

Malgré la crise, le renchérissement des assurances, l’insécurité et les radars, la moto semble se porter bien à en juger par le salon annuel qui se tient à la porte de Versailles : pas seulement à cause du nombre de visiteurs, mais par la surface d’exposition et par le nombre et la qualité des nouveaux modèles présentés.
Rendons d’abord hommage aux organisateurs : une place suffisante est réservée aux motos anciennes et de collection, celles qui ont marqué leur époque ou l’évolution de la technologie moto, et si l’on passe de l’ancien au nouveau on peut se rendre compte que les motos du siècle passé étaient de très haut niveau et que celles d’aujourd’hui révèlent la vitalité de marques qu’on croyait moribondes ou disparues. (Au-dessus, la vénérable Moto Guzzi 500 cc 8 cylindres en V de 1955, capable d’atteindre 280 km/H avec ses 85 chevaux, une prouesse technologique inégalée !)

En tête du peloton des constructeurs caracolent toujours les Japonais, Honda, Yamaha, Suzuki, Kawasaki, talonnés par une production coréenne abondante encore mal identifiée. Depuis le lancement de la 750 Honda Four, heureusement présente au salon (au-dessus à gauche) et pas du tout démodée (à la différence de la 500 Suzuki et de la Yamaha XS-650 – à droite), l’Asie reste toujours en position de force.
Mais je suis plein d’admiration pour le come-back persistant de la moto européenne, malgré les restructurations industrielles dans les différents pays : la Grande Bretagne, qui n’a pratiquement plus d’industrie automobile, est encore fièrement présente avec une gamme Triumph mariant heureusement vintage (au-dessus à droite, la Egli Vincent 1000 de 1968 avec un moteur qui est une merveille esthétique ; à gauche la Bonneville relookée vintage) et modernité, ainsi que des préparateurs bien connus capables de transformer des machines de série en motos d’exception.


Hommage aux Allemandes, la Munch Mammouth 1200 cc de 1970 (à droite) est toujours aussi massive et impressionnante, la BMW R90S (au-dessus à gauche) et la R100RS (ci-dessous à gauche) toujours aussi élancées et modernes, mais la moto allemande ne s’est pas endormie sur ses lauriers. La gamme BMW reflète l’effort de Recherche & Développement que la marque bavaroise consacre à l’automobile et qui en fait aujourd’hui encore un pionnier de l’industrie.

Les modèles tourisme, sport et compétition étaient pris d’assaut et le succès semble mérité car tout y est pensé : la technologie du moteur, de la structure, des freins, toute la sécurité du pilote, tous les accessoires y compris les casques, BMW reste un système et pas seulement un constructeur.


Les Italiennes ne sont pas en reste, avec de très belles marques encore présentes et innovantes, dont Ducati, Moto Guzzi, Piaggio, Benelli, sauf qu’on ne sait plus très bien qui contrôle qui dans le Meccano des sociétés… Toujours est-il que Ducati rend hommage à ses anciennes avec des “remake” de ses classiques 750 (à gauche), tout en innovant toujours sur le V-twin (à droite la Ducati Performance de Carbon design).

Et là, juste pour me faire plaisir, je mets côte à côte la vénérable Ducati 200 Elite de 1960, la 450 Desmo de 1975, et la toute dernière 848 Evo, pour montrer le chemin parcouru par la marque, avec toujours la même vitalité.

Egalement en face à face, dans deux catégories différentes, une maxi Ducati futuriste, la Diavel (à gauche) et au contraire une sage Moto Guzzi 750 “V7” (à droite) qui devrait être proposée autour de 8.000 €. Aussi commercialement agressif que la très peu sage MV Agusta "Brutale" (au moins on est prévenu…) en mini-version de 675 cc, 3 cylindres, 113 chevaux et moins de 9.000 € annoncés. Un cœur sans doute aussi ardent que la tri-cylindre 500 cc qui fit Giacomo Agostini plusieurs fois champion du monde !

Un mot quand même du grand absent, la France, qui était présente avec le très beau concept-moto SuperBob de Boxer Design, un designer de Toulouse qui testait au Salon son V-Twin turbo de 1000 cc, 175 kg avec un cadre en fibre de carbone, très séduisant – mais qui rappelle douloureusement le V-twin de Voxan qui n’a pas survécu à la crise, de même que les dernières motos françaises comme l’EBG. A l’opposé, Solex, cher à nos mémoires avec ses 3200 et 3800 (à bande rouge) s’est lancé dans le “Solex électrique”, et pourquoi pas ? La ligne est séduisante.

Le salon est enfin la terre d’évasion de tous ceux pour qui la moto n’est pas synonyme de vitesse, de prestations ou d’utilité, mais d’évasion, de voyage et de longues randonnées. Pour les nostalgiques des raids en terrain difficile, toute une gamme de BMW renforcées, KTM super-équipées, Oural à side mais aussi la Royal Enfield attelée, de fabrication indienne (à gauche). Pour les amoureux de la Route 66 (Chicago – Los Angeles par les Rocheuses), la floraison est infinie de Harley Davidson customisées (à droite, la Victory), enrichies, adaptées, avec toujours le même vieux moteur (encore un increvable V-Twin) et la transmission par courroie.