Le télescopage de deux commémorations, la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 et l’armistice du 11 novembre 1918, est l’opportunité saisie pour la première fois par la France pour appeler Français et Allemands à cimenter davantage encore une amitié qui ressemble encore trop souvent à une histoire de couple tumultueuse.
Le 9 novembre, Paris fêtera, sur la place de la Concorde, la chute du Mur en même temps que Berlin, et vibrera au diapason de la capitale allemande et de l’émotion allemande. Les vingt-sept violoncelles rappelant Rostropovitch, venu improviser au pied du Mur ouvert, et symbolisant les 27 pays de l’Union, seront entendus jusqu’à Berlin grâce au duplex mis en place. Le président français sera lui-même à Berlin aux côtés de la chancelière allemande.
Le 11 novembre, c’est Angela Merkel qui rejoindra le président français pour commémorer ensemble l’armistice du 11 novembre à l'Arc de Triomphe, à l’autre bout des Champs-Elysées. Un symbole très fort, qui frappera autant en Allemagne qu’en France – pour les Allemands cette date est maudite, car cet accord débouchera sur le Traité de Versailles, les sanctions économiques et l’amoindrissement de l’Allemagne, autant de facteurs qui précipiteront ensuite le pays dans le totalitarisme. Et pour beaucoup de Français, le souvenir des Allemands défilant en 1940 sur la tombe du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe, reste encore vif.
Côté français, l’évolution naturelle des générations rendra plus facile cette rupture symbolique. Avec la disparition en mars dernier du dernier Poilu – Lazare Ponticelli, mort à 110 ans – la sensibilité des anciens combattants n’est plus un obstacle pour permettre à la conscience collective des Français d’évoluer vers un regard plus serein. Non pas vers l’oubli, au contraire, plutôt vers une conscience renforcée que la paix ne se construit pas sur des traités imposés mais sur une volonté collective et partagée de vivre ensemble.
Le risque existe, comme sur tous les sites où sont commémorées des batailles – Verdun et Caen en sont un bon exemple – que l’appel au “plus jamais ça” ne puisse dériver vers un discours plus antimilitariste que pacifiste. Les autorités françaises l’ont bien perçu puisque le président de la République a fait diffuser aux armées un appel à “tous les militaires non retenus par les obligations du service le 11 novembre prochain à s'associer aux cérémonies commémoratives organisées dans leur commune".
“Cette journée est celle de l'hommage de la Nation à tous les combattants de la première guerre mondiale. Elle est aussi placée cette année sous le signe de l'amitié franco-allemande. J'encourage les femmes et les hommes qui servent dans nos armées à prendre une part active à ces commémorations, à la mesure de leur engagement”, a écrit Nicolas Sarkozy aux militaires.
Les militaires ne sont pas plus réactionnaires que les autres, contrairement aux clichés. Il y a quelques années, le général Henri Paris, qui commandait la 2e Division blindée, avait organisé à Versailles, siège de la 2e DB, une prise d’armes de réconciliation entre la division Leclerc et la division Rommel, avec des militaires des deux pays et en présence de la maréchale Leclerc et du fils du maréchal Rommel. Un moment fort et généreux, aussi bien perçu dans les deux pays.
Faire évoluer la célébration du 11 novembre vers un message porteur d’avenir est un vieux projet, sur lequel ont travaillé plusieurs ministres et secrétaires d’Etat, de gauche comme de droite, dont Jean-Pierre Masseret et Jean-Marie Bockel, tous deux appartenant à cette Alsace-Lorraine qui a le plus souffert des guerres franco-allemandes. Logiquement, et si l'on veut que l’évolution soit pérenne, il faudra poursuivre leur projet et s’attaquer au deuxième volet, la commémoration du 8 mai 1945, date de la capitulation allemande.
Ce sera certes plus difficile, car le monde combattant ne saurait accepter qu’on oublie que la libération de l’Europe a été payée par le sacrifice de tous les combattants. Mais il faudra rappeler à tous qu'il s’agit d’une victoire des démocraties contre le totalitarisme, non pas contre l’Allemagne. Et la célébration le 9 mai de la journée de l’Europe devrait permettre le même genre de “collision événementielle” qu’on réalise aujourd’hui.
Elargie aux autres pays de l’Union, notamment les pays de l’Est qui ont le plus souffert de la deuxième guerre mondiale, cette transformation du 8-9 mai en une fête de l’amitié européenne serait le meilleur signal pour les générations futures que l’Europe aura su surmonter ses angoisses, ses rancœurs et ses divisions, et qu’elle saura offrir au monde un dynamisme nouveau, fondé sur une cohésion forte et solidaire.
Parfait... Amitié
Rédigé par: Paul | 09 novembre 2009 à 14:21