Le retour des Poilus
Retirée discrètement en 2006 de la Gare de l'Est où elle était accrochée depuis 1926, la gigantesque toile de 60 m2 intitulée "le départ des Poilus" est revenue tout aussi discrètement en janvier 2008, après quelques polémiques plus ou moins justifiées et une restauration - la seconde depuis l'origine - nettement plus justifiée. On y reconnaît le soldat du début de la Grande guerre, avec encore le pantalon garance (c'est avant l'uniforme Bleu horizon), le volontaire la fleur au fusil, la classe 14 jeune et fière de partir...
Le temps a passé, certains symboles sont moins forts, d'autres restent aussi vifs. Peinture patriotique des Poilus français partant gaiement au front en août 1914 contre l'envahisseur allemand, cette grande fresque avait fini par avoir un air un peu suranné à l'heure de la réconciliation franco-allemande, alors que l'Europe vit en paix depuis plus de soixante ans, d'autant qu'elle était l'oeuvre d'un peintre américain, Albert Herter, auteur d'autres peintures patriotiques pour le soutien à la guerre.
Gare symbolique, la Gare de l'Est n'a pas vu partir que des soldats joyeux et insouciants, elle a vu aussi partir des trains de prisonniers de guerre et surtout des convois de déportés. Quelques plaques de marbre, plus discrètes mais tout aussi parlantes, sont là pour perpétuer le souvenir qu'aucun pardon ne saurait effacer.
Sans doute fallait-il intégrer ces souvenirs pour permettre à la gare de vivre sa grande mutation. Celle d'un trafic désormais multinational, et plus seulement réservé à la SNCF. A côté des rames de TGV - dont le nouveau TGV qui dessert Strasbourg en passant par la Lorraine avec ses sabots, on peut voir son cousin germanique le train ICE (Inter city) avec
un air de famille assez remarquable conféré par la nécessité aérodynamique et par les accords entre la SNCF et Die Bahn.
Annonces en français et en allemand (à la Gare du Nord, c'est en Français et en Anglais, comme à la Gare Montparnasse c'est en Français et en Breton...), passagers de toutes orgines et pour toutes destinations, l'Europe à grande vitesse est une réalité. Pour partir pour Munich, Francfort, ou même Berlin, il n'est plus besoin d'un fusil Lebel, un Rail-pass suffit aux touristes américains ou japonais. L'Europe du rail est, avant beaucoup d'autres structures encore à parfaire, une réalité que beaucoup de non-Européens nous envient.












