Le moins qu’on puisse dire c’est qu’Alexandra Schwartzbrod garde un regard caustique et décapant sur Israël, un pays où elle a vécu plusieurs années comme correspondante de Libération et qu’elle aime visiblement, au-delà de tous ses immenses défauts, avec un regard critique mais qui garde cette petite lumière d’espoir qu’un jour les choses s’arrangeront…
« Le songe d’Ariel », son dernier ouvrage, est une nouvelle qui se lit aisément, dans la veine de ses romans où elle décrit le pays comme un immense chaos, un « Balagan », en proie à l’hystérie collective de ses habitants.
Mais il fallait une sacrée dose d’optimisme pour imaginer Ariel Sharon, plongé dans le coma depuis 2006, revenant à lui porteur d’une vision où Theodor Hertzl et David Ben Gourion le renvoient chez les vivants pour sortir Israël de l’impasse – une impasse créée par le refus de construire une paix durable avec les Palestiniens.
Le récit n’est pas résumable, il se savoure. Les descriptions sont d’un réalisme très fin, on est immergés dans le paysage du Neguev, dans les odeurs de mouton et de hummos, dans les accents et les couleurs des immigrés, Falashas éthiopiens, vrais ou faux juifs russes, saisonniers roumains, manœuvres soudanais arrivés par l’Egypte, dans la nervosité croissante des agents de sécurité débordés, dans le désordre biblique et l’agitation contemporaine…
Même « l’atterrissage » d’Ariel Meron (son nom dans la fiction) est savoureux : il reprend contact avec la réalité du moment en zappant devant sa télévision, découvrant stupéfait les changements politiques intervenus dans le monde, y compris l’édification du mur de séparation avec la Cisjordanie dont il ne se souvenait même plus qu’il avait lancé la construction après l’évacuation de Gaza.
Fort de son rêve généreux, contre l’avis des médecins, de la famille et des agents de sécurité réunis, le vieil homme va trouver la force de se lever pour partir en croisade. Au risque de voir son rêve déraper en cauchemar. L’épilogue arrive, je ne vais pas le raconter ici, ce serait dommage de se priver d’une lecture aussi entraînante…
Le songe d'Ariel, Alexandra Schwartzbrod, Gallimard (158 p., 15 €)
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