisation côté italien pour regagner la France et s'y installer définitivement

En 1939, devenu Français, il n'est pas mobilisé mais souffre de la défaite et de l'occupation : il rejoindra la résistance en 1942, par volonté de défendre sa patrie d'adoption - alors même que l'Italie est entrée en guerre avec la France.

Si la France lui a donné la Croix de guerre, l'Italie l'a fait chevalier de Vittorio Veneto, une grande victoire italienne sur l'adversaire, et médaillé de la Grande Guerre. La Légion d'Honneur qu'il arbore est toute neuve, elle lui a été attribuée en 1996, sous la présidence de Jacques Chirac, rappelle-t-il avec un sourire malicieux.

Volontaire mais pas militariste, patriote mais pas nationaliste, Lazzaro - devenu Lazare - Ponticelli est une figure aussi célébrée aujourd'hui en Italie qu'en France, mais cela ne l'émeut pas. D'autant qu'il a gardé toute sa tête : à l'idée d'avoir des obsèques nationales, il répond que "ce serait injuste pour tous les autres, tous ceux qui n'y ont pas eu droit". Sa famille a demandé pour lui le droit d'être enterré dans le caveau familial, tout simplement !

Passions de femmes

Couverture2bblog_2 Rendons hommage à ce qui est à l'opposé du fameux calendrier Pirelli, lequel rend un hommage très dévoilé aux femmes, en signalant le calendrier publié cette année par l'armée de Terre avec uniquement des photos de femmes en uniforme, intitulé "Passions de femmes" et diffusé au profit de la CABAT, la Cellule d'asssistance aux blessés de l'armée de Terre.

Il y a quelques années, le SIRPA Terre avait déjà fait parler de lui avec un magnifique calendrier consacré aux femmes combattantes. Curieusement, ce calendrier avait surtout été critiqué dans l'institution militaire par les femmes elles-mêmes, qui trouvaient que le parti pris esthétique réduisait les femmes militaires à un rôle de figuration réservé aux plus belles...

Photos2bmars L'édition 2008 prend un parti totalement différent : montrer douze femmes en uniforme, sous un aspect presque banal dans leur tenue de sortie ou leur tenue de combat, et les présenter à côté dans leur passion "civile" : musicienne d'un orchestre rock, parachutiste, peintre, skieuse de compétition, footballeuse, judoka, escrimeuse ou championne de Taekwondo, dresseuse de chien, etc.

Rien d'agressif, rien de macho, mais au contraire un témoignage parlant sur des femmes bien dans leur peau et dans leur uniforme. Normal, puisqu'il est le résultat d'une création de femmes, l'adjudant-chef Sabine Rogez (à gauche sur la photo), de la direction de la communication de l'ENSOA, et le caporal-chef Fabienne Savès (à droite) du Centre national de production et d'image de Saint-Maixent l'Ecole. Avec la collaboration bénévole du photographe Christian Deny (au centre), elles ont mis en scène des femmes militaires toutes volontaires et bénévoles, puisque la vente de ce calendrier est faite au profit des blessés de l'armée de Terre.

Et pour être encore plus transparentes dans leur démarche, Sabine et Fabienne ont ouvert un blog pour raconter le cheminement spontané et la fabrication artisanale de ce calendrier hors du commun. Bravo les filles ! Le calendrier est vendu par le Sirpa Terre ou sur demande (contre 15 € + 3€ de frais d'envoi) à : Sabine Dussart/Rogez, 22 route de Saint-Maixent, 79260 Sainte Neomaye.

Grippage par excès de voeux

On m'a demandé si j'étais un grève... Non, ce blog était grippé (et son auteur aussi) pour cause d'excès de voeux, comme chaque année à la même époque. On a beau commencer à envoyer les siens à la mi-décembre pour anticiper les réponses, puis tenir une liste très à jour pour savoir si ceux qu'on reçoit sont des primo-voeux ou des réponses, on finit par se laisser déborder. D'autant qu'en France on admet stupidement qu'il est possible d'envoyer ses voeux jusqu'à fin janvier, alors que dans la plupart des autres pays après le 31 décembre ce n'est plus la peine.

C'est bien simple : j'ai fini par avoir quatre catégories : voeux envoyés, réponses reçues ; voeux reçus, réponses envoyées. Par le jeu de la poste, on ne sait plus qui a tiré le premier et qui a répondu, on ne sait plus qui a répondu, ou à qui on n'a pas répondu, l'exercice est tout simplement épuisant.

Tout se complique aussi par la pollution électronique, à laquelle je participe évidemment : les voeux par e-mail... D'abord parce qu'on finit par répondre par e-mail à des cartes de voeux papier,ensuite parce que des facétieux envoient leurs voeux en listes groupées avec adresses apparentes (à proscrire à cause du spamming) et que par le jeu du "réponse à tous", on se laisse envahir par des messages de voeux toujours très affectueux mais qui reviennent jusqu'à quatre fois. Forcément, les catégories d'amis et de relations se croisent inéluctablement.

Certaines entreprises et administrations ont commencé par interdire l'utilisation interne des cartes de voeux, en les remplaçant par des cartes de voeux électroniques. Cette année on est passé à l'étape suivante en renonçant, pour certains grands groupes, à cette facilité envahissante et trop absorbante dans les heures de travail. Ce qui n'empêche pas les plus débrouillards, dont nous sommes tous, de bricoler la leur pour la diffuser tous azimuts en espérant être les premiers à "tirer"...

P1000437 Faut-il maintenir cette épuisante tradition ? Au-delà des parents et des amis proches, l'échange de voeux du Nouvel An a une fonction sociale importante : celle de remettre à jour son carnet d'adresses. Je suis frappé par la mobilité professionnelle, toutes catégories d'âge confondues, que je constate autour de moi, et ces cartes ou ces mails sont souvent l'occasion de retrouver la trace d'amis ayant changé d'adresse ou de boulot en cours d'année.

Conclusion : je termine ce travail aussi vite que possible. En attendant, tous mes voeux à tous !

41.000 km en 68 jours

Déconcertant, comme un défi absurde, ce périple de 41.000 km en 68 jours effectué par le champion de moto-course Bruce Rolfo,  faussement intitulé "Notre tour du monde à moto - en moins de 80 jours", et publié aux éditions Scali. Faussement, car en fait de tour du monde le regard ne dépasse que rarement les tours de roue et les maillons de chaîne, sans prendre ou trop rarement le temps de découvrir le paysage... ce que l'auteur semble regretter à la fin du récit !

Avec un camarade de vingt ans son aîné, dont il nous décrit longuement le caractère autoritaire, Rolfo joue les Sancho Pança, servant plus souvent qu'à son tour de mécano de l'étape pour entretenir les deux Yamaha 9OO TDM dont il nous décrit essentiellement les crevaisons. Car les pannes sont généralement le fruit de la malchance, et pour sa part la mécanique s'avère inusable, par tous les climats et tous les types de revêtement : belle publicité pour la TDM, moto de conception rustique parfaitement adaptée aux contraintes extrêmes.

Du désert mauritanien aux pistes de la Cordillère des Andes, des autoroutes américaines au mauvaises routes de la Russie moderne, les deux cavaliers survolent littéralement le globe, sans jamais s'arrêter, avec une moyenne de 800 à 1000 km par jour. Inutile de dire que les descriptions de l'environnement sont essentiellement les postes frontaliers où les formalités administratives leur font mettre pied à terre et perdre un temps précieux... par rapport à leur moyenne. Avec une règle universelle : les taxes douanières et droits de passage sont l'industrie la plus florisante du monde.

Ecrit au premier degré, avec ce qu'il faut d'ignorance et de naïveté, le récit de cette longue chevauchée se lit facilement. A l'heure où les compétitions "industrielles" du type Paris-Dakar se heurtent à la réalité et connaissent de douloureuses annulations, il est bon de rappeler que l'aventure individuelle existe encore et reste parfaitement accessible, au moins tant qu'on peut payer l'essence et les frais de voyage. Avec ce qu'il faut de souplesse pour s'adapter à l'actualité, annuler la traversée de la Chine à cause de la grippe aviaire et faire le même total de kilomètres en ajoutant l'Europe centrale...

Sans rien enlever au mérite des deux motards, qui ont mené à terme leur pari absurde - enrouler 40.000 km à toute allure sans rien voir ou presque - "Notre tour du monde à moto" est une bonne invitation au voyage, pour ceux qui ont le goût de la route, un véhicule pas compliqué, le goût de la mécanique (indispensable !) et l'envie de partir...

Une femme pour roi mage

L'Italie a une façon particulière de fêter l'épiphanie le 6 janvier, c'est l'arrivée de la Befana (qui tire son nom d'Epifania), sorcière gentille et beinfaisante agréée par l'Eglise et qui, come les rois mages offrant leurs dons à l'enfant Jésus, apporte des cadeaux aux enfant méritants.

Nettement plus populaire que les mystérieux Gaspard, Melchior et Balthazar, astrologues chaldéens devenus rois par la légende et dont sait seulement que le troisième était noir parce qu'on le représente comme un roi africain dans les crèches, la Befana est une bonne sorcière européenne classique, munie de son balai, de son chapeau et de son nez crochu.

Avatar des druidesses sacrées, les sorcières ont survécu dans l'inconscient européen sans être des personnages négatifs, bien que l'Eglise en ait brûlé des centaines au Moyen-Age. Celle-ci en particulier est attendue par tous les enfants car c'est elle qui, jusqu'à une époque récente, apportait les cadeaux qu'on trouve aujourd'hui dans les crèches dès le 25 au matin, impératif commercial oblige, ou dès le 24 au soir, déposés alors par le Père Noël descendu dans la cheminée.

Mais la Befana, version féminine du Père FouettNewpress, ard, ne donne ses cadeaux qu'aux enfants qui ont vraiment été sages. Aux autres elle apporte du charbon. Enfant, à l'âge où on croit encore au père Noël, j'avais été mortellement blessé d'avoir trouvé du charbon dans la chaussette en coton fixée à la cheminée, même si c'était du charbon sucré à l'anis, qu'on trouve encore en vente aujourd'hui dabns les confiseries. Mauvaise plaisanterie d'adultes, que je ferai jamais à quiconque, je me le suis promis ce jour-là !

Et pendant que les Français s'adonnent au rite répétitif de la galette des rois (entre la famille, le bureau et les amis, on en consomme cinq à six...), les Italiens célèbrent la sorcière gentille, qui ouvre les défilés les plus originaux : à Rome elle précédait dimanche les chars portant les rois mages jusqu'à la place Saint-Pierre. A Florence, deux befane étaient juchées sur une locomotive à vapeur à la gare de Santa Maria Novella, avant le défilé dans la ville. A Venise, plusieurs sorcières ont fait la course en gondole, tandis qu'à Mondovi, la Befana est descendue du ciel en mongolfière, parmi 40 Mongolfières spécialement rassemblées pour la fête. A Milan enfin, elle ouvrait le tradionnel défilé des motos jusqu'à la place du Domo.

A Palerme, par souci du politiquement correct, on avait même organisé une "fête multiethnique de l'Epiphanie", au profit des enfants d'immigrés et de sans logis, avec des cadeaux pour tous. J'ai lu ça dans le Corriere della Sera. En oubliant au passage que si la Befana est "bien de chez nous", les rois mages étaient eux-mêmes une manifestation ethnique, l'hommage des peuples d'Afrique et d'Asie au nouveau Messie.

(Photos : Newpress, Ansa, AP)