Le condensé de toutes les traditions de Noël à Rome, c’est à piazza Navona qu’on le trouve : décors et guirlandes, crèches et santons, jouets et cadeaux, chansons et musique, nourriture et friandises, avec les baraques foraines pour marquer la fête populaire, tout un appareil festif vient s’intégrer pour quelques semaines – de début décembre jusqu’après l’Epiphanie – dans le plus beau décor de l’architecture baroque.
La tradition est très ancienne, et les premières baraques installées des deux côté de la place étaient essentiellement celles d’artisans napolitains qui passaient le reste de l’année à préparer des éléments de crèche et des santons en bois pour venir les proposer juste avant Noël. L’artisanat a décliné en qualité, les santons en bois habillés de tissus qui ont fait la gloire des crèches napolitaines se trouvent encore chez les antiquaires mais pour l’essentiel, ceux qu’on peut acheter ici sont en terre cuite peinte, rejoignant la cohorte des santons de Provence avec peut-être un peu plus de recherche dans le détail de personnages.
Certains sont animés par de petits moteurs électriques et l’on entend un murmure de clac-clac s’échapper des échoppes, ce sont le menuisier ou le maçon qui tapent avec leur marteau, le puisatier qui tire son seau, le boulanger qui tape sa pate, tous ces artisans qui lèvent le bras en cadence pour frapper quelque chose et rendre plus vivante une crèche où l’on se contente d’attendre avant, et d’adorer ensuite.
Une tradition est restée vivace en revanche, celle des crèches construites en plaques de chêne-liège et l’on peut acheter soit les cabanes toutes faites, soit les morceaux d’écorce à couper soi-même.
Autre tradition respectée aussi, mais avec son tribut payé à la modernité, celles des « Balocchi », les jouets. Autrefois en bois, ces jouets sont aujourd’hui en plastic ou en métal et n’ont rien de spécifiquement pacifique puisqu’on y trouve toutes les catégories d’armes depuis le glaive du centurion et le triangle du rétiaire, avec casques et cuirasses assortis, jusqu’aux pistolets cosmiques et aux sabres des chevaliers Jedi, rendez à César ce qui est à César…
L’Italie étant le pays des enfants rois et Noël la fête des jouets, piazza Navona est bien entendu un lieu de distraction pour les plus jeunes, même s’ils sont tous intéressés par les crèches – qui n’a pas réclamé son chameau et ses rois mages pour compléter le bœuf et l’âne ? En plus du traditionnel et très joli manège, qui ne dépare pas cette place unique, on trouve des attractions foraines comme le tir, pratiqué aussi par les plus grands pour la plus grande frayeur des peluches, et les courses de petits chevaux, il faut bien une initiation au Tiercé pour les tout petits !
La place il n’y a pas si longtemps envahie par la cacophonie des haut-parleurs de ces baraques a heureusement été policée par des règlements plus stricts. On arrive à entendre, sans perdre pour autant le carillonnement joyeux des clochers de la place et du quartier, des musiciens jouant de leur instrument chacun dans un coin différent pour ne pas se gêner, avec une jeune Argentine enchaînant des tangos à l’accordéon, un Allemand virtuose de la musique soul sur sa guitare électrique et un troisième, peut-être un Italien, lancé sur des solos endiablés de rock américain des années 1970… Un régal car leur musique ne s’enchevêtre pas et l’autodiscipline est parfaite, sans compter leur niveau : comment se fait leur sélection, mystère ? En tous cas ceux que j’y ai entendus étaient des artistes.
Enfin la tradition ne serait pas totalement respectée s’il n’y avait, à rebours de tous les fast-food qui ont envahi la Ville éternelle, la Porchetta, le cochon roti qui est au Noël romain ce que la dinde est à Thanksgiving… Plus internationale, la barbe à papa, les pommes caramélisées et les grosses "ciambelle”, armes de destruction massive bien connues également ailleurs, mais en plus petit, comme beignets, donuts ou krapfen, avec leur poids consistant d’huile et de sucre. Mais c’est la fête !
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