L’année 2011 a vu sauter les couvercles des régimes autoritaires qui recouvraient un certain nombre de pays arabes : Tunisie, Egypte, Lybie ont rompu avec leur passé, même si leur avenir reste flou, mais la dynamique lancée cette année pourrait se poursuivre en 2012 avec d’autres « printemps ».
Déjà, la série ouverte dans le monde arabe en 2011 n’est pas terminée, avec de lourdes incertitudes pour le Bahreïn, la Syrie et le Yémen. Et il faut être lucide : d’autres régimes autoritaires ont pu au contraire se consolider à l’occasion de ces mouvements, notamment les monarchies du Golfe. Et l'inconnue majeure dans la plupart de ces pays reste l'attitude des forces armées, placées souvent en position d'arbitre.
Mais d’autres « printemps » sont sinon prévisibles, du moins imaginables car les mêmes facteurs sont réunis : usure d’un pouvoir autocratique avec perte de sa légitimité, absence d’un débat politique permettant une transition, du fait de l’interdiction de formations d’opposition, irruption de nouvelles générations dans un paysage qu’ils ne reconnaissent pas comme leur et où rien n’est prévu pour les accueillir – remarquons au passage que cette situation ne se limite pas au monde arabe mais que le mouvement de relève des générations est beaucoup plus vaste, y compris dans les pays développés où les jeunes se bousculent en vain sur le marché du travail et se heurtent à l’incompréhension des gouvernements. On a été surpris par la violence de certaines manifestations de jeunes ou d’étudiants à Londres (ci-dessus), contre le renchérissement des études, ou à Athènes, contre la vie chère.
Parmi les pays les plus évidemment en attente de printemps figurent certainement d’autres pays arabes comme l’Algérie, au premier chef, avec un FLN qui passera difficilement son cinquantième anniversaire au pouvoir aux élections du printemps prochain, mais peut-être d’autres pays hors du monde arabe, comme Cuba où l’usure extrême d’un régime lui aussi vieux d’un demi siècle ne lui permet même plus de brandir la menace de « l’impérialisme américain » pour se justifier. Cuba pourrait se découvrir à son tour un phénomène des « indignés », jeunes protestataires sans contestation idéologique, nouvelle génération de « postmarxistes » sans aucun lien avec les anticastristes de Miami, à l’image de ces “dames en blanc”, simples mères de jeunes disparus manifestant comme autrefois les mères de la place de Mai à Buenos-Aires.
Si, parmi les derniers pays communistes, la Corée du nord vient de rejoindre le camp des pays incertains avec la disparition de son « roi » Kim Jong-Il, et quelle que soit la présence d’un dauphin désigné dans ce régime communiste héréditaire, l’inertie de la Chine jouera d’abord en faveur d’une solution de continuité car on imagine mal les Chinois laissant se faire une ouverture rapide de la Corée du nord qui pourrait à terme déboucher sur une réunification des deux Corée et créer un nouveau rival économique pour la Chine. Mais les jeunes Coréens récemment descendus dans la rue pour pleurer leur président bien-aimé ont peut-être bien d’autres sujets de mécontentement et pourraient un jour prochain manifester pour d’autres motifs que les convocations officielles…
Difficile enfin de classer les pays en « bons » et « mauvais » élèves de la démocratie, car à l’évidence la démocratie occidentale est elle-même en recherche de modèles plus efficaces, entre démocraties parlementaires tendant à l’impuissance et démocraties présidentialistes où les pouvoirs sont de plus en plus concentrés entre les mains d’un exécutif sans contrepoids.
La série de remaniements gouvernementaux déclenchée par la crise économique et financière à travers l’Europe, avec d’abord la Grèce, l’Espagne et l’Italie, n’est sans doute que la première partie d’un mouvement plus important dont la constante inquiétante pourrait être la perte de crédibilité des dirigeants politiques et la désaffection des électeurs pour l’exercice électoral. Une perte de contrôle de la réalité économique, devenue vraisemblable, s’ajoutant à un décalage croissant entre les gouvernements et leurs opinions publiques, quel que soit le résultat de telle ou telle élection, pourraient déboucher sur d’autres printemps chauds, d’autres « Mai 68 » à l’issue incertaine. 2011 était ainsi, à de nombreux points de vue, la fin d’une époque, mais rien ne dit que 2012 sera déjà le début d’une nouvelle : beaucoup de questions ouvertes resteront sans doute sans réponse…
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