L'Italie repense le nucléaire

Le nouveau ministre du développement économique Claudio Scajola, à peine nommé par Silvio Berlusconi, n'a pas attendu pour affirmer que l'Italie devait "revenir à l'énergie nucléaire à marches forcées", compte tenu d'un déficit énergétique qui non seulement menace le pouvoir d'achat des particuliers mais pèse de plus en plus lourd sur l'ensemble de l'industrie italienne.

"Si on ne fait pas rapidement un plan énergétique fonctionnel, d'ici vingt ans l'Italie devra éteindre la lumière", a commenté le nouveau ministre à propos du baril de pétrole qui a atteint 126 dollars. "Nous payons l'énergie 30% plus cher que la moyenne européenne, nous dépendons entièrement du pétrole et du gaz avec un approvisionement insuffisamment diversifié et sans réelle garantie de sécurité d'approvisionnement".

Une dépendance énergétique qui a par exemple obligé le gouvernement italien à présenter des excuses très plates au colonel Kadhafi après des déclarations de responsables de la Ligue du Nord mettant en cause le "laxisme" de la Libye sur le flux d'immigrés clandestins. La Libye étant, on l'avait oublié, l'un des principaux fournisseurs de pétrole de l'Italie. De la même manière, l'Italie doit également tenir compte du poids politique de la Russie dont elle importe le gaz naturel.

A la suite de la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, l'Italie avait décidé par référendum, en novembre 1987, de renoncer à la production d'énergie nucléaire - sans s'interdire de participer à des programmes de recherche à l'étranger - et a fermé ses quatre centrales dont celle de Montalto di Castro. Résultat, l'Italie dépend aujourd'hui à 80% des énergies fossiles, et doit importer quand même de l'électricité nucléaire à hauteur de 15 à 18% de ses besoins énergétiques.

Selon l'institut "Nomisma Energia", le coût de l'approvisonnement énergétique, qui a été de 51 milliards d'euros en 2007, passera à 69,9 milliards avec un baril à 120 dollars - mais en "bénéficiant" d'une parité euro-dollar à 1,54. Si le dollar pesait un euro, la facture dépasserait cette année les 107 milliards d'euros !

Si le prix de l'essence à la pompe est le sujet le plus visible pour l'opinion publique, ainsi que l'annonce d'augmentations massives du gasoil et du gaz domestique, c'est toute l'économie italienne qui est menacée aujourd'hui dans son autonomie avec un coût de l'énergie qui atteint 4,4% du PIB, un taux record depuis les 6,4% de 1981. Mais depuis Tchernobyl le refus du nucléaire est devenu un cheval de bataille des écologistes, et nombre de communes italiennes affichent fièrement à l'entrée de la localité le panneau : "commune dénucléarisée".

Un tabou qui coûte très cher alors que, d'un point de vue de capacités technologiques, l'Italie pourrait facilement remédier à cette situation de crise grave. Le président de l'ENEL, l'entreprise nationale de l'électricité, Fulvio Conti, déclarait en avril dernier que pour réduire sa facture énergétique, l'Italie n'avait d'autre choix que de revoir son refus du nucléaire : "le retour en grâce de l'électricité d'origine nucléaire nous offre une opportunité de prendre à bras le corps le problème de nos infrastructures et de réduire nos coûts énergétiques".

Un petit air de Valls

Je continue à scruter l'expression des différentes tendances du parti socialiste en chechant des idées nouvelles, notamment dans les blogs où se tient leur expression la plus spontanée, mais j'ai du mal à trouver la nouveauté et l'originalité, en dehors du débat lancinant sur "plus de gauche" ou "plus de centre" pour gagner, mais on ne sait même plus pour gagner quoi au juste.

Le bilan de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy aurait pu être un bel exercice sur le thème "et nous, qu'aurions-nous fait dans le même contexte ?" Au lieu de ça, un bel exercice de langue de bois où seul Manuel Valls a la franchise de dire que tout n'est pas à jeter dans ce premier bilan, sans qu'on puisse l'accuser pour autant, comme le font certains commentaires sur son blog, d'avoir déjà rejoint les "transfuges" de la gauche qui ont rejoint la majorité présidentielle.

Social-démocratie, social-libéralisme, social-interventionnisme ? L'affichage des "ismes" n'a jamais tenu lieu de politique et le débat sur la crise monétaire, financière et industrielle du capitalisme d'aujourd'hui ne se règle pas à coup d'affirmations mais à travers des politiques concertées entre Européens, avec les Américains et avec le reste du monde, sans rejeter personne et avec réalisme.

Dénoncer les excès du capitalisme libéral est désormais une banalité. Mais il n'y a pas d'alternative miracle et, surtout, la construction européenne nous impose des contraintes tout en donnant une cohésion forte face aux désordres monétaires du dollar, du yuan et de toutes les monnaies qui sont rattachées au dollar. Peut-on invoquer comme l'a fait la gauche pendant les présidentielles le "co-développement" comme début de solution aux migrations économiques massives, sans accepter son corollaire qui est la délocalisation des emplois de nos industries dans les pays à économie émergente ? Peut-on défendre le pouvoir d'achat des salariés et permettre une gestion plus laxiste des déficits publics nationaux sous prétexte de relance, au risque de faire repartir la spirale inflationniste en Europe et de pénaliser encore plus le pouvoir d'achat des plus défavorisés ?

Les questions économiques sont posées de façon très ouverte sur le Forum de Ségolène Royal, sous la rubrique "contributions" pour le prochain congrès. Mais le débat est ici incomplètement public car il faut s'inscrire à Désirs d'avenir pour lire ce qu'envoient les autres contributeurs.    

Les débats sont en tous cas nombreux sur lesquels une opposition crédible doit se positionner de façon plus responsable, au lieu de recompter les voix de la gauche, de l'extrême-gauche, des écologistes, des communistes et du centre en d'improbables coalitions de circonstance. Avec le paradoxe que, en cas d'usure prématurée de la majorité présidentielle actuelle, la gauche pourrait se trouver confrontée à une cohabitation avant la fin du mandat présidentiel sans y être préparée, exactement comme en 1997.

Politiques au crible du blog

Visite édifiante que la tournée des blogs de personnalités socialistes, un an après que soit retombée l'agitation de la campagne électorale : beaucoup d'absents, quelques nouveaux, mais surtout une méconnaissance de l'outil Internet ou peut-être, plus grave, une indifférence au jugement des internautes. Les vraies e-plumes politiques sont rares, et le blog d'Alain Juppé reste l'exception, toutes tendances politiques confondues.

Parmi les grands disparus, quelques éléphants ont cessé de barrir : Lionel Jospin, qui avait brillamment animé un blog bien écrit, lancé en septembre 2006 "alors que le PS entrait dans une période importante, celle de la préparation de l'élection présidentielle", a décidé de fermer ce site le 26 novembre 2007. Jack Lang, qui avait également bâti un blog à la gloire de lui-même, l'a interrompu, sauf erreur, juste après avoir été réélu dans le Pas de Calais, le 17 juin 2007. Autre socialiste historique, Henri Emmanuelli, qui est toujours combatif mais dont le blog est "en travaux" depuis le 11 février 2008. Sans doute une simple interruption.

Autres personnalités "traditionnelles", Fabius et DSK : Laurent Fabius continue à animer un véritable blog, très pro, vivant sans être décapant mais en acceptant d'être interpellé par des commentaires assez critiques, ce qui est plutôt bon signe. Dominique Strauss-Kahn, l'un des premiers à avoir lancé son blog en 2005, et dont les commentaires étaient souvent véhéments pendant la campagne des primaires du PS, l'a fermé le 31 août 2007 pour ouvrir un blog destiné à sa candidature au FMI (www.dsk-fmi.net) qu'il a fermé le 2 octobre, après son élection à ce poste.

Le sénateur Jean-Luc Mélenchon, polémique et souvent solitaire, a su utiliser à fond cet outil qui le boudait moins que la presse. Sa note "je ne suis pas d'accord avec le boycott des Jeux de Pékin et la propagande anti-chinoise", du 7 avril dernier, lui a valu 2.469 commentaires et a été cité partout. Il a remis ça le 24 avril avec une nouvelle note sur "un projet théocratique, autoritaire, ethniciste, dangereux pour la paix", parlant évidemment du Dalaï-Lama, qui lui a valu déjà 359 commentaires.

Martine Aubry, littéralement ressuscitée depuis son élection à la mairie de Lille, s'affiche sur le site "Réformer", en couleurs mais bien austère. Un site, pas un blog, avec une compilation de ses interviews et discours, quelques commentaires flatteurs, pas de débat, pas de notes personnelles. Même déception sur le site d'Arnaud Montebourg, où l'on trouve son portrait, sa bio, ses déclarations, ses interviews, mais pas de commentaires visibles (sauf erreur de manip), pas de dialogue. Idem pour François Lamy, dont le site est esthétiquement attrayant mais très pauvre en dialogue : le dernier commentaire remonte au 6 juin 2007... Même constation chez Vincent Peillon, dont le site est une simple compilation de ses articles et interviews, sans confuidences, sans commentaires, sans dialogue. 

Très prometteur, et le plus beau esthétiquement, le blog de Julien Dray qui ressemble à un vrai blog n'a qu'un petit défaut : la dernière mise à jour remonte au 11 décembre 2007. Aurait-il changé de provider sans se faire référencer ? C'est dommage ! Prometteur aussi, malgré son aspect austère et peu imaginatif, le site de Manuel Valls où flatteurs et détracteurs se répondent équitablement et donnent une impression de dialogue. 

J'ai évidemment gardé pour la fin Ségolène et François, qui m'ont tout autant laissé sur ma faim. Ségolène Royal n'a jamais eu de blog personnel mais plusieurs sites animés par ses militants - dont son fils - au sein de la "Ségosphère", au point qu'on a du mal à distinguer les vrais des faux, un certain nombre de sites pastiches ayant vu le jour. Reste le site officiel de Désirs d'avenir qui n'a rien d'un blog, et où l'éternelle candidate aligne ses interviews et ses carnets de voyage mais sans laisser de place aux commentaires : celui qui veut donner son avis est prié de passer par les canaux des Forums très structurés et peut difficilement réagir en "live" aux propos de Ségolène.

Il peut en revanche le faire sur le tout nouveau blog de François Hollande, avec ses interviews et ses passages à la télé, où un commentateur facétieux écrit : "le blog de notre pansu secrétaire est en train de faire pschittt dans la blogosphère et dans l'indifférence générale, c''est pourquoi j'ai décidé de lui faire un peu de pub ici. Il ne fait pas désespérer Billettoutcourt..."   

Du grand soir au petit matin

C'est fait, le parti socialiste (PS) français a donc abandonné le grand soir, la tentation révolutionnaire, pour se ranger sous la bannière réaliste "d’une économie sociale et écologique de marché". Autant dire qu'il a troqué le poing levé, à peine tempéré par la rose, pour un café-crème avec croissant.

Dans le texte publié il y a quelques jours par Le Monde (mais classé depuis dans les archives payantes du quotidien, et disponible gratuitement sur Rue89), le nouveau PS a donc fait son consensus en faveur d'une "économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux". Le système voulu par les socialistes est désormais "une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale".

Poing_rose_ps J'arrête là la citation d'un texte qui, pour être plus digeste que le "Capital" de Karl Marx, indique bien que la prochaine étape pour le parti est logiquement de renoncer à son qualificatif de socialiste, historiquement entaché de dévoiements et dont il laissera l'expérimentation plus ou moins réussie à Cuba et à la Corée du Nord, où la frontière entre communisme et socialisme n'a jamais permis d'arriver à la social-démocratie. Mais celle-ci était-elle viable, a-t-elle jamais existé, le socialisme était-il compatible avec la démocratie ? Trop de temps perdu à chercher la réponse...

Alors, Parti travailliste ? Parti social-libéral ? Parti démocrate ? L'Italie vient de payer très cher le fait pour la gauche de s'être fondue en un "PD" déstructuré, abandonnant toute référence à l'idéologie alors que la droite conservatrice et libérale faisait triompher ses valeurs. Walter Veltroni et son "bonisme" ont échoué à rassembler l'électorat, pendant que les valeurs idéologiques les plus réactionnaires et xénophobes de la Ligue lombarde emportaient la décision au profit du "Peuple des libertés" de Silvio Berlusconi. La France n'a pas fait autre chose en laissant le libéralisme triompher par défaut et seule l'Espagne, aujourd'hui en Europe, triomphe encore sous les couleurs du socialisme ouvrier, affiché dans le PSOE, le parti socialiste ouvrier espagnol. Zapatero l'anti-confirmiste, le laïc militant, pourfendeur de la violence conjugale et de l'homophobie, a parfaitement su maîtriser la croissance économique d'une Espagne très en forme sans renoncer en rien aux idéaux affirmés de la gauche.

Le débat n'est pas que de façade ou d'étiquette. Dans la lutte des éléphants - les vieux et les jeunes - au PS, les clivages restent très forts. Ségolène Royal a tendu trop tôt la main aux centristes de Bayrou, elle a été désavouée par son propre électorat. D'autres continuent à prêcher un discours "d'union de la gauche" alors que le parti communiste a littéralement disparu. Seul gardien du temple, qui n'a pas encore sacrifié à la mode du "bonisme", de la démocratie participative ou du "gauchisme", François Hollande reste le porte-parole d'un parti qui n'ose plus dire son nom. Sa faiblesse deviendrait-elle une force ? Certains commencent à se demander si sa force d'inertie ne serait pas finalement le meilleur rempart contre les dérives "veltronistes"...

Motion confidentielle au PS

Mon ami Daniel Mitrani, l'un des meilleurs spécialistes du Parti socialiste où il milite depuis 1950, a pu se procurer une des résolutions qui seront présentées le 14 juin devant la convention chargée d'améliorer le fonctionnement du parti. Au risque de trahir la confidentialité des travaux du PS, je prends le risque de partager le secret avec les rares lecteurs de ce blog privé afin d'enrichir le débat public, car je pense que cette résolution le mérite.

"A l'heure où des dizaines de milliers de militants se lancent à fond dans la lutte contre les agressions d'un gouvernement digne du 19e siècle, des petites phrases anodines mais assassines sont quotidiennement échangées ente une quinzaine de têtes d'affiche. Quelle que soit la volonté de servir qui est à leur origine, ces propos à bâtons rompus brouillent l'image de notre parti et facilitent les manoeuvres de ses adversaires.

Estimant que le PS ne pourrait pas supporter que se prolongent pendant plusieurs mois de telles escarmouches, la Convention arrête les dispositions suivantes :

- Le prochain Premier secrétaire sera tiré au sort.

- Grâce au fichier de l'Hebdo des socialistes, tout militant à jour de ses cotisations au 1er janvier se verra affecter un numéro dont lui-même et son secrétaire fédéral seront informés.

- Le tirage aura lieu sur l'estrade du congrès, immédiatement avant la clôture de ce dernier. Il sera effectué avec la machine utilisée pour le Loto, le dispositif étant techniquement aménagé pour que le numéro gagnant ne puisse être ni inférieur à un - personne n'est nul dans le Parti - ni supérieur au nombre des adhérents.

- Ce numéro sera annoncé à la tribune. L'identité du camarade qui en est titulaire sera téléphonée par lui-même ou par son secrétaire fédéral, et il sera proclamé Premier secrétaire du Parti socialiste.

- Sont exclus du tirage tous les camarades qui, au cours des derniers dix-huit mois, auront manifesté l'intention ou la velléité de prétendre au poste. Si le numéro de l'un d'eux était tiré, ce serait "une mesure pour rien" et un deuxième tour serait organisé. Ces camarades, tous de grande valeur, ne seront pas sous-employés : le nouveau Premier secrétaire leur proposera d'assumer sous son autorité les responsabilités sectorielles pour lesquelles il les jugera particulièrement qualifiés.

- De même qu'un Pape ne peut interrompre son pontificat, le Premier secrétaire n'aura pas le droit de démissionner avant le congrès suivant. Même si, devant des signes de fatigue de sa part, un ou plusieurs camarades se déclarent prêts à se dévouer pour le remplacer à ce poste difficile et pénible".

L'Italie en chansons

Pays de l'Opéra et du Bel canto, l'Italie a l'art de tout pouvoir exprimer en chansons, et il faut absolument aller voir l'hymne des deux formations qui s'affrontent demain aux élections, le Parti de la liberté (PDL) de Silvio  Berlusconi et le Parti démocratique (PD) de Walter Veltroni.

L'image, le ton, le style, symbolisent bien l'esprit des deux camps, celui d'une droite conservatrice et un peu populiste, et celui d'un centre-gauche familial et affichant sans complexe l'abandon de ses racines de gauche en créant une vraie campagne à l'américaine. Jusqu'au refrain révélateur où l'un dit "les Italiens avec Silvio" et l'autre répond "Walter avec les Italiens"...

Dans le chant du PDL, largement pastiché par les chansonniers (voir sur Youtube), on voit surtout des gens de 20 à 40 ans, en groupe, des travailleurs actifs, l'Italie qui travaille et qui gagne, et même des sportifs dans une salle de fitness. Des jeunes, des étudiants, pâtissiers, informaticiens, enseignants, ouvriers et, bien sûr, des chauffeurs de taxi - référence à la réforme avortée de Prodi. Des plans de groupe, des vues aériennes de la Via dei Fori Imperiali à Rome avec une foule immense de manifestants partant du Colisée de Néron et déroulant un immense drapeau italien, et pour final, des jeunes devant la façade du Colisée carré de l'EUR, un des chefs d'oeuvre de l'architecture mussolinienne.

"C'è un grande sogno che vive in noi, siamo la gente della libertà, Presidente siamo con te, meno male che Silvio c'è (Refrain). Siamo la gente che ama e che crede, che vuol trasformare il sogno in realtà (R). Siamo la gente che mai non si arrende, che tende la mano, che forza si dà (R). Viva l'Italia, l'Italia che ha scelto di credere ancora in questo sogno (R). Dillo cosi, con quella forza che ha solamente chi è puro di mente (R)

"Il y a un grand rêve qui vit en nous, nous sommes les gens de la liberté. Président nous sommes avec toi, heureusement que Silvio est là. Nous sommes les gens qui aiment et qui croient, qui veulent transformer le rêve en réalité. Nous sommes les gens qui ne se rendent jamais, qui tendent la main, qui se donnent du courage. Vive l'Italie, l'Italie qui a choisi de croire encore à ce rêve. Dis-le comme ça, avec la force que seul a celui qui est d'esprit pur : Président nous sommes avec toi, etc."

En contrepoint, le chant du Parti démocratique des partisans de Veltroni tourne le dos à son passé de gauche pour ressembler davantage aux Démocrates américains avec même une référence à Obama "si puo' fare - we can make it". Sur l'air de YMCA, détourné en "I am PD", on voit des jeunes mais aussi des moins jeunes, des familles, des gens de tout niveau dans une grande décontraction. Le choix est plutôt le contexte ordinaire et quotidien qu'une mise en scène, même si le travail de réalisation est évidemment aussi soigné que chez les concurrents.

"Walter, io mi fido di te, dico : Walter, un paese moderno con Walter, è arrivato il momento di dire no ai giocchetti; vota per la stabilità, dico : vota, noi corriamo da soli, tu vota per cambiare davvero; diciamo si puo' fare. Cantiamo tutti insieme IMPD; senza Silvio ma neanche Dini, perché una nuova stagione c'è, IMPD, se Mastella non c'è tanto meglio perché noi vogliamo cambiare con te, Walter; puoi premiare il talento con Walter, aumentare i salari, dai, Walter, io ci credo perché non avremo più ricatti. Ora, scendi in campo perché è giunta l'ora per l'Italia che ancora s'innamora, non temere vedrai questa volota si puo' fare, cantiamo tutti insieme IMPD. Fallo, per l'Italia che cresce e che spera un paese più giusto e più vero, da Milano a Palermo dobbiam' cambiar' davvero. Sogno che diventa realtà grande, sogno la speranza di cui c'è bisogno, se ti aiuti anche tu siam' convinti si puo' fare, IMPD..."

"Walter, j'ai confiance en toi, je dis : Walter, un pays moderne avec Walter, le moment est venu de dire non aux combines ; vote pour la stabilité, je dis : vote, nous nous courons tout seuls, tu dois voter pour un vrai changement ; nous, nous disons : c'est faisable. Chantons tous ensemble IMPD ; sans Silivio mais aussi sans Dini (le sénateur libéral-démocrate Lamberto Dini) parce que c'est une nouvelle saison, IMPD, s'il n'y a pas non plus Mastella (Clemente Mastella, ministre de la justice du gouvernement Prodi qui en a provoqué la chute pour avoir été mis en cause par le parquet de Catanzaro pour une affaire de corruption, avant d'en être innocenté), tant mieux parce que c'est avec toi que nous voulons le changement, Walter ; tu peux récompenser le talent avec Walter, augmenter les salaires, allez, Walter, moi j'y crois parce qu'il n'y aura plus de chantage. Maintenant viens, descends sur le terrain, parce que l'heure est venue pour l'Italie qui sait tomber amoureuse, n'aie pas peur cette fois c'est faisable, chantons tous ensemble IMPD. Fais-le pour l'Italie qui grandit et qui espère un pays plus juste et plus vrai, de Milan à Palerme nous voulons un vrai changement. Je rêve que ça devienne une grande réalité, je rêve l'espérance dont nous avons besoin, si tu t'y mets aussi nous sommes convaincus que c'est faisable, IMPD..."

Bien sûr, on a du mal à imaginer les ténors du PS sautiller sur le rythme de "I am PD" au prochain Congrès. Mais on peut espérer au moins que le(s) programme(s) ressemblent davantage à ces chansons toniques, même si leur contenu idéologique reste léger, qu'à des discours traditonnellement indigestes ou à des contributions volumineuses et incompréhensibles. En chansons, on en dit beaucoup plus !

Cohn-Bendit le vert

Gabriel Cohn-Bendit, le frère vert de Dany-le-rouge et animateur d'un site de rénovation politique, décide de "rompre le silence" observé pour les municipales et de lancer un pavé - spécialité familiale - dans la mare en pastichant Marx, dans un appel daté du "22 mars", encore un hommage à 1968 : "Ecologistes de toutes tendances et de tous partis, unissez-vous !"

Son idée, pour préparer les élections européennes de 2009, c'est de prolonger la dynamique créée par le dialogue entre militants du Modem, des Verts, du PS et autres formations politiques, comme les radicaux de gauches ou Valoisiens, mais en faisant une regroupement transversal européen de toutes les tendances Vertes.

Avant de commenter, écoutons-le : "pourquoi ne pas décider de faire ensemble une liste des écologistes européens ? Si vous êtes d’accord avec mon appel signez le, vous pouvez aussi le discuter… Fin mai nous tirerons les conclusions de la possibilité ou non d’une telle entreprise et Dany en fera de même pour décider s’il se présente en France ou en Allemagne."

"Lors des élections présidentielles, Nicolas Hulot, en faisant signer le Pacte Ecologique à tous les candidats a provoqué une mobilisation sans précédent (plus de 750 000 signataires) sur les questions écologiques sans rapport avec le faible score des Verts, une mobilisation dont l’ampleur a obligé le Gouvernement à instaurer ce premier grand débat que fut le Grenelle de l’Environnement".

Il cite l'’enquête d’Eurobaromètre parue le 14 mars, qui "témoigne du divorce entre l’importance des questions écologiques dans l’opinion et sa faible traduction politique", dont cette constation que, "concernant la mise en œuvre de la législation environnementale, plus des 2/3 des Européens pensent qu’il vaut mieux que les décisions en la matière soient prises au niveau européen. 78% souhaitent la création d’une force européenne de protection civile pouvant intervenir en cas de catastrophe naturelle au sein des Etats membres…"

"Pour surmonter ce divorce tragique entre actes politiques et opinions populaires qui restent déterminantes pour l’avenir de la planète je lance cet appel : « Ecologistes de toute tendance unissez-vous !» pour constituer lors des Européennes de 2009 une liste indépendante des formations politiques et sur laquelle se retrouveraient des écologistes Verts, du Modem, du PS et du Parti Radical de Gauche ou Valoisien aussi bien que des militants associatifs non « encartés » dans un parti politique".

Suit une analyse très virulente des forces politiques françaises d'opposition.

"Le PS, grand vainqueur des municipales, va se déchirer avant son congrès et, selon toute vraisemblance, pendant et après. Je ne pense pas que l’écologie sera au centre de ses futurs débats. Il est à craindre qu’on joue à qui est le plus à gauche, à qui crache le plus fort sur le Modem (...).

"Les Verts, depuis des années se discréditent par leur lutte de fractions, et dès le lendemain des municipales, dénoncent avec frénésie, pour crime de cumul de mandats, les deux seuls maires de leur parti élus dans une grande ville (...).

"Quant au Modem, qui a suscité un véritable élan citoyen face à la confiscation du pouvoir par les deux grandes formations que sont l’UMP à droite et le PS à gauche, il a déçu des milliers d’adhérents qui ne veulent pas être réduits à avoir comme unique perspective politique l’accession de leur chef à la Présidence de la République, avec comme seul discours « Ni droite, ni gauche » répété jusqu’à plus soif (...)

"Dans ce climat politique, je suis persuadé qu’une liste qui pourrait s’intituler « Pour un Pacte Ecologique Européen et Solidaire » pourrait dépasser et de très loin le score, pratiquement 10%, des Verts conduit par Dany Cohn Bendit en 1999, et pourquoi pas arriver en tête de toutes les listes. Cette liste se déclinerait autour de trois thèmes fondamentaux : l’écologie, l’Europe et la solidarité au Nord comme entre le Nord et le Sud.

Les élus de cette liste (...) "formeraient un intergroupe des écologistes et par ailleurs ils pourraient appartenir au groupe de leur choix, qui chez les Verts européens, qui chez les sociaux démocrates, qui chez les libéraux etc. Il ne s’agit donc en aucun cas d’ajouter un parti de plus à la panoplie existante. Non merci, nous avons déjà donné et pour certains à plusieurs reprises…

"Fin mai nous pourrions faire le point. Ce n’est qu’un début, continuons le débat".

Gabriel Cohn Bendit, comme son frère, a un immense sens de l'humour. Peut-être un peu moins de sens politique que Daniel, malgré tout. Il propose tranquillement de débaucher les écologistes de toutes les formations de gauche et du centre pour les faire confluer dans une nébuleuse dont on a du mal à croire qu'elle n'aurait pas l'ambition de devenir un parti politique, quoiqu'il s'en défende. Rendez-vous en mai, cher Gabriel, on verra bien si les partis seront restés dans leur létargie en attendant le retour d'un Nicolas Hulot salvateur ! Et puisque tu cites Marx, n'oublie pas aussi les paroles de l'Internationale, "il n'est pas de Sau-vert suprême..."

Vingt balles de démocratie

L'adhésion à vingt Euros, cette "manip" qui avait fait confluer au PS beaucoup de non-adhérents pour leur permettre de participer aux primaires, et avait largement contribué au succès de Ségolène Royal, voilà qu'elle refait surface pour le prochain congrès du PS à l'automne. Alors, simple manip de Ségolistes inconsolés, ou nouvelle tentative de rajeunir un parti toujours plus vieillissant ?

Le fait est que j'ai été alerté par un mail de la Ségosphère, envoyé par l'avocat Jean-Pierre Mignard, président du réseau Désirs d'avenir. "Chères amies, Chers amis" écrit-il à ceux qu'il ne peut encore appeler camarades, "le calendrier du Congrès au cours duquel le Parti socialiste arrêtera ses orientations politiques et désignera sa future direction ainsi que ses cadres aux différents échelons de son organisation est maintenant connu.
"Il s'agit d'un temps fort dans la vie du grand parti démocratique qu'est le Parti socialiste car ce processus conduira, par les contributions des militants, les débats dans les sections et fédérations puis le vote des adhérents, à la rénovation et la clarification que les Français sont nombreux à attendre de nous. Ils seront nombreux à suivre nos débats : les socialistes doivent être très nombreux à y participer. Ce sera une condition du rayonnement du PS et de la force de son projet.
"Si vous souhaitez être acteurs de ce temps fort, vous le pouvez. En adhérant à Désirs d'avenir, vous avez manifesté votre volonté d'être partie prenante d'un mouvement d'espoir : vous pouvez aller au-delà aujourd'hui en rejoignant le Parti socialiste.
Pour pouvoir se prononcer le 23 octobre sur les différents projets qui seront soumis aux militants, il faudra avoir adhéré avant le 31 mars 2008, n'attendez pas pour le faire en ligne à l'adresse  http://adherer.net/perl/getHtml.pl"

J'ai vérifié. Le lien renvoie efectivement au site du PS, et il y est fait mention d'une adhésion à vingt balles, pardon à vingt Euros. Aucun engagement, aucune obligation à voter Ségolène. Comme pour le "printemps du cinéma", le tarif est aguichant, et même très attractif pour les plus jeunes, qui n'ont pas encore d'expérience politique. Vingt Euros, ce n'est pas rien, mais au prix où est la démocratie, la vraie, ça vaut peut-être un petit effort ? Je vais en tous cas en parler autour de moi, car le besoin reste profond : il n'y aura jamais aucune alternance crédible, ni même possible, sans une mobilisation par et autour d'un parti solidement ancré à gauche. mais un parti reflétant aussi la réalité sociale de la France, avec des femmes, des jeunes et des étrangers. Le nouveau Parti démocratique (PD) italien, héritier de toute la gauche démocratique et du centre-gauche, en a fait l'expérience avec succès. Aux Français, à présent, à découvrir la formule.   

L'Europe vue des Primaires US

Si la presse et l'opinion européenne professent une préférence générale pour Barak Obama et Hillary Clinton, les Européens estimant pouvoir attendre plus des Démocrates que des Républicains, il est intéressant de faire la démarche inverse et de voir comment l'Europe est très inégalement intégrée dans les préoccupations de ces trois candidats à l'élection présidentielle américaine.

En surfant sans a priori à travers plusieurs moteurs de recherche (pas de pub !), je constate déjà un premier décalage entre les sites et blogs francophones, où cette préférence est nette, et les sites anglophones, où la vision est nettement moins tranchée. J'en ai eu l'idée en lisant la tribune publiée par John McCain le 18 mars, simultanément sur le Financial Times et dans Le Monde, où j'ai trouvé un discours à la tonalité nouvelle, pour une sensibilité européenne, et symétrique des préoccupations récemment exprimées par Bernard Kouchner dans un colloque du Herald Tribune (Magic is over) sur la faillite d'une certaine diplomatie américaine.

La référence à l'Europe est du reste fréquente dans les interventions du candidat républicain, alors que j'ai eu du mal à trouver l'équivalent récent pour ses deux challengers démocrates, sauf des déclarations très critiques d'Obama et de Hillary au sujet d'un grand contrat attribué par l'US Air Force à un consortium américano-européen opposé à Boeing. Les deux candidats démocrates se sont sentis obligés d'aller dans le sens d'une opinion américaine brusquement protectionniste.

Mccain20family20research Mais commençons par le discours de McCain. Dans sa tribune, il affirme que "Américains et Européens partagent un objectif commun : bâtir une paix durable fondée sur la liberté. Nous devons renforcer notre alliance transatlantique pour en faire le noyau d'un nouveau pacte global - la ligue des démocraties (...) Confiance et respect mutuel doivent être au coeur de ce nouveau pacte".

Ce discours atlantiste passe, et c'est la nouveauté, par l'affirmation qu'il est de l'intérêt des Etats-Unis de voir progresser l'Europe de la défense : "Nous saluons le rôle éminent que joue l'Europe pour faire du monde un endroit plus agréable et plus sûr. Nous attendons avec impatience la réintégration pleine et entière de la France dans l'OTAN. Et nous soutenons les efforts de l'Union européenne en vue de construire une politique européenne de sécurité et de défense efficace. Une Union européenne forte, une OTAN forte et un véritable partenariat stratégique entre elles sont dans notre intérêt".

Ce partenariat va au-delà de la défense puisqu'il l'étend au réchauffement climatique et à la défense des droits de l'Homme. "Nous devons réactiver le partenariat entre les Etats-Unis et l'Europe sur le changement climatique, car c'est un domaine dans lequel beaucoup de nos intérêts communs sont en jeu". Les Etats-Unis adopteront également une approche différente du problèlme irakien, plus proche des préoccupations européennes, et le sénateur républicain annonce qu'il fermera la prison de Guantanamo et sera très strict sur le recours à la torture.   

"Aujourd'hui le leadership n'a plus le sens qu'il avait au lendemain de la seconde guerre mondiale, lorsque l'Europe et les autres démocraties se relevaient des dévastations de la guerre et que l'Amérique était la seule superpuissance démocratique. Aujourd'hui s'exprime la puissante voix collective de l'Union européenne, de l'Inde et du Japon, de l'Australie et du Brésil, de la Corée du Sud et de l'Afrique du Sud, de la Turquie et d'Israël, pour ne citer que quelques-unes des principales démocraties (...) Ce sont les démocraties du monde qui constitueront les piliers sur lesquels nous pouvons et devons bâtir une paix durable".

Sur l'Irak comme sur l'Afghanistan, Obama est nettement plus tranchant envers les Européens : "Au sujet de nos alliés au sein de l'Otan, j'ai clairement dit que nous avons besoin d'un plus grand soutien de leur part (...) Nous ne pouvons pas admettre une situation dans laquelle on ferait appel aux Etats-Unis pour faire le sale boulot, ou aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, et où personne d'autre ne voudrait participer aux combats réels contre les taliban. Je pense qu'il est important pour nous d'en demander plus à nos alliés européens", même si "il est tout aussi important pour nous de leur signaler que nous les écouterons dès lors qu'il s'agira d'actions qu'ils considèrent discutables, au premier rang desquelles l'engagement en Irak."

Il n'empêche. Certains blogs américains, notamment Joe Conason dans "Obama's European problem", sur Salon.com, soulignent cruellement que bien qu'Obama ait beaucoup voyagé, la sous-commission sur l'Europe qu'il présidait au Congrès "a langui sous sa présidence".

Quant à Hillary, elle a dit : "je veux une politique étrangère fondée sur nos valeurs. Je dirai au monde que l'Amérique est de retour, que la diplomatie du cow-boy, c'est terminé". Elle déclaré aussi que "nous devons réétablir nos traditionnelles relations de confiance avec l'Europe. Des divergences sont inévitables, même avec les amis les plus proches, mais nous ne devons jamais oublier que sur la plupart des problèmes globaux nous n'avons pas d'alliés plus sûrs qu'en Europe". Un discours européen un peu flou quand même et certains, comme Eric Grover sur son blog “the Atlanticist”,  pensent que les Européens auraient tort de miser sur elle car elle risque de défendre un retour au protectionnisme économique...

Ce blog étant libre et anticonformiste, je ne suis pas en train d'afficher des sympathies républicaines qui pourraient apparaître bien naïves. Au contraire, je dirais que notre intérêt européen pourrait être, peut-être un peu cyniquement, de voir élire un président républicain modéré, ouvert et pro-européen, lui-même équilibré par un Congrès à majorité démocrate...

Le retour de l'idéologie

Rocard1 Etonnant contraste, lundi soir au centre sévrien de "Sèvres Espace Loisirs" (SEL), où quelque 300 militants et sympathisants de la liste de gauche (socialistes, radicaux de gauche et communistes), rassemblés par le candidat socialiste aux municipales Jacques Blandin pour parler de leur ville, ont écouté sagement une leçon d'économie politique - et sociale - donnée très sérieusement par Michel Rocard.

Contraste, parce que les enjeux locaux développés par le candidat - problèmes de la gauche dans les Hauts de Seine, rivalités entre barons de l'UMP des communes voisines, problèmes de crèches, de viabilité, de transports et de logements sociaux - étaient posés en termes modestes et très locaux, tandis que l'ancien Premier ministre brossait sans notes un tableau actualisé, sombre et très planétaire de la crise du capitalisme dans le monde, complètement à contre-courant de toutes les théories sur la mort des idéologies.

Il fallait un certain courage politique, ou une certaine inconscience, pour lancer un tel débat dans une campagne nationale à ras de terre, où les rivalités de personnes l'emportent presque partout sur le débat d'idées, avec la variable d'ajustement des alliances locales du MODEM, un coup à droite, un coup à gauche. Sèvres n'échappe pas vraiment à la règle, avec une gauche classique ralliée dès le premier tour, les Verts qui partent de leur côté mais ont annoncé un ralliement pour le second, et un MODEM encore plus insaissable qu'ailleurs.

Esel2 Mais ce n'est déjà pas mal de compter sur une assise de gauche aussi large, alors que le parti socialiste en est souvent, dans beaucoup de circonscriptions, à peiner pour retrouver sa porpre unité. Sans doute la ville de Sèvres n'est-elle pas considérée comme un enjeu majeur, capable de voir s'affronter des camps, voire des éléphants. Pourtant, même en l'absence de grands combats de chefs, le désir d'ouverture est suffisant pour que plusieurs centaines de personnes, 280 selon les organisateurs, viennent remplir l'ancien marché de Sèvres, construction genre pavillon de Baltard, pour un spectacle à la tonalité pour une fois plus grave que ceux offerts habituellement part le SEL. 

BandeaugJacques Blandin, tout en promettant une victoire assurée, comme tout tribun qui se respecte, a eu l'originalité d'inviter un personnage qui, du PSU à la Social-démocratie, a toujours gardé une trajectoire autonome et un discours un peu gauchiste, derrière des théories économiques tolérant tout juste l'économie de marché et rejetant avec une certaine virulence les théories libérales. Pas de chahut, ni d'ennui du public, pour l'écouter parler de la crise des "sub-prime" aux Etats-Unis, expliquant comment les effets de cette crise bancaire étaient encore à venir pour l'économie europénne et comment l'immoralité - ou plutôt l'a-moralité - des banques avait encore aggravé la crise. Ou comment l'absence d'éthique pervertit le monde de l'entreprise, prenant les exemples les plus récents de l'actualité française et européenne, les derniers scandales impliquant des grands responsables patronaux, non sans frôler la caricature.

Un discours non doctrinaire, pourtant, car le socialisme de Rocard est d'abord un humanisme, et Jacques Blandin rappelait qu'il avait été le créateur du Revenu minimum d'insertion (RMI) et que sa priorité avait toujours été à la protection des droits sociaux. Sans doute ce genre de discours ne suffira-t-il pas à faire basculer la majorité locale, encore qu'une certaine lassitude est perceptible chez le propre électorat du maire sortant. Mais il contribuera certainement à revaloriser le débat public en plaçant l'électeur et le citoyen à un niveau de compréhension auquel il peut prétendre. "L'envie d'une ville", pour reprendre le titre du programme du candidat socialiste à Sèvres, c'est aussi "l'envie d'une citoyenneté", l'envie de retrouver une forme plus digne et plus participative de la citoyenneté, l'envie de rétablir la discussion au niveau du débat d'idées, condition essentielle pour le maintien d'un vrai débat démocratique.