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Politiques au crible du blog

Visite édifiante que la tournée des blogs de personnalités socialistes, un an après que soit retombée l'agitation de la campagne électorale : beaucoup d'absents, quelques nouveaux, mais surtout une méconnaissance de l'outil Internet ou peut-être, plus grave, une indifférence au jugement des internautes. Les vraies e-plumes politiques sont rares, et le blog d'Alain Juppé reste l'exception, toutes tendances politiques confondues.

Parmi les grands disparus, quelques éléphants ont cessé de barrir : Lionel Jospin, qui avait brillamment animé un blog bien écrit, lancé en septembre 2006 "alors que le PS entrait dans une période importante, celle de la préparation de l'élection présidentielle", a décidé de fermer ce site le 26 novembre 2007. Jack Lang, qui avait également bâti un blog à la gloire de lui-même, l'a interrompu, sauf erreur, juste après avoir été réélu dans le Pas de Calais, le 17 juin 2007. Autre socialiste historique, Henri Emmanuelli, qui est toujours combatif mais dont le blog est "en travaux" depuis le 11 février 2008. Sans doute une simple interruption.

Autres personnalités "traditionnelles", Fabius et DSK : Laurent Fabius continue à animer un véritable blog, très pro, vivant sans être décapant mais en acceptant d'être interpellé par des commentaires assez critiques, ce qui est plutôt bon signe. Dominique Strauss-Kahn, l'un des premiers à avoir lancé son blog en 2005, et dont les commentaires étaient souvent véhéments pendant la campagne des primaires du PS, l'a fermé le 31 août 2007 pour ouvrir un blog destiné à sa candidature au FMI (www.dsk-fmi.net) qu'il a fermé le 2 octobre, après son élection à ce poste.

Le sénateur Jean-Luc Mélenchon, polémique et souvent solitaire, a su utiliser à fond cet outil qui le boudait moins que la presse. Sa note "je ne suis pas d'accord avec le boycott des Jeux de Pékin et la propagande anti-chinoise", du 7 avril dernier, lui a valu 2.469 commentaires et a été cité partout. Il a remis ça le 24 avril avec une nouvelle note sur "un projet théocratique, autoritaire, ethniciste, dangereux pour la paix", parlant évidemment du Dalaï-Lama, qui lui a valu déjà 359 commentaires.

Martine Aubry, littéralement ressuscitée depuis son élection à la mairie de Lille, s'affiche sur le site "Réformer", en couleurs mais bien austère. Un site, pas un blog, avec une compilation de ses interviews et discours, quelques commentaires flatteurs, pas de débat, pas de notes personnelles. Même déception sur le site d'Arnaud Montebourg, où l'on trouve son portrait, sa bio, ses déclarations, ses interviews, mais pas de commentaires visibles (sauf erreur de manip), pas de dialogue. Idem pour François Lamy, dont le site est esthétiquement attrayant mais très pauvre en dialogue : le dernier commentaire remonte au 6 juin 2007... Même constation chez Vincent Peillon, dont le site est une simple compilation de ses articles et interviews, sans confuidences, sans commentaires, sans dialogue. 

Très prometteur, et le plus beau esthétiquement, le blog de Julien Dray qui ressemble à un vrai blog n'a qu'un petit défaut : la dernière mise à jour remonte au 11 décembre 2007. Aurait-il changé de provider sans se faire référencer ? C'est dommage ! Prometteur aussi, malgré son aspect austère et peu imaginatif, le site de Manuel Valls où flatteurs et détracteurs se répondent équitablement et donnent une impression de dialogue. 

J'ai évidemment gardé pour la fin Ségolène et François, qui m'ont tout autant laissé sur ma faim. Ségolène Royal n'a jamais eu de blog personnel mais plusieurs sites animés par ses militants - dont son fils - au sein de la "Ségosphère", au point qu'on a du mal à distinguer les vrais des faux, un certain nombre de sites pastiches ayant vu le jour. Reste le site officiel de Désirs d'avenir qui n'a rien d'un blog, et où l'éternelle candidate aligne ses interviews et ses carnets de voyage mais sans laisser de place aux commentaires : celui qui veut donner son avis est prié de passer par les canaux des Forums très structurés et peut difficilement réagir en "live" aux propos de Ségolène.

Il peut en revanche le faire sur le tout nouveau blog de François Hollande, avec ses interviews et ses passages à la télé, où un commentateur facétieux écrit : "le blog de notre pansu secrétaire est en train de faire pschittt dans la blogosphère et dans l'indifférence générale, c''est pourquoi j'ai décidé de lui faire un peu de pub ici. Il ne fait pas désespérer Billettoutcourt..."   

Derrière le Tibet, le Yuan

Derrière l'empoignade ocidentale avec la Chine sur le thème des droits de l'homme au Tibet, orchestrée par les Etats-Unis à travers une série de campagnes de presse, une autre partie se joue entre les deux Grands dont le principal effet est de prendre l'Europe et le reste du monde en otage : la bataille sur les parités de change entre le yuan et le dollar.

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis reprochent à la Chine de maintenir le yuan à un taux qu'ils jugent anormalement bas, ce qui privilégie évidemment les exportations chinoises dans la balance des échanges avec les Etats-Unis. Le yuan est effectivement sous-évalué, ce qui donne à la Chine un avantage commercial mondial.

De leur côté, les Américains mettent désormais une pression maximale sur la Chine pour qu'elle révise sa politique monétaire et font peser sans le dire une véritable menace de déstabilisation des Jeux Olympiques de l'été prochain si Pékin n'est pas plus accommodant. D'où cet engouement soudain pour le Dalai Lama, qui parcourait le monde depuis des années dans l'indifférence générale pour le sort des Tibétains habitant la province annexée par la Chine, et qui est devenu brusquement l'objet de toutes les attentions.

Paradoxe, alors que des contacts se tiennent à haut niveau entre responsables économiques des deux puissances, c'est la Chine qui manifeste sa mauvaise humeur du fait que le dollar est sous-évalué. Dans un article du Shangaï Daily cité par le remarquable site "Contre-info", on lit que "la Chine, qui est le pays ayant les plus grandes réserves de change au monde, dont la plupart sont libellées en dollars américains, est donc touchée beaucoup plus durement par la dévaluation du dollar US."

"En 2005, les USA ont fait à la Chine une proposition consistant à permettre dans les six mois l’appréciation de yuan de 27,5% face au dollar, tout en menaçant dans le cas contraire d’imposer une pénalité sous forme d’une taxe douanière de 27,5% sur les importations chinoises. Cette mesure aurait été équivalente à la demande que la Chine réduise la dette des États-Unis envers elle de 27,5%", précise l'article.

Autant dire que ce n'est pas en voyant ses réserves en dollar fondre avec la dépréciation du dollar que la Chine va se montrer disposée à réévaluer le yuan, ce qui aggraverait encore ses pertes en dollars : « Les actifs libellés en dollars possédés par la Chine sont une richesse gagnée par son peuple à la force de son dur travail. Le gouvernement central a donc l’obligation de les préserver au lieu de permettre la dépréciation du dollar américain », déclare le gouvernement chinois dans cet article.

Ce qui peut inciter à penser que la persistance de la crise entre le yuan et le dollar aura deux effets : à court terme, une pression redoublée sur le thème des droits de l'homme au Tibet et en Chine - ce que Pékin a compris en commençant à lâcher du lest et en proposant de "discuter" avec le Dalai-Lama, pour préserver les Jeux, avant la réunion en juin de la commission économique sino-américaine. Et à moyen-long terme, une reposition des réserves monétaires de la Chine du dollar vers d'autres monnaies, principalement la livre sterling et l'euro. Ce qui par contrecoup améliorera les positions de l'Europe en Chine mais vraisemblablement au prix de lourds malentendus avec les Américains.

Du grand soir au petit matin

C'est fait, le parti socialiste (PS) français a donc abandonné le grand soir, la tentation révolutionnaire, pour se ranger sous la bannière réaliste "d’une économie sociale et écologique de marché". Autant dire qu'il a troqué le poing levé, à peine tempéré par la rose, pour un café-crème avec croissant.

Dans le texte publié il y a quelques jours par Le Monde (mais classé depuis dans les archives payantes du quotidien, et disponible gratuitement sur Rue89), le nouveau PS a donc fait son consensus en faveur d'une "économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux". Le système voulu par les socialistes est désormais "une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale".

Poing_rose_ps J'arrête là la citation d'un texte qui, pour être plus digeste que le "Capital" de Karl Marx, indique bien que la prochaine étape pour le parti est logiquement de renoncer à son qualificatif de socialiste, historiquement entaché de dévoiements et dont il laissera l'expérimentation plus ou moins réussie à Cuba et à la Corée du Nord, où la frontière entre communisme et socialisme n'a jamais permis d'arriver à la social-démocratie. Mais celle-ci était-elle viable, a-t-elle jamais existé, le socialisme était-il compatible avec la démocratie ? Trop de temps perdu à chercher la réponse...

Alors, Parti travailliste ? Parti social-libéral ? Parti démocrate ? L'Italie vient de payer très cher le fait pour la gauche de s'être fondue en un "PD" déstructuré, abandonnant toute référence à l'idéologie alors que la droite conservatrice et libérale faisait triompher ses valeurs. Walter Veltroni et son "bonisme" ont échoué à rassembler l'électorat, pendant que les valeurs idéologiques les plus réactionnaires et xénophobes de la Ligue lombarde emportaient la décision au profit du "Peuple des libertés" de Silvio Berlusconi. La France n'a pas fait autre chose en laissant le libéralisme triompher par défaut et seule l'Espagne, aujourd'hui en Europe, triomphe encore sous les couleurs du socialisme ouvrier, affiché dans le PSOE, le parti socialiste ouvrier espagnol. Zapatero l'anti-confirmiste, le laïc militant, pourfendeur de la violence conjugale et de l'homophobie, a parfaitement su maîtriser la croissance économique d'une Espagne très en forme sans renoncer en rien aux idéaux affirmés de la gauche.

Le débat n'est pas que de façade ou d'étiquette. Dans la lutte des éléphants - les vieux et les jeunes - au PS, les clivages restent très forts. Ségolène Royal a tendu trop tôt la main aux centristes de Bayrou, elle a été désavouée par son propre électorat. D'autres continuent à prêcher un discours "d'union de la gauche" alors que le parti communiste a littéralement disparu. Seul gardien du temple, qui n'a pas encore sacrifié à la mode du "bonisme", de la démocratie participative ou du "gauchisme", François Hollande reste le porte-parole d'un parti qui n'ose plus dire son nom. Sa faiblesse deviendrait-elle une force ? Certains commencent à se demander si sa force d'inertie ne serait pas finalement le meilleur rempart contre les dérives "veltronistes"...

Top modèles au MAE

P1010514 Ayant évoqué trop rapidement, la semaine dernière, les dépôts et collections du Musée de l'air et de l'espace (MAE) au Bourget, il fallait que j'y revienne pour signaler une nouveauté qui mérite une visite à elle seule : la collection de 1.000 modèles réduits d’avions, d’hélicoptères, de montgolfières, présentés pour la première fois au public.

Ouverte depuis le 29 mars dernier, et on la doit elle aussi aux efforts et à l'esprit juvénile du directeur du MAE Gérard Feldzer, cette collection est merveilleusement mise en valeur avec des éclairages directionnels dans une pénombre un peu mystérieuse, style vitrines de Noël des Grands magasins sur les boulevards...

On y trouve de très belles maquettes anciennes, certaines ont plus de plus de 150 ans. La vitrine des ballons, Montgolfières et dirigeables ressemble à un aquarium avec de gros poissons colorés. Plus loin, ce sont des voitrines pleines de maquettes en bois vernis, maquettes de soufflerie ou modèles réduits, très beaux objets en tous cas dont la réalisation a demandé une patience infinie. Signalées, dans cette série, les maquettes fabriquées à Meknès pendant la seconde guerre mondiale, destinées à former les guetteurs marocains : près de 13.000 stagiaires se sont ainsi exercés à reconnaître les avions amis et ennemis d’après leur silhouette lancée sur un câble tendu au-dessus de la salle de cours…

Maquettes plus récentes, jusqu'aux avions les plus récents équipés de moteurs et de télécommandes, la collection est cependant un reflet de l'histoire réelle de l'aéronautique car la pupart des modèles réduits correspondent à des avions - ou parfois des prototypes - ayant existé en grandeur nature et ayant réellement volé pour la plupart.

Un peu à part et occupant une énorme vitrine à lui tout seul, le porte-avions américain USS Enterprise (CVN 65), lancé en 1961 et toujours en service dans la marine américaine, est équipé ici de tous ses appareils embarqués, tous alignés sur le pont d'envol. La maquette au 1/100e est signée L. Geiger. D'un réalisme exceptionnel, à faire pâlir d'envie le Musée de la Marine au Trocadéro.

Motion confidentielle au PS

Mon ami Daniel Mitrani, l'un des meilleurs spécialistes du Parti socialiste où il milite depuis 1950, a pu se procurer une des résolutions qui seront présentées le 14 juin devant la convention chargée d'améliorer le fonctionnement du parti. Au risque de trahir la confidentialité des travaux du PS, je prends le risque de partager le secret avec les rares lecteurs de ce blog privé afin d'enrichir le débat public, car je pense que cette résolution le mérite.

"A l'heure où des dizaines de milliers de militants se lancent à fond dans la lutte contre les agressions d'un gouvernement digne du 19e siècle, des petites phrases anodines mais assassines sont quotidiennement échangées ente une quinzaine de têtes d'affiche. Quelle que soit la volonté de servir qui est à leur origine, ces propos à bâtons rompus brouillent l'image de notre parti et facilitent les manoeuvres de ses adversaires.

Estimant que le PS ne pourrait pas supporter que se prolongent pendant plusieurs mois de telles escarmouches, la Convention arrête les dispositions suivantes :

- Le prochain Premier secrétaire sera tiré au sort.

- Grâce au fichier de l'Hebdo des socialistes, tout militant à jour de ses cotisations au 1er janvier se verra affecter un numéro dont lui-même et son secrétaire fédéral seront informés.

- Le tirage aura lieu sur l'estrade du congrès, immédiatement avant la clôture de ce dernier. Il sera effectué avec la machine utilisée pour le Loto, le dispositif étant techniquement aménagé pour que le numéro gagnant ne puisse être ni inférieur à un - personne n'est nul dans le Parti - ni supérieur au nombre des adhérents.

- Ce numéro sera annoncé à la tribune. L'identité du camarade qui en est titulaire sera téléphonée par lui-même ou par son secrétaire fédéral, et il sera proclamé Premier secrétaire du Parti socialiste.

- Sont exclus du tirage tous les camarades qui, au cours des derniers dix-huit mois, auront manifesté l'intention ou la velléité de prétendre au poste. Si le numéro de l'un d'eux était tiré, ce serait "une mesure pour rien" et un deuxième tour serait organisé. Ces camarades, tous de grande valeur, ne seront pas sous-employés : le nouveau Premier secrétaire leur proposera d'assumer sous son autorité les responsabilités sectorielles pour lesquelles il les jugera particulièrement qualifiés.

- De même qu'un Pape ne peut interrompre son pontificat, le Premier secrétaire n'aura pas le droit de démissionner avant le congrès suivant. Même si, devant des signes de fatigue de sa part, un ou plusieurs camarades se déclarent prêts à se dévouer pour le remplacer à ce poste difficile et pénible".

Gengis Khan, héros positif

Il faut aller voir "Mongol - l'incroyable destin de Gengis Khan", film germano-kazakh à participation très internationale qui retrace l'ascension de ce jeune guerrier intègre et son accession au pouvoir absolu, pour à la fois comprendre la fantastique dynamique qu'il a insufflée au peuple mongol et dépasser le cliché de l'ogre barbare hérité de nos livres d'histoire.

Grâce au réalisateur russe Serguei Bodrov, on caracole deux heures durant sans reprendre son souffle à travers les paysages grandioses du Kazakhstan et la course-poursuite-incessante et alternative entre le jeune Temudjin et ses ennemis littéralement héréditaires, partant d'une histoire d'individus pour aboutir à l'éclosion d'un empire. Bodrov n'est pas le premier à traiter le sujet puisqu'il existe au moins deux autres films sur le grand chef mongol, une production anglo-germano-américano yougoslave en 1965 et un docu-fiction anglo-allemand en 2004. 

Ce film est aussi un exceptionnel duel entre le Japonais Tadanobu Asano, qui incarne un Gengis Khan hiératique, implacable mais généreux, insensible mais amoureux, et le Chinois Sun Hong-lei, son frère de lait et de sang Jamukha devenu son roué rival et son ennemi juré. Et comme de toutes façons le film est intégralement en mongol, la véracité de leur jeu fait qu'on se trouve projeté dans un  moyen-âge asiatique (fin 12e siècle) totalement réel et crédible, avec des scènes étudiées au millimètre et un mouvement qui emporte l'action au galop des petits chevaux mongols.

C'est incontestablement une histoire d'hommes, où la violence ne se fait pas malgré les femmes mais à cause d'une femme - Hélène et la guerre de Troie - et une histoire d'affrontement où le "bon" triomphe parce qu'il est justicier mais magnanime et qu'il  se bat non pour lui mais pour son peuple, "pour les Mongols". Temudjin veut mettre fin aux incessantes guerres tribales pour imposer une loi unique à tous les Mongols, fondée sur le respect de l'intérêt collectif contre le pillage, sur le respect des femmes et des enfants qu'on ne tue plus, sur le respect du vaincu qu'on n'exécute plus, sur le dépassement des clivages tribaux en intégrant tout le monde dans une même armée.

Cette unification nationale se fait par les armées, et c'est donc logiquement que Temudjin va partir ensuite à la conquête de la Chine et du monde pour devenir le redouté Gengis Khan. Le film ne raconte que ses débuts mais donne les clés des victoires futures. En particulier, Serguei Bodrov montre de façon très claire  comment ce combattant solitaire est devenu chef de bande, puis chef de guerre. Comment les Mongols, qui chargeaient d'abord en hurlant avec des piques, désordonnés comme des Indiens peaux-rouge, ont appris à manoeuvrer le terrain avec les archers à pied et les combattants cuirassés à cheval. Le cheval, l'arc, la légèreté et la manoeuvre, ce sont déjà les clefs de la supériorité des Mongols, bien sûr avec le talent manoeuvrier de ce Napoléon des steppes.

On n'a qu'un souhait en sortant de ce spectacle, c'est qu'on ait droit prochainement à la suite de cet "Eastern", la version globalisée du Western traditionnel. Avec les mêmes acteurs !    

Ali Baba et les 40 voilures

Il existe au nord de Paris une caverne d'Ali Baba, c'est le dépôt du Musée de l'air et de l'espace (MAE) du Bourget, jalousement gardé par son directeur Gérard Feldzer, un merveilleux fou volant qui, après une longue carrière de pilote chez Air France, consacre son énergie à rendre vie, pour le plus large public, aux avions les plus étranges et les plus exceptionnels.

Les hangars de restauration s'étirent à l'ouest des pistes du Bourget, sur la base de Dugny. Autrefois très poussiéreux, au point que l'un d'eux a disparu dans un incendie, ces hangars ont été reconstruits en béton et abritent une activité insoupçonnée où quelques ouvriers du musée, véritable spécialistes, travaillent au coude à coude avec les membres bénévoles de plusieurs associations d'anciens dont Memorial P1010444 Flight, pilotes ou mécaniciens ayant servi les matériels qu'ils remettent en état.

Le plus spectaculaire est actuellement le B-26 Invader, un bimoteur américain de 1940 construit en très grande série par Martin et dont cet exemplaire pourra revoler un jour prochain, avec des moteurs tout neufs. Le travail de restauration n'est pas simple car sur celui-ci, comme pour d'autres plus loin, on travaille sur des photocopies de plans d'époque.

D'une génération antérieure, ce Potez 25 dont la restauration a été demandée par le constructeur du même nom, est en réalité une reconstruction. La structure est principalement en bois mais les pièces métalliques sont nombreuses et doivent être refaites une à une, quand elles n'ont pas été retrouvées. Ce biplan d'observation et de bombardement, en version militaire, était également un avion postal en version civile, celui sur lequel Guillaumat fut accidenté dans les Andes en 1930.

Très original aussi, l'ancêtre de l'hélicoptère, l'engin du marquis argentin Raul Pateras de Pescara, dont le corps principal est déjà exposé au musée dans le nouveau hall de la voilure tournante, tandis que les pales  superposées sont en cours de fabrication également sur des plans d'époque. avec une structure rigide recouverte de tissu, un  vrai travail de patience.

Très émouvante, derrière un Jaguar, la nacelle du dirigeable La France construit par Charles Renard et Arthur Krebs vers 1875, et qui est une pièce d'origine rarissime, comme beaucoup des pièces conservées ou recueillies sur ce site qui fut l'un des berceaux de l'aéronautique.

Témoins encore de leur époque, ce biplan anglais Sopwith n'est pour l'instant qu'un squelette de bois apparemment très fragile et pourtant solide, sur lequel seront tendues des toiles, et c'était l'un des premiers avions de combat en 1915.

A l'autre extrême, plusieurs générations technologiques plus tard, le Heinkel 162 Volksjäger qui fut le premier monoréacteur au monde, en 1945, et dont il reste sept exemplaires au monde. Celui du Bourget a déjà la voilure restaurée et la carlingue en cours de remontage, il sera l'un des fleurons des collections du musée.   

Histoire de lunettes

  La vérité est parfois aveuglante. Ainsi cette dame dévêtue en pleine gare londonienne de Saint-Pancras (nouveau terminal de l'Eurostar) dont personne ne remarque même la présence. On imagine mal la même photo à la gare centrale du Caire ou à l'aéroport de Djeddah. Sans doute parce qu'on n'y porte pas les mêmes lunettes.

En Europe (et je précise bien en Europe car la nudité n'est pas également tolérée partout ailleurs en Occident...) c'est une chose banale car c'est l'art, depuis toujours, et la publicité, P1000218_2 plus récemment, qui ont fait que dans notre culture au moins, la nudité de la femme n'a pas immédiatement de connotation sexuelle. Cela ne porte pas jugement sur les cultures qui ont d'autres tabous que les nôtres, mais c'est aussi une manifestation de ce que je retiens pour de l'ouverture d'esprit. Merci à British Railways de nous le rappeler avec cette belle expo.   

Dans Le Monde daté du 11 avril, le philosophe Régis Debray adresse une lettre ouverte à Oussama Ben Laden, en lui demandant de ne pas nous imposer ses lunettes, de vouloir refaire le monde à son image qui n'est pas la nôtre : "Vous ne voulez pas d'un Occident universel ? Soit, et nous non plus, d'un Islam universel. Internet aidant, nous voilà tous, droits-de-l'hommistes et islamistes, colocataires de la maison humaine. Entre voisins de palier, le tact s'impose".

Dit en termes philosophiques, c'est ce qu'illustre très bien et très simplement la superbe campagne de pub de la banque HSBC qui, à travers les aéroports internationaux, jongle indéfiniment sur la symétrie inverse des points de vue : la tour de Pise est parfaite pour les uns, alors que c'est le David de Michel-Ange qui est imparfait. Ou l'inverse. Les Tong sont cool alors que les Santiags ne le sont pas. Ou l'inverse. On revient toujours au même slogan que je partage : « Etre ouvert sur le monde, c’est comprendre les différences de point de vue. »

Au fait, ça n'a rien à voir, mais je rentre d'un jogging au parc de Saint-Cloud, parc très naturel mais qui  n'est quand même pas en pleine campagne puisque l'entrée est à 500 mètres du métro. J'ai eu l'immense surprise d'y découvrir un héron au milieu d'un des bassins, qui volait paresseusement d'un bord à l'autre en laissant traîner ses pattes sur l'eau, poursuivi par un petit chien qui ne voulait pas aboyer pour ne pas lâcher sa balle. Manteau gris, jabot blanc, des lunettes noires et un regard curieux, cet échassier venu d'ailleurs se demandait ce qu'il faisait là. Question de point de vue, comme toujours.

L'Italie en chansons

Pays de l'Opéra et du Bel canto, l'Italie a l'art de tout pouvoir exprimer en chansons, et il faut absolument aller voir l'hymne des deux formations qui s'affrontent demain aux élections, le Parti de la liberté (PDL) de Silvio  Berlusconi et le Parti démocratique (PD) de Walter Veltroni.

L'image, le ton, le style, symbolisent bien l'esprit des deux camps, celui d'une droite conservatrice et un peu populiste, et celui d'un centre-gauche familial et affichant sans complexe l'abandon de ses racines de gauche en créant une vraie campagne à l'américaine. Jusqu'au refrain révélateur où l'un dit "les Italiens avec Silvio" et l'autre répond "Walter avec les Italiens"...

Dans le chant du PDL, largement pastiché par les chansonniers (voir sur Youtube), on voit surtout des gens de 20 à 40 ans, en groupe, des travailleurs actifs, l'Italie qui travaille et qui gagne, et même des sportifs dans une salle de fitness. Des jeunes, des étudiants, pâtissiers, informaticiens, enseignants, ouvriers et, bien sûr, des chauffeurs de taxi - référence à la réforme avortée de Prodi. Des plans de groupe, des vues aériennes de la Via dei Fori Imperiali à Rome avec une foule immense de manifestants partant du Colisée de Néron et déroulant un immense drapeau italien, et pour final, des jeunes devant la façade du Colisée carré de l'EUR, un des chefs d'oeuvre de l'architecture mussolinienne.

"C'è un grande sogno che vive in noi, siamo la gente della libertà, Presidente siamo con te, meno male che Silvio c'è (Refrain). Siamo la gente che ama e che crede, che vuol trasformare il sogno in realtà (R). Siamo la gente che mai non si arrende, che tende la mano, che forza si dà (R). Viva l'Italia, l'Italia che ha scelto di credere ancora in questo sogno (R). Dillo cosi, con quella forza che ha solamente chi è puro di mente (R)

"Il y a un grand rêve qui vit en nous, nous sommes les gens de la liberté. Président nous sommes avec toi, heureusement que Silvio est là. Nous sommes les gens qui aiment et qui croient, qui veulent transformer le rêve en réalité. Nous sommes les gens qui ne se rendent jamais, qui tendent la main, qui se donnent du courage. Vive l'Italie, l'Italie qui a choisi de croire encore à ce rêve. Dis-le comme ça, avec la force que seul a celui qui est d'esprit pur : Président nous sommes avec toi, etc."

En contrepoint, le chant du Parti démocratique des partisans de Veltroni tourne le dos à son passé de gauche pour ressembler davantage aux Démocrates américains avec même une référence à Obama "si puo' fare - we can make it". Sur l'air de YMCA, détourné en "I am PD", on voit des jeunes mais aussi des moins jeunes, des familles, des gens de tout niveau dans une grande décontraction. Le choix est plutôt le contexte ordinaire et quotidien qu'une mise en scène, même si le travail de réalisation est évidemment aussi soigné que chez les concurrents.

"Walter, io mi fido di te, dico : Walter, un paese moderno con Walter, è arrivato il momento di dire no ai giocchetti; vota per la stabilità, dico : vota, noi corriamo da soli, tu vota per cambiare davvero; diciamo si puo' fare. Cantiamo tutti insieme IMPD; senza Silvio ma neanche Dini, perché una nuova stagione c'è, IMPD, se Mastella non c'è tanto meglio perché noi vogliamo cambiare con te, Walter; puoi premiare il talento con Walter, aumentare i salari, dai, Walter, io ci credo perché non avremo più ricatti. Ora, scendi in campo perché è giunta l'ora per l'Italia che ancora s'innamora, non temere vedrai questa volota si puo' fare, cantiamo tutti insieme IMPD. Fallo, per l'Italia che cresce e che spera un paese più giusto e più vero, da Milano a Palermo dobbiam' cambiar' davvero. Sogno che diventa realtà grande, sogno la speranza di cui c'è bisogno, se ti aiuti anche tu siam' convinti si puo' fare, IMPD..."

"Walter, j'ai confiance en toi, je dis : Walter, un pays moderne avec Walter, le moment est venu de dire non aux combines ; vote pour la stabilité, je dis : vote, nous nous courons tout seuls, tu dois voter pour un vrai changement ; nous, nous disons : c'est faisable. Chantons tous ensemble IMPD ; sans Silivio mais aussi sans Dini (le sénateur libéral-démocrate Lamberto Dini) parce que c'est une nouvelle saison, IMPD, s'il n'y a pas non plus Mastella (Clemente Mastella, ministre de la justice du gouvernement Prodi qui en a provoqué la chute pour avoir été mis en cause par le parquet de Catanzaro pour une affaire de corruption, avant d'en être innocenté), tant mieux parce que c'est avec toi que nous voulons le changement, Walter ; tu peux récompenser le talent avec Walter, augmenter les salaires, allez, Walter, moi j'y crois parce qu'il n'y aura plus de chantage. Maintenant viens, descends sur le terrain, parce que l'heure est venue pour l'Italie qui sait tomber amoureuse, n'aie pas peur cette fois c'est faisable, chantons tous ensemble IMPD. Fais-le pour l'Italie qui grandit et qui espère un pays plus juste et plus vrai, de Milan à Palerme nous voulons un vrai changement. Je rêve que ça devienne une grande réalité, je rêve l'espérance dont nous avons besoin, si tu t'y mets aussi nous sommes convaincus que c'est faisable, IMPD..."

Bien sûr, on a du mal à imaginer les ténors du PS sautiller sur le rythme de "I am PD" au prochain Congrès. Mais on peut espérer au moins que le(s) programme(s) ressemblent davantage à ces chansons toniques, même si leur contenu idéologique reste léger, qu'à des discours traditonnellement indigestes ou à des contributions volumineuses et incompréhensibles. En chansons, on en dit beaucoup plus !

Revoir le colonel De Gaulle

P1010413 Rencontre insolite, au musée des blindés de Saumur, avec le colonel De Gaulle en casque et uniforme de tankiste devant son char Renault FT-39, avec une expression grave et un regard hautain vers on ne sait quel horizon sombre, en mai 1940...

P1010410 Le mannequin qui représente le général Leclerc appuyé sur sa canne devant son camion-PC, avec une expression à demi souriante, reflète sans doute l'horizon éclairci de la campagne de libération de la France en 1944. Tempérament différent, destin différent...

Pas loin d'eux, impassible et taciturne, le général de Lattre assis dans sa jeep complète cette nouvelle "Allée des grands hommes" dont on attend avec impatience de voir si les prochains P1010394 seront Montgomery, Patton, Joukov et... Guderian ou Rommel, puisque ces grands hommes ne peuvent être que des acteurs majeurs des batailles de chars.

P1010381 Peu connu et mal placé, dans l’ancienne usine de la SEITA en sortie sud de la ville de Saumur, loin de la Loire et de l’Ecole de cavalerie, le musée des blindés mérite pourtant d’être vu et revu, car on peut y trouver chaque fois une lecture différente, et chaque fois une scénographie retravaillée.

Historique, car il est une collection sans doute unique au monde de tous les types de chars depuis leur apparition en 1917 ; technique, car il est un concentré de savoir-faire puisqu’ici P1010373 la conservation se prolonge par une restauration qui fait que près de la moitié des chars du musée sont en état de rouler ; militaire, car il permet de retracer l’évolution symétrique du bouclier et de la cuirasse, du blindage et du canon, de la protection et de la mobilité.

Impressionnants de fragilité, les chars de la première guerre mondiale comme ce FT- 17 (plus haut à droite) sont de balourds tracteurs recouverts d’une tôle à peine épaisse et sous-motorisés. Puis la course au réarmement dans les années trente et quarante permet, sur une même rangée, de visualiser le bond technologique fait par l’armée allemande depuis le Panzer 1 jusqu’au redoutable Panzer 5 "Panther" et au Tigre, avec le monstrueux Tigre royal qui se révélera trop lourd (ci-dessus à gauche).

P1010391_2  Face à la puissance allemande, qui contraste avec le char italien Fiat Ansaldo sous-armé d'un petit canon de 20 mm, les chars russes construits en grande série et rustiques (KV1, T-34/76, T-34/85), de même que les chars américains (Lee, Sherman - à gauche) et les chars légers britanniques (Matilda, Valentine) surclasseront les divisions blindées allemandes par le nombre mais aussi par la tactique.

P1010405 Le musée raconte aussi l'après-guerre, les protoypes monstrueux jamais poursuivis comme l'AMX-50, la suprématie industrielle du char américain, les premiers chars armés de missiles (AMX-13/SS11), et jusqu'à l'impressionnant missile nucléaire P1010423_2tactique Pluton (à droite) sur chassis de char AMX-30.

  Les responsables du musée font leur marché un peu partout, y compris sur les conflits les plus récents, et c'est ainsi que lui sont arrivés non seulement des T-62 mais, parmi les plus récents, des T-72 et T-80 (à gauche) d'origine russo-ukrainienne mais laissés sur les champs de bataille du Moyen-Orient (guerre du Golfe 1991, Irak 2003, etc) et en cours de restauration. L'Histoire ne s'arrête pas au passé mais au futur puisque la visite se termine sur le char Leclerc, considéré comme l'aboutissement technologique du genre et toujours en service.