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On va fermer le paradis

Il pourrait s'appeler l'orto paradiso, le verger du paradis, comme le cinema paradiso, car il est promis au même destin : sur décision de la commune, ce verger toscan suspendu entre ciel et mer va être fermé fin août, pour laisser la place à un restaurant avec parking... On n'arrête pas le progrès !



Adam et Eve sont ici deux frères qui, contrairement aux précédents, travaillent toute la journée, toute l'année, pour que ce coin de terre du promontoire de Piombino reste un jardin ombragé, riche de fruits et de légumes. Ce verger est cultivé depuis 1924, et à 84 et 86 ans respectivement, les deux frères avaient du mal de toutes façons à poursuivre leur travail de jardiniers marins. "Pour me pencher, j'y arrive, mais c'est soulever des poids qui est plus dur", avoue le cadet.

Vigne, tomates, abricotiers, figuiers, pêchers, laitues, citrouilles, courgettes, concombres, ce verger produit - produisait - toute l'année ; pour l'instant, c'est la saisons des tomates, après la fin des abricots et avant le début des raisins, une dernière récolte qui risque d'être perdue.

L'eau coule en abondance dans le jardin d'Eden, c'est une source qui jaillit à flanc de colline. Les deux frères la recueillent dans un bassin, d'où elle part par de petits canaux pour irriguer les différents lopins, les différentes cultures en fonction de la saison et de l'ensoleillement, sous l'oeil intéressé des mouettes.

Pour ce tranquille quartier du bord de mer, face à l'île d'Elbe, c'est une habitude qui se perdra : venir tôt le matin faire ses courses avec les légumes cueillis la veille, juste à maturité, non calibrés et trop fragiles pour voyager, juste bons pour traverser la rue et être dégustés le jour même avec toute la saveur des fruits et des légumes gorgés de soleil.

Pour la pesée, une vieille balance romaine à poids coulissant - on n'est pas au gramme près, on pèse au kilo et on rajoute un fruit ou deux pour compléter. Pas de code-barre, de barquette ou de date de péremption, on peut du reste goûter sur place pour se faire une idée et bavarder un moment avec le jardinier qui ne demande que ça et sqit tout sur le quartier, forcément, depuis 80 ans !

Il reste heureusement suffisamment de vergers en Toscane pour continuer à trouver sur les marchés des légumes hors normes : ni ronds, ni standard, ni trop fermes, parfois mûrs au point d'éclater, avec surtout des tomates toutes différentes, du rouge au vert et de la plus grosse à la plus petite : on choisit en fonction de son besoin, si l'on veut des tomates à point pour faire en salade, des tomates plus fermes pour être farcies, des tomates plus mûres et juteuses pour le sugo... Le paradis survit quand même, par petites touches.

Les Français tiennent à leur armée

P1020332 Promises à une nouvelle saignée, les armées françaises s'apprêtent à encaisser une nouvelle vague de restructurations et de dissolutions alors que, paradoxalement, leur cote reste très haute dans l'opinion, au moins si l'on en croit le sondage le plus inaperçu du moment, le baromètre annuel sur "les Français et la Défense", réalisé par l'institut BVA pour le ministère de la Défense, entre le 23 juin et le 4 juillet.

 

P1020337 L’image des armées françaises  reste à son plus haut niveau depuis mars 2000: 87% des sondés disent  en avoir une bonne image (près d’un tiers de l’échantillon d'un millier de personnes a été interrogé après le drame de Carcassonne). 83% font par ailleurs confiance aux armées pour identifier et prévenir les menaces terroristes dirigées contre la France, telles que définies par le nouveau Livre Blanbc.

 

P1020360 Les Français perçoivent comme légitimes les interventions de l’armée française sur l’ensemble des opérations extérieures : 68% des sondés se montrent en faveur de l’intervention au Kosovo ; 67% pour la Bosnie, le Liban, le Tchad et la République centre-Africaine ; 64% et 62% pour la Côte d’Ivoire et l’Afghanistan.

P1020369 Le paradoxe, puisqu'il y en a un, c'est que la majorité des sondés se dit favorable aux réformes engagées par le ministère de la Défense : mais on tombe quand même à 51% de personnes disant adhérer au principe d’une réforme du ministère de la Défense. Ce taux est d’autant plus significatif, explique le ministère un peu rapidement, que le pourcentage correspondant au nombre de personnes qui désapprouvent cette réforme est peu élevé (16%), et que le taux de non-réponse obtenu à cette question est d’autre part, et parallèlement, très élevé (33%).

P1020380 L'armée de Terre a en tous cas manifesté sa volonté de ne pas diminuer l'effort sur le recrutement de ses cadres. A l'occasion du "Triomphe", le baptême annuel des promotions d'officiers des différentes écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESM, EMIA, ECTA, autres origines dont les réservistes), l'armée de Terre a réuni ce week-end pas moins d'un millier d'officiers nouvellement promus, affichant clairement sa volonté de préserver ses cadres et son outil de combat. 

Ces mille officiers ont défilé ensemble devant le secrétaire d'Etat à la Défense Jean-Marie Bockel, lui-même colonel de réserve, venu témoigner de l'intérêt du gouvernement pour ses armées et qui a donc reçu ce message. 

 

P1020392 A noter enfin, dans ce même baromètre BVA, l'intérêt des Français pour l'Europe de la Défense: 88% d’entre eux sont favorables à la construction d’une  Europe de la Défense. Et pour une large majorité (77%), les opérations militaires menées par l’Union européenne contribuent à la sécurité de la France. On est quand même dans le velléitaire car il est évident que si l'on veut que la France joue un rôle moteur dans la création et la consolidation d'une Europe de la Défense, qui ne soit pas un simple retour dans les structures de commandement intégrées de l'OTAN, cela suppose aussi que la défense reste un pôle d'investissement fort et que l'on arrive à enrayer cette tendance structurelle à la déflation des effectifs et à la diminution des équipements.

Londres f'estival

 Il suffit d'un rayon de soleil et de quelques degrés de plus, et le Londres estival devient la capitale la plus vivante, la plus attrayante et la plus mondiale d'Europe, avec des centaines de milliers de touristes qui prennent possession des rives de la Tamise et des avenues rendues piétonnières par les travaux estivaux - en renonçant bien sûr à se déplacer autrement qu'en sous-sol, la voiture étant totalement déconseillée.

 Un peu de ciel azur et, d'un coup, la Tamise ordinairement gris-verdâtre prend des reflets bleus avant de virer au doré au coucher de soleil, avec des teintes à la Turner. On roule mal sur les berges mais en revanche on y déjeune et on y dîne dans des centaines de restaurants et de bistrots à même les quais, ce qui est autrement plus confortable que les décors artificiels de Paris-plage.

Piccadilly Circus devient un embouteillage permanent, non plus de voitures mais de piétons qui traversent indéfiniment et en tous sens, individus multicolores et foules multilingues, avec des groupes suivant leur guide avec chacun son petit drapeau. Dans les bars et les restaurants, difficile même de trouver un serveur britannique, ils sont tour Français, Polonais, Espagnols ou Estoniens : mais où son passés les Anglais ?

Les bateleurs, jongleurs et dessinateurs envahissent les places, avec une densité particulière à Covent Garden, ilôt piéton au coeur du Vieux Londres qui s'anime particulièrement à la tombée de la nuit.

Les vrais Londoniens ne font pas de tourisme ordinaire, ils se bousculent dans les théâtres et les cinémas, avec comme toujours un goût immodéré pour les "musicals", dont l'immanquable "Mamma mia" devenu un grand classique, et qui provoque de longues files devant les kiosques qui vendent les billets à Leicester Square.

 Les voûtes en verre de Covent Garden deviennent magiques quand les lumières intérieures éauilibrent celle du ciel couchant, et le même décor désuet prend une saveur particulière avec un mélange d'odeur de frites, de savons parfumés et des bougies d'Occitane, sans compter les bâtonnets d'encens des vendeurs de tissus et de souvenirs exotiques.  

Il faut laisser de côté les guides, les programmes, les plans tout faits : il vaut mieux se laisser porter par la foule des promeneurs qui, de la Tour de Londres à l'abbaye de Westminster, navigue de la rive gauche à la rive droit en repassant toujours par la Tamise. Un paysage qui n'est jamais le même, à cause des projets nouveaux et des rénovations de quartiers autrefois délaissés, Londres en été se laisse découvrir sans réticence, avec gentillesse et facilité.   

La bécane de Lawrence

Discussion animée ce matin avec un gardien de l'Imperial War Museum de Londres, passionné comme moi de moto, devant la vitrine protégeant une rutilante Brough Superior SS100 de 1932, présentée comme la moto de Lawrence d'Arabie : "pas possible que ce soit celle-là, il est mort au guidon de la sienne ! Si, si, me répond le gardien, c'est bien celle-là, mais elle a été restaurée après l'accident".

 Cette magnifique moto de 998 cc n'a rien de militaire pour justifier sa présence en ce lieu, si ce n'est qu'effectivement elle a été la propriété du colonel T.E. Lawrence, et qu'elle était même sa 7e moto, faite sur mesure, en 1932, par George Brough, motociste renommé de l'époque. Le même George Brough qui a restauré la moto après l'accident. 

La bicylindre en V à 50 degrés, quatre temps quatre vitesses, était la moto la plus rapide de son temps, pouvant dépasser 100 miles par heure (160 kmh), ce qui est considérable quand on met en relation son poids (140 kg) et la dimension absolument ridicule des deux petits freins à tambour qui l'équipaient.

Un peu le dernier luxe du jeune colonel retraité malgré lui après avoir organisé le soulèvement des Arabes contre l'Empire ottoman dans la première guerre mondiale, et retiré dans un cottage de Clouds Hill dans le Dorset avec peu de moyens financiers. C'est donc à moto qui'il sillonnait la région, pour rendre visite à des amis comme Winston Churchill et Lady Astor, explique le gardien.

En mai 1935, il roulait comme toujours à toute vitesse et vraisemblablement sans casque, car ne n'était pas encore obligatoire, quand il a fait, selon la version officielle, une embardée pour éviter deux jeunes cycistes, passant par-dessus son guidon pour aller percuter violemment le sol avec sa tête. Il est mort moins de six jours plus tard, et bien des hypothèses ont été échafaudées sur une mystérieuse voiture noire qui lui aurait coupé la route. Car le colonel était devenu un personnage encombrant avec ses rêves de royaumes arabes qui ne correspondaient plus à la Realpolitik britannique au Proche-orient.

 De nombreux livres ont été écrits sur ce personnage mythique, dont en français une biographie de Maxime Benoit-Jannin et un ouvrage d'Olivier et Patrick Poivre d'Arvor. Deux films lui ont été consacrés, mais portent sur l'épopée arabe et restent discrets sur sa fin prématurée. La vérité est peut être plus simple : Lawrence avait renoncé à toute ambition militaire ou diplomatique, et cette moto avec son moteur puissant (43 CV pour un poids relativement réduit) était un bolide difficilement contrôlable pour un pilote qui était un romantique suicidaire... En tous cas la moto mérite le détour, placée dans une salle à part de ce magnifique Imperial War Museum depuis l'expo consacrée à "Lawrence d'Arabie, vie et légende" en 2005-2006. 

La Tour, coeur bleu de Paris

Je sais, j'en ai déjà parlé, dès le premier jour de l'illumination en bleu de la Tour Eiffel pour fêter la présidence française de l'Union européenne. Depuis, c'est plus fort que moi, le moindre prétexte est bon pour y repasser, pour la redécouvrir, pour éprouver un mélange de plaisir et de fierté.

Et je vois bien que je ne suis pas le seul. les touristes s'installent sur le Champ de Mars dès la fin de l'après-midi, pique-niquant en attendant le moment magique où l'obscurité permettra l'entrée en scène de la vedette en robe bleue. Pas terrible pour la pelouse, mais la pression populaire est là et, franchement, il doit y avoir autant de parisiens que de touristes ordinanires.

La nuit tombe tard en juin, il faut savoir attendre. A l'heure pile, ce sera d'abord le scintillement du millénaire, cascade de lumières blanches, comme incandescentes, qui dégoulinent du sommet de la Tour pendant dix minutes. Spectacle qui a déjà huit ans, mais dont on n'arrive pas à se blaser, d'où qu'on le voie dans Paris.

Puis vient le bleu, soulignant délicatement les structures métalliques, comme pour marquer le contraste avec le gris orangé du ciel couchant, au-dessus du Trocadéro. Ce bleu souligne les poutrelles, les entrelacs, donne la profondeur à cette cathédrale de fer - car ce n'est pas de l'acier, Gustave Eiffel avait choisi le fer, de toutes façons c'était un momument provisoire, donc le risque de corrosion était minime...

On se retrouve entre les quatre jambes de la Tour, comme gêné de regarder sous les jupons de la belle. Mais c'est de la dentelle légère, qui permet de voir en creux jusque vers le sommet de la Tour par l'intérieur, en fait jusqu'au deuxième étage, et cest une vision vertigineuse.

La foule est respectueuse, presque silencieuse. On contempe la Tour, on la traverse du pont du Trocadéro vers le Champ de Mars et retour, on refait deux fois le trajet, pour être sûrs de n'avoir rien manqué. Et quand revient l'heure pile, avec ses guirlandes de feux blancs, cette fois la robe bleue devient royale. Au fait, c'est bien unn bleu royal, un bleu de Sèvres, un bleu de France.

Car il faut arriver sur la face Nord pour découvrir les étoiles de l'Union europénne, posées presque artificiellement, et dont le seul mérite est de donner un contraste doré à la parure bleue. Mais pour le touriste moyen, le symbole européen reste assez flou. Il ne s'agit même pas du bleu de France, finalement. C'est le bleu de Paris, la Tour est parisienne, elle est la plus chic des Parisiennes. Allez la voir, vous ne serez pas déçus ! 

GOA ET Google, c'est fun

A Londres, beaucoup de jeunes Français sont serveurs de bar ou Traders à la City. A Dublin, ville très jeune, il y a aussi des serveurs de bar, mais on trouve plutôt les Français chez les créatifs de la communication, en particulier chez GOA Games Services et chez Google Europe. J'ai eu la chance de visiter les deux sièges, grâce au séminaire annuel d'Entreprises et Médias, le club des pros de la communication.

 GOA, malgré son nom indien, est tout simplement la division "contenus" du groupe Orange chargée des jeux en ligne et localisée à Dublin et Paris mais avec un réseau implanté dans toute l'Europe.

C'est parti de Warhammer en 1983, jeu de rôle stratégico-médiéval qui a hanté les nuits de mon fils ado (ça lui a passé depuis), d'abord en figurines à monter, puis en jeu vidéo, avant  de générer des jeux  collectifs de masse en ligne (Massive Multimedia Online Games) qui génèrent des profits absolument démentiels: 170 millions de dollars de ventes en 24 heures pour Halo 3, 500 millions de dollars de vente pour la première semaine de Grand Theft Auto 4.


 Des jeux capables de réunir jusqu'à 10.000 joueurs simultanément à travers l'Europe, raison pour laquelle cette filiale installée à Dublin, pour des raisons de commodité fiscale et commerciale, rassemble de très jeunes chercheurs et développeurs qui travaillent sur des personnages entre le fantastique et le monstrueux, sur des cartes de pays imaginaires, sur un mone qui n'est pas même pas virtuel comme Second Life mais carrément imaginaire.

"Oui c'est certain, nos jeux entraînent une addiction, mais les parents peuvent contrôler leurs ados par les abonnements qui sont par tranches", admet un responsable. Explication partiellemenrt satisfaisante, quand on sait que la plupart des ados ont aujourd'hui leur carte de crédit et la gèrent leur argent de poiche sans rien demander à personne - sauf pour combler un découvert. Mais l'autre justification, c'est que le jeu en ligne n'est plus seulement un jeu de rôle, c'est l'apprentissage de stratégies de groupe obligant à faire des alliances, chercher des partenaires et trouver des stratégies gagnantes pour conquérir des villes ou des territoires.

  Même sensation d'entrer dans une maison pour grands adolescents quand on pénètre dans le siège dublinois de Google : vieux ados affalés dans des fauteuils gonflables avec leur ordi portable au milieu d'un espace de détente façon oasis, baby-foots et tables de ping-pong entre les salles, salles en open space où s'alignent les ordinateurs, les bureaux de Google ne ressemblent à rien de traditionnel, sauf à l'ambiance hyper-cool des sièges de la Silicon Valey  californienne.

Dans la cantine, gratuite pour tous les employés (mais la bière est cadenassée jusqu'à 18 heures), les plus de trente ans sont rares, et l'on entend parler anglais, français, allemand, espagnol et bien d'aures langues, dans la plus grande décontraction. Les visiteurs sont instanténement reconnaissables car ils sont les seuls à porter une cravate...

 Dans le hall d'entrée, deux petites filles regardent fascinées l'écran géant où Google Earth fait des zoomings avant et arrière sur la planète et sur des lieux connus comme le temple d'Angkor Vat, la Tour Eiffel, le Golden Gate de San Francisco.


Le monde défile, littéralement, en images satellitaires de haute définition, mieux que dans un vol orbital.

 Les managers qui nous accueillent sont jeunes, très jeunes : chefs de programmes à 26 ans, responsables de développement de 24, ils expliquent que la hiérarchuie est très peu pesante. Sans doute était-ce la même chose chez IBM dans les années 1960, puis chez Apple et Microsoft, start-ups parties comme Google d'un garage en Californie. Mais le Board de Mountain View est certainement américain en totalité, et ces jeunes brillants vont mûrir, et forcément rester avec plus de responsabilités : comment Google fera-t-il pour rester jeune à ce point, sauf à dégager ses cadres à 35 ans ? Ce qui est sûr en tous cas, c'est qu'en Europe la génération des top managers baby-boomers, ceux qui arrivent à soixante ans, a derrière elle une génération dynamique qui n'attend qu'une chose : prendre la relève. 

Armements secrets

 Je ne peux m'empêcher de mettre en difusion ces documents secrets reçus par e-mail d'un ami haut placé dans l'institution militaire, par l'intermédiaire d'un photographe (fabricel) que ne je peux même pas remercier, n'ayant pas eu ses coordonnées. Il ne m'en voudra pas de diffuser ces documents et je serai ravi de le faire sortir de l'anonymat s'il le souhaite. Mais ces documents sont tout simplement explosifs : ils révèlent les plans d'équipement à l'étude pour aider les armées françaises à résoudre les problèmes suscités par la révision générale des politiques publiques (RGPP).

Le premier, l'AES (avion d'entraînement au sol) est particulièrement destiné à répondre aux contraintes imposées aux pilotes par la hausse des coûts du carburant : ces entraîneurs à pied, qui ne sont qu'une adaptation des chevaux-jupes utilisés autrefois pour les manoeuvres de la cavalerie, permettront aux pilotes de l'armée de l'air comme de l'aéronavale de maintenir leur savoir-faire en matière de décollage, de manoeuvres au sol, de vol en patrouille et même, s'ils disposent d'une pente à surplomb ou d'un escalier, d'opérations d'appontage.

 Le second de ces projets est destiné à permettre à l'armée de Terre de compléter son entraînement opérationnel sans "décocoonner" ses chars ni cannibaliser les engins en dotation. Il s'agit ici du TCI-RL, le "Tricycle de combat d'infanterie à remorque légère", réalisé en coopération par Renault-Tricks et Peugeot-cycles. Le pilote est en même temps chef de char, tandis que le radio-tireur est équipé d'un téléphone portable et armé d'une mitrailleuse factice dépourvue de toute munition, même à blanc. Du fait de son armement dirigé vers l'arrière, le TCI-RL est comme l'ancien EBR un engin particulièrement efficace pour les missions de jalonnement.

Egalement pour l'armée de Terre, mais pour les forces de projection sur les théâtres d'opérations extérieures, cet engin conçu par Panhard ou par Nexter (les marquages ont été camouflés), et en cours d'évaluation à la STAT, est destiné à répondre à la menace des charges explosives improvisées (IED) : il s'agit d'un véhicule à blindage improvisé (IAV - improvised armoured vehicle) qui, grâce à un faux blindage en carton, dissuade le terroriste potentiel de faire exploser son IED et met ainsi l'équipage du véhicule léger à l'abri de la menace asymétrique par une parade également asymétrique, tout en restant compatible avec le budget de la future LPM.

Dernier système d'armes mis au point par DCNS (cette fois maître d'oeuvre) et Thalès, et expérimenté à Lorient par les Fusiliers marins commandos, ce CAGA (canot d'assaut à godille arrière) répond aux dernières spécifications en matière d'approche discrète : l'absence totale de moteur permet aux commandos (en fait un seul commando par embarcation) de s'approcher totalement inobservé de l'objectif à traiter, et d'en repartir aussi tranquillement. Ce qui expliquerait les stages de rame intensifs observés ces derniers temps chez les commandos de marine, prélude à l'entrée en service de ce nouveau matériel conforme à la RGPP.

L'Irlande, verte et bleue

Le "non" au référendum de ratification du Traité de Lisbonne n’est pas un sujet d’inquiétude, ni même un sujet de discussion en Irlande : la question était mal posée, comme partour où la question européenne a été soumise à référendum, le débat était loin du sujet, les Irlandais auront peut-être un nouveau référendum dès l’automne prochain pour dire un "oui" sans passion, sans enthousiasme mais sans aucune réticence.

Quoi qu’on puisse leur faire dire, les Irlandais ne sont pas doctrinaires et ne se sentent pas extérieurs à l’Europe. S’il faut marcher beaucoup à travers Dublin pour trouver un drapeau européen, en-dehors de l’ambassade de France qui affiche fièrement sa présidence de l’Union, l’Europe est ici présente au quotidien, et concrètement beaucoup plus qu’à Londres.

Nous sommes ici en zone euro, et les positions de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), sont jugées aussi sévèrement par l’Irish Times et l’Irish Independent, que par la presse française. Avec la politique agricole commune (PAC) et les négociations sur l’organisation mondiale du commerce (OMC), l’euro est un des points forts de convergence entre la France et l’Irlande qui devraient être évoqués lors de la prochaine visite du président Sarkozy fin juillet à Dublin.

"Il ne manquerait plus que Sarkozy vienne nous donner des directives et des conseils", s’alarme l’éditorialiste de l’Irish Independent. "Ce qu’il nous faut, c’est que les Irlandais réfléchissent maintenant tout seuls". En fait, la visite du président français devrait au contraire rassurer les Irlandais sur le fait qu’ils font plus que jamais partie de la famille européenne.

Ce dont ils ne doutent pas un instant eux-mêmes. "l’Irlande est l’enfant le mieux réussi de la construction européenne", nous explique un éditorialiste économique de l’Irish Times. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Irlande a bénéficié de la PAC, elle a été membre fondateur de l’euro, elle est devenue un lieu de rencontre privilégié entre investisseurs européens et américains, notamment grâce à sa diaspora américaine. C’est une politique de rupture libérale lancée en 1987 qui a permis ce décollage, avec une fiscalité avantageuse pour attirer les fonds étrangers, engendrant une croissance record qui était encore de 4,8% en 2007, jusqu’au ralentissement enregistré comme partout ailleurs en Europe, et un PNB par habitant supérieur à celui de la France.

Autre bénéfice de l'Europe : après avoir rapatrié nombre de ses immigrés aux Etats-Unis grâce aux investissements des sociétés américaine (l'Irlande comptait 8 millions d'habitants il y a un siècle et demi et n'en compte que 4,3 aujourd'hui, mais avec un flux migratoire qui s'est inversé), ce pays bénéficie à plein de l'effet Schengen en accueillant une main-d'oeuvre des pays de l'Europe de l'Est facilement intégrable, à la différence du Royaume Uni qui compte de fortes communautés asiatiques.

Mieux encore, l'Irlande attire les cerveaux plutôt que la main-d'oeuvre non qualifiée, avec un effort exceptionnel sur la R&D, un accès facuilité aux étudiants, et une priorité donnée aux secteurs de la pharmacie, des services financiers et surtout des nouvelles technologies de la communication : les "grands" de l'informatique (Dell est irlandais) et de l'Internet (dont Google) ont installé ici leur siège européen en attirant des jeunes surqualifiés de toute l'Europe, ceux de la "génération Erasmus".

Alors, comment éviter un nouvel échec au référendum ? Même si le référendum n'est peut-être pas "le meilleur véhicule", comme le répète le député Gay Mitchell, cette procédure est obligatoire du fait de la Constitution irlandaise car elle porte sur un sujet de souveraineté. Alors il faut certainement éviter d'interférer, et laisser les Irlandais faire eux-mêmes la pédagogie nécessaire pour rassurer la population : le référendum européen n'a rien à voir avec une harmonisation fiscale imposée, avec un avortement légalisé, avec le mariage homosexuel, avec un risque imaginaire de voir les jeunes Irlandais enrôlés de force dans une armée européenne, tous ces étonnants clichés qu'on a vus pendant la campagne.  

Il n'empêche, le bon élève de la croissance européenne n'entend pas non plus se couper de l'économie américaine : 580 sociétés américaines ont créé quelque 100.000 emplois en Irlande, la flotte de Ryanair (le low-cost qui n'est pas loin de racheter Aer Lingus) vole à 100% Boeing, le choix européen de l'Irlande ne peut être que de consolider sa vocation de carrefour transatlantique.  

Paris capitale de l'Europe

Attroupement sans précédent le 1er juillet au soir sur le pont du Trocadéro, pour voir la Tour Eiffel revêtir sa robe bleue à étoiles d'or, alors qu'on célébrait le début de la présidence française de l'Union européenne qui commence en juillet pour six mois.

L'un des monuments les plus anciens et les plus visités au monde, la Tour Eiffel garde une fascination intacte et l'on ne sait plus si l'on doit louer ses formes toujours audacieuses malgré son grand âge, ou l'ingéniosité de ceux qui la mettent en valeur. C'est depuis le tournant du millénaire quelle revêt toutes les heures, pendant dix minutes, sa robe de lumières clignotantes, synthèse hardie entre la sage robe de mariée et la robe de bal à strass et paillettes.

Cette fois, c'est Areva qui paie la couleur bleue - couleur de l'énergie, couleur du compteur bleu - et les étoiles européennes sont là comme un prétexte. Au fait, je ne les ai pas comptées et n'ai pas vérifié si l'étoile irlandaise était encore allumée.

Mais au-delà de la fascination, qui manque de provoquer des accidents de la circulation avec des piétons qui s'immobilisent bouchée bée au milieu des passages cloutés, des automobilistes qui s'arrêtent sans prévenir pour prendre des photos, une foule qui avance la tête en l'air sans regarder les feux tricolores, la vraie question est dans la symbolique.

Paris célèbre-t-elle la présidence française de l'Union - d'où la Liberté de Delacroix triomphant sur la façade de l'Assemblée nationale - ou plutôt la présidence européenne d'un pays désormais plus tourné vers ses voisins ? Au-delà de l'incantatoire, il est trop tôt pour dire si cette présidence laissera une trace dans la construction européenne. Au moins aura-t-elle ajouté une parure à la garde-robe de la Tour Eiffel !