Le retour des Poilus

Retirée discrètement en 2006 de la Gare de l'Est où elle était accrochée depuis 1926, la gigantesque toile de 60 m2 intitulée "le départ des Poilus" est revenue tout aussi discrètement en janvier 2008, après quelques polémiques plus ou moins justifiées et une restauration - la seconde depuis l'origine - nettement plus justifiée. On y reconnaît le soldat du début de la Grande guerre, avec encore le pantalon garance (c'est avant l'uniforme Bleu horizon), le volontaire la fleur au fusil, la classe 14 jeune et fière de partir...

Le temps a passé, certains symboles sont moins forts, d'autres restent aussi vifs. Peinture patriotique des Poilus français partant gaiement au front en août 1914 contre l'envahisseur allemand, cette grande fresque avait fini par avoir un air un peu suranné à l'heure de la réconciliation franco-allemande, alors que l'Europe vit en paix depuis plus de soixante ans, d'autant qu'elle était l'oeuvre d'un peintre américain, Albert Herter, auteur d'autres peintures patriotiques pour le soutien à la guerre.

Gare symbolique, la Gare de l'Est n'a pas vu partir que des soldats joyeux et insouciants, elle a vu aussi partir des trains de prisonniers de guerre et surtout des convois de déportés. Quelques plaques de marbre, plus discrètes mais tout aussi parlantes, sont là pour perpétuer le souvenir qu'aucun pardon ne saurait effacer.

Sans doute fallait-il intégrer ces souvenirs pour permettre à la gare de vivre sa grande mutation. Celle d'un trafic désormais multinational, et plus seulement réservé à la SNCF. A côté des rames de TGV - dont le nouveau TGV qui dessert Strasbourg en passant par la Lorraine avec ses sabots, on peut voir son cousin germanique le train ICE (Inter city) avec un air de famille assez remarquable conféré par la nécessité aérodynamique et par les accords entre la SNCF et Die Bahn.

 Annonces en français et en allemand (à la Gare du Nord, c'est en Français et en Anglais, comme à la Gare Montparnasse c'est en Français et en Breton...), passagers de toutes orgines et pour toutes destinations, l'Europe à grande vitesse est une réalité. Pour partir pour Munich, Francfort, ou même Berlin, il n'est plus besoin d'un fusil Lebel, un Rail-pass suffit aux touristes américains ou japonais. L'Europe du rail est, avant beaucoup d'autres structures encore à parfaire, une réalité que beaucoup de non-Européens nous envient.

Libé est sauvé !

Images Libération va mieux ! Mais ce n'est pas dans mon Libé que je l'ai appris - Libé m'a appris que Le Monde allait mieux, ce qui est aussi une bonne nouvelle - c'est dans Les Echos, avec une interview de Laurent Joffrin, récent PDG de Libé qui explique les problèmes de son quotidien dans le contexte général de la presse française à la recherche d'un nouveau modèle économique.

Très belle illustration de la difficile recherche d'un modèle, l'interview est publiée sur la version papier des Echos, mais n'est pas accessible gratuitement sur le site Internet, il faut être abonné ou payer l'article. Une mesure de précaution pour les quotidiens qui perdent leurs lecteurs en kiosque et n'ont pas envie de s'autoconcurrencer en mettant une édition gratuite en ligne.

Alors comment fait Libé, qui a un site en ligne gratuit et particulièrement riche ? Joffrin commence par reconnaître que oui, les ventes en kiosque ont encore baissé. Mais la baisse globale est limitée à 4%, grâce aux investissements faits sur les abonnements (notamment le portage à domicile) et aux recettes publicitaires : "au final, Libé devrait finir l'année pas très loin de l'équilibre d'exploitation, je pense que le journal est sauvé".

Pour autant, ajoute-t-il, si la baisse des ventes se poursuivait, le modèle économique du quotidien serait remis en cause, comme celui des autres quotidiens. Alors, journal papier ou journal en ligne ? Ni tout l'un, ni tout l'autre, répond-il en expliquant : "nous devons proposer une offre globale 'papier + web' enrichie par d'autres produits hebdos ou mensuels ; le problème, c'est que l'internaute n'est pas valorisé de la même manière que le lecteur papier". Mais les deux supports ne s'opposent pas et "le vaisseau amiral dans le futur ce ne sera plus le papier mais la marque".

Lecteur de base et fidèle de Libé, je dois dire que j'ai besoin des deux supports, le journal à parcourir chaque matin (avec le premier café) pour une vue transversale, l'édition internet pour une vue sectorielle mais surtout ce qui gravite autour, le contre-journal ou les blogs hébergés sur le site, les journalistes de Libé ayant été les premiers à compléter leurs articles par des blogs plus fouillés - dont Pierre Haski lorsqu'il était correspondant de Libé en Chine. Je suis aujourd'hui un addict de "Secret défense", le blog de Jean-Dominique Merchet qui contient évidemment beaucoup plus que la place qu'on lui accorde comme rubricard Défense sur le journal papier, et qui surtout véhicule les innombrables commentaires anonymes de la prétendue Grande Muette...

A la prédiction du magnat de la presse britanjnique Ruper Murdoch, selon lequel la presse papier va disparaître, Joffrin répond catégoriquement : non. Mais il faut régler le problème de la gratuité d'accès accordées à l'internaute : "on peut se demander si le fait que l'info soit mise gratuitement à la dispositon du citoyen ne doit pas faire l'objet d'une compensation". Alors, subvention, détaxation ? Il esquisse quelques pistes, se déclare ouvert à l'annonce présidentielle d'un forum sur la presse, souhaite un "coup de pouce" de l'Etat pour le portage à domicile et évoque le réseau de distribution  français, "peu performant et coûteux, malgré les efforts des NMPP".

Et il conclut, pour prouver qu'on peut être patron de gauche, responsable et courageux, sur une autre spécificité bien française, la pesanteur corporatiste du syndicat du Livre qui "entraîne des coûts de production et de distribution très élevés". Libé publiait en pleine page, ce matin, un appel de plusieurs quotidiens pour que cessent les mouvements de grève entretenus - notamment par le syndicat du Livre - autour des grandes imprimeries de la presse quotidienne. Demain, aucun journal ne sera disponible en kiosque : heureusement, Libé sera disponible en ligne ! 

Adieu à Mai 68

Je ne veux pas laisser mai partir sans saluer une dernière fois Mai 68 et tourner la page de notre jeunesse en ce quarantenaire, au risque de passer pour un ringard nostalgique aux yeux de nos ados d'aujourd'hui, même si tout a déjà été dit et écrit sur le sujet.

J'avais dix-huit ans alors, juste dix-neuf en plein mois de mai, j'étais en deuxième année de Sciences Po. Trop jeune, trop vite, trop tôt, pas assez mûr pour affronter le monde. Et pourtant une grande attente, une grande curiosité, une grande envie de découvrir le monde, dans une société en noir et blanc, paternaliste, figée et étouffante.

Mai nous est tombé dessus sans prévenir, brusquement. Les événements de Nanterre nous étaient à peine parvenus quand les gauchistes ont fait irruption à la Sorbonne. Et d'un coup la machine universitaire s'est grippée, bloquée, le monde adulte s'est arrêté, un vide béant, impensable, sans réponse à nos questions.

Etudiant sans révolte, j'ai appris la démission collective, la lâcheté des politiques, la démagogie des enseignants qui disaient nous comprendre alors que nous n'y comprenions rien. Jeune garçon bien élevé, j'ai appris à mentir à ma mère en expliquant au téléphone que le boulevard Saint Germain était à feu et à sang et qu'il valait mieux que je passe la nuit sur place plutôt que d'être pris dans une manifestation forcément violente. Une bonne excuse pour faire du tourisme nocturne, de Sciences Po à la Sorbonne et de la Sorbonne à l'Odéon.

Elu au Conseil étudiant présidé par Alain Barrau, j'ai appris la politique et ses compromis, le balancement circonspect rythmant d'interminables discussions et culminant avec cette motion de synthèse unique, entre révolutionnaires et modérés, grâce à laquelle le drapeau rouge et le drapeau tricolore ont coexisté sur la façade de la rue Saint-Guillaume.

Volontaire pour le service d'ordre, j'ai appris le maniement des armes et le contrôle de la violence, armé de mon casque de mobylette, d'un sifflet, d'une matraque et d'un couvercle de poubelle, avec pour consigne héroïque : "si les fachos d'Assas ou les gauchos de Médecine déboulent, tu siffles et tu fermes les griles en vitesse".

Volontaire ensuite pour être secouriste à la Sorbonne, j'ai découvert le noyautage en me faisant éconduire par un service d'ordre pris en mains par des Trotskystes nettement plus âgés, malgré ma blouse de chimie sur laquelle j'avait peint des croix vertes pour faire "médical".

Plus observateur qu'acteur, faute d'être pris au sérieux, j'ai appris le journalisme en parcourant les manifestations avec ma petite caméra 8 mm, grimpant jusqu'en haut d'une grue pour filmer en panoramique un immense cortège qui descendait le boulevard du Montparnasse, et en prenant des notes sur les débats les plus enfiévrés.

Ne fumant pas encore, j'ai appris la pollution dans la salle enfumée de l'Odéon où la densité des cigarettes faisait un halo bleu à la lumière des projecteurs - avant d'être asphyxié lâchement par un nuage de gaz lacrymogène remontant tout seul le boulevard Saint Germain désert et de me faire secourir à l'infirmerie de l'amphi Rosa Luxemburg, ci-devant Emile Boutmy.

Armé d'un transistor pour suivre les points chauds, l'oreille collée sur Europe 1, j'ai appris l'impact de la communication avec les mots d'ordre et les appels aux rassemblements, jusqu'à ce que la dynamique s'inverse avec le discours du 30 mai du général De Gaulle qui a sonné la fin de la fête et a "fait sortir les bourgeois du 16e".

Et finalement, j'ai appris la gueule de bois avec la récupération du mouvement par les professionels du syndicalisme, du discours par les politiques, de la rue par les forces de l'ordre, et le retour de bâton des professeurs nous faisant payer ensuite leur propre pusillanimité.

Mais j'ai appris ainsi plus en un mois qu'en des années d'études : pour ces leçons de vie, ce sentiment d'avoir vécu un événement unique et traversé un mois de mai historique, pour la densité intacte de tous ces souvenirs, je remercie encore aujourd'hui tous ceux qui nous l'ont fait traverser : merci Daniel C-B, merci Alain G, merci Jacques S, merci à tous les autres !

Prototypage rapide pour PME

L'innovation au service du design italien, c'est le projet concrétisé à Prato près de Florence avec l'inauguration du "laboratoire de prototypage rapide" au centre Art & Design de la commune de Calenzano, destiné à produire des prototypes pour les PME-PMI qui n'ont pas les moyens de se doter d'un laboratoire propre.

Racontée par le quotidien Il Tirreno (groupe Repubblica), l'histoire est étonnante et très simple en même temps : pour résumer, ce laboratoire toscan comporte notamment des imprimantes en 3D, capables de réaliser en plâtre ou en plastique des objets conçus et dessinés sur plans, avec la participation d'étudiants de ce centre.

Parmi les prototypes illustrés par le quotidien et présentés lors de cette inauguration, un concept-car d'auto sportive, des téléphone hybrides (portable et domestique), des bagages innovants, des meubles. Certains projets élaborés par les étudiants de Calenzano ont déjà été industrialisés par des marques italiennes connues comme Ariete pour les électroménagers, PiQuadro pour les sacs et Emmelunga pour le mobilier.

Le responsable des cours de dessin industriel Franco Ruffilli ne cache pas son ambition, mettre à profit les énergies rassemblées ici, l'inventivité et les moyens techniques, pour créer un laboratoire de "car design" et faire renaître la marque automobile florentine Ermini, connue après guerre pour ses voitures sport et de course, avant de disparaître en 1956. Ici à droite, la Valenzi Ermini de 1953. 

Tous héritiers de Mai 68

Moment de grand bonheur partagé, ce mercredi soir, avec un spécial "Droit d'inventaire" sur France 3 consacré à Mai 1968 et sa conclusion par Max Gallo : "si l'héritier politique de Mai 68 a d'abord été le président Giscard d'Estaing, qui a le premier fait bouger une société ressentie comme trop patriarcale avec la loi Neuwirth et la condition féminine, en fait nous sommes tous les héritiers de Mai 68 par les ferments de liberté individuelle qu'il contenait".

A contre-tendance de l'idéologie actuelle qui renie Mai 68 et sa "chienlit", les témoignages rassemblés par Marie Drucker en avance de phase de ce quarantième anniversaire étaient, au-delà de leur très grande diversité, convergents sur un fait, souligné par Laurent Joffrin, autre historien de ce mouvement : celui que, même si le général De Gaulle avait refermé la parenthèse de ce mois révolutionnaire après sa "disparition" à Baden et la reprise en mains de la situation politique dès son retour à Paris, situation sauvegardée par l'habileté tactique de Pompidou, plus rien ne serait plus vraiment comme "avant Mai 68"...

Moment d'émotion, le témoignage de son oncle, Michel Drucker, alors jeune journaliste du journal télévisé et gréviste par solidarité, licencié ensuite comme nombre de présentateurs beaucoup plus connus comme Léon Zitrone, Robert Chapatte et tant d'autres. II raconte comment avant les événements, le "conducteur" du commentaire du journal télévisé était passé chaque jour au ministre de l'Information Alain Peyrefitte puis relu à l'Elysée, comment la télévision publique était officiellement contrôlée. Un contrôle qui, précise Max Gallo en tant qu'ancien porte-parole du gouvernement sous le président Mitterrand, a perduré jusque vers 1986.

Mélange réussi d'interventions directes et d'interviews enregistrées, la présentatrice de la nouvelle génération a recueilli le témoignage d'acteurs politiques comme Charles Fiterman, Pierre Juquin, Jean-Philippe Lecat, Edouard Balladur, mais aussi Alain Krivine, Daniel Cohn Bendit, présent sur le plateau avec Marina Vlady, ancienne porte-parole des "343 Salopes" (signataires du manifeste pour la légalisation de l'avortement), et Arlette Laguiller témoignant elle aussi de l'absence des femmes sur une scène politique essentiellement masculine - "non, complètement macho !", corrige Cohn-Bendit.

Avec le recul historique, il est connu que même les pires adversaires se parlent, ou se recueillent ensemble sur leurs souvenirs et sur leurs morts. Là c'était différent, la connivence venait à la fois d'une certaine fierté d'avoir participé à Mai 68, d'un peu de nostalgie, et de la brusque prise de consience qu'on avait beau avoir fait la révolution ou avoir été une personnalité politique de premier plan, on pouvait se faire couper la parole par une jeune présentatrice parfaitement à l'aise de la liberté que ses aînés avait conquise pour elle. Une image très forte et très parlante.

Une femme pour roi mage

L'Italie a une façon particulière de fêter l'épiphanie le 6 janvier, c'est l'arrivée de la Befana (qui tire son nom d'Epifania), sorcière gentille et beinfaisante agréée par l'Eglise et qui, come les rois mages offrant leurs dons à l'enfant Jésus, apporte des cadeaux aux enfant méritants.

Nettement plus populaire que les mystérieux Gaspard, Melchior et Balthazar, astrologues chaldéens devenus rois par la légende et dont sait seulement que le troisième était noir parce qu'on le représente comme un roi africain dans les crèches, la Befana est une bonne sorcière européenne classique, munie de son balai, de son chapeau et de son nez crochu.

Avatar des druidesses sacrées, les sorcières ont survécu dans l'inconscient européen sans être des personnages négatifs, bien que l'Eglise en ait brûlé des centaines au Moyen-Age. Celle-ci en particulier est attendue par tous les enfants car c'est elle qui, jusqu'à une époque récente, apportait les cadeaux qu'on trouve aujourd'hui dans les crèches dès le 25 au matin, impératif commercial oblige, ou dès le 24 au soir, déposés alors par le Père Noël descendu dans la cheminée.

Mais la Befana, version féminine du Père FouettNewpress, ard, ne donne ses cadeaux qu'aux enfants qui ont vraiment été sages. Aux autres elle apporte du charbon. Enfant, à l'âge où on croit encore au père Noël, j'avais été mortellement blessé d'avoir trouvé du charbon dans la chaussette en coton fixée à la cheminée, même si c'était du charbon sucré à l'anis, qu'on trouve encore en vente aujourd'hui dabns les confiseries. Mauvaise plaisanterie d'adultes, que je ferai jamais à quiconque, je me le suis promis ce jour-là !

Et pendant que les Français s'adonnent au rite répétitif de la galette des rois (entre la famille, le bureau et les amis, on en consomme cinq à six...), les Italiens célèbrent la sorcière gentille, qui ouvre les défilés les plus originaux : à Rome elle précédait dimanche les chars portant les rois mages jusqu'à la place Saint-Pierre. A Florence, deux befane étaient juchées sur une locomotive à vapeur à la gare de Santa Maria Novella, avant le défilé dans la ville. A Venise, plusieurs sorcières ont fait la course en gondole, tandis qu'à Mondovi, la Befana est descendue du ciel en mongolfière, parmi 40 Mongolfières spécialement rassemblées pour la fête. A Milan enfin, elle ouvrait le tradionnel défilé des motos jusqu'à la place du Domo.

A Palerme, par souci du politiquement correct, on avait même organisé une "fête multiethnique de l'Epiphanie", au profit des enfants d'immigrés et de sans logis, avec des cadeaux pour tous. J'ai lu ça dans le Corriere della Sera. En oubliant au passage que si la Befana est "bien de chez nous", les rois mages étaient eux-mêmes une manifestation ethnique, l'hommage des peuples d'Afrique et d'Asie au nouveau Messie.

(Photos : Newpress, Ansa, AP)

Soyeux Noël à Lyon

P1000197 Passer à Lyon le jour de la fête de la lumière, avec un rayon de soleil perçant la brume du bord de Rhône et colorant la ville de teintes douces et soyeuses, est un pur plaisir pour les yeux, avec des façades plus pimpantes qu'ailleurs qui rappellent que, malgré la température, on est ici plus proche du sud que du nord, avec beaucoup d'influences provençales, italiennes, en un mot... gallo-romaines.

P1000193 Le marché de Noël de Perrache, plus discret que dans d'autres grandes villes, reflète ce mélange de cultures qui reste, jusqu'à l'immigration la plus récente, plus réussi qu'ailleurs, ou en tous cas plus harmonieux. Lumières artificielles et jeux de glaces et de miroirs scintillant au soleil donnent une intensité particulière à l'activité très intense de cette veille de Noël. Les bougies et lanternes - y compris celle de Saint-Martin - ajoutent à la chaleur et à la célébration de la lumière.

P1000212 Dans l'alignement des stands du marché de Noël, le Noël chrétien n'est présent que par deux marchands de santons de Provence, production traditionnelle et toujours populaire, même si le genre a du mal à se renouveler : une fois qu'on a complété la Sainte famille, le boeuf et l'âne, les rois mages et deux bergers, l'imagination est moins débordante que pour les crèches italiennes où la technologie moderne permet d'animer les personnages par de petits moteurs électriques aussi ingénieux que discrets.

P1000210 Mais c'est surtout la ripaille païenne qui est massivement célébrée par les stands de cochonnailles, de boudin blanc, de pain d'épices, de confiseries en pâtes d'amandes et de chocolat et même, plus insolite, de thés de Chine. Barbe à papa et barbe de père Noël, tout est prétexte à spécialité gastronomique et dégustation.

P1000213Sans aucun rapport avec la fête mais désormais présente sur tous les marchés populaires européens, la production de poupées russes et autres objets russes en bois laqué voisine avec les masques africains et les figurines japonaises. Lyon, plus que jamais, est un carrefour international. Même si Noël s'estompe un peu derrière la fête foraine.

Rome en habits de Noël

Navona1_5  S'il est une ville qui prend un air de fête plus que toute autre en fin d'année c'est Rome, où le respect des traditions, religieuses et païennes, se conjugue à l'esthétique du décor et à l'art de la mise en scène pour en faire un endroit hors du temps, un symbole universel de la fête de Noël.

P10001791 P1000168 L'endroit le plus connu des touristes est la Piazza Navona, où la tradition la plus ancienne voulait que les artisans napolitains fabriquant les santons de crèche viennent installer leurs étals. La tradition s'est maintenue et les Napolitains sont bien là, même s'il n'y a plus guère que quatre ou cinq de ces boutiques, un peu perdues au milieu des vendeurs de confiseries, tirs forains, marchands de jouets et vendeurs de souvenirs dont beaucoup sont asiatiques, de la même façon que les artistes qui font des portraits au milieu de la place sont souvent, comme dans toutes les capitales, des japonais ou des sud-américains.

Mais l'esprit est resté des boutiques et de P1000173_3leurs petites lumières, donnant à ce marché de Noël un air intimiste qu'il n'a nulle part ailleurs, dans une P10001771 odeur où le marron grillé l'emporte de loin sur les sucreries et la barbe à papa. Au milieu, une fausse grange abrite la crèche où viennent jouer de temps en temps - car il faut du souffle ! - les pifferari et les zampognari, les joueurs de pifre et de cornemuse avec leurs peaux de mouton typiques de la Ciociaria, tandis qu'à l'autre bout de la place tourne un manège à l'ancienne.

Cachée derrière un échafaudage, la grande statue des fleuves (Nil, Gange, Amazonie, Danube) se refait une santé avec une armée de spécialistes qui restaurent la pierre ancienne à la brosse et à la ponceuse, en petites gestes infiniment minutieux et respectueux. Rome continue le travail de mise en valeur commencé pour le Jubilé et qui lui donne aujourd'hui ces couleurs pastel, ces statues éclaircies, ces fontaines redevenues lumineuses.

P10001641  Puis il faut remonter le centre vers la place d'Espagne, à travers les P10001911 petites rues toutes décorées différemment, lumineuses à toute heure du jour et de la nuit, qui donnent un relief particulier aux palais et maisons baroques aux teintes ocre, rose et crème des restaurations les plus récentes. Pas une faute de goût dans ces décorations de Noël.

Toujours légère, la petite fontaine de la Navicella voit se refléter toutes les guirlandes lumineuses tandis qu'à mi-escalier, sous la façade de la Trinité des Monts à demi-cachée par un échafaudage qui recouvre l'obélisque, encore une restauration en cours, une crèche grandeur natureP10001901 imite de vieilles maisons et de vieilles auberges d'une crèche napolitaine, et se fond tout naturellement dans les rampes des escaliers, comme si elle avait toujours été là. Cet escalier de la Trinité des Monts est par excellence le théâtre où Rome se donne en spectacle, un spectacle renouvelé à chaque saison : au printemps, ce sera une cascade d'azalées qui descendra les escaliers jusque sur la place, dans une grande symphonie de rose et de rouge...

Marins de 7 à 77 ans

DSCF8816 Expo à ne pas rater au Musée de la Marine à Paris, puisqu'elle a été prolongée jusqu'au 3 novembre, "Bateaux jouets, 1850 - 1950" est un événement à plusieurs points de vue : l'intérêt des objets, l'émotion des souvenirs, la qualité de la muséographie en font un spectacle pour les passionnés de la mer, du jouet, du bricolage, et pour tous les nostalgiques des petits voiliers en bois du Luxembourg ou du bassin des Tuileries.

En fait, le principal patrimoine de la collection exposée est le jouet manufacturé en métal, qui apparaît avec la révolution industrielle et l'accompagne, avec des mécanismes de pus en plus sophistiqués juqu'à l'irruption du plastique dans les années 1950 qui verra le déclin des jouets à ressort et du jouet en métal.

DSCF8822 Les pièces rassemblées, appartenant au Musée de la Marine ou à des collectionneurs privés, sont exceptionnelles par leur richesse et leur originalité. Pièces uniques et artisanales comme ce bateau à vapeur mû par roues à aubes, le Comté du Hainault, fabriqué par le Français Giroux en 1859, ou ces contre-torpilleurs massifs produits par Radiguet.

DSCF8820 Mais aussi pièces en série, et c'est un défilé de tous les noms des industries du jouet en France (Gil, Vébé, JRD, Hornby, JEP...) et Allemands (Hess, Plank, Fleishmann, Arnold, Mârklin, Bing...), noms dont beaucoup se feront connaître par toute le gamme des jouets mécaniques : trains, voitures, automates. Une très belle pièce de Bing est le Hohenzollern, de la fin du 19e siècle.

Jouets guerriers pour les gros cuirassés, certains démontrent une grande inventivité pour transformer de paisibles bassins en batailles navales : ainsi la torpille à ressort qui vient frapper un bateau de guerre lequel, lorsqu'il est touché au centre, s'ouvre en deux et coule aussitôt.

DSCF8817 Jouets poétiques aussi, avec des voiliers et des canots à rame de tout type mais aussi la "carpe frétillante", jouet mécanique de 1924 à faire rêver les pêcheurs d'eau douce. Ou comme le sous-marin Berrot, "jouet scientifique et bien français, car il ne torpille ni les femmes ni les enfants", se contentant de plonger en immersion et de remonter à la surface grâce à une poire qui pompe de l'air dans le réservoir.

L'exposition est aussi l'occasion de découvrir deux très belles créations esthétiques : d'abord le film du grand collectionneur Jac Remise, "Le jouet reflet de son temps", tourné en 1968 avec les bateaux de sa collection privée mis en situation dans la nature. Un document assez unique, dommage qu'il ne soit pas en vente. Ensuite la série des photos faites pour une campagne de publicité de la marque Vuitton par le photographe Jean Larrivière, mettant en scène ces petits bateaux mécaniques dans les paysages magiques des grands fleuves de l'Inde avec un incroyable travail de mise en scène (certaines photos racontent le DSCF8826"making of").

Une visite à rater d'autant moins que, à côté de cette exposition sur le bateau-jouet, le Musée de la Marine du Trocadéro reste le bonheur des maquettistes avec une collection unique de bateaux, à voile et à vapeur, en bois et en métal, devant laquelle on peut passer des heures sans se lasser. Celle-ci est certainement "la Licorne" de l'ancêtre du capitaine Haddock, celle du trésor de Rackham le rouge.

Des colonies aux immmigrés

DSCF8810 DSCF8785 Inauguré par le maréchal Lyautey, Paul Reynaud et le président Doumergue en 1931, le beau Musée des colonies de la Porte Dorée à Paris, abandonné depuis quelques années, a revu le jour sous la forme d'une Cité nationale de l'histoire d'immigration, ouverte le 10 octobre dernier.

Ce n'est pas un DSCF8786hasard si ce site phare de l'Exposition coloniale internationale, à l'époque où la France rayonnait sur un vaste empire, a trouvé une nouvelle vocation en portant notre regard sur le devenir de ce rayonnement par l'immigration étrangère en France, dans laquelle les anciennes colonies ont joué et jouent encore un rôle central.

DSCF8793 Pour autant, ce n'est pas un musée ethnique où l'on classerait les immigrés par communauté d'origine. Pas davantage un musée de l'intégration où toutes les cultures seraient fondues en une seule, la culture universelle française. Non, c'est beaucoup moins et beaucoup plus à la fois : une évocation sensorielle du parcours de l'immigré qui arrive en France, la souffrance de son déracinement, la souffrance de ne pas appartenir aux paysages où l'on vit, et même la souffrance de se retrouver un étranger quand on visite son pays natal.

DSCF8796 Par petites touches, l'exposition s'adresse à la sensibilité de tous, "Français de souche" ou "Français immigrés", et va s'attarder sur le regard : regard de celui qui arrive, regard de celui qui voit arriver l'autre. Des caricatures de la fin du 19e siècle et du début du 20e rappellent que les idées antisémites étaient répandues en France, comme les préjugés anti-italiens, anti-polonais, la peur de l'asiatique ("le péril jaune"), des clichés qui réapparaissent à chaque époque, avec chaque vague d'immmigration.

DSCF8798 Car chaque époque a eu ses phantasmes d'invasion, et chaque fois une population immigrée s'est intégrée, le temps d'une ou deux générations : après les Belges ce furent les Italiens, puis les Polonais, ensuite les Espagnols, très nombreux les Portugais, puis les Algériens, Marocains et Tunisiens, enfin les Africains, les Chinois, ceux d'Europe centrale et orientale...

DSCF8802 Ouvert à tous les niveaux de compréhension, y compris aux enfants par la profusion d'images et d'objets, le musée offre aussi des éléments pour approfondir sa compréhension : cartes montrant la répartition des communautés d'immigration aux différentes époques, documents, vidéos avec des témoignages humains (une mère arabe parle à sa fille francophone, laquelle traduit à sa propre fille qui ne parle qu'anglais), enfin des interviews sur la notion "d'étranger".

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On apprend beaucoup sans se lasser, en grappillant à ALeqM5jWyn_a-e8t_TyH9EPiRXahcOwiig droite et à gauche. Ce musée vivra par les expositions temporaires - il y en a déjà une sur l'immigration arménienne - et par l'événementiel qu'il saura susciter. Un projet prometteur, salué comme tel par son promoteur l'ancien président Jacques Chirac, venu en visite le 19. On attend encore une inauguration officielle, le gouvernement s'y est engagé. Si le sujet l'intéresse...