Pour enterrer sa vie de correspondant à Paris et sa carrière de 42 ans de journalisme, dont 36 au Financial Times, qu’il concluait ce 31 janvier, Paul Betts a fait les choses dans son style habituel : tout en sophistication discrète. Répondant à l’invitation d’un industriel du CAC40 (désolé, pas de publicité), Paul a choisi de recevoir, avec son épouse, une poignée d’amis, de confrères journalistes et de représentants de la communication d’entreprise.
Pas un « farewell party » comme on en voit trop, avec discours trop convenus et funèbres, mais un verre entre amis dans une série de pots qui n’ont pas de raison de ne pas continuer, puisqu’il continuera à circuler entre Londres, Paris, Monaco et sa Toscane secrète : il n’a visiblement pas l’intention de s’enfermer quelque part, pas plus que de rester sans rien faire...
Chroniqueur européen du Financial Times depuis des années, connaisseur profond et redoutable de l’industrie des différents pays et de ses dirigeants, Paul est devenu un élément dominant du paysage, avec sa “European view”, et son remplacement au FT ne se fera pas du jour au lendemain, ont souligné ses confrères venus spécialement de Londres.
Informels, comme lui, les témoignages qui ont raconté son parcours ont utilisé les couleurs de sa palette : bleu pour l’Europe, mais tendance pastel, un peu teinté d'azur méditerranéen ; vert ensoleillé pour les olives qu’il cultive en Italie ; rouge profond comme les vins dont il est un redoutable connaisseur (au fait, il préfère le Sassicaia au Brunello) - Paul a toujours été aussi gourmet qu’il est gourmand d’informations privilégiées.
Sa curiosité, il la manifeste dès ses débuts de « crime reporter », le spécialiste des “infos génés” et des enquêtes policières à l’Observer, en 1976. Son premier fait d’armes sera ainsi l’interview en italien d’un groupe de malfaiteurs armés qui avaient pris en otage un restaurant, épisode rappelé par un de ses confrères comme « the Spaghetti House siege ».
Parti ensuite comme correspondant à New-York, puis deux ans en Italie, Paul a été pendant seize ans correspondant du FT à Paris d’où il rayonnait partout en Europe pour interviewer les patrons d’industrie et expertiser les grands restaurants et les bonnes caves, sans complaisance ni pour les patrons, ni pour les grands chefs, capable de dégainer sans merci sa plume acerbe…
Son dernier clin d’œil parisien était un article gentiment ironique sur le Fouquet’s, sous le titre « Some like it haute », mélange de « Certains l’aiment chaud », le célèbre film de Billy Wilder avec Marilyn Monroe et Tony Curtis, et du goût bling-bling affiché par certains clients du restaurant… Et pour ceux qui n’auraient pas compris, il chute par une pirouette : Le Fouquet’s reste pour lui “cher mais amusant avec son mélange de touristes hauts en couleurs louches et de parisiens prétentieux. Si le président Sarkozy n’est pas réélu au printemps prochain, peut-être que j’y reviendrai plus souvent ».
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