Vive la carpe et le lapin

Revanche champêtre à Sèvres, le regroupement pour le second tour des municipales non seulement des Verts de Luc Blanchard mais du MODEM de Pascal Giafferi à la liste "Envie d'une Ville" menée par le socialiste Jacques Blandin avec le soutien des Communistes et Radicaux de gauche, est qualifié par le maire sortant de "mariage de la carpe et du lapin". Cela confère un indéniable label écologique à la majorité mathématique née, au premier tour, des voix n'ayant pas choisi de soutenir le candidat de l'UMP resté en-dessous de la barre des 50%.

Le candidat de la majorité présidentielle dénonce ainsi sur son blog cette "coalition hétéroclite" dont "l'addition des ambitions entraînera inéluctablement la multiplication des dépenses et l'explosion des impôts". Et appelle à ceux de ces concitoyens qui sont attachés à "la clarté" et à la "compétence" à se rassembler autour de lui.

Il trouve pour le défendre l'ancien maire communiste Roger Fajnzylberg, passé du rouge au bleu en ralliant le camp de l'UMP, qui reconnaît que le ralliement du MODEM de Sèvres à l'alliance du PS et des Verts "constitue un sacré coup de tonnerre pour ses électeurs du premier tour". Et constate que "sur le papier, la coalition des trois listes permet de rassembler 52,4% des votants du premier tour". Ce spécialiste de la politique locale - et de la politique tout court - admet donc qu'il y a pour la première fois depuis longtemps un renversement de tendance.

Mais avec une prudente audace, et "compte-tenu de premières réactions que j'enregistre", l'ancien maire de gauche "parie sur une mobilisation électorale forte au second tour et le refus de cette nouvelle donne par une partie importante des électeurs sévriens du Modem", sans parler du "lâchage d'une fraction de gauche qui se manifestera par le vote blanc". Il veut ainsi nous faire comprendre que ceux qui ont voté au premier tour resteront chez eux, tandis que ceux qui sont restés chez eux iront voter pour le maire sortant... Par souci de la météo ?

Il est certain que les majorités mathématiques n'existent pas quand il s'agit de coalitions aussi larges, et que l'incertitude est très grande. En revanche, il est intéressant de constater que derrière le candidat socialiste Jacques Blandin, c'est une dynamique nouvelle - et symbolique dans les Hauts de Seine - qui s'est manifestée en balayant pour la première fois de très anciennes querelles de clochers et autant de guerres de boutons. La carpe et le lapin enfin réunis pour défendre le cadre de vie de la boucle de Seine, voilà un message encourageant pour tous ceux qui cherchaient à visualiser cette "envie d'une ville" exprimée ensemble par toutes les sensibilités désireuses d'une vraie ambition pour Sèvres et ses habitants.   

Désert et des sciences

La Cité "des Arts et des Sciences", ambitieux nom donné à l'Ile Seguin entre Boulogne et Sèvres, reste à ce jour un immense espace en jachère, après la destruction des usines Renault qui la recouvraient et la dépollution des terrains. On a peine à imaginer que, dès septembre 2010, plus d'un millier d'étudiants pourraient, comme vient de l'annoncer l'université américaine de Paris qui a déposé deux permis de construire, profiter d’un campus composé d'un bâtiment académique de 11.000 m2 et d'une résidence étudiante de 10.000 m2.

Coeur symbolique de l'industrie automobile française, l'île n'est plus aujourd'hui qu'un no man's land pudiquement voilé à sa pointe aval par un rideau de peupliers et en amont par un morceau de façade de l'usine historique encore marquée "Régie Renault", mais qui pour le reste n'offre qu'une surface nue où s'alignent d'étranges tas de sable recouverts de bâches en plastique, comme les dunes rigides d'un désert industriel.

Plusieurs fois remaniés après la défection de l'industriel François Pineau, qui a délaissé la Seine pour installer sa fondation d'art moderne sur la lagune de Venise, les projets d'aménagement sont prometteurs : centres universitaires, dont celui de l'université américaine, centres de recherche médicale, peut-être un centre pour la recherche sur le cancer, centres administratifs et, surtout, des jardins promis pour faire de l'ancienne usine Renault une oasis futuriste.

Bientôt dix-huit ans que l'usine est fermée, mais l'île continue à incurver silencieusement son profil en point d'interrogation dans le flot de la Seine, tandis qu'à Boulogne le bétonnage a commencé à vive allure sur les anciens terrains Renault. Une superbe passerelle de béton, amenée en tronçons par voie fluviale, a du reste commencé à relier cette rive de Boulogne à l'île, en parallèle de l'ancien pont industriel toujours conservé. Il est même prévu que cette passerelle soit prolongée de l'autre côté de l'île, vers Sèvres et le Bas-Meudon.

Avec la frénésie de construction qui a pris les deux rives de la Seine autour et en amont de l'île, à Boulogne sur la rive droite et du Bas-Meudon à Issy les Moulineaux sur la rive gauche, il est vraisemblable que les promoteurs ont de quoi s'occuper et qu'un chantier scientifique et universitaire n'est pas prioritaire. Dommage, car s'il y a bien un endroit qui mériterait un effort de même ampleur que ce qui a été fait à l'Est de Paris, autour de Bercy et de la BNF, c'est bien cette boucle de la Seine où la nature est encore un peu conservée entre les espaces verts de l'île Saint-Germain, des parcs de Brimborion et de Saint-Cloud et du Bois de Boulogne...

Meeting tranquille en banlieue

Il y a les grands meetings électoraux, avec la foule et les vedettes, la mise en scène et l'ambiance organisée. Et puis il y a toutes les autres réunions de moindre ampleur qui font le quotidien d'une campagne électorale, où des candidats tenaces et patients se battent à contre-courant de la vague résignée, où des militants fidèles à leurs idées, malgré les sondages et les sarcasmes, tiennent bon et font venir leurs amis, et grâce à qui rien n'est jamais perdu d'avance, même dans ce département des Hauts de Seine qui est une "planète UMP". Eve, une amie, m'a donné son témoignage sur une réunion locale cette semaine à Meudon, qui reflète si bien la réalité d'un parti qui ne baisse pas les bras. Merci, Eve !

"Ce jeudi soir, je me dépêche pour ne pas être en retard ; le tract précisait réunion à 20h30. J’arrive au Stade René Leduc à 20h30 précises. Dans une petite salle municipale d’une banalité effrayante, éclairée par des néons livides, environ 7 personnes : le suppléant de la candidate aux Législatives Jacques Blandin, Jean Levain maire de Chaville et quelques personnes que j’ai déjà vues dans d’autres réunions du PS qui, manifestement, font partie des bénévoles qui donnent leur temps et leur soutien à la cause. Les intervenants présents sont assis sur une rangée de chaises inconfortables face à plusieurs rangées de chaises tout aussi inconfortables et pratiquement vides.

Comme toujours le premier rang est déserté et je m’y assois. Fort aimablement, on vient me saluer et je ne peux m’empêcher de penser que cette courtoisie signifie qu’il y aura peu de monde et que les quelques personnes présentes le savent mais on se souvient de moi, on m’appelle par mon nom. J’en suis étonnée.

Je vais consulter les tracts. Le slogan « Le 10 juin, on vote Caroline ! » m’amuse et m’irrite ; pourquoi réduit-on les femmes à leur prénom ? A la réflexion, le nom, chez nous, est dit patronymique donc dans la transmission masculine. Quand même ! Si l’on n’a cessé d’appeler la récente candidate Ségolène, l’on n’a jamais osé appeler ses adversaires François ou Nicolas.

La photo de la candidate aux Législatives est superposée à celle de la candidate aux Présidentielles. Tiens, elle s’appelle Roy ; c’est proche de Royale. Faut-il y voir un signe ? Le texte est une série de professions de foi. Rien sur les moyens de les concrétiser…

Tradition bien française, les gens ne commencent à arriver que vers 21 heures. En tout, dans l’assistance, 25 personnes. La candidate Caroline Roy arrive et la réunion commence après qu’on nous a annoncé que Marc Mossé, l’un des intervenants, sera en retard.

Je regarde les présents. En dehors de la candidate et de son suppléant, sans doute portés par leur enthousiasme pour les valeurs qu’ils défendent, ils ont l’air fatigué, leurs dos sont voûtés, leurs visages sont tirés et n’expriment aucune joie.

Jacques Blandin prend la parole en expliquant qu’avec Caroline Roy, ils ont mis au point une stratégie « marketing » de leurs réunions. Quand on veut faire acheter une lessive, on commence par expliquer pourquoi il ne faut pas acheter les marques concurrentes puis l’on développe les atouts de son propre produit. Il va donc nous dire pourquoi il ne faut pas élire « les autres » (en fait, il parlera essentiellement de l’UMP, un peu du candidat du Modem qui cumule des mandats dont le législatif ne lui est pas le plus intéressant) et Caroline Roy nous exposera les motifs de l’élire. Il est intelligent, manie le discours avec aisance, l’ironie, avec brio. Elle est dynamique, s’exprime clairement avec conviction et sincérité.

Marc Mossé, enfin arrivé, axe sa prise de parole sur les institutions, le risque, si l’UMP obtient 3/5ème des sièges, de lui donner la possibilité de changer la Constitution pour faire passer des lois qui ne la respecteraient pas. C’est précis, pertinent et très convaincant.

Au fur et à mesure, les gens s’affaissent sur leurs chaises et certains même, terrassés par la fatigue, luttent pour ne pas s’endormir. Je ne peux m’empêcher d’éprouver de la tristesse pour cette lassitude mais aussi du respect pour cette fidélité.

La parole est donnée à Jean Levain. Il a l’air d’un brave homme qui se donne entièrement à sa tâche de maire. Son discours est émaillé d’anecdotes et d’exemples vécus au sein du Conseil Général avec une majorité de maires de droite sur le sujet des logements sociaux.

Il règne une certaine bonhomie entre les intervenants ; ils se connaissent bien, leur auditoire est composé en grande partie d’amis, de militants, de familiers. Le temps passe et il faut écourter pour répondre aux questions de la salle (...)

Je questionne sur les libertés individuelles et les caméras de surveillance, la carte Vitale à puce, les machines à voter. Caroline Roy qui avait évoqué l’impossibilité pour la CNIL de faire un vrai travail se déclare très concernée par ce problème. Jacques Blandin affirme qu’on ne peut refuser les nouvelles technologies mais que, par exemple, pour les machines à voter, il faudra exiger l’édition d’un bulletin papier (déposé dans une urne transparente) auquel on pourra se référer en cas de litige.

Une dame âgée s’étonne qu’il n’ait pas été davantage question de l’Europe. Marc Mossé lui répond que, bien entendu, « on est tous favorables à l’Europe ». Je me demande de quelle Europe il parle : je l’avais entendu, dans un débat sur la Constitution européenne, égrener tous les dangers de cette Constitution tout en appelant, à mon grand étonnement, à la ratifier.

Il faut libérer la salle. Un pot nous attend. Je reste le temps d’échanger quelques mots avec un monsieur visiblement en mauvaise santé et une dame toute maigrichonne dont les propos trahissent une naïveté certaine, avant de prendre congé non sans avoir souhaité sincèrement bonne chance à la candidate.

Je suis contente d’être venue ; ces gens forcent le respect. Je suis perplexe sur la suite des événements mais pas pessimiste. J’éprouve une grande tendresse pour toute cette intelligence, tout cet engagement militant. Ces gens méritent une victoire, à tout le moins une réassurance mais la vie nous est-elle donnée pour nous rassurer ?

Eve"

Du bonheur au ras de l'eau

Ils étaient une dizaine, samedi après-midi sous le soleil, à recevoir avec joie et enthousiasme leur baptême de canotage au club de kayak du Pont de Sèvres, profitant d'un temps extraordinaire et d'un ciel bleu qui se reflétait dans la Seine. Mais un baptême particulier, quand même, puisqu'il s'agissait d'un groupe de handicapés du club des Chamois.

Escortés par Jean-Marie et quelques autres cadres du club, ces handicapés de tout âge avaient rendez-vous à trois heures : ils sont arrivés à deux heures, avec une heure d'avance, fébriles comme des enfants, attendant avec une impatience grandissante qu'on sorte les canots, les pagaies, les gilets de sauvetage. A part une bousculade pour essayer les gilets, avec des gestes forcément maladroits pour saisir leur pagaie, le petit groupe s'est approché de la Seine en bon ordre, écoutant avidement les moniteurs.

Puis ils ont embarqué, l'un après l'autre, ou l'une après l'autre, aidés à s'asseoir sur le débarcadère, puis dans le canot. Toute une aventure... Un seul est resté sur la rive, disant ou ne disant pas qu'il avait peur de l'eau, regardant ailleurs, avec un sourire un peu gêné. Pressé au contraire d'embarquer, un grand garçon sans âge poussait des petits cris d'excitation, ému de s'asseoir dans le canot vert, de saisir sa rame bleue, de tirer son gilet rouge : par respect pour eux, je n'ai pas pris de photos, mais j'ai partagé un moment de bonheur naïf et complet, un bonheur authentique comme on en vit rarement.

Nous sommes partis à la queue leu leu, en remontant la Seine le long de l'île Seguin, puis de l'île Saint-Germain, jusqu'à l'endroit où l'on voit souvent des tortues de Floride. A cause de la foule de promeneurs sur la Seine, une seule tortue était visile, à moitié cachée derrière une souche. Martine, à l'avant de mon canot, a pagayé sans s'arrêter pendant plus d'une heure. Concentrée, grave et tenace, prouvant qu'elle faisait aussi bien que les autres, refusant de s'arrêter pour se reposer.

Nous avons croisé des forçats de l'aviron, rigides et compassés, beaux et froids, symboles de force et d'équilibre, mais pas vraiment épanouis. Nous avons été doublés par des promeneurs sur de gros hors-bords rutilants. Aucun ne manifestait la joie enfantine et brouillonne de notre flottille, un joyeux chahut au milieu des canards, des oies et des pêcheurs.

Nous avons tous ramé comme jamais, les valides ramant pour les autres, chacun prenant le rythme à l'imitation, tous gagnés par la sérénité des paysages du bras mort de la Seine. En tout, nous n'avons ramé qu'une heure et demie, au plus, mais nous avons quand même été au bout du monde. En revenant au débarcadère, où sortir du canot était encore plus difficile qu'y descendre, c'était comme un retour de vacances. Avec la même nostalgie. Le petit groupe ne redemandait qu'une chose : pouvoir revenir. Et quoi de plus normal, après tout, que d'emmener des handicapés ramer paisiblement sur la Seine ?

Feu la Cité artisanale

Dscf7074 Comme il était prévisible, la Cité artisanale de Sèvres, construite dans les années soixante par trois disciples de Le Corbusier, les architectes Candilis, Woods et Josic, a subi les assauts des bulldozers entre les deux tours des présidentielles, histoire de créer une situation irréversible : certains élus auraient-ils eu peur de ne pas être assurés d'une victoire de leur candidat pour ainsi hâter ce chantier ?

Je ne sais pas quel jour ni à quelle heure sont passés les avions, car je n'ai rien Dscf7080entendu, mais le résultat ressemble bien à celui d'un bombardement : murs effondrés, gravats entassés, le premier travail de démontage des superstructures en verre et métal a préparé celui de démolition proprement dite de la maçonnerie, celle qui justement était considérée comme un patrimoine international. Une démolition systématique, partant de la partie la plus haute du site et descendant vers le bois en contrebas.

Pas la peine de revenir sur l'historique de ce site, déjà décrit sur ce blog. Ni sur la Dscf7083campagne de protestation suscitée par le projet de raser le site au profit d'un projet immobilier de grand standing, en lisière du bois. Les pétitions sont remontées jusqu'au cabinet du ministre de la culture, qui a ordonné un supplément d'enquête mais n'a pas décidé le classement du site : une erreur politique ? Je n'en sais rien mais je constate que beaucoup d'experts en architecture contemporaine se sont posé la question.

Dès lors, il était prévisible que le programme interrompu pour quelques mois, en fait Dscf7079depuis l'été dernier, allait reprendre son cours "normal". Pour les promoteurs, le retard du chantier était une véritable catastrophe. Du reste, le bureau de vente des futurs appartements n'avait jamais arrêté son activité, preuve que ce site privilégié intéresse beaucoup d'investisseurs.

Bref, les bulldozers sont à l'oeuvre et, quand ils ne travaillent pas, sont discrètement rangés derrière les constructions, invisibles de la route des Gardes. Seule la partie des Dscf7086constructions en lisière de bois semble intacte, avec encore des plantes sur les terrasses : sans doute s'agit-il de la partie encore habitée par la famille de l'un des trois architectes, et qui aurait fait l'objet d'un compromis avec la municipalité pour être conservée comme dernier "témoin" de ce que fut la Cité artisanale.

 

Ensemble la gauche est possible

Dscf7038 Belle illustration du rassemblement large et consensuel réalisé depuis le premier tour autour de la candidature de Ségolène Royal : samedi, sur le marché sévrien de Saint-Romain, les militants du Parti socialiste (et de Désir d'avenir), du Parti communiste et des Verts distribuaient chacun le tract de leur formation politique, mais avec un même appel à voter pour la victoire de la candidate de gauche.

En face, malgré leurs superbes T-shirts bleu (bleu royal, exactement) portant le slogan Dscf7033"Ensemble, tout devient possible", les militants de l'UMP paraissaient paradoxalement moins allants, comme si le dynamisme était désormais d'un seul côté, comme si le camp du candidat arrivé en tête s'essoufflait. Eux appelaient à venir à la grande réunion publique avec Nicolas Sarkozy dimanche à Bercy, tandis que le PS invitait au meeting-concert de mardi 1er mai au stade Charléty, où Ségolène Royal sera entourée de Bénabar, Cali, Michel Delpech, le toujours jeune Leny Escudero, Indochine, Rachida Khalil, Kéry James, Mokobé, Renaud, Sanseverino et Tikenjah. Aux dernières nouvelles, Yannick Noah se serait annoncé lui aussi.

Dscf7041Pour les militants du PS, le slogan "La France présidente" suscitait les mêmes réactions habituelles : sourires complices pour les uns, air courroucé des autres, un grand classique des distributions sur les marchés. Beaucoup d'encouragements en tous cas, notamment du côté des mères de famille, des immigrés, d'un certain nombre de personnes âgées - mais l'objectivité me force à dire qu'il y avait aussi des réactions très tranchées chez certains anciens lorsqu'ils découvraient le portrait de Ségolène.

Dscf7044Venus en force, les militants de "L'Ecologie - Les Verts" avec leur candidat aux législatives, dont le tract annonçait fièrement la couleur vert-rose : "le 6 mai, votons Ségolène Royal - Nous ne voulons pas de l'élection de Nicolas Sarkozy, candidat d'une droite libérale compatible avec le l'extrême-droite, candidat du gouvernementr sortant". Les Verts en profitent pour "remercier les électrices et électeurs qui ont apporté leur soutien à leur candidate Dominique Voynet, en dépit de fortes pressions et d'une campagne où le commentaire des sondages a trop souvent remplacé le débat de fond". Mais aucune arrière-pensée pour faire voter Royal, avec ce message : "la révolution écologique appellera d'autres étapes. Ne ratons pas celle du 6 mai."

Dscf7032Les Communistes sévriens avaient préparé un tirage spécial de leur bulletin hebdomadaire, avec un gros titre : "Battons Sarkozy", avec la déclaration de Marie-Georges Buffet : "j'appelle sans hésitation tous les hommes et toutes les femmes de gauche, toutes et tous les démocrates, à voter et faire voter le 6 mai Ségolène Royal". L'un des militants, n'osant sans doute pas appeler trop ouvertement à voter Ségolène en donnant son bulletin, pour ne pas être pris pour un Socialiste dans cette foule de militants de toutes tendances au coude à coude, lançait : "votez pour une femme, ça vaut quand même mieux !". Il est vrai qu'entre Ségolène, Marie-Georges et Dominique, la cause des femmes est sans équivoque mieux représentée à gauche.

Pour les Communistes de Sèvres, l'autre actualité du microcosme est bien entendu la défection de l'ancien maire communiste Roger Fajnzylberg rallié à Sarkozy, qualifié de "trahison", ce qui lui vaut un éditorial vengeur du même bulletin : "le PC constate avec regret que la nature du personnage n'a guère changé depuis 1984, où son anticommunislme a ouvert en grand les portes à la droite municipale. Son opportunisme éclate au grand jour par le choix qu'il fait d'une politique de droite la plus dure et la plus anti-sociale que le monde du travail ait connu depuis des décennies".

Dscf7035Un marché politiquement actif, où malgré tout les gens sont plus passionnés que d'habitude, certains acceptant de se faire expliquer un tract, d'autres protestant gentiment comme cette vieille dame : "avec tous ces discours politiques vous m'avez fait oublier d'aller voir le prix des géraniums !" Un net progrès en tous cas dans le comportement civique, aucun tract n'était jeté par terre et même ceux qui, conformément aux traditions les plus anciennes, froissaient ostensiblement un tract pour marquer leur désaccord, repartaient avec sans le jeter par terre...

Le renfort important des écologistes et des communistes a en tous cas permis aux militants du PS d'effectuer un repli tactique discret peu avant onze heures : rendez-vous avait été donné au local de la section pour assister en direct au face à face télévisé Royal-Bayrou. Un événement capital dans cette campagne riche en rebondissements !   

Moi aussi je vote Sarkozy

Rf Tempête dans le Landerneau sévrien, après le "coming out" de l'ancien maire communiste Roger Fajnzylberg, figure éminente de la gauche sévrienne, qui a brusquement déclaré son soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy, suscitant une volée de bois vert sur son blog de la part de "vrais" militants de gauche. Motif de ce revirement : Ségolène Royal "n'est ni convaincante, ni porteuse des idéaux du mouvement ouvrier et populaire"... à la différence sans doute de Sarkozy.

"Ton raisonnement naïf d'intellectuel pour justifier ta prise position ne sera comprise par personne et sera ressentie comme une trahison surtout par les sévriens les plus modestes qui avaient cru en tes convictions", écrit notamment Jean-Lucien Seligman, qui n'est pas le plus féroce mais rappelle la trajectoire politique de Roger.

Parmi les réactions les plus indignées, celle de Guy Konopnicki que l'on trouve sur le blog de Jacques Blandin, secrétaire de la section PS de Sèvres, et qui rappelle à son ex-camarade de 40 ans de militantisme, depuis les Etudiants communistes, son enracinement dans les valeurs de gauche et l'inanité de son revirement :

"Mon cher Roger, Dimanche soir, quand les résultats seront connus, tu auras le loisir de voir ou de revoir  « Le Président », sur France 3. Tu apprécieras, sans nul doute une des répliques de ce superbe dialogue de Michel Audiard… Gabin en démissionnant règle ses comptes devant l’Assemblée. Il s’en prend au patronat. Une voix dans l’hémicycle lance « Il y a aussi des patrons de gauche ! » Et Gabin répond : « Il y a aussi des poissons volants, mais ce n’est pas, que je sache, une des caractéristiques majeures de l’espèce ».."

Il y a quelques mois, j'avais moi aussi annoncé que j'étais prêt à voter Sarkozy. Mais au second tour, et dans la seule hypothèse d'un duel entre Sarkozy et Le Pen, par logique de démocrate que je reste jusqu'au bout. Ce que j'appelais un "pacte républicain", avant que la formule ne soit réutilisée par d'autres avec un contenu évidemment différent.

J'ai voté Chirac contre Le Pen, et continue à estimer que ce n'était pas une erreur. Que le vote massif de la gauche contre l'extrême-droite raciste et xénophobe ait donné à Chirac un score de république bananière, c'est une belle leçon de démocratie donnée par la France. Et que Chirac n'ait rien fait de cette majorité droite-gauche est sa propre erreur, pas la mienne.

Tout en regrettant que personne n'ait voulu s'engager sur ce terrain, je reste optimiste sur l'attitude des électeurs démocrates en cas de renouvellement funeste d'une présence du candidat du Front national au second tour. Ce n'est pas parce que je n'y crois pas, plus aujourd'hui en tous cas, que je me paie le luxe d'en écarter l'hypothèse. Et je continue à demander aux électeurs de Sarkozy, à défaut de l'attendre de leur candidat, s'ils sont prêts à voter contre Le Pen au cas où leur candidat ne serait pas présent au second tour.

Pour autant, le choix est plus clair que jamais et je m'étonne de lire tous les jours qu'il reste autant d'indécis dans l'électorat français : entre valeurs de droite et de gauche, le fossé est devenu tellement évident au fil de la campagne qu'il a permis à un coucou, le néo-centriste Bayrou, d'y faire son nid en faisant croire qu'il constituait une alternative, alors qu'il est typiquement un candidat de non-choix.

Mais je reste optimiste en me disant que, même si quelques-uns de nos politiques de gauche ou de nos intellectuels dits de gauche se sont fourvoyés en partant qui chez Bayrou, qui chez Sarko, nombre de ces prétendus indécis sont des gens qui, sondés comme moi à une heure tardive à leur domicile, renvoient poliment les sondeurs en évacuant le questionnaire. Le vrai choix populaire en faveur de Ségolène Royal est en marche, il ne passera pas par les sondages mais par les urnes. A dimanche !

Orchidée de Pâques

  C'était une belle plante en pot qu'on nous avait offerte il y a deux ans, une sorte de plante de grasse à Dscf6724longues feuilles dans un pot énorme, trop grosse pour la mettre à l'intérieur de la maison, et qui avait pris sa place au milieu de plantes plus nobles, plus esthétiques et plus odorantes.

Et depuis deux ans cette grosse plante grasse poussait tranquillement dans un coin ombragé et à l'abri du vent, bravant le chaud et le froid du climat sévrien, la pluie et la neige, la douceur aussi du bord de Seine, sans rien dire et sans faire parler d'elle, renouvelant régulièrement les feuilles vieillissantes par de nouvelles feuilles plus effilées.Dscf6723

Bien sûr je la nettoyais, j'ôtais les feuilles sèches et l'arrosais de temps en temps, pas trop souvent, en lui parlant comme à toutes les plantes du jardin, ce qui est le secret de tout bon jardinier. Sans traitement de faveur pour cette bonne grosse plante pleine de longues feuilles qui traînaient par terre, ni belle ni laide, qui Dscf6728remplissait son espace sans faire d'histoire.

Voilà un mois, deux branches disgrâcieuses sont apparues, ornées de buotons ronds, une dizaine sur chaque; ces boutons ont grossi, pas très beaux, mais bien sûr ce n'était qu'une plante grasse...

Et puis, le miracle de Pâques est arrivé : pas d'oeufs ni de cloches en chocolat mais des orchidées dorées, incroyables, totalement insoupçonnées. Honte au jardinier ignare !

Une des deux branches a comme explosé, les boutons ronds libérant ces fleurs Dscf6716éclatantes, ensoleillées, étranges, somptueuses, avec des corolles aux nuances vert et jaune et des motifs mauves à l'intérieur.

Depuis, je regarde les orchidées avec un autre oeil : même un jardin sévrien peut être la plus luxuriante des forêts vierges !

 

Adieu Cité artisanale !

Dscf6703 La Cité artisanale des Bruyères, en haut de la colline de Meudon, n'aura pas survécu aux promoteurs immobiliers malgré la mobilisation d'un grand nombre d'architectes, de défenseurs du patrimoine et de l'environnement, d'intellectuels de partout et d'habitants de Sèvres : les travaux de démolition ont commencé, préalable à l'édification d'un superbe ensemble résidentiel en lisière de bois. J'avais raconté, dans une note du 2 novembre 2006 sur "un massacre évité ?", la mobilisation suscitée par l'architecte de Sèvres Pierre Lagard avec un groupe de spécialistes et d'architectes internationaux.

Dscf6704 Alerté par les sites sévrien de Désirs d'avenir, j'ai été constater le redémarrage de ce chantier un moment interrompu par la vague d'indignation populaire. Malgré tout, pétitions, manifestations, expertises et contre-expertises n'y auront rien fait. Même l'engagement du ministère de la Culture, sollicité au plus haut niveau par les plus grands spécialistes de l'architecture contemporarine, n'aura pas empêché que dans les Hauts de Seine ce soit toujours la même ritournelle :"dans l'92, on bétonne, on bétonne, dans l'92, on bétonne encore plus fort !".

Dscf6705 Il est vrai que le ministre a refusé de classer le site, décidant dans sa grande clairvoyance de demander aux promoteurs immobiliers de "revoir la qualité de l'architecture" du projet. Personnellement, je n'ai rien contre le projet immobilier, chic et de bonne allure dans cet environnement privilégié. Et je dis peut-être abusivement qu'on va "bétonner" car d'après les plans et vues d'artiste, grandeur nature sur des panneaux qui tentent de dissimuler le chantier, ce sera de la belle construction de luxe en pierre de taille, on ne va quand même pas faire du logement social dans un aussi beau site, au risque de le défigurer !

Dscf6706 Si j'étais maire à la place du maire de Sèvres, que ferais-je sur ce dossier ? J'ai déjà écrit ici que le maire de Meudon a, pour sa part, fait un choix diamétralement opposé en préservant les bâtiments d'architecture contemporaine symétriques de la cité artisanale, de l'autre côté de la montée des Gardes. A Sèvres on est moins regardant et, il faut bien le reconnaître, cette cité abandonnée depuis plusieurs années était insalubre. Oubliée, la création en 1964-65 de cette structure futuriste par trois élèves de Le Corbusier, Georges Candilis, Shadrah Woods et Alexis Josic.

Dscf6708 Alors, rêvons un instant : les travaux en cours, c'est simplement le nettoyage et la dépollution du site, et la destruction de la surélévation en structures de métal et de verre postérieure à la construction originale (comme décrit dans ma note du 22 octobre "architectes en colère"). En fait, on va réhabiliter la cité artisanale dans son état initial, pour en faire une cité des artistes, avec en bordure une maison de retraite ou un service social...

Dscf6710 C'est le cadeau de la municipalité, et les panneaux du promoteur immobilier ne sont là que pour faire diversion. La surprise n'en sera que plus belle ! Sèvres pourra s'ennorgueillir à nouveau d'un patrimoine exceptionnel. Malheureusement, même en rêvant éveillés, en imaginant une nouvelle présidente, un nouveau gouvernement, un nouveau ministre de la culture, tous plus compétents et plus généreux, il sera évidemment trop tard pour sauver la Cité artisanale. Les bulldozers n'auront pas besoin des deux mois qui restent avant les élections pour achever leur besogne : ici, à défaut de raser gratis, on rase tout court !   

Ségolène : la base y croit

Dscf6643 Rien de tel que d'aller à la rencontre des militants pour tâter la température et sentir ce qu'aucun sondage anonyme ne peut traduire : l'ambiance, l'air du temps, les intentions de vote à visage découvert. Eh bien à Sèvres, ce samedi matin, le temps était printanier : la plupart des adhérents ou sympathisants socialistes qui, sans le dire ouvertement, se sentaient terriblement inquiets la semaine dernière, ont retrouvé à la fois le sourire de l'optimisme et l'ardeur enthousiaste du militant.

Dscf6650Au local de la section sévrienne, où les militants reçoivent librement tous ceux qui veulent entrer autour d'un "Café Ségo", y compris ceux qui n'ont rien à voir avec le PS mais s'intéressent à la campagne de Ségolène Royal, l'heure est à la bonne humeur. Le spectacle d'un parti rassemblé, jeunes et anciens regroupés sous la même bannière, néo-adhérents et vieux militants confondus, avec l'annonce de la formation d'une équipe élargie aux "éléphants" y compris Jospin, est un signal plus que positif. Autant sinon plus que le discours de Villepinte, apprécié mais qui n'avait pas encore réussi à inverser une tendance à la baisse.

Dscf6644 "En face, on ironise sur nos éléphants alors qu'on n'a rien dit de voir Sarko entouré de Juppé et de MAM, et en plus, lui n'a encore ni Chirac, ni Villepin" remarque l'un. "Nous, on avance dans le même sens", ajoute un autre : "meeting ce soir de Ségolène chez Fabius, puis notre camarade fabiusienne Pervenche Bérès qui veut organiser à Sèvres un des meetings des 70 femmes pour Ségolène organisés par Martine Aubry ; on est tous embarqués dans le même bateau et ça fait du bien".

Petite section un peu minoritaire dans un département des Hauts de Seine où même l'UDF disparaît sous la pression de l'UMP, par intégration de ses élus locaux Santini et Marseille, les maires UDF d'Issy les Moulineaux et de Meudon, la section PS de Sèvres est représentative de cette base de la candidate, d'autant que le score de Ségolène aux primaires (plus de 60%) y a été largement au-dessus de la moyenne nationale.

Dscf6645La cohabitation entre les réseaux Désir d'avenir, animés par des cyber-jeunes anticonformistes, et les structures plus traditionnelles du parti socialiste, a pu poser des problèmes à certains dans une première phase. Aujourd'hui, agissant chacun dans un registre diférent mais finalement complémentaire, les deux réseaux se soutiennent mutellement et Jacques Blandin, le secrétaire de section également candidat suppléant aux législatives, se concerte régulièrement avec Jean-Christophe, le jeune et actif représentant de la Ségosphère. Leurs deux sites (liens ci-contre à gauche) se répondent et se soutiennent mutuellement, renvoyant aussi aux sites nationaux du PS et de Désirs d'avenir.

La distribution de tracts au marché du samedi matin se passe de façon optimale, et reflète même ici un sentiment populaire de sympathie pour Ségolène. On a aussi redécouvert, comme ailleurs en région parisienne, les vieilles traditions du collage d'affiches, qu'on avait totalement oubliées pour les dernières présidentielles, moins par vertu et respect de l'environnement que par mollesse militante : "la campagne de 2007 est enfin une vraie campagne", se réjouissent ceux qui ont connu celle de 1981 et regrettaient le manque de punch du PS depuis cette date. L'envie de se battre est la meilleure garantie de transformer l'envie de gagner en une réalité.