Espions et terroristes
Trompeusement intitulé "Espions et terroristes - les liaisons dangereuses", le dernier livre de Jean-Jacques Cécile est moins l'étude des connexions entre services secrets et réseaux terroristes qu'un panorama inquiétant et très renseigné sur l'évolution du terrorisme de masse à l'heure de l'hyper-créativité dans les moyens de tuer et de détruire.
Ancien du 13e RDP, spécialiste du renseignement militaire puis de l'intelligence économique, collaborateur de nombreuses publications spécialisées (dont TTU) puis auteur de plusieurs ouvrages spécialisés sur les commandos et le renseignement, Jean-Jacques porte un regard clinique sur les formes les plus récentes du terrorisme et cite un officier de la DGSE : "finalement, les attentats du 11 setembre 2001 sont un bon exemple d'opération clandestine réussie".
Dans une première partie, intitulée "terroristes et militaires sous le même uniforme", il cultive effectivement le paradoxe et rappelle surtout l'alliance contre nature entre services américains et Talibans résistant à l'occupation soviétique de l'Afghanistan. Avec les passerelles existant entre organisations extrémistes, grand banditisme et recrutement laxiste de grandes armées en manque d'effectifs comme l'armée US engagée en Irak et en Afghanistan. Des connivences voulues ou subies, qu'il développe ensuite ("Espions et terroristes, même combat") en suggérant une contamination par infiltration réciproque, et plus encore par imitation des exemples historiques de procédés mis au point par les services secrets.
Le livre devient franchement passionnant quand, après avoir abordé le trafic mondial des armements, il décrit les mécanismes qui font que désormais les armes sont fabriquées par "des bricoleurs du dimanche" qui prennent leurs infos sur Internet. Au passage, il nous rappelle qu'avant les ingénieurs fous d'Al-Qaïda, le champions de la bricole terroriste étaient les Irlandais de l'IRA, passés maîtres en engins dévastateurs et indépiégeables. Passage intéressant, évidemment, consacré aux IED (Improvised Explosive Device) avec leurs variantes statique (HBIED - House borne), placée sur véhicule (VBIED - Véhicule borne) ou sur camion ou engin de chantier (LBIED - Large borne...). Avec une révélation, l'engin explosif découvert à l'université d'été du MEDEF à Jouy-en-Josas en août 2007, quelques jours avant le passage du président Sarkozy !
Si le chapitre consacré à la prolifération des missiles sol-air courte portée, et à la lourde responsabilité des services américains, ne comporte pas de révélations fracassantes, le suivant sur la menace terroriste constituée par les sous-marins de poche est inquiétant et rappelle que les car-ferries et les paquebots sont des cibles de plus en plus fréquentes, d'attaques de pirates comme d'attentats terroristes.
Les quatre derniers chapitres sont sans doute ceux qui incitent le plus à la réflexion, car ils abordent toute la gamme des menaces terroristes NBC, avec l'emploi d'armes nucléaires (à contamination), biologiques, bactériologiques et chimiques. Les exemples qu'il cite montre que, malheureusement, on n'est plus là dans la science-fiction mais dans la réalité. Y compris dans la mention d'armes nucléaires de la taille d'une valise qui ont disparu des arsenaux ex-soviétiques... Même si ce n'est pas une consolation, le seul fait rassurant est de savoir qu'il existe des spécialistes de plus en plus pointus sur l'identification de ce genre de menaces.
Espions et Terroristes, Jean-Jacques Cécile, Editions nouveau monde, 273 p.










