Al-Qaïda s'attaque au pétrole
Trouvée dans L'Orient Le Jour, citant lui-même des agences de presse, l'information que l'Arabie saoudite a déjoué des attentats qu'al-Qaïda projetait contre des sites pétroliers est passée plutôt inaperçue, alors qu'elle est lourde de signification. L’Arabie saoudite a en effet annoncé l’arrestation en six mois de 701 islamistes de différentes nationalités, dont des Africains et des Asiatiques, qui projetaient des attentats notamment contre des sites pétroliers du royaume, premier exportateur de pétrole au monde.
Première évidence : contrairement à ce que veulent nous faire croire les intégristes occidentaux (les "néo-cons" et autres adeptes du "choc des cultures"), l'intégrisme islamiste n'est pas cette image absurde d'un islam obscurantiste opposé à l'occident, mais un extrémisme contre lequel le monde musulman se bat lui-même depuis plus de trente ans, voire plus en Egypte, un combat qui est une réalité quotidienne pour tous les musulmans modérés depuis les pays du Golfe jusqu'au Maghreb en passant par un certain nombre de pays musulmans non arabes, surtout en Asie.
Deuxième évidence, la nébuleuse d'al-Qaïda ne cible pas principalement les pays occidentaux, même si les menaces récurrentes de ses porte-parole ne sont pas à prendre à la légère, mais elle vise également le monde musulman où elle entend étendre son influence, du Pakistan à la bande sahélienne, où elle est très active à étendre ses réseaux, avec bien sûr les théâtres irakien et afghan. Al-Qaïda, que nous le voulions ou pas, est un adversaire en guerre contre tous et doit être affronté comme tel.
Troisième évidence, les stratèges d'al-Qaïda visent désormais le nerf de l'économie mondiale, la circulation du pétrole. Qu'il s'agisse des gisements, des plates-formes off-shore, des pétroliers (comme le pétrolier français Limbourg ci-contre, attaqué en 2002) ou des oléoducs, les attentats avérés ou déjoués sont nombreux et révèlent un plan cohérent, avec comme point d'effort la production pétrolière arabo-iranienne sortant du Golfe par le détroit d'Ormuz, et de laquelle l'économie mondiale, le cours du brut et le prix du pétrole sont étroitement dépendants.
Selon les autorités saoudiennes, les personnes arrêtées cherchaient à « relancer les activités criminelles dans le royaume », qui depuis mai 2003 avait été le théâtre d’une vague d’attentats ayant fait plus de 100 morts, en recrutant des activistes "dans des pays asiatiques et africains pour mener des opérations en Arabie saoudite (...), mettant à profit les facilités accordées aux fidèles musulmans se rendant à La Mecque pour le pèlerinage annuel ou la Omra (petit pèlerinage) . Les cellules démantelées et dirigées de l’étranger visaient en premier lieu des installations économiques dans le royaume."
Dans la province orientale, riche en pétrole, les forces de sécurité ont arrêté des membres d’une cellule, contrôlée par des immigrants africains, qui « cherchaient, en nouant des relations avec des employés du secteur pétrolier, à se faire recruter dans des sites pétroliers », notamment le site d'Abqaïq. Dans un message du n° 2 d’el-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, saisi sur le chef de cette cellule à dominante africaine, l’adjoint d’Oussama Ben Laden recommande « des collectes d’argent » et promet l’envoi en Arabie saoudite de jihadistes en provenance « d’Irak, d’Afghanistan et d’Afrique du Nord pour attaquer des installations pétrolières et les forces de sécurité ». La crise pétrolière n'est pas derrière nous, décidément.









