L'Italie repense le nucléaire
Le nouveau ministre du développement économique Claudio Scajola, à peine nommé par Silvio Berlusconi, n'a pas attendu pour affirmer que l'Italie devait "revenir à l'énergie nucléaire à marches forcées", compte tenu d'un déficit énergétique qui non seulement menace le pouvoir d'achat des particuliers mais pèse de plus en plus lourd sur l'ensemble de l'industrie italienne.
"Si on ne fait pas rapidement un plan énergétique fonctionnel, d'ici vingt ans l'Italie devra éteindre la lumière", a commenté le nouveau ministre à propos du baril de pétrole qui a atteint 126 dollars. "Nous payons l'énergie 30% plus cher que la moyenne européenne, nous dépendons entièrement du pétrole et du gaz avec un approvisionement insuffisamment diversifié et sans réelle garantie de sécurité d'approvisionnement".
Une dépendance énergétique qui a par exemple obligé le gouvernement italien à présenter des excuses très plates au colonel Kadhafi après des déclarations de responsables de la Ligue du Nord mettant en cause le "laxisme" de la Libye sur le flux d'immigrés clandestins. La Libye étant, on l'avait oublié, l'un des principaux fournisseurs de pétrole de l'Italie. De la même manière, l'Italie doit également tenir compte du poids politique de la Russie dont elle importe le gaz naturel.
A la suite de la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, l'Italie avait décidé par référendum, en novembre 1987, de renoncer à la production d'énergie nucléaire - sans s'interdire de participer à des programmes de recherche à l'étranger - et a fermé ses quatre centrales dont celle de Montalto di Castro. Résultat, l'Italie dépend aujourd'hui à 80% des énergies fossiles, et doit importer quand même de l'électricité nucléaire à hauteur de 15 à 18% de ses besoins énergétiques.
Selon l'institut "Nomisma Energia", le coût de l'approvisonnement énergétique, qui a été de 51 milliards d'euros en 2007, passera à 69,9 milliards avec un baril à 120 dollars - mais en "bénéficiant" d'une parité euro-dollar à 1,54. Si le dollar pesait un euro, la facture dépasserait cette année les 107 milliards d'euros !
Si le prix de l'essence à la pompe est le sujet le plus visible pour l'opinion publique, ainsi que l'annonce d'augmentations massives du gasoil et du gaz domestique, c'est toute l'économie italienne qui est menacée aujourd'hui dans son autonomie avec un coût de l'énergie qui atteint 4,4% du PIB, un taux record depuis les 6,4% de 1981. Mais depuis Tchernobyl le refus du nucléaire est devenu un cheval de bataille des écologistes, et nombre de communes italiennes affichent fièrement à l'entrée de la localité le panneau : "commune dénucléarisée".
Un tabou qui coûte très cher alors que, d'un point de vue de capacités technologiques, l'Italie pourrait facilement remédier à cette situation de crise grave. Le président de l'ENEL, l'entreprise nationale de l'électricité, Fulvio Conti, déclarait en avril dernier que pour réduire sa facture énergétique, l'Italie n'avait d'autre choix que de revoir son refus du nucléaire : "le retour en grâce de l'électricité d'origine nucléaire nous offre une opportunité de prendre à bras le corps le problème de nos infrastructures et de réduire nos coûts énergétiques".
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