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Leg allemand en Chine

Superbe évocation, hier sur Arte, de "Tsingtao, une ville allemande en Chine", la ville de Qingdao dans le Shandong, colonie allemande édifiée en 1897 et qui garde aujourd'hui encore les traces intactes d'un passé militaire, culturel mais surtout industriel avec l'héritage de la brasserie Bavaria construite en 1903 pour la garnison de la Kaisersmarine et qui est devenue la bière exportée mondialement Tsing-Tao.

Cette ville, que j'ai visitée en découvrant la Chine en 2006, est aujourd'hui une mégalopole de presque dix millions d'habitants, qui s'apprête à recevoir les épreuves nautiques des Jeux Olympiques. Une forêt de gratte-ciels constitue le paysage urbain jusqu'à la mer, à l'exception du quartier allemand, étonnamment conservé intact à travers toutes les épreuves traversées par la ville.

La brasserie est bien sûr l'endroit le plus mythique, car les anciennes installations ont été conservées à côté d'une brasserie ultra-moderne. Tout le matériel avait été importé d'Allemagne, y compris à l'époque le houblon et le ferment. Les grandes cuves en laiton ont été maintenues et entretenues, le petit musée de l'usine Tsing-Tao montre également les étiquettes de bière allemandes et les souvenirs des premières équipes.

Au-dessus de la colline, la résidence du gouverneur, épaisse construction en granit avec d'énormes escaliers intérieurs en bois, a conservé  tous les meubles du mobilier impérial allemand, y compris un lit où dormait le président Mao lorsqu'il venait en vacances d'été. Bibliothèques, piano, canapés et jusqu'aux poêles en céramique viennent d'Allemagne. Une photo montre le gouverneur en uniforme d'amiral, avec toute sa famille mais aussi son régisseur chinois.

En contrebas, le quartier allemand est délimité par le  siège du gouvernorat, massif, l'église protestante, l'église catholique et des rues encore entièrement d'époque, à peine marquées par les publicités lumineuses en chinois. Après en avoir été chassés par l'armée japonaise en 1914, les Allemands sont revenus dans les années 1920 mais comme simple civils, et nombre d'industriels et de commerçants, racontait Arte, ont contribué à la prospérité de la ville. Celle-ci a ensuité été désignée "zone spéciale de développement économique et technologique" en 1984 et a connu un développement spectaculaire.

Sous la carte postale, Arte comme toujours nous montre aussi la réalité historique : derrière le progrès économique, la colonisation allemande à Qingdao est imposée militairement comme à Shangai par les autres pays occidentaux ; elle suscite des soulèvements, la révolte des Boxers (1899-1900), qui assiègent pendant 55 jours les ambassades occidentales à Pékin. Une force d'intervention de huit pays (Allemagne, Autriche, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) est envoyée en Chine, intervient à Pékin, massacre les insurgés et occupe la Cité interdite. Le maréchal de Waldersee, escorté à cheval par des Lanciers du Bengale britanniques dans la Cité interdite, se fait prendre en photo sur le trône de l'impératrice...

Cet héritage marquera l'histoire de la Chine et condamnera l'Empire, incapable d'avoir pu résister. Il est important de se rappeler de cette blessure nationale encore vive dans la mémoire chinoise, au moment où la Chine est l'objet de toutes les critiques à propos du Tibet, pour comprendre la réaction de cohésion ou de repli nationaliste d'une population chinoise, même à l'étranger, qui ne soutient pas pour autant la politique du gouvernement actuel.

L'autre image forte, et le film commence dans le bunker où les militaires allemands ont résisté pendant deux mois au siège anglo-japonais, c'est que les Japonais, même alliés de circonstance des Britanniques, ont ainsi infligé une deuxième défaite symbolique aux Européens dans cette partie du monde, ébranlant leur édifice colonial apparemment si solide et qui ne survivra pas à la deuxième guerre mondiale : la première avait été la mise en déroute de la flotte russe en mai 1905 à Tsushima par l'amiral Togo. Un symbole qui eut alors un retentissement mondial.

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