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Derrière le Tibet, le Yuan

Derrière l'empoignade ocidentale avec la Chine sur le thème des droits de l'homme au Tibet, orchestrée par les Etats-Unis à travers une série de campagnes de presse, une autre partie se joue entre les deux Grands dont le principal effet est de prendre l'Europe et le reste du monde en otage : la bataille sur les parités de change entre le yuan et le dollar.

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis reprochent à la Chine de maintenir le yuan à un taux qu'ils jugent anormalement bas, ce qui privilégie évidemment les exportations chinoises dans la balance des échanges avec les Etats-Unis. Le yuan est effectivement sous-évalué, ce qui donne à la Chine un avantage commercial mondial.

De leur côté, les Américains mettent désormais une pression maximale sur la Chine pour qu'elle révise sa politique monétaire et font peser sans le dire une véritable menace de déstabilisation des Jeux Olympiques de l'été prochain si Pékin n'est pas plus accommodant. D'où cet engouement soudain pour le Dalai Lama, qui parcourait le monde depuis des années dans l'indifférence générale pour le sort des Tibétains habitant la province annexée par la Chine, et qui est devenu brusquement l'objet de toutes les attentions.

Paradoxe, alors que des contacts se tiennent à haut niveau entre responsables économiques des deux puissances, c'est la Chine qui manifeste sa mauvaise humeur du fait que le dollar est sous-évalué. Dans un article du Shangaï Daily cité par le remarquable site "Contre-info", on lit que "la Chine, qui est le pays ayant les plus grandes réserves de change au monde, dont la plupart sont libellées en dollars américains, est donc touchée beaucoup plus durement par la dévaluation du dollar US."

"En 2005, les USA ont fait à la Chine une proposition consistant à permettre dans les six mois l’appréciation de yuan de 27,5% face au dollar, tout en menaçant dans le cas contraire d’imposer une pénalité sous forme d’une taxe douanière de 27,5% sur les importations chinoises. Cette mesure aurait été équivalente à la demande que la Chine réduise la dette des États-Unis envers elle de 27,5%", précise l'article.

Autant dire que ce n'est pas en voyant ses réserves en dollar fondre avec la dépréciation du dollar que la Chine va se montrer disposée à réévaluer le yuan, ce qui aggraverait encore ses pertes en dollars : « Les actifs libellés en dollars possédés par la Chine sont une richesse gagnée par son peuple à la force de son dur travail. Le gouvernement central a donc l’obligation de les préserver au lieu de permettre la dépréciation du dollar américain », déclare le gouvernement chinois dans cet article.

Ce qui peut inciter à penser que la persistance de la crise entre le yuan et le dollar aura deux effets : à court terme, une pression redoublée sur le thème des droits de l'homme au Tibet et en Chine - ce que Pékin a compris en commençant à lâcher du lest et en proposant de "discuter" avec le Dalai-Lama, pour préserver les Jeux, avant la réunion en juin de la commission économique sino-américaine. Et à moyen-long terme, une reposition des réserves monétaires de la Chine du dollar vers d'autres monnaies, principalement la livre sterling et l'euro. Ce qui par contrecoup améliorera les positions de l'Europe en Chine mais vraisemblablement au prix de lourds malentendus avec les Américains.

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Voici les sites qui parlent de Derrière le Tibet, le Yuan:

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Post-scriptum: Le premier ministre François Fillon a profité du 1er mai pour se rendre à Washington où il devait voir notamment le secrétaire au Trésor et le président de la FED. Dans une interview au New York Times, il a dit : "les Américains et les Européens doivent ensemble obtenir une réévaluation du yuan ; c'est une discussion politique que nous devons avoir (avec les Chinois), nous devons mettre une pression politique sur la Chine et aurons plus de chances d'aboutir en le faisant ensemble".
Mais devant l'American Jewish Comittee, il a nuancé cette solidarité américano-européenne en affirmant : "les autorités américains répètent sans cesse que le dollar est trop faible. Il faut donc que nous trouvions ensemble les moyens de faire en sorte que cette affirmation se traduise dans les faits", pour éviter que "la zone Euro supporte seule le poids de l'ajustement de toutes les monnaies".

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