Petis soldats, grandes guerres

J'avais gardé de côté les "militaria" du Spielzeugmuseum de Munich, car ils sont discrets au milieu des peluches, trains, poupées et automates, mais je ne résiste pas au plaisir, pardon Nadine et Catherine, de partager quelques perles que j'y ai découvertes.

Dans l'Allemagne d'aujourd'hui les jouets militaires ne sont plus politiquement corrects et c'est tant mieux pour nous, si l'on se souvient de l'effet belliqueux suscité ches des générations de petits garçons. La collection rassemblée ici par Ivan Steiger, le conservateur du musée, ne présente donc que discrètement cette partie pourtant importante du patrimoine européen du jouet.

Pas de chars Arnold, Gama ou Gescha, pas de grande parade militaire. Mais une automitrailleuse en tôle à côté d'un camion civil et d'une voiture de course, une remorque d'artillerie, des automitrailleuses en miniature... les blindés sont très, très discrètement évoqués.

Dans une vitrine, des soldats en composite non métallique Linéol sont joyeusement mélangés : allemands, britanniques et français de la 1ère guerre mondiale forment une mêlée où tous les camps se confondent.

A l'étage au-dessous de la même vitrine, ce sont une vingtaine de pilotes de la Luftwaffe qui font leur toilette matinale, torse nu, en bottes et culottes de cheval. Mon explication personnelle est que cet article se trouve là en quantité uniquement parce que c'est celui qui ne se vendait pas, et qu'il en est donc resté plein dans les tiroirs.

Totalement surréalistes, les "Martiens" (Marsmenschen-Joys) créés en 1926 par Elastolin, petits êtres roses en tutu, tête de professeur de Nimbus surmontée d'un point d'interrogation, dansent un pas de deux en brandissant un fusil avec sa baïonnette : que de phantasmes ! Voici donc la réponse à la question : pourquoi Mars est-il le dieu de la guerre ? Mais parce que les guerriers sont de vrais Martiens !

Plus effrayant, l'avion bombardier qui peut voler avec un puissant moteur à ressort et larguer des bombes très réalistes car munies d'un système à amorces. La bombe larguée va frapper le sol en faisant éclater son amorce et est, c'est l'avantage du jouet sur la bombe réelle, immédiatement réutilisable. On frémit en pensant au genre de bataille auquel devaient jouer les violents possesseurs de ce jouet !

Enfin c'est comme toujours le jouet naval le plus esthétique, et on trouve évidemment, à côté des paquebots en tôle, les fameux U-boote, ces sous-marins allemands qui détruisirent des flottes entières de cargos dans l'Atlantique. A le voir tranquille dans la vitrine, on lui trouve un air bien pacifique. Mais savait-il seulement tirer des torpilles dans la baignoire ?   

Teddy Bear et autres peluches

P1000875 Ce petit ourson la corde au cou et l’air effrayé, c’est le vrai Teddy Bear, celui qui a fait de l’ours en peluche le personnage qu’il est devenu, jouet de grande production et compagnon de plusieurs génP1000876érations d’enfants. Avec des centaines d’autres, il occupe les vitrines du musée le moins connu de Munich et pourtant l’un des plus originaux à visiter, le Spielzeug Museum installé dans la tour de l'ancien Rathaus à l'entrée Est de Marienplatz .

L’histoire vraie du Teddy Bear est racontée dans le Washington Post du 16 novembre 1902. Le président Théodore Roosevelt s’était rendu dans l’Etat P1000890du Mississipi pour arbitrer un différend frontalier avec l’Etat de Louisiane. Pour se concilier ses faveurs, et sachant que le président était un grand chasseur d’ours, les autorités locales P1000902avaient organisé une chasse sur mesure en attachant un malheureux petit ours avec une corde au cou, et en criant au moment opportun « Président un ours, un ours ! »

S’apercevant à temps du trucage, le président indigné avait refusé de tirer et aurait dit : « si j’avais tiré, jamais plus je n’aurais pu regarder mes enfants en face ». Le dessinateur Clifford Berrysman avait caricaturé la scène avec comme légende : « voici la frontière du Mississipi ». Le succès du dessin fut tel que désormais Berryman dessinera toujours « Teddy » avec son « bear », et que le nom sera donné à l’ours produit par Harman Manufacturing Co de New-York, en 9 tailles de 10 à 19 pouces.

P1000878Ils sont donc des centaines d’ours en fourrure et en peluche, nus ou habillés, oursons et oursonnes, en Père Noël ou en mariés, tous différents et diversement attachants, comme par exemple les ours des frères Bing, avec une tête disproportionnée et un petit visage expressif et mélancolique.P1000892

Répartis à travers les cinq étages de cette tour reliés par un étroit escalier en colimaçon, les ours en peluche font bon ménage avec des jouets qui rappellent que l’Allemagne a aussi été la première patrie des jouets mécaniques, dès la fin du 19e siècle. Märklin avec ses trains, ses engins mécaniques, ses paquebots, Schuco avec ses voitures de course filoguidées, Technofix avec ses motos… P1000900

Un grand classique aujourd'hui introuvable, la voiture « Tut-tut » d’Ernst Paul Lehmann, construite dans les années 1920, est occupée par un conducteur muni d’un porte-voix pour alerter les passants.

P1000896Les trains à eux seuls occupent plusieurs vitrines, avec d’étonnantes gares en tôle, de personnages, des locomotives de toutes les tailles qui voisinent avec des sous-marins et des scaphandriers...

Moins connus mais terriblement originaux les animaux mécaniques comme la grenouille sauteuse, le dromadaire à moteur, ou le basset en tôle lui aussi à moteur.

P1000903  Plus classiques et aussi plus universels, les meubles pour poupées, les meubles de maisons de poupées encore plus petits, avec vaisselle et services à café en proportion. On ne peut malheureusement pas toucher tous ces jouets abrités derrière les vitres, mais il est réconfortant de voir qu’à l’ère du jouet électronique et virtuel, le vieux jouet en bois, fourrure ou métal continue à susciter l’intérêt des enfants, vu leur nombre croisé dans ce musée.

L'encrier de Mélanie

Ce soir, c'est récré : je dois répondre à Mélanie, qui s'inquiétait de l'origine et des particularités d'un encrier en forme de char remontant à la première guerre mondiale qu'elle avait vu sur ma note du 24 octobre. C'est un objet à la fois rare et commun, puisqu'en cherchant on en trouve encore aux Puces et chez les antiquaires, et leur prix est très accessible puisqu'ils sont peu demandés, étant très, très démodés, à l'heure où les Poilus disparaissent...

Celui-ci est un Renault FT-17, le premier char français apparu sur les champs de bataille dans la dernière année de la Grande Guerre. Un souvenir de guerre, évidemment créé pour ceux qui l'ont combattue, en tant que militaires ou mobilisés. Une petite plaque en laiton porte le nom du lieu chargé de mémoire, ou de l'unité de chars, ici "souvenir de Metz", ailleurs "souvenir de Mailly", "souvenir de La Courtine", ou encore "souvenir du 501e RCC". En parcourant régulièrement E-bay, où j'ai emprunté quelques photos, j'en découvre toujours de nouvelles versions.

Au-delà de cette petite différenciation "commerciale", l'objet est unique, et signé. L'artiste signe "A. Ouveb", ou bien "Ouveb", et il faisait des encriers sous des formes très diverses. Dans le cas précis, la signature est sur la trace laissée par la chenille du char dans le sol, derrière la chenille gauche du char. La mention "Inkwell" qui revient sur E-bay est simplement le mot anglais qui veut dire encrier, ce n'est pas une marque. Je n'ai pas retrouvé le nom du fabriquant mais c'était évidemment une création en série.

Création artistique, sculpture moulée pour le décor, mais le char lui-même est une maquette précise et anguleuse, avec des éléments en métal soudés entre eux et soudés sur la base. La tourelle pivote, seule pièce mobile de la maquette. L'objet dans son ensemble comporte une autre pièce mobile, le couvercle de l'encrier en forme de casque, cachant l'ouverture avec un petit encrier en verre (généralement perdu).

Le char fait 8 cm de long, l'objet en tout fait 13,5 cm, et il est en régule, un alliage d'étain ou de plomb et d'antimoine qu'on utilisait en période de guerre ou d'immédiat après-guerre, quand le cuivre manquait, réservé aux munitions. Un alliage clair au départ, qui s'oxyde ou se patine et devient plus foncé, pas très facile à nettoyer.

S'il fallait terminer sur une image, cet encrier est proportionné au Renault FT-17. A la même échelle, un Leclerc de Nexter (ex-GIAT), celui qui équipe aujourd'hui les forces françaises, ferait trois fois sa longueur : plutôt encombrant sur un bureau. Alors, Mélanie, surtout gardez cet objet car il est original et représente un témoignage historique, à défaut d'avoir une plus grande valeur marchande.

Les chars jouets (5)

Parallèlement au char en tôle, apparu dès 1918 et produit jusque dans les années 1970 en Europe, l’automitrailleuse en tôle mérite un développement à part, par sa thématique autant que par son esthétique. Ce billet sur le char à roues et l'automitrailleuse conclut donc la série des "chars jouets". En effet l’automitrailleuse étant antérieure au char, les jouets la représentent dès la fin du XIXe siècle, en plomb ou en alliage, puis en tôle à moteur mécanique.

1 canon automoteurSignalé dans les catalogues de jouets du début du XXe siècle, ce petit « automoteur » en plomb sur chassis fantaisie en alliage à quatre roues, de fabrication française, tirait des grains de riz de son petit canon à ressort intégré, à l’échelle des soldats de plomb de l’époque.

2 Automitrailleuse alliage En alliage également, mais plus petite encore, l’automitrailleuse à tourelleau armé d’une arme lourde était sans doute beaucoup plus proche de la réalité des matériels en dotation dans l’armée française. L’uniforme bleu horizon des deux servants, le tireur et le conducteur, ainsi que le profil de l’avant du véhicule suggèrent plutôt la fin de la Première guerre.

3 Automitrailleuse tolePlus ancienne sans doute, mais déjà en tôle simplement peinte, et non pas imprimée, l’automitrailleuse porte le même canon à ressort des soldats en plomb qui équipait le premier engin mentionné ci-dessus. La fabrication de tôle est rudimentaire puisque la tôle est simplement soudée, et non pas assemblée par des pattes repliées comme on le fera ensuite. Des filets d’or rehaussent la peinture grise et donnent un certain cachet à ce jouet plutôt rare.

4 Automitrailleuse CKO Du côté allemand, cette automitrailleuse Kellermann Schützenpanzer, de la firme CKO, illustre le réarmement allemand des années trente. Tôle imprimée à rivets apparents, moteur mécanique, c’est déjà la technique qui fera le succès des jouets militaires allemands. Très grossière, la double mitrailleuse de la tourelle comporte une base unique à pierre à briquet, qui génère des étincelles en rebondissant sur un frottoir qui tourne avec le moteur.

5 Automitrailleuse K 343La firme CKO accompagnera du reste l’effort industriel allemand en copiant les principaux modèles mis en dotation dans la Wehrmacht, dont le K-343 et le K-347, beaucoup mieux finis que les précédents, et portant le camouflage centre-Europe qu’on verra progressivement remplacer la peinture grise.

Les plus beaux sont sans conteste les jouets produits 6 Réutilisation allemande par Typco, comme pour les chars. Mais un exemple particulier du dynamisme des fabricants de jouet allemands se retrouve dans cette séquence où l’on voit une automitrailleuse « A-572 », fidèle réplique d'un modèle réel de l’armée allemande, changer de robe, de tourelle et voir ses deux roues remplacées par des chenilles, pour devenir après-guerre un très honnête half-track qui ressemble à tout sauf à un half-track américain, mais qui arbore de superbes marquages style « US et alliés - Libération ».

7 Puma En France, dans une superbe boîte marquée « Engin Blindé de Reconnaissance », une automitrailleuse proposée dans les années 1950 par Vébé ne ressemble en rien à l’EBR de Panhard mais beaucoup plus au Puma allemand de la fin de la guerre, y compris dans la peinture grise. D’autant qu’elle a huit roues à pneus comme le Puma, et non pas quatre roues extérieures à pneus et quatre roues internes métalliques (dites agricoles) comme l’EBR. Ce jouet reprend aussi beaucoup de la technique allemande, moteur à ressort, pierre à étincelles, et la tourelle tourne quand l’engin roule. 8 Automitrailleuse INGAP

  En Italie, le constructeur de Padoue INGAP (Industria Gioccatoli di Padova) propose à la fin des années 1950 une jolie automitrailleuse à quatre roues et trajet programmable. Mais l'on n'est déjà plus dans tôle.

Enfin Joustra (les Jouets de Strasbourg) propose un étonnant véhicule à huit roues, lançant deux missiles sur deux rampes parallèles, sorte de synthèse entre les lance-roquettes multiples et les lanceurs de missiles tactiques. Là nous sommes dans les engins de l'artillerie, un domaine différent.

Les chars-jouets (3)

Apparu sur les champs de bataille dès 1942, le char américain M4 Sherman restera surclassé dans ses versions successives par ses adversaires allemands (Panzer 4, 5 et 6) dans la course au calibre et à la précision. Mais le rouleau compresseur allié, jouant de la quantité des chars (comme le T-34 sur le front russe, aux côtés du Sherman lui-même livré à l’armée rouge), et d’une suprématie absolue des soutiens artillerie et bombardement aérien, emportera la décision, heureusement pour les démocraties…

skate 007 Symbole de ce renversement du rapport de forces, le Sherman va apparaître sous forme de jouet dès avant la fin de la guerre. Dès le débarquement en Normandie en juin 1944, il va prendre possession du paysage de l’imaginaire, s’imposant dans une production de jouets où la production allemande disparaît dès le début de la guerre pour cause de rationnement du métal. Le blindé français, coupable (malgré lui) de réutilisation par l’armée allemande, ne figurera donc plus dans la gamme des jouets, sauf la chenillette Lorraine et quelques autres extrapolations plus ou moins fantaisistes de chars rappelant vaguement les Somua S-35 et Renault R-35.

Le manque de métal ne va pas empêcher l’apparition de jouets de fortune, pour célébrer l’arrivée de la coalition arrivée et la libération de la France. Des jouets de guerre apparaissent, en plâtre ou en terre, réalisés à partir des moules servant aux jouets en alliage d’avant 1939 (chenillettes). Dans le cas du Sherman, certains jouets sont étonnants car fidèles à la silhouette du char américain mais avec les peintures françaises d’avant guerre, et un équipage portant les casques français d’avant-guerre également. C’est le cas de ce char portant la mention « Jouet France », en plâtre avec des roulettes en bois, portant un étonnant camouflage et un équipage en tenue 1939, un soldat étant debout en capote derrière la tourelle, et qui a dû être produit en série limitée entre 1944 et 1945. Un autre petit char en plâtre, sans roulette, d’origine belge (Ourso), est plus une figurine qu’un jouet, avec deux antennes métalliques plantées dans la masse.

Autre exemple d’une production de guerre, ce char en bois, artisanal, dont le train de roulement est réalisé en bobines de fils, la seule pièce de métal étant une petite tige montée sur ressort à l’intérieur du canon pour lancer grains de riz ou boulettes de papier. La silhouette du Sherman est bien reconnaissable, et le nom « Dolly » peint sur le côté de la caisse vise à renforcer le look américain, mais il s’agit bien d’une production française.

D’autres jouets sont plus exacts dans leur rapport au modèle réel, et la plupart portent sur la peinture américaine vert olive l’étoile blanche de la coalition alliée. Une étoile qu’on retrouvera dans les cinq années suivantes sur les chars jouets allemands de la marque Gama, reproduisant toujours les Panzer 2 et 3 mais avec des tourelles et une décoration s’inspirant des blindés américains.

Avec le retour d’une relative disponibilité du métal pour la fabrication des jouets, vont apparaître des chars Sherman beaucoup plus précis, comme celui-ci à moteur mécanique et trajectoire orientable par levier fixe, ce qui ne constitue pas une véritable télécommande. Le jouet mécanique fait son retour en force dans les années cinquante mais avec une évidente évolution du marché vers des productions d’orientation civile : constructions mécaniques Meccano, voitures, trains, avions, beaucoup moins de « Militaria » qu’avant 1939, la génération des parents ayant traversé la guerre ne souhaitait évidemment pas revivre, par jouets interposés, des souvenirs dramatiques. Raison pour laquelle la génération du « baby boom » (enfants nés entre 1945 et 1950) ne connaîtra pas les petits soldats et leurs accessoires des générations précédentes !

Un prochain billet fera le point de la production des chars des années cinquante et soixante, notamment française (dont Joustra : Jouet de Strasbourg, Jouets Mont Blanc, CHR, etc). C’est à l’issue de cette période que le plastic aura progressivement remplacé le métal et la tôle dans la confections des jouets, pour des raisons autant de coût de fabrication que de sécurité du jouet lui-même. Le jouet en tôle restera encore fortement implanté dans certains pays asiatiques, dont le Japon, qui s’orientera vers des engins à mécanismes électriques de plus en plus sophistiqués, et la Chine, restée fidèle jusqu’à aujourd’hui au jouet mécanique traditionnel : outre les chars, la Chine produit encore des voitures à friction, motos, oiseaux à ressort et autres jouets traditionnels qui font la joie des collectionneurs.

7 Sherman japonais Bon exemple de cette lente évolution, où le Sherman reste une valeur refuge, ce Sherman japonais de marque Taiyo, des années 1960, à moteur à pile, vendu sur Internet comme beaucoup de ces objets désormais introuvables. Un demi-siècle plus tard, le Sherman est encore coté sur le marché de l’imaginaire, malgré toutes les guerres connues depuis et où le char s’est illustré sous des versions et modèles beaucoup plus modernes…

Les chars-jouets (2)

C4MarkCan Après l’apparition du char sur le champ de bataille en 1916 et la floraison de jouets inspirés du FT17 français et Mark britannique, l’immédiat après-guerre verra se développer le char en tôle dans de nombreux pays et sous les formes les plus variées. Mais c’est en Allemagne qu’il va triompher dans les années trente, sous le double effet d’une industrie du jouet mécanique déjà très dynamique avant guerre (Bing, Ernest Lehmann C°, Märklin, S.G. Gunthermann, Georg Fischer, J.L. Hess, etc) et d’un réarmement de plus en plus visible.

6 - GamaN°60 C’est ainsi que les 2 - chef de char Lineolmarques Gama, Märklin, TyCo, Diestler, CKO, Gescha, vont proposer les jouets les plus ingénieux et les plus robustes, parallèlement au développement d’un successeur économique au soldat de plomb, la figurine en résine de sciure et colle, sous les deux marques Lineol (à base carrée) de et Elastolin (à base ronde).

Après des modèles plus ou moins fantaisistes, le PanzerKampfWagen (PzKw) 1 va, de sa production en 1934 jusqu’aux années de la guerre, dominer la scène du jouet. 4 - Gama BoiteFacilement reconnaissable à sa tourelle à deux mitrailleuses, il sera adapté ensuite, en tant que jouet, par une simple modification de la tourelle et un accroissement de ses proportions, pour ressembler aux modèles successifs de la Wehrmacht, les PzKw 2 et PzKw 3, puis 4. La guerre mécanisée devient une réalité qui s’impose aux jeux des enfants, comme un véritable conditionnement, avec les bataillons de soldats en résine, la gamme complète des blindés et véhicules d’accompagnement : automitrailleuses, tracteurs d’artillerie, camions, etc.

1 - A680 Arnold Parmi les marques allemandes, certaines comme Arnold et Gescha proposent des chars qui ne ressemblent que lointainement au PzKw 1. Il s’agit de jouets petits et robustes, mais qui ne sont pas à l’échelle des figurines de l’époque. C’est Gama qui, de très loin, domine la production en qualité et en diversité. Jouets robustes à moteur à ressort actionnant des chenilles en caoutchouc, mitrailleuses avec des pierres à briquet crachant des étincelles quand le char est en mouvement, détail des lots de bord (pelle-pioche et hache) : Gama arrive à fixer un standard, puisqu’il sera progressivement copié par les autres constructeurs.

TCO réalise pour sa part un PzKw 1 exceptionnel, très proche de la réalité, aujourd’hui recherché par les collectionneurs. Il s’agit d’un char de 23 cm à chenilles métalliques, 9 - PZ1 TCOdoté d’un dispositif entraînant et percutant une bande à amorces quand le char avance, mu par un puissant moteur à ressort. Gescha suivra l’évolution en passant de ses premiers chars-jouets rudimentaires à de très jolis engins détaillés et télécommandés par cable, ou  avec dispositif à changement de trajectoire. Seul pays à suivre l’Allemagne par sympathie politique, l’Italie s’inspire alors des modèles allemands et la marque INGAP (Industrie Nationale du Jouet Automate de Padoue) propose des chars proches de ceux de Gama ou Gescha.

Il faut noter aussi que les mêmes moules conçus pour faire des jouets sur les modèles des PzKw 1 à 3 serviront après guerre pour produire des versions abusivement rebaptisées « PzKw 5 – Panther », sans aucune vraisemblance, ou camouflées en Sherman américain, le constructeur se contentant de repeindre le jouet aux couleurs kaki avec l’étoile blanche qui distinguait la coalition alliée, portant l’inscription « made in US Zone Germany », puis « made in western Germany . Mais il ne s’agira plus que d’une fabrication marginale.

Car la réalité est que la guerre a brutalement interrompu la production de jouets en tôle. Les sociétés qui auront survécu à la guerre ne retrouveront plus leur niveau d’avant-guerre : le jouet de guerre est bien passé de mode en Allemagne. (à suivre)

Les chars-jouets (1)

Les bateaux-jouets sont les plus esthétiques des jouets mécaniques, mais ne sont pas les plus étonnants : après le Musée de la Marine, je veux décrire ici, en cinq notes, une collection un peu articulière, celle du char-jouet, né en 1918. En commençant par le commencement, les chars-jouets de la première guerre mondiale, contemporains de l'apparition des premiers chars de bataille.

B4Renpetitdétail Lorsque le char fit irruption sur le champ de bataille, il provoqua chez les combattants une stupeur et un effroi sans commune mesure avec ses proportions réelles. Très vite il est l’objet de représentations, d’abord sous la forme de souvenirs par et pour les soldats, puis de jouets mécaniques en tôle peinte. Celui-ci, apparu au 19e siècle avec la révolution industrielle, était riche jusqu’alors de voitures, camions, bateaux, oiseaux et personnages animés les plus divers, mais le « militaria » y était minoritaire. On trouvait des voitures blindées ou des voitures-canons souvent fantaisistes en métal coulé, accompagnant les soldats de plomb et à la même échelle, mais occupant à l’évidence une place marginale.

D8canonroues Les premières automitrailleuses sont apparues sous forme de jouet au début du 20e, élément accessoire des batailles de soldats de plomb. De fabrication artisanale, plomb ou alliage coulé et peint, tôle sertie ou soudée, mais offrant parfois la ressource d’un canon à ressort pour tirer des grains de riz. Alors que le jouet en tôle était déjà motorisé, ces petits jouets militaires ne l’étaient pas, sans doute pour ne pas déranger le lent ordonnancement des batailles d’infanterie. Il faudra l’arrivée du char et sa manœuvre autonome pour que le blindé-jouet devienne motorisé.

A5encrier Ainsi, avec l’arrivée du char en 1916-1917, une autre dimension vient s’ajouter au monde des jouets, particulièrement dans les jouets mécaniques qui atteindront leur apogée dans les années 1930 pour se heurter dans les années cinquante au jouet en plastique et disparaître progressivement. Le premier char apparu était informe : c’était le tank britannique, qui s’appelait ainsi car les Anglais avaient écrit « tank » (réservoir) sur les caisses pour dissimuler cette arme secrète. Gros caisson à chenille muni d’armes sur le côté et au-dessus, il devint de plus en plus massif, à l’opposé du char Renault FT-17, le plus petit des blindés mis alors en service, déjà moderne dans sa silhouette grâce à sa tourelle pivotante.

A4douillesAvant même la fin du conflit, les combattants avaient fabriqué les premières représentations miniatures : à l’aide de douilles et de morceaux de cuivre, en laiton soudé, avec parfois un petit moteur, ce sont encore des créations artisanales, signées ou portant l’indication du lieu des combats : Arras, souvenir de Metz... Les usines Renault produiront de grosses maquettes en laiton et acier, lourdes et superbes, réservées aux collectionneurs, qui ne sont pas véritablement des jouets.

A1tank17Le fabricant de jouets Pinard, déjà connu pour ses automitrailleuses, propose alors le « Tank 1917 », silhouette approximative du char anglais Mark 1 à 3, en tôle peinte et chenilles fixes, avec un tout petit moteur à ressort sous le chassis pour actionner des roues métalliques. Un jouet rudimentaire qui a dû être produit avant même la fin de la guerre.

A8Renaultgros Plus élaboré, et proposé en grande série, c’est le Jouet Français (JOUEF) qui lance une série industrielle de FT-17 en tôle peinte, avec moteur mécanique, projecteur à pile à l’avant et ressort pour faire exploser une amorce dans la tourelle. Ce jouet volumineux sera accompagné d’une version plus petite pour accompagner les soldats de plomb. Et on propose à la même échelle un tracteur d’artillerie, à mécanisme à ressort et phares à ampoules, et son canon tracté, à ressort pour percuter des amorces.

Les années vingt verront une floraison de jouets en tôle plus ou moins inspirés des deux modèles que restent le FT17 et le Mark anglais. Français, Britanniques et Américains sont les plus nombreux à produire de petits blindés-jouets, mais on trouve aussi des productions italiennes. L’industrie allemande, déjà maîtresse dans le jouet mécanique de qualité, va s’imposer dans les années trente, encouragée par une société tout entière tournée vers le réarmement. (à suivre)