Les églises chrétiennes d’orient sont riches de leur diversité, parfois complexe pour un non spécialiste, mais leur enracinement dans l’histoire en fait des communautés très soudées et souvent très dynamiques : une veillée de Noël partagée avec les Maronites de Rome permet au visiteur, accueilli à bras ouverts, de constater sa jeunesse et sa vitalité.
La paroisse maronite se trouve entre la Via Veneto et la Villa Médicis qu’elle domine, avec une série de bâtiments serrés autour de l’église de Saint Maron. Les familles se pressaient nombreuses, samedi soir à l’entrée de la paroisse, accueillies par un tout jeune prêtre qui n’est autre que monseigneur Tony Gebran, le délégué à Rome du patriarche d’Antioche des Maronites.
La soirée commence par un superbe dîner des paroissiens de trois générations, chacun ayant apporté des plats libanais ou italiens, car la communauté compte aussi nombre de coupes italo-libanais qui ont choisi de transmettre à leurs enfants la tradition maronite en même temps que la culture libanaise.
Très convivial, le dîner monte en tension car Mgr Gebran, qui a pris un micro pour s’adresser aux familles, demande aux enfants d’être sages et patients car le Père Noël va arriver, ce qui aboutit évidemment a éveiller leur impatience, une façon comme une autre des les garder éveillés pour cette longue soirée.
Le père Noël arrive enfin, certains croient reconnaître un convive mais ils se trompent évidemment puisqu’on entend encore les rennes dans la cour, et la distribution des cadeaux commence, dans une bousculade générale et bon enfant, tandis que des plats continuent à arriver, la porchetta succédant au kebbe et les lasagne au chawarma.
Sur le coup de onze heures, les enfants deviennent sérieux et disparaissent, on les voit de loin enfiler leur aube et leur bonnet de Père Noël, un superbe bonnet rouge à ampoules clignotantes qui les amuse beaucoup. Ce qui ne les empêche pas de se concentrer car ils vont entrer en scène, dans la petite église où ils vont donner un récital de chansons avant la messe de minuit.
Spectacle étonnant que ces six-douze ans ont répété depuis quelques semaines, car on a droit successivement à des chants en libanais, en anglais (l’inévitable Jingle Bell) et en italien, preuve au moins que la multi-culturalité fait partie du bagage de ces enfants. Avec une spontanéité étonnante, une petite soliste d’à peine six ou sept ans continue imperturbablement sa chanson arabe après avoir largué son pianiste en changeant de ton, ce dernier n’arrivant pas à la rattraper.
Fin du spectacle, l’église est pleine, des missels bilingues arabe-italien sont posés sur les bancs. Mais ce n’est pas la seule langue car la peinture murale présentant Saint Maron et le vitrail au-dessus porte des inscriptions en syriaque et en araméen, cette langue originaire commune à l’arabe et à l’hébreu - mon voisin m’explique qu’en arabe, on dit « abrahaméen » pour araméen.
Précédés d’un cortège d’enfants toujours en aube et bonnet de Noël, mais devenus très sérieux, le délégué du patriarche entre par le fond de la nef, accompagné du supérieur des Antonins à Rome et de plusieurs représentants des ordres maronites également présents dans la capitale.
La messe est solennelle sans être figée, de nombreux fidèles participent aux prières, trois enfants en costume traditionnel libanais entrent à leur tour pour figurer les rois mages apportant l’or, l’encens et la myrrhe. Prières et oraisons se succèdent en syriaque, en arabe et en italien, que semblent également maîtriser nombre des présents. Malgré leur concentration évidente, plusieurs enfants de chœur s’écroulent de fatigue ou commencent à chahuter avec leur bonnet, mais il est presque une heure du matin, c’est déjà un petit miracle que toute cette jeunesse soit encore debout !
La messe se termine par les remerciements de Mgr Gebran à tous ceux qui ont préparé la soirée, aux enfants, à l’attaché militaire libanais qui quitte ses fonctions à Rome et auquel il remet une médaille de Saint Maron, à tous ces fidèles qui participent à la vie de la paroisse avec leurs enfants : « ces enfants, qui sont des Libanais et des maronites, c’est notre force et notre chance de faire rayonner la communauté » dit-il en substance en souriant de voir cette assemblée si jeune et si présente.
Malgré l’heure tardive, il invite ses fidèles à ne pas partir de la paroisse avant de partager le verre de l’amitié – un prétexte pour annoncer que les desserts sont enfin là pour ceux qui les ont mérités, avec là aussi un savoureux syncrétisme entre le tiramisu, le meghli et toutes les pâtisseries communes aux cultures méditerranéennes. Dernier miracle, les enfants endormis se retrouvent tout réveillés autour du buffet, pour un dernier feu d’artifice de cris et de plaisanteries avant de repartir pleins de souvenirs de cette superbe veillée de Noël…
très beau récit, émouvant
et digne du regard bienveillant d'un homme de coeur, fidèle en tout ce qu'il fait...
merci cheikh pierre
Rédigé par : e. austa | 26 décembre 2011 à 06:24
Ahlan wa sahlan ya Elie bey !
Rédigé par : Pierre | 26 décembre 2011 à 09:43