Espions et terroristes

Trompeusement intitulé "Espions et terroristes - les liaisons dangereuses", le dernier livre de Jean-Jacques Cécile est moins l'étude des connexions entre services secrets et réseaux terroristes qu'un panorama inquiétant et très renseigné sur l'évolution du terrorisme de masse à l'heure de l'hyper-créativité dans les moyens de tuer et de détruire.

Ancien du 13e RDP, spécialiste du renseignement militaire puis de l'intelligence économique, collaborateur de nombreuses publications spécialisées (dont TTU) puis auteur de plusieurs ouvrages spécialisés sur les commandos et le renseignement, Jean-Jacques porte un regard clinique sur les formes les plus récentes du terrorisme et cite un officier de la DGSE : "finalement, les attentats du 11 setembre 2001 sont un bon exemple d'opération clandestine réussie".

Dans une première partie, intitulée "terroristes et militaires sous le même uniforme", il cultive effectivement le paradoxe et rappelle surtout l'alliance contre nature entre services américains et Talibans résistant à l'occupation soviétique de l'Afghanistan. Avec les passerelles existant entre organisations extrémistes, grand banditisme et recrutement laxiste de grandes armées en manque d'effectifs comme l'armée US engagée en Irak et en Afghanistan. Des connivences voulues ou subies, qu'il développe ensuite ("Espions et terroristes, même combat") en suggérant une contamination par infiltration réciproque, et plus encore par imitation des exemples historiques de procédés mis au point par les services secrets.

Le livre devient franchement passionnant quand, après avoir abordé le trafic mondial des armements, il décrit les mécanismes qui font que désormais les armes sont fabriquées par "des bricoleurs du dimanche" qui prennent leurs infos sur Internet. Au passage, il nous rappelle qu'avant les ingénieurs fous d'Al-Qaïda, le champions de la bricole terroriste étaient les Irlandais de l'IRA, passés maîtres en engins dévastateurs et indépiégeables. Passage intéressant, évidemment, consacré aux IED (Improvised Explosive Device) avec leurs variantes statique (HBIED - House borne), placée sur véhicule (VBIED - Véhicule borne) ou sur camion ou engin de chantier (LBIED - Large borne...). Avec une révélation, l'engin explosif découvert à l'université d'été du MEDEF à Jouy-en-Josas en août 2007, quelques jours avant le passage du président Sarkozy !

Si le chapitre consacré à la prolifération des missiles sol-air courte portée, et à la lourde responsabilité des services américains, ne comporte pas de révélations fracassantes, le suivant sur la menace terroriste constituée par les sous-marins de poche est inquiétant et rappelle que les car-ferries et les paquebots sont des cibles de plus en plus fréquentes, d'attaques de pirates comme d'attentats terroristes.

Les quatre derniers chapitres sont sans doute ceux qui incitent le plus à la réflexion, car ils abordent toute la gamme des menaces terroristes NBC, avec l'emploi d'armes nucléaires (à contamination), biologiques, bactériologiques et chimiques. Les exemples qu'il cite montre que, malheureusement, on n'est plus là dans la science-fiction mais dans la réalité. Y compris dans la mention d'armes nucléaires de la taille d'une valise qui ont disparu des arsenaux ex-soviétiques... Même si ce n'est pas une consolation, le seul fait rassurant est de savoir qu'il existe des spécialistes de plus en plus pointus sur l'identification de ce genre de menaces.      

Espions et Terroristes, Jean-Jacques Cécile, Editions nouveau monde, 273 p.   

Les poilus de Beaufort

Le roman de Ron Leshem, "Beaufort", dont Joseph Cedar a tiré un film qui a eu un Ours d'argent à Berlin, n'est pas seulement celui d'une génération de jeunes militaires israéliens sacrifiés à l'absurdité de la guerre. Il est celui de tous les jeunes sacrifiés dans tous les conflits, et plus encore dans ce lieu infiniment symbolique qu'est le château de Beaufort au Liban.

Forteresse nabatéenne, puis sans doute fort romain avant de devenir la citadelle des croisés qui lui ont donné son nom, le château de Beaufort a connu plusieurs armées encore au 20e siècle avec les Ottomans, les Français, les Britanniques. Puis les Palestiniens, le Hezbollah, et deux fois déjà l'armée israélienne ; le fort a été conquis et perdu cent fois dans son histoire.

Et pourquoi cet acharnement à contrôler une citadelle dont il ne reste que des morceaux de rempart, pilonnée depuis des années par tous les types d'obus, de roquettes et de missiles et encore un peu plus détruite en 2000 lorsque Tsahal s'est retiré ? Parce que ce fort est sur un piton qui verrouille toute la région. C'est au pied de ce promontoire naturel que le fleuve Litani, qui coule plein sud en descendant de la Bekaa, fait brusquement un coude à 90° pour partir plein ouest vers la Méditerranée. Ce coude, creusé pendant des milliers d'années, est un canyon abrupt, une frontière naturelle.

En haut, les hauteurs d'Arnoun dominent tout le sud du Liban avec Marjayoune, Qlaya et Khirbe, jusqu'à la frontière israéliennes. En fond d'un paysage très dégagé, très sec avec quelques cultures, le massif de l'Arkoub à gauche et le mont Hermon à droite. Qui tient cette position voit tout passer, comme sur une carte géographique. Il suffit d'y être posté avec des jumelles et un poste radio ou un téléphone, ce qu'ont fait des générations de soldats de tout poil, jusqu'à cette section décrite par Ron Leshem, commandée par Erez, un lieutenant de 22 ans.

J'avais visité le fort en juin 1981, quelques jours avant une nouvelle poussée israélienne au sud Liban. Il était occupé par des combattants palestiniens d'à peine 17, 18 ans pour certains. Mélangés, des miliciens du Fatah et du FPLP, ceux-ci abritant même un ou deux "révolutionnaires" européens qui n'avaient pas souhaité s'exprimer. L'endroit était oppressant de silence, il n'y avait même plus d'oiseaux. La guerre était palpable, sa pression étouffante, il m'avait fallu des kilomètres après Nabatiyeh pour retrouver une atmosphère apaisée.

Contraste saisissant entre les tranchées, les trous à rats où se terraient les jeunes combattants, et cette impression aérienne qu'on avait en se penchant sur le paysage, mais très rapidement pour ne pas se faire repérer. Un enfermement, une incertitude de tous les instants superbement décrit par l'écrivain israélien qui évoque ces "ruines de la quatrième guerre mondiale".

Je n'ai pas vu le film qui en a été tiré. J'irai sans doute, mais en lisant on peut choisir ses images, et j'ai lu le roman sans mettre leur uniforme vert olive, couleur de Tsahal, à ces combattants perdus sur leur piton. J'ai pensé à tous les jeunes qui s'y sont succédé, craignant les mêmes bombardements, attendant les mêmes relèves. Les uns face au sud, les autres face au nord, mais plus souvent terrés dans l'obscurité. Alors que l'Europe enterre ses derniers poilus, survivants des tranchées, il y a encore au Proche-Orient des tranchées où l'on vit et meurt à vingt ans, souvent sans même savoir pourquoi.

Beaufort, Roman. Le Seuil, 346 p.

Une femme en guerre

51idwwz7usl__ss400_ Tout a été dit, ou presque, sur le livre de Ségolène Royal "Ma plus belle histoire, c'est vous". Les plus paresseux se sont contentés des commentaires de presse pour en parler savamment dans les dîners en ville, les pressés ou les radins ont lu les "bonne feuilles" publiées notamment sur le Nouvel Obs... Avec un sentiment dominant : affaire classée, quels que soient les regrets.

Je me suis quand même forcé à l'acheter (19,50 €, ça va encore) et à le lire (un week-end sacrifé à ne pas aller à Eurodisney comme tout le monde) sans a priori et sans attendre des révélations puisque, comme tout le monde, j'avais déjà lu les extraits largement cités de l'entrevue ratée de Roméette et Julio, Ségolène sous le balcon d'un Bayrou timoré... "Il aura manqué l'occasion d'être le Premier ministre de la première femme présidente de la République".

J'y ai trouvé, c'est vrai, un plaidoyer pro domo argumenté mais un peu tardif, où elle ne reconnaît qu'un "erreur tactique" ou deux. Répondant à toutes les accusations infondées sur son incompétence présumée ; gommant l'épisode Nolwenn comme un montage de la presse, alors que c'était quand même un léger dérapage ; accusant les autres de lui trouver un ton de maîtresse d'école alors que, objectivement, Ségolène a une façon interminable de répondre en oubliant la question, qui dissuade non seulement l'interviewer mais le spectateur ou l'auditeur moyen. Et admettant aussi qu'elle a volontairement maintenu une distance avec les journalistes par opposition à la séduction permanente jouée par le candidat Sarkozy. Alors qu'il n'est pas forcément démagogique de tutoyer un journaliste, ni le contraindre à une connivence déplacée, il faudra faire mieux pour la prochaine campagne...

Justement, cest là que le livre devient passionnant : à bien le déchiffrer, il est écrit au futur, tourné non pas vers une revanche personnelle mais vers une dette qu'elle estime avoir contractée auprès d'un large électorat populaire, "ses" 17 millions d'électeurs : "je veux, moi, empêcher les gens de pleurer (...) Je voulais gagner pour eux. Je gagnerai un jour pour eux". Rendez-vous est pris, c'est dit.

Et pour gagner, elle liste et analyse les outils de la victoire de son adversaire : le contrôle du parti hermétiquement étanche à toute critique interne, la gestion médiatique de chaque événement par les barons de l'UMP, fût-il un non-événement, l'occupation systématique du terrain par contraste avec la passivité des éléphants socialistes, l'art de remplacer une actualité gênante par une info percutante qui détourne l'attention ou "la diversion par le vacarme". L'UMP, explique-t-elle, contrôle les groupes de presse, les organismes de sondage, et jusqu'aux images tournées et sélectionnées par une régie exclusive lors de ses meetings.

Le livre s'essouffle un peu en finale : nouveau plaidoyer féministe, un peu long, reprise des thèmes principaux. Mais aussi, une nouvelle promesse de repartir à l'aventure. Curieusement pourtant, pas ou peu de stratégie de conquête du pouvoir, de prise d'assaut du parti, d'imposition d'un leadership. Peur d'un vocabulaire trop masculin ? Il n'y a pas que des militantes, il y a aussi des militants et toute une base qui n'attendent qu'un mot d'ordre pour reprendre la Bastille, ou refaire une bataille de Solférino, préalable à tout discours sur les prochaines échances présidentilles...

Candidate sans parti pris

245680Le récit de la campagne présidentielle par Patrick Mennucci, qui l'a suivie de bout en bout aux côtés de Ségolène Royal, a le mérite de décrire sans complaisance le décalage terrible entre les atouts de la candidate et les faiblesses de son parti, avec surtout cette constation : le parti ne l'a pas suivie tout simplement parce qu'elle ne l'a pas pris, au lendemain des primaires qui l'avaient officiellement et très majoritairement désignée.

Le titre indique bien sûr la couleur. "Ma candidate" situe très clairement ce marseillais bagarreur, mais toujours consensuel, dans le camp des défenseurs de Ségolène, même et surtout après la défaite. Il faut lire sa conclusion pour comprendre qu'il ne dit pas "ma candidate" à l'imparfait, mais toujours au futur puisqu'elle a pour lui un potentiel intact non pas au niveau de l'appareil, mais à celui de la France 413y31oszl__aa240_profonde et de l'électorat dit "de base".

Ce n'est pas qu'il livre des rélévations fracassantes, car on savait ou on devinait l'essentiel de ce qui s'est passé. Le refus des éléphants de s'engager après des primaires pourtant incontestables, la propre réticence de la candidate à s'appuyer sur quiconque, mélange d'orgueil et de naïveté. Mais c'est sans doute là sa principale faiblesse, qu'il fait ressortir : Ségolène est droite et ne sait pas être cynique, dans un jeu politique où il en faut pourtant, face à des partenaires qui, mauvais joueurs, préfèrent perdre tous ensemble et faire gagner l'adversaire que de la voir gagner.

Intéressant, le parallèle qui revient plusieurs fois entre Ségolène et Sarkozy, les deux candidats de la rupture. La différence, c'est que la stratégie de Nicolas Sarkozy a été préparée depuis longtemps, passant par une indispensable conquête préalable de son parti. Mennucci compare les meetings de l'un, où tous les hiérarques UMP sont au garde à vous au premier rang, et ceux de l'autre, où les éléphants baillent en regardant leurs chaussures.

Menucci Intéressante aussi, l'analyse qu'il fait du rôle des médias qui, au-delà du comportement individuel des journalistes - encore que certains révèleront leurs sympathies après coup, en rejoignant la nouvelle équipe gouvernementale - sont manipulés par ceux qui contrôlent les grands groupes de presse et défendent Sarkozy avec acharnement. Le traitement des "bourdes" est particulièrement inégal, et tout le monde se souvient de celles de Ségolène, répétées à l'infini, personne de celles de Sarkozy, aussitôt oubliées par la presse. En toute objectivité.

Ce qu'il ne cache pas, et qu'on comprend mieux avec du recul après l'annonce de la séparation de Ségolène et de François Hollande, c'est comment la plus que complexe relation entre eux deux va perturber l'articulation entre l'équipe de campagne et l'appareil du parti : François conserve la haute main sur le parti, elle s'interdit de faire acte d'autorité à cause de leurs relations de confiance personnelles auxquelles elle tient encore. C'est donc une séparation de facto entre la rue de Solférino et le "282" Bd Saint-Germain, siège de l'équipe de campagne où bricole une admirable poignée de volontaires. Admirable mais insuffisante.

Ségolène Royal piégée par sa loyauté ? Ne prétendant pour ma part à aucune objectivité, je me contenterai de répéter que François Hollande a depuis longtemps affaibli le parti en lui retirant toute autorité et toute discipline intérieure. Mennucci décrit très bien la "politique de l'édredon" qui est la sienne. Il y a un temps pour la synthèse, et un temps pour la mobilisation derrière un chef. Hollande a raté cette mobilisation alors que le parti avait choisi sa candidate, comme il l'avait déjà ratée lorsque le parti s'était prononcé pour la Constitution européenne. Comme le conclut Mennucci, qui par ailleurs poursuit la discussion sur un blog très bien fait : "les temps ont changé, la droite a changé, nous devons changer aussi".

- Patrick Mennucci, Ma Candidate - Albin Michel, 290 p.

Contre les superstitions

image  Rééditer un pamphlet précurseur des Lumières contre les superstitions religieuses est d'une actualité folle, dans un monde où le choc des religions et des civilisations semble envahir le paysage avec sa cohorte de prédicateurs enflammés, de missionnaires en concurrence, de pontifes lançant des fatwas et des interdits avec le même enthousiasme au détriment de la liberté d'agir et surtout de penser.

Les "Pensées diverses sur la Comète" du jeune Pierre Bayle, pasteur protestant exilé aux Pays-Bas, sont d'abord un faux anonyme, une série de "lettres à la rédaction" écrites par un faux catholique derrière lequel se cache à peine le polémiste chassé de son pays par la répression catholique de la fin du 17e siècle, mais nostalgique de la France et se refusant à renier le drapeau de son roi.

Bayle_livrejpg Merci à Joyce et Hubert Bost, philosophes et érudits (Hubert Bost a déjà publié une remarquable biographie de Bayle), d'avoir permis cette réédition (chez Garnier-Flammarion), assortie d'une introduction, d'un glossaire, d'une chronologie et de commentaires parfaitement accessibles, qui permettent d'entrer dans le texte avec les bonnes clés de compréhension. Ils nous font surtout apprécier combien était choquant ce pourfendeur des idées reçues qui allait jusqu'à vanter "l'athée vertueux" avec quelques décennies d'avance sur le siècle des Lumières.

Le point de départ est pour lui le passage d'une grande comète en décembre 1680 et le cortège de superstitions qu'elle entraîne avec elle. Si les comètes portaient malheur, explique-t-il rationnellement, elles apporteraient aussi du bonheur, ce qui n'a jamais été vérifié. Et il fait une critique en règle de l'astrologie et des vertus faussement prêtées aux planètes, auxquelles on attribue des qualités masculines, féminines, guerrières, bucoliques, fastes ou néfastes. Une critique toute contemporaine, quand on sait l'attachement à l'astrologie d'esprits qui se prétendent les plus évolués, encore aujourd'hui.

image-1 Le modernisme extrême de son discours, c'est de reconnaître aux athées un sens moral, des valeurs, un sens "de la gloire et de l'honnêteté" alors que ceux qui professent la religion chrétienne peuvent être les pires pêcheurs, des "scélérats" confits en dévotions et en "Ave Maria" sans renoncer à "leurs énormes dérèglements". On peut même, résume-t-il, "être très méchant et néanmoins fort dévôt envers la Mère de Dieu". Une critique acerbe de la pratique ostentatoire et du culte marial avec tout ce que cela cache d'hypocrisie ou de superstition chez beaucoup de fidèles.

Un petit livre dense (de quand même six cents pages) qui peut se prêter à une double lecture : celle de son temps, de l'affrontement entre doctrines catholique et réformée ; et celle du siècle suivant auquel il appartenait déjà, de la tolérance contre l'intolérance, au-delà de toutes les religions. Une lecture plus longue que celle de la lettre de Guy Môquet, mais aussi riche de contenu et de force morale.

La trahison des médias

164935_1 Sous ce titre volontairement provocateur, "La trahison des médias" (Bourin Editeur), le journaliste et spécialiste de la communication Pierre Servent décrit l'emballement de la machine médiatique en France, du fait non seulement de la société et des hommes politiques mais du comportement des journalistes eux-mêmes.

Il est courageux, au moment où l'on disserte surtout de l'emprise croissante sur la presse du pouvoir et d'un président hyper-médiatique, de rejeter une partie de la responsabilité sur "l'extrême médiocrité de la presse française". Courageux parce que l'autocritique est un genre difficile dans notre pays, mais aussi parce que Servent n'est plus salarié d'un grand quotidien ou d'un grand groupe de communication mait vit de ses piges et de ses chroniques, ce qui n'est pas la position la plus confortable pour s'attaquer à la profession...

Il décrit ainsi toute une série de dérives croissantes : la tyrannie des images, qui a abouti à la prédominance de l'audiovisuel sur la presse écrite ; la subjectivisation du reportage de télévision : on "sent" son sujet, on n'analyse plus ; l'effet "Star Académie" sur le système politique, avec des responsables politiques qui deviennent exhibitionnistes, tout en s'en défendant, et qui courtisent la télévision pour "faire de l'image", dernier moyen d'exister. Or le politique qui cherche à exister dans le public, à travers l'émotion, s'appuie sur la subjectivité du journaliste, lui-même protagoniste du spectacle.

41tqe42igdl__aa240_Autre analyse pertinente : faute de valeurs comme points de repère, on prend le parti de la victime, quelle qu'elle soit. La "victimisation" permet une identification immédiate, une connivence facile à appréhender par le public, et une posture "à la Zola" plus facile à prendre pour le journaliste qui s'érige en défenseur universel des victimes. Une logique, écrit-il, qui a été poussée à son extrême par Al-Qaida, qui joue sur l'hyper-émotivité du public télévisuel pour utiliser les médias comme "arme de destruction psychologique massive".

L'absence fréquente de sens critique des journalistes et la boulimie médiatique des dirigeants, politiques ou industriels, fait que l'emballement médiatique sans garde-fous peut entraîner des chutes brutales : il cite le cas de Jean-Marie Messier, patron d'un groupe pour lequel Servent a travaillé, lequel n'écoutait plus les conseils de prudence et préférait, par "médialomanie", se refléter dans l'image flatteuse que lui tendaient les flagorneurs. Dans un parallèle à la fois audacieux et prudent, il suggère à Nicolas Sarkozy de se garder des flagorneurs et de se méfier de l'hyper-médiatisation, une arme à double tranchant.

Seule faiblesse du raisonnement, l'indépendance du journaliste n'est pas du tout jaugée par rapport à son statut de salarié de grands groupes et il n'évoque pratiquement pas les grands patrons, ou plutôt les grands propriétaires, des groupes de presse. Un aspect qu'il évacue en une phrase, c'est dommage : "la question  de la structure capitalistique des médias se pose également, sans que l'on puisse pour autant en déduire que les puissances d'argent contrôlent la presse et lui dictent ce qu'elle doit écrire. Ce serait trop facile, et ce livre a tenté de démontrer que les racines du mal médiatique sont ailleurs, à la fois plus complexes et plus profondes". Un point de vue très personnel.

Bien sûr, il ne s'agit pas d'une analyse socio-économique de la presse, mais d'une anbalyse comportementale des journalistes pris comme individus. Et le "printemps de la presse", qu'il entrevoit malgré tout, c'est pour Pierre Servent le retour à la recherche du sens et des valeurs, un retour véritable au professionnalisme de la presse. L'accueil que réservera à ce livre le monde médiatico-industriel sera un bon test de l'indépendance des journalistes par rapport aux "puissances d'argent".

Camilleri, écrivain du soleil

Il est des auteurs qui écrivent des romans de plage, littérature légère et sans lendemain. D'autres qui écrivent pour durer en amenant le soleil d'été ou de lumineux paysages exotiques dans nos froideurs d'hiver. Andrea Camilleri est les deux à la fois : la légèreté qu'il apporte est de celles qui durent, et ses personnages siciliens occupent aujourd'hui les kiosques de gare mais seront demain dans les manuels scolaires.

Cet été, Camilleri se fait concurrence à lui-même : le dernier épisode des aventures du désormais célèbre commissaire Montalbano, "La pista di sabbia" (La piste de sable) voisine en devanture avec "Le inchieste del Commissario Collura", les enquêtes de son "petit frère", le commissaire Collura. Pas le même style, pas la même densité : les enquêtes de Cecè Collura sont une série de petits récits, petites enquêtes, publiés l'été dernier en feuilleton dans La Stampa et dont l'unité de lieu est que tout se passe au fil d'une croisière sur un même paquebot, le commissaire de police Collura ayant accepté de jouer pendant ses vacances le commissaire de bord intérimaire.

Littérature alimentaire, ou de circonstance, ou peut-être naissance d'un nouveau personnage ? Alexandre Dumas a bien publié ses romans en feuilleton dans la presse, comme Balzac, bien avant qu'on ne les trouve dans La Pléiade... Les intrigues sont légères, les récits suffisamment courts pour êtres lus sur la plage, il n'y a pas concurrence ici avec le récit serré et intensément détaillé des enquêtes de Salvo Montalbano. Le "Maigret" sicilien, qui aime les filets de rouget, le vin blanc frais, se baigner la nuit en mer, se promener seul sur la plage ou dans les collines, et sait être un abominable flic mal embouché craint par son entourage malgré son coeur généreux...

  Cousin de Maigret, il l'est sans le cacher, puisque Camilleri a d'abord travaillé à adapter les feuilletons de Maigret pour la télévision italienne. Une filiation qu'il ne regrette pas, au contraire, puisqu'il ne déteste pas que la presse l'appelle le Simenon sicilien. Mais son oeuvre dépasse le policier et certains ouvrages qui n'ont rien à voir avec Montalbano, comme "La scomparsa di Pato" sont des trésors d'écriture et de description de la société sicilienne. Alors, qui est ce deuxième commissaire ?

Il faut lire la petite interview de Camilleri publiée à la fin des "Enquêtes du comissaire Collura" pour avoir quelques clés de compréhension sur l'apparition de ce petit frère de Montalbano. Collura était l'un des noms que l'auteur avait choisi pour baptiser son personnage principal, avant de prendre Montalbano en hommage à Vàsquez Montalbàn. Le voici ressorti à l'occasion d'une commande d'été, mais Camilleri n'exclut pas de le faire survivre : "pour l'instant il n'a qu'une fonction, pas une existence autonome. J'aimerais beaucoup inventer une histoire dans laquelle se retrouveraient Cecè Collura et Montalbano".   

Pour les paresseux qui voudraient attendre la traduction, Camilleri se lit très facilement en italien. Son sicilien est tout sauf dialectal, il ne l'est que dans le vocabulaire fleuri et les expressions locales, et au bout du troisième qu'on lit, on intègre parfaitement les plus courantes et les plus pimentées, comme "rompere i cabasisi" pour "rompere i coglioni", "testa di minchia" pour "testa di cazzo", "picciliddru" pour "piccolino", "taliare" pour "guardare". Des milliers d'Italiens connaissent aujourd'hui plus d'expressions siciliennes qu'ils n'auraient jamais imaginé intégrer dans le vocabulaire courant sans Montalbano. Un Montalbano qui, au fait, porte un visage, celui de l'acteur Luca Zingaretti qui a déjà incarné le personnage dans une douzaine d'épisodes à la télévision. Et qui ne pourra donc jouer le commissaire Collura, si celui-ci est destiné à croiser son collègue Montalbano...

Droits et devoirs des jeunes

2012372465_01__sclzzzzzzz_v24668478 C'est une clé que j'ai trouvée en lisant le livre d'entretiens de Marie-Françoise Colombani avec Ségolène Royal, "Maintenant" : le rapport de la candidate de la gauche avec les jeunes et en particulier ceux des banlieues est un rapport d'autorité naturelle, presque parentale, qui n'a rien d'un affrontement conflictuel et menaçant mais procède d'un équilibre "juste" entre respect et autorité.

Répondant à la question "Vous vous êtes opposée à la suppression du service militaire, pourquoi ?", Ségolène répond d'abord (p. 294 - 295) : "parce que, malgré ses défauts bien connus, il permettait de rassembler les jeunes d'une même génération et signifiait, au-delà de la diversité de leurs origines, leur appartenance commune à la nation (...) Avoir supprimé cette formule effectivement dépassée sans l'avoir remplacée par un service moderne a été une erreur".

Etant en faveur d'un service civique "mixte et universel", elle rappelle qu'elle a chargé Bernard Kouchner d'en étudier la faisabilité, les formules de mise en oeuvre, mais en posant des principes clairs : "je souhaite que ce service devienne obligatoire car c'est à cette condition qu'il sera vraiment universel, mais je crois aussi qu'on peut procéder avec souplesse et y aller progressivement".

Pour autant, et loin de la vision caricaturale qu'on a parfois donné de ses propos, Ségolène Royal ne parle aucunement d'un rétablissement du service militaire, ni même de confier aux armées la mission d'encadrer les jeunes de ce nouveau service civique. Une perspective qui inquiète beaucoup les militaires, compte tenu de la baisse d'effectifs qui a suivi la professionnalisation.

Les fonctions qui seront dévolues aux jeunes dans ce service, dont elle énumère un certain nombre, sont toutes civiles : action sociale, culture, soutien scolaire, sport et santé, coopération internationale, défense des consommateurs, etc. Des tâches civiques, d'intérêt général, pour un service donc obligatoire mais aussi assorti d'une indemnisation.

"Je sais que ce projet n'est pas toujours très populaire parmi les jeunes mais je vais vous donner le fond de la pensée : si l'on reçoit, il est normal de donner. Si la Nation fait, comme j'y suis décidée, le choix d'aider massivement ses jeunes, elle est aussi en droit d'attendre d'eux qu'ils lui consacrent un peu de leur temps, le même pour tous et pour toutes". Ni populisme ici, ni démagogie, mais au contraire un discours de responsabilité et de fermeté qui est d'autant plus légitime qu'il se fonde en contrepartie sur un respect réel des jeunes et de leur place dans la société.

"J'estime donc légitime de leur dire : et toi, que mets-tu dans la corbeille ? Quel devoir acceptes-tu en contrepartie de ces droits étendus ? (...) Je crois que c'est aussi notre responsabilité d'adultes de fixer des règles justes et c'est une forme de respect pour les jeunes que de ne pas les considérer comme des assistés mais comme des citoyens capables d'apporter une contribution utile à leur pays".

Et pour ceux qui pourraient croire que cette mère de famille nombreuse, qui sait ne pas confondre autorité responsable et rigidité, serait une nostalgique d'un cadre militaire strict, il suffit d'aller deux pages suivantes à la question "souvenirs", p. 297. Elle y répond que son pire souvenir d'enfance, avec un père militaire de carrière et très à cheval sur la discipline, c'étaient "les châtiments corporels et la boule à zéro infligés à mes frères pour des broutilles. Et ma détresse de ne pouvoir l'empêcher". Un livre utile, donc, car on y fait beaucoup de découvertes sur un personnage public qu'on croyait entier mais qui révèle une profonde sensibilité.

"Maintenant - Ségolène Royal répond à Marie-François Colombani" Hachette Littératures, 331 p.

Le métier de tous les dangers

Ati024w Avec son dernier livre publié, "Vols d'essais", Germain Chambost revient sur un sujet mal connu du public mais qu'il connaît parfaitement, celui du risque insensé pris par tous ceux dont le métier est de défier la pesanteur, les pilotes. Ancien pilote de chasse lui-même, reconverti au journalisme et à l'écriture, il décrit une nouvelle fois, avec la légèreté de ton qui est la sienne pour décrire les moments les plus tendus et les plus graves, les invraisemblables performances de ceux dont la mission est de pousser les avions aux limites de leurs possibilités.

A travers ses livres précédents, dont "Missions de guerre" et "Mirages au Tchad", Germain avait su évoquer avec précision, et sans jamais romancer contrairement à certaine littérature pseudo-militaire, la relation étroite avec la mort des pilotes de combat dans leurs missions : la mort qu'ils peuvent délivrer par leurs systèmes d'armes, en pleine conscience, et la mort qu'ils affrontent eux-mêmes à chaque instant dans le cadre de ces missions à la merci de missiles adverses, ou de l'imprévisibilité du ciel dans des missions tout-temps. Une réalité bien éloignée de l'image esthétique de pilotes s'envolant dans l'azur du ciel. Il suffit, comme j'ai pu le faire dans le Golfe en 1991, de voir revenir un pilote de mission opérationelle, blanc comme un linge, pour comprendre qu'une mission de guerre n'a rien d'une partie de plaisir.

Arton917 Avec la même description précise, technique sans être fastidieuse et laissant toujours transparaître l'émotion des hommes que sont les pilotes, Chambost avait ensuite, dans "Pilotes d'essais", éclairé le métier de ceux qui sont très peu connus mais immensément estimés par les pilotes de combat car responsables de la mise au point de leurs machines. Une catégorie que l'auteur connaît bien depuis que, après sa carrière militaire, il a exploré toutes les facettes du monde industriel de l'aéronautique dont il est aujourd'hui un spécialiste reconnu. Une expertise qui lui a ouvert les portes des bureaux d'études toulousains pour écrire "La grande aventure de l'A380", dont il ignorait sans doute en le publiant que le plus grand risque était financier...

Chambost "Vols d'essais", c'est une série de récits à travers les âges et les techniques, depuis les aventures d'un pionnier de l'air, le capitaine Ferber, mort en 1909 au commande d'un biplan Voisin, à la chute en flammes d'un Nieuport-canon en 1934, à la très douloureuse mise au point des premiers sièges éjectables en 1954, aux essais de vrille sur un Vautour se terminant par la perte de contrôle de l'avion, à l'atterrissage réacteur coupé d'un Mirage F1, etc... Au-delà du récit crédible car totalement descriptif - il ne nous épargne aucun détail technique, sans faire perdre sa tension au récit - ce qui est admirable c'est que les pilotes d'essais poussent leurs appareils au-delà de leurs limites, justement pour étudier la sécurité de vol et d'utilisation pour leur emploi opérationnel futur. Ils le font en connaissance de cause, et en continuant à prendre des notes ou à faire des compte-rendus radio quand l'avion tombe... Certains y resteront, par sens du devoir poussé lui aussi au-delà des limites. Un témoignage qu'il fallait leur rendre, merci Germain de l'avoir fait.

Vols d'essais, Ed. Altipresse, 220 pages, 20 €

Souvenirs d'un vieux militant

Sous le titre "Entre les gouttes", Daniel Mitrani, militant socialiste depuis toujours (il a adhéré à la SFIO dès 1950), raconte sur le ton léger et distancié qui est habituellement le sien le parcours parfois aventureux mais toujours fidèle et sérieux d'un militant de gauche convaincu : le sous-titre, "souvenirs d'un vieux militant" correspond à la modestie du personnage mais pas à la réalité de son parcours.

Né en janvier 1931 dans une famille juive laïque et non pratiquante, Daniel est encore enfant quand la guerre éclate. Il raconte comme un jeu de piste l'exode de la famille vers la "zone nono" (non-occupée), l'installation à Lyon, son père qui milite dans la résistance et rejoint en 1943 les Forces françaises libres, ce qui oblige sa mère, qui sera elle-même décorée pour faits de résistance, à emmener les enfants en Dordogne, puis des camps scouts - des vrais, la sympathie des prêtres, la solidarité des gens simples.

Avec l'après-guerre, retour à Paris, ou plutôt au lycée Pasteur de Neuilly. Poursuite du scoutisme, Jamboree de la paix, auberges de jeunesse, mouvements de jeunes : Daniel est un militant associatif dès son plus jeune âge et développe très tôt ses talents d'animateur et d'écrivain-journaliste. Plus assidu à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'école, il développe aussi une passion pour le cinéma et monte un ciné-club.

Bachelier en 1949, il participe en août au Festival mondial de la jeunesse à Budapest. Douche glacée, comme il dit, cette expérience le vaccinera durablement contre toute tentation communiste et c'est presque naturellement, même s'il prétend que c'est par hasard, qu'il adhère à la SFIO l'année suivante après avoir découvert le journal "le Populaire". Un engagement qui va l'absorber progressivement au point de lui faire rater ses études : il quitte une Khâgne à Henri IV, se raccroche à la Sorbonne mais ne terminera pas sa licence de lettres, au désespoir de ses parents, ayant été totalement pris par le virus de la politique.

Avec la SFIO, ce n'est pas pour autant le grand amour. C'est, comme il le dit justement et comme beaucoup de militants de la SFIO et du PS ensuite définiront leur adhésion, "le moins mauvais moindre mal", un "mariage de raison beaucoup plus qu'un coup de passion"... Mais il a une plume, et le parti besoin de gens pour écrire et surtout pour organiser les réseaux de jeunes et d'étudiants socialistes, ce qui lui convient tout à fait.

Relations "dialectiques" avec communistes et trostkystes, échanges de lettres, d'articles, invectives ou coups de poing, découverte du syndicalisme, le panorama politique permet à l'époque un apprentissage très complet du militantisme. Il a la chance de rencontrer un jeune et grand gaillard dynamique aux Etudiants socialistes (ES), Pierre Mauroy. Aussi accessible au départ qu'il l'est resté aujourd'hui, après avoir été premier ministre. Derrière les ES, c'est surtout la nouvelle expérience de la Fédération Léo Lagrange sur laquelle Mauroy mobilise Daniel .

Les années 1950 sont pourtant sombres pour la SFIO, en pleine guerre froide avec l'affrontement de plus en plus violent entre communistes et anti-communistes : "ainsi va notre vie militante en ces premières années de la décennie 50. Nous avions le sentiment d'être les soldats d'une armée en retraite (...) le plus dur est devant nous : guerre d'Algérie, effondrement de la IVe république en 1958, présidentielle catastrophique en 1969, etc".

En 1954, le susrsitaire Mitrani est appelé sous les drapeaux, il prend le bateau à Marseille, direction Dakar. "En ce printemps 1954, le service militaire m'apparaît comme un mauvais moment à passer, une sorte de scarlatine..." Retour à Marseille à l'été 1955, mais pas encore la démobilisation : les appelés sont "maintenus" sous les drapeaux, à cause de la dégradation de la situation en Afrique du nord. Il sera libéré en 1956, avec une expérience assez riche de l'armée et de l'Afrique.

Libéré du service militaire, il invente le service civil en se portant volontaire pour l'Algérie, un dossier qui l'attire et le fait souffrir, le culpabilise aussi comme socialiste. il se retrouve instituteur dans un petit village perdu à la frontière tunisienne, alors que les socialistes Robert Lacoste et Max Lejeune sont responsables du Sahara. Il y vit la fin de la IVe république, la crise du 13 mai 1958, l'armée qui se raidit - et est obligé de partir un peu précipitamment, ses idées l'ayant exposé à la vindicte des plus agités parmi les militaires de son secteur.

Son aventure, car c'en est une, se lit comme un roman, et les années qui suivent ne sont pas moins passionnantes : entre Léo Lagrange et Communes de France, toujours un lien avec l'Afrique, la fin de la SFIO et la création du PS par Mitterrand, ce témoin privilégié nous fait rencontrer plusieurs générations de leaders socialistes dans leur réalité quotidienne.

Pacifiste militant, Daniel est aussi devenu un spécialiste des affaires militaires quand c'était plutôt mal vu au parti. Auditeur de l'IHEDN en 1983, auteur de plusieurs ouvrages sur la défense, il n'a jamais cessé d'écrire sur les sujets de la paix et du service militaire - en grand spécialiste de Jaurès qu'il a lu, lui. Et depuis sa retraite en 1992, mais cela il n'en parle pas, malgré un état de santé qui aurait contraint beaucoup d'autres à l'inactivité, il continue à se battre activement pour ses idées : son dernier fait d'armes, avoir créé un petit groupe de réflexion sur les questions de défense, le groupe Raspail, avec une poignée de camarades politiques, d'intellectuels de gauche et de généraux non moins indépendants. L'aventure continue !

"Entre les gouttes - Souvenis d'un vieux militant" Editions Mémoires du socialisme, 242 p.