Ce sont les propres termes du président Barak Obama jeudi au Pentagone, annonçant l’inflexion de la stratégie militaire des Etats-Unis : « the tide of war is receding » - littéralement « la guerre est en marée descendante » - après la fin des opérations en Irak, la suprématie militaire imposée en Afghanistan (au-delà de l’insécurité persistante) et le fait d’avoir mis al-Qaeda « sur le chemin de la défaite ». Non pas donc un refus de la guerre mais une constatation du reflux de la guerre
Le contexte de cette déclaration est évidemment celui d’une priorité donnée aux économies budgétaires drastiques recherchées par l’administration américaine dans tous les secteurs, on parle d’une réduction de 450 milliards de dollars sur dix ans pour les seules dépenses militaires. Et dans un tel contexte de crise économique, le « tax-payer », le contribuable américain, a tendance à faire passer au second plan les enjeux internationaux et les préoccupations stratégiques.
Il n’empêche, après la déclaration de guerre au monde d’al-Qaeda en 2001, la crise née d’une explosion de pur terrorisme déguisé derrière une façade d’idéologie islamiste semble aujourd’hui surmontée par les Etats-Unis et leurs alliés, et la guerre froide n’est plus qu’un lointain souvenir : la menace militaire directe n’est plus immédiate et l’appareil militaire peut se replier pour se recentrer sur d’autres priorités et ultérieurement se déployer vers d’autres objectifs.
Sur le plan des dépenses militaires, l’accent est donné à la réduction des dépenses d’opérations pour préserver les dépenses d’équipement et “sauver des emplois”, ce qui semble être le mot d’ordre à la fois des industriels et des syndicats américains : ce n’est pas vraiment étonnant et pèse lourd en voix en cette année électorale.
L’axe de cette stratégie sur le plan des équipements serait de développer un appareil militaire high-tech et souple (drones, satellites, systèmes intelligents) capable de contrer des menaces terroristes d’où qu’elles viennent, tout en préservant un dispositif de puissance apte à dissuader les ambitions nucléaires de l’Iran et de la Corée aussi bien que de « contenir » la montée en puissance de la Chine dans la région Asie-Pacifique.
C’est sans doute là l’évolution la plus notable annoncée : le centre de gravité de l’effort militaire américain, dégagé d’un déploiement terrestre en Irak et progressivement de l’Afghanistan, va se déplacer vers la région Asie Pacifique et privilégier les armées de projection (US Air Force et US Navy) au détriment de l’US Army et des Marines, tout en mettant l’axe sur les équipements les plus sophistiqués par opposition aux grands effectifs. Des modes d’action davantage inspirés du modèle britannique de déploiement rapide aéronaval que du modèle traditionnel français (qui a largement évolué récemment) de pré-positionnement ou de déploiement terrestre.
Contrecoup de cette réorientation, le dispositif américain mettra au second plan dans les priorités l’Amérique latine et l’Afrique, même si la lutte contre le terrorisme y mobilise encore des forces significatives, du Sahel jusqu’à Djibouti, mais ce n’est plus la menace principale. A terme, l’Europe et la France au premier chef devront s’attendre à devoir gérer seuls des crises en Afrique, ou à voir refluer leur influence alors que la Chine y déploie la sienne.
Autre conséquence également prévisible, la réorientation de l’effort américain sur son axe Pacifique aura forcément une incidence sur son engagement atlantique. Sans rouvrir le vieux débat sur le risque d’un « découplage », les Européens peuvent s’attendre à voir l’OTAN contestée par les Américains, lassés de voir sans réponse leurs appels à un « burden sharing » plus équitable.
L’inconnue restera alors la gestion des crises au Proche et au Moyen-Orient, du Maghreb à l’Iran, et c’est sans doute ce qui explique que la diplomatie américaine y recherche une nouvelle stabilité, au terme d’un processus de « printemps arabe » incertain mais dont le contrôle ne lui échappe pas totalement, s’appuyant sur les monarchies arabes du Golfe et sur de nouveaux régimes se réclamant d’un islam modéré, sur le modèle de la Turquie, allié important des Américains dans toute la région.
Commentaires