Maquis en fleurs

Autant il est en été sec et piquant, rêche et plein de ronces, impénétrable voire hostile à la saison des incendies, autant au printemps le maquis méditerranéen sait se montrer séducteur par ses fleurs, ses couleurs et son parfum : un moment qui ne dure pas plus de quelques semaines mais qui lui donne un aspect unique.

Plantes grasses comme les doigts de sorcière, avec de belles fleurs mauves, buissons comme les genêts en bouquets dorés, chardons aux petites fleurs violettes, fleurs de rochers jaunes entremêlées de coquelicots rouge vif, la palette du maquis est chaude et varie avec la lumière du jour.

Se promener au bord de l'eau, entre maquis de Toscane, d'Elbe et de Corse, avec une mer qui n'est pas encore d'un bleu aveuglant, un soleil qui n'écrase pas encore, un vent qui se contente de caresser tout en restant très frais, ce sont des instants de douceur qu'il ne faut pas manquer. Plus qu'ailleurs encore, le printemps du maquis est celui de tous les espoirs, toutes les promesses, tous les recommencements. 

Histoire de lunettes

  La vérité est parfois aveuglante. Ainsi cette dame dévêtue en pleine gare londonienne de Saint-Pancras (nouveau terminal de l'Eurostar) dont personne ne remarque même la présence. On imagine mal la même photo à la gare centrale du Caire ou à l'aéroport de Djeddah. Sans doute parce qu'on n'y porte pas les mêmes lunettes.

En Europe (et je précise bien en Europe car la nudité n'est pas également tolérée partout ailleurs en Occident...) c'est une chose banale car c'est l'art, depuis toujours, et la publicité, P1000218_2 plus récemment, qui ont fait que dans notre culture au moins, la nudité de la femme n'a pas immédiatement de connotation sexuelle. Cela ne porte pas jugement sur les cultures qui ont d'autres tabous que les nôtres, mais c'est aussi une manifestation de ce que je retiens pour de l'ouverture d'esprit. Merci à British Railways de nous le rappeler avec cette belle expo.   

Dans Le Monde daté du 11 avril, le philosophe Régis Debray adresse une lettre ouverte à Oussama Ben Laden, en lui demandant de ne pas nous imposer ses lunettes, de vouloir refaire le monde à son image qui n'est pas la nôtre : "Vous ne voulez pas d'un Occident universel ? Soit, et nous non plus, d'un Islam universel. Internet aidant, nous voilà tous, droits-de-l'hommistes et islamistes, colocataires de la maison humaine. Entre voisins de palier, le tact s'impose".

Dit en termes philosophiques, c'est ce qu'illustre très bien et très simplement la superbe campagne de pub de la banque HSBC qui, à travers les aéroports internationaux, jongle indéfiniment sur la symétrie inverse des points de vue : la tour de Pise est parfaite pour les uns, alors que c'est le David de Michel-Ange qui est imparfait. Ou l'inverse. Les Tong sont cool alors que les Santiags ne le sont pas. Ou l'inverse. On revient toujours au même slogan que je partage : « Etre ouvert sur le monde, c’est comprendre les différences de point de vue. »

Au fait, ça n'a rien à voir, mais je rentre d'un jogging au parc de Saint-Cloud, parc très naturel mais qui  n'est quand même pas en pleine campagne puisque l'entrée est à 500 mètres du métro. J'ai eu l'immense surprise d'y découvrir un héron au milieu d'un des bassins, qui volait paresseusement d'un bord à l'autre en laissant traîner ses pattes sur l'eau, poursuivi par un petit chien qui ne voulait pas aboyer pour ne pas lâcher sa balle. Manteau gris, jabot blanc, des lunettes noires et un regard curieux, cet échassier venu d'ailleurs se demandait ce qu'il faisait là. Question de point de vue, comme toujours.

Un boycott imbécile

Le boycott du Salon du Livre qui s'ouvre à Paris, au motif qu'il fait une place spéciale cette année au livre israélien, est d'une rare stupidité et ceux qui croient défendre les droits des Palestiniens en observant ce boycott font un contresens dramatique pour la cause même qu'ils défendent.

J'ai suffisamment défendu depuis quarante ans les droits non reconnus des Palestiniens, à commencer par le droit à un Etat souverain, pour n'avoir aucun complexe à dénoncer aujourd'hui ce qui me semble être non seulement un péché contre l'esprit, mais une monumentale absurdité de ceux qui prétendent à tort et à travers parler au nom des Palestiniens.

La littérature israélienne est, comme la presse israélienne et comme le cinéma israélien, le reflet d'une société où l'esprit démocratique a toujours soufflé malgré tous les mauvais démons. Et ceci n'est pas simplement l'héritage de la démocratie parlementaire hérité du colonialisme britannique, c'est tout autant sinon plus le respect fondamental de la minorité, le droit de la libre expression et l'esprit de contradiction qui sont à la base de la culture juive.

J'étais correspondant à Beyrouth lors de l'invasion israélienne de 1982, et j'ai vécu non pas les massacres de Chatila mais leur découverte quelques heures plus tard au milieu des ruines fumantes de ce bidonville palestinien. Les correspondants de la presse européenne et américaine ont témoigné, nous avons tous témoigné, mais c'est la presse israélienne qui a fait l'enquête la plus rigoureuse, la plus critique, celle qui a le plus embarrassé les responsables de ce massacre, provoquant une enquête sans précédent au sein de l'armée israélienne. Les mêmes ont suscité et obtenu une enquête aussi critique après la dernière invasion du sud Liban.

Ce sont des journalistes israéliens, des metteurs en scène israéliens, des écrivains israéliens qui ont le mieux et le plus sévèrement décrit les exactions de l'armée israéliene pendant les deux Intifada. C'est l'Israélienne Amira Hass, écrivain et correspondante du Ha'aretz, qui est la seule journaliste à s'être installée à Gaza pour décrire le quotidien d'une population soumise aux vexations et aux bombardements.

Yasser Arafat lui-même l'avait compris, qui avait accepté à ses côtés la présence d'intellectuels israéliens comme Ilan Halévy, toujours au premier rang pour défendre les civils palestiniens et condamner les exactions de leurs compatriotes. Bien moins nombreux ont été les journalistes et écrivains arabes à prendre les mêmes risques pour défendre ceux au nom desquels ils voudraient parler aujourd'hui.

Mg_0108_7_1_2  On ne tombera pas dans l'excès inverse qui serait de constarer que la littérature arabe, justement, est bien malade de l'absence de démocratie dans de trop nombreux pays arabes. Là n'est pas le problème aujourd'hui et ce serait injuste pour ces écrivains arabes qui, précisément, font honneur à la littérature en gardant leur liberté de pensée - Tahar Ben Jelloun vient de condamner ce boycott, également rejeté par le Liban et la Tunisie. Mais au nom de tous ceux qui ont lutté depuis des années pour la rapprochement des idées, au nom aussi d'un intellectuel trop vite oublié, Maxim Ghilan, qui a lutté pendant des années pour le rapprochement israélo-palestinien, je voudrais dire que les imprécations entendues sur ce salon du livre n'engagent que leurs auteurs et n'ont rien à voir, rien, avec la libre circulation et le combat des idées qui sont la seule voie vers la compréhension, le respect mutuel et vers la paix.

Printemps trop précoce

P1010050C’était ce samedi matin, sur les bords de la Dordogne, du côté de Cabara. Un charivari d’oies, un peu lointain, sortant de nulle part. J’ai fini par lever la tête eP1010049t voir un « V » d’oies en vol, impossibles à compter car très proches les unes des autres, une vingtaine au moins, certainement plus. Partant plein Nord, ce premier vol d’oiseaux migrateurs était le signe précurseur d’un printemps anormalement précoce.

Même à la hauteur de Bordeaux, où la température est plus douce qu’ailleurs, les vingt-deux degrés de ce week-end sont très agréables mais aussi un peu P1010060inquiétants. La nature s’emballe, les arbres bourgeonnent  partout et certains commencent à fleurir. Un effet du réchauffement ? Difficile de tirer des conclusions mais ici les hivers ne sont plus ce qu'ils étaient.

J’ai vu dans la région des mimosas de six mètres de haut déjà fleuris et odorants, des magnolias qui embaument, des arbres en sous-bois recouverts deP1010071 fleurettes blanches… P1010067Partout, les signes de printemps se multiplient. Les bords de l’Isle, qui descend du Massif central, sont tout aussi rieurs en cette apparente fin d’hiver.

Jean-Marie, vigneron à Pommerol, raconte son inquiétude. Il vient de terminer la taille de ses vignes en tee-shirt, alors que son père le faisait en parka épaisse, P1010078gants et sous-vêtements en laine, bottes fourrées, à cause du froid : en février, normalement, il gelait encore. « La vigne risque de pousser d’un seul coup et si jamais il gèle fin mars, début avril, ce sera une catastrophe ». Dans les champs de vignes, on voit à peine lesP1010087 plants appuyés sur leurs rangées de tuteurs, coupés ras et tout nus.

A Saint-Emilion, les touristes profitent du beau temps et prennent leur temps à déguster le vin en terrasse, au soleil. Pour la viticulture, de toute façon, il n’y a pas de saison : le travail est toute l’année et ne s’arrête jamais. P1010094Pour beaucoup de crus, ce sera bientôt la mise en bouteille du vin d’il y a deux ans, qui a eu le temps de mûrir en barrique de bois. Des vins sérieux, pas de ces piquettes qui arrivent sur les tables au sortir du pressoir, après un passage symbolique dans les cuves… Le 2002 est parfait, pour le 2003, il vaudrait mieux attendre un peu avant de le servir à table !

 

 

 

Magie du cavalier bleu

Dernier volet de ma découverte impressionniste de Munich, une visite chez les Expressionnistes allemands de l'école dite du "Cavalier bleu" (Der Blaue Reiter), rassemblés dans la Villa du peintre Franz von Lenbach, m'ouvre un univers dans le rapport entre l'art et la scénographie, ou la meilleure façon d'associer le spectateur et l'oeuvre d'art.

Même un enfant, totalement ignorant de la peinture ou de l'Histoire de l'art, peut ici faire son itinéraire de découverte à travers des pièces mises en résonnance avec les oeuvres par la couleur des murs, par les formes géographiques, par l'éclairage particulier et toujours intime.

Rarement la muséographie aura autant correspondu que dans cette Lenbachhaus à l'esprit d'une peinture qui voulait rejeter le cadre, l'enfermement, le conformisme, pour se tourner vers la couleur brute, l'éclat des formes et des lumières, la nature sans artifice (à gauche, le Tigre de Franz Marc, en sculpture et en peinture).  Le "cheval bleu I" de Franz Marc (à droite) en résume la philosophie, avec une étonnante symbolique des couleurs : bleu pour le masculin, rude et spirituel, jaune pour le féminin, tendre et  sensuel, rouge pour la matière, brutale et lourde...

Etonnant héritage réuni ici, en grande partie légué par la peintre Gabriele Munter, compagne de Wassily Kandinski.  Avec eux, Marc, Alfred Kubin, Alexei Jawlenski, Marianne von Werefkin, August Macke, Heinrich Campendonk, c'est toute une bande de copains qui quitte en 1911 la "Nouvelle association des artistes munichois", pour créer "la Rédaction du Cavalier bleu", et va créer une école brillante inspirée de toutes les influences européenns dont l'impressionnisme, mais pour créer son propre style, sa forte vitalité, rejointe par d'autres comme Paul Klee.

Je n'ai pas la prétention de faire un cours d'histoire de la peinture, on trouve tout ce qu'il faut en Googlant ou sur Wikipédia. Juste raconter qu'il existe un endroit pas si connu à Munich, beaucoup moins fréquenté que la Pinacothèque 1 et 2, où l'on prend son plaisir sans être spécialiste et l'on risque même, en se laissant aspirer dans le tourbillon des couleurs, d'attraper un syndrome de Stendhal... Pour avoir un avant-goût de ces sensations, commencez par visiter l'abum de photos ci-contre et laissez-vous porter, sans chercher à reconnaître les tableaux.

Munich, blanche et forte

En hiver, tout est plus blanc à Munich : les Alpes bavaroises en fond de décor, étincelantes, le boudin blanc et la bière blanche qui sont les deux spécialités les plus populaires, les dentelles de pierre du Rathaus sur la Marienplatz, l'écume sur les rivières à demi gelées qui descendent de la montagne, le soleil très vif malgré le froid... Un tout vivifiant et tonique qui correspond bien au caractère affirmé de la capitale de la Bavière.

Même quand il gèle, les rues de la ville sont animées le week-end, preuve que tout le monde n'est pas parti skier. Les plus sportifs font du surf sur la rivière Eisbach qui traverse le parc am Hirschanger, remontant le courant assez fort et certainement glacé malgré leur combinaison. Une prouesse car le sport n'est certainement pas de tout repos, à en juger par les chutes observées dans cette eau capricieuse, mais en tous cas un spectacle apprécié des promeneurs.

Car quelle que soit la température, le Munichois se promène dehors, à pied ou à vélo. Rues commerçantes et marché aux victuailles - encore des étalages de charcuterie - patisseries et salons de thé bondés à toute heure, les brioches à la chantilly et le gâteau au chocolat façon Forêt noire ont aussi leur manteau blanc d'hiver.

Les élections locales - ici aussi - plantent leur décor d'affiches, mais on sent que le débat n'est pas violent et les slogans sont plutôt du genre "pour des finances saines", "pour une démocratie responsable". Le seul poing levé est celui de cette femme qui invite à une "fête des femmes" du SPD. Tandis que d'autres femmes sont assises au-dessus de la rue et regardent passer les piétons. Heureusement pour elles dans ce froid, ce sont des mannequins... 

Toute déperdition de calories méritant compensation, la promenade se termine immanquablement dans une brasserie ou un bon restaurant, comme le Ratskeller ou le Weiss quelque chose... Weissbier ? Sans doute, avec des nappes blanches, un plafond blanc, de la bière blanche, du boudin blanc... Et à ne surtout pas rater, pour faire passer le dîner de charcuterie, cet extraordinaire sorbet à la bière qui s'appelle tout simplement : "Weissbier-Eisbecher mit Aventinuseiscreme und Weissbiersorbet Schlagrahm und frischen Früchten"... à commander évidemment sans reprendre son souffle !

Le recul du week-end

Ce qu'il y a de plus sacré pour moi dans le week-end, c'est le luxe de faire un "arrêt sur image", de sortir de l'agitation du boulot, de la semaine et des cent mille choses à faire en plus. De prendre enfin le temps de lire la presse en diagonale pour se laisser porter par la réflexion, en sirotant son café dans un rayon de soleil, si possible avec un zeste de "Flûte enchantée".

Les hebdos c'est rapide : au vu des trois couvertures cette semaine, les mêmes qui nous vantaient Super-Sarko le plongent aujourd'hui dans une description apocalyptique (sauf celui des trois qui s'est ramassé une plainte au pénal du même, celui-là est resté linéaire). Franchement le week-end, c'est aussi le temps de lire autre chose que cette actualité qui n'est pas forcément la nôtre.

D'abord les primaires américaines : on a l'impression qu'avec la division du camp démocrate, Hillary ne l'emportant pas assez nettement sur Barak Obama, c'est le camp républicain qui va en bénéficier et que du coup ça intéresse moins la presse française. Deux sentiments : d'abord que cette division des démocrates me rappelle furieusement quelque chose qui s'est passé il n'y a pas si longtemps en France. Ensuite, et c'est la différence, qu'avec un Congrès qui risque d'être massivemenrt démocrate, un président républicain modéré n'est peut-être pas la pire des solutions - en tous cas vu d'Europe.

Autre info qui me plonge dans des abîmes de réflexion, cette analyse dans TTU, newsletter critiquée parce que souvent trop bien informée, à propos du Tchad : l'armée d'Idriss Deby a bénéficié du soutien logistique de trois pays, la France - c'est connu, Israël - je le découvre mais je le comprends à cause du régime islamiste au Soudan, mais surtout la Libye, qui n'aime pas non plus le régime de Khartoum et joue sa propre carte au Tchad. Cette convergence franco-israélo-libyenne est étonnante mais pas si absurde, au fond. Et confirme que la Libye, encore démonisée par beaucoup, est du bon côté aujourd'hui.

Le vrai luxe là aussi, c'est à partir d'un entrefilet, de poser son journal pour réfléchir et d'aller se faire un second café. Vive le week-end ! Et  partir de la presse, aller voir ce qu'on en dit sur les blogs des journaux, puis sur les blogs d'info, puis ceux des copains, qui continuent à écrire avec régularité (Catherine, bravo pour l'écriture et l'inspiration ; Jacques, vivement la fin des municipales !) et laisser girovaguer son esprit à travers le monde, au-delà du prisme français...       

Lu dans Libé, dossier spécial élections consacré aujourd'hui à Marseille : un conseiller municipal du MNR, petit parti d'extrême-droite qui fait campagne pour nettoyer la ville de ses immigrés, s'appelle Hubert Savon. Savon de Marseille pour laver la ville, les électeurs n'en méritaient pas tant !

Grippage par excès de voeux

On m'a demandé si j'étais un grève... Non, ce blog était grippé (et son auteur aussi) pour cause d'excès de voeux, comme chaque année à la même époque. On a beau commencer à envoyer les siens à la mi-décembre pour anticiper les réponses, puis tenir une liste très à jour pour savoir si ceux qu'on reçoit sont des primo-voeux ou des réponses, on finit par se laisser déborder. D'autant qu'en France on admet stupidement qu'il est possible d'envoyer ses voeux jusqu'à fin janvier, alors que dans la plupart des autres pays après le 31 décembre ce n'est plus la peine.

C'est bien simple : j'ai fini par avoir quatre catégories : voeux envoyés, réponses reçues ; voeux reçus, réponses envoyées. Par le jeu de la poste, on ne sait plus qui a tiré le premier et qui a répondu, on ne sait plus qui a répondu, ou à qui on n'a pas répondu, l'exercice est tout simplement épuisant.

Tout se complique aussi par la pollution électronique, à laquelle je participe évidemment : les voeux par e-mail... D'abord parce qu'on finit par répondre par e-mail à des cartes de voeux papier,ensuite parce que des facétieux envoient leurs voeux en listes groupées avec adresses apparentes (à proscrire à cause du spamming) et que par le jeu du "réponse à tous", on se laisse envahir par des messages de voeux toujours très affectueux mais qui reviennent jusqu'à quatre fois. Forcément, les catégories d'amis et de relations se croisent inéluctablement.

Certaines entreprises et administrations ont commencé par interdire l'utilisation interne des cartes de voeux, en les remplaçant par des cartes de voeux électroniques. Cette année on est passé à l'étape suivante en renonçant, pour certains grands groupes, à cette facilité envahissante et trop absorbante dans les heures de travail. Ce qui n'empêche pas les plus débrouillards, dont nous sommes tous, de bricoler la leur pour la diffuser tous azimuts en espérant être les premiers à "tirer"...

P1000437 Faut-il maintenir cette épuisante tradition ? Au-delà des parents et des amis proches, l'échange de voeux du Nouvel An a une fonction sociale importante : celle de remettre à jour son carnet d'adresses. Je suis frappé par la mobilité professionnelle, toutes catégories d'âge confondues, que je constate autour de moi, et ces cartes ou ces mails sont souvent l'occasion de retrouver la trace d'amis ayant changé d'adresse ou de boulot en cours d'année.

Conclusion : je termine ce travail aussi vite que possible. En attendant, tous mes voeux à tous !

Napoléon en petites bulles

L'Empereur Napoléon pourrait se retourner dans son mausolée des Invalides, s'il apprenait que son nom est aujourd'hui celui d'une marque d'eau minérale, au demeurant très distinguée, mise en bouteilles par les îliens d'Elbe.

Pas rancuniers d'avoir été abandonnés après moins d'une année de règne par leur souverain en résidence surveillée, un statut quand même assez privilégié quand on visite ses deux résidences de Portoferraio et San Martino, les habitants de cette superbe île toscane entretiennent, sinon la flamme du souvenir, en tous cas ce qu'il faut d'image napoléonienne pour faire marcher tourisme et commerce.

La Villa Demidoff à San Martino, du nom d'un prince apparenté à Napoléon qui consacra son énergie à en faire un musée napoléonien, était la résidence d'été de l'Empereur en exil. En position dominante à cinq kilomètres du golfe de Portoferraio, dans la verdure d'un beau parc, la Villa était ornée d'aigles partout sur les murs et les grilles, avec des "N" également peints sur les façades.

L 'intérieur était orné avec raffinement et a été parfaitement restauré, notamment les murs peints de fausses draperies, pour permettre aujourd'hui d'accueillir des expositions temporaires. Une étonnante salle à manger égyptienne à l'étage et un grand salon de réception au rez de jardin évoquent des réceptions qui ont pu être fastes, à défaut d'être très mondaines avec une cour réduite au minimum...

Sur les hauteurs de la ville de Portoferraio, entre le fort du Faucon et le fort de l'Etoile, la Villa dei Mulini était la résidence d'hiver. Parfaitement restaurée elle aussi, et avec goût, cette demeure est très simple, seul le cadre naturel est véritablement grandiose, avec un jardin s'ouvrant sur la mer, à pic sur les vagues et les rochers. Une douceur méditerranéenne qu'il ne retrouvera jamais, surtout pas à Sainte-Hélène.

L'intérieur est sobre, malgré la décoration, et l'on comprend qu'un souverain habitué au faste, à l'éclat et à l'action se soit ennuyé de limiter son énergie à gouverner quelques milliers d'insulaires pacifiques et d'organiser la pêche et la réforme agraire. N'empêche, après l'eau minérale, une "birra Napoleone" va voir le jour. A la santé de l'Empereur !

La Corse vue de loin

  Rien de plus beau et de plus apaisant que la Corse vue de loin, depuis le rivage toscan, quand un vent du nord balaie la brume marine et dévoile la grande île dans ses moindres détails, avec une visibilité que seul un temps d'hiver peut donner.

Cachée ces derniers jours par le mauvais temps, la Corse réapparaît majestueusement entre l'île d'Elbe et la petite île de Capraia. La silhouette effilée du Cap corse, la pointe du Monte Grosso derrière la montagne de Bastia et, à moitié caché par l'île d'Elbe proche à toucher, le massif enneigé du Monte Cinto qui brille au soleil : la réalité géographique que la Corse fait partie de l'archipel toscan, plus que de "l'hexagone".

Ce n'est pas un hasard, du reste, si la Corse apparaît dans un encadré à gauche des Pyrénées sur ma carte routière française, bizarrement perdue dans le Golfe de Gascogne, alors qu'elle est parfaitement à sa place entre Gênes et la Sardaigne sur ma carte italienne. D'où vient alors cette sensation que la Corse est "ailleurs", pas vraiment française mais pas du tout italienne ?

La séparation dans le temps, alors que la Sardaigne reste ici un prolongement naturel ? La douceur et la tolérance des Toscans, qui va jusqu'à faire voter les immigrés et les apatrides aux élections locales ? Ou le ton très "nationaliste" de Radio Corse Frequenza Mora, qu'on capte parfaitement mais qui finit par lasser à force de décliner la corsitude à toutes les sauces ?

Une chose est certaine, en tous cas. Lorsque Napoléon était retenu sur l'île d'Elbe, pouvant voir la Corse d'encore plus près, ses pensées n'allaient pas vers sa terre natale. Elles allaient vers le continent. Aucune idée de prendre le maquis ou de retourner à Ajaccio. Comme beaucoup de Corses, il avait décidé que son destin était ailleurs. Peut-être n'imaginait-il pas que Sainte-Hélène serait bien pire que Portoferraio et l'Atlantique sud bien plus rigoureux que la mer thyrrénienne...