Il y a les grands meetings électoraux, avec la foule et les vedettes, la mise en scène et l'ambiance organisée. Et puis il y a toutes les autres réunions de moindre ampleur qui font le quotidien d'une campagne électorale, où des candidats tenaces et patients se battent à contre-courant de la vague résignée, où des militants fidèles à leurs idées, malgré les sondages et les sarcasmes, tiennent bon et font venir leurs amis, et grâce à qui rien n'est jamais perdu d'avance, même dans ce département des Hauts de Seine qui est une "planète UMP". Eve, une amie, m'a donné son témoignage sur une réunion locale cette semaine à Meudon, qui reflète si bien la réalité d'un parti qui ne baisse pas les bras. Merci, Eve !
"Ce jeudi soir, je me dépêche pour ne pas être en retard ; le tract précisait réunion à 20h30. J’arrive au Stade René Leduc à 20h30 précises. Dans une petite salle municipale d’une banalité effrayante, éclairée par des néons livides, environ 7 personnes : le suppléant de la candidate aux Législatives Jacques Blandin, Jean Levain maire de Chaville et quelques personnes que j’ai déjà vues dans d’autres réunions du PS qui, manifestement, font partie des bénévoles qui donnent leur temps et leur soutien à la cause. Les intervenants présents sont assis sur une rangée de chaises inconfortables face à plusieurs rangées de chaises tout aussi inconfortables et pratiquement vides.
Comme toujours le premier rang est déserté et je m’y assois. Fort aimablement, on vient me saluer et je ne peux m’empêcher de penser que cette courtoisie signifie qu’il y aura peu de monde et que les quelques personnes présentes le savent mais on se souvient de moi, on m’appelle par mon nom. J’en suis étonnée.
Je vais consulter les tracts. Le slogan « Le 10 juin, on vote Caroline ! » m’amuse et m’irrite ; pourquoi réduit-on les femmes à leur prénom ? A la réflexion, le nom, chez nous, est dit patronymique donc dans la transmission masculine. Quand même ! Si l’on n’a cessé d’appeler la récente candidate Ségolène, l’on n’a jamais osé appeler ses adversaires François ou Nicolas.
La photo de la candidate aux Législatives est superposée à celle de la candidate aux Présidentielles. Tiens, elle s’appelle Roy ; c’est proche de Royale. Faut-il y voir un signe ? Le texte est une série de professions de foi. Rien sur les moyens de les concrétiser…
Tradition bien française, les gens ne commencent à arriver que vers 21 heures. En tout, dans l’assistance, 25 personnes. La candidate Caroline Roy arrive et la réunion commence après qu’on nous a annoncé que Marc Mossé, l’un des intervenants, sera en retard.
Je regarde les présents. En dehors de la candidate et de son suppléant, sans doute portés par leur enthousiasme pour les valeurs qu’ils défendent, ils ont l’air fatigué, leurs dos sont voûtés, leurs visages sont tirés et n’expriment aucune joie.
Jacques Blandin prend la parole en expliquant qu’avec Caroline Roy, ils ont mis au point une stratégie « marketing » de leurs réunions. Quand on veut faire acheter une lessive, on commence par expliquer pourquoi il ne faut pas acheter les marques concurrentes puis l’on développe les atouts de son propre produit. Il va donc nous dire pourquoi il ne faut pas élire « les autres » (en fait, il parlera essentiellement de l’UMP, un peu du candidat du Modem qui cumule des mandats dont le législatif ne lui est pas le plus intéressant) et Caroline Roy nous exposera les motifs de l’élire. Il est intelligent, manie le discours avec aisance, l’ironie, avec brio. Elle est dynamique, s’exprime clairement avec conviction et sincérité.
Marc Mossé, enfin arrivé, axe sa prise de parole sur les institutions, le risque, si l’UMP obtient 3/5ème des sièges, de lui donner la possibilité de changer la Constitution pour faire passer des lois qui ne la respecteraient pas. C’est précis, pertinent et très convaincant.
Au fur et à mesure, les gens s’affaissent sur leurs chaises et certains même, terrassés par la fatigue, luttent pour ne pas s’endormir. Je ne peux m’empêcher d’éprouver de la tristesse pour cette lassitude mais aussi du respect pour cette fidélité.
La parole est donnée à Jean Levain. Il a l’air d’un brave homme qui se donne entièrement à sa tâche de maire. Son discours est émaillé d’anecdotes et d’exemples vécus au sein du Conseil Général avec une majorité de maires de droite sur le sujet des logements sociaux.
Il règne une certaine bonhomie entre les intervenants ; ils se connaissent bien, leur auditoire est composé en grande partie d’amis, de militants, de familiers. Le temps passe et il faut écourter pour répondre aux questions de la salle (...)
Je questionne sur les libertés individuelles et les caméras de surveillance, la carte Vitale à puce, les machines à voter. Caroline Roy qui avait évoqué l’impossibilité pour la CNIL de faire un vrai travail se déclare très concernée par ce problème. Jacques Blandin affirme qu’on ne peut refuser les nouvelles technologies mais que, par exemple, pour les machines à voter, il faudra exiger l’édition d’un bulletin papier (déposé dans une urne transparente) auquel on pourra se référer en cas de litige.
Une dame âgée s’étonne qu’il n’ait pas été davantage question de l’Europe. Marc Mossé lui répond que, bien entendu, « on est tous favorables à l’Europe ». Je me demande de quelle Europe il parle : je l’avais entendu, dans un débat sur la Constitution européenne, égrener tous les dangers de cette Constitution tout en appelant, à mon grand étonnement, à la ratifier.
Il faut libérer la salle. Un pot nous attend. Je reste le temps d’échanger quelques mots avec un monsieur visiblement en mauvaise santé et une dame toute maigrichonne dont les propos trahissent une naïveté certaine, avant de prendre congé non sans avoir souhaité sincèrement bonne chance à la candidate.
Je suis contente d’être venue ; ces gens forcent le respect. Je suis perplexe sur la suite des événements mais pas pessimiste. J’éprouve une grande tendresse pour toute cette intelligence, tout cet engagement militant. Ces gens méritent une victoire, à tout le moins une réassurance mais la vie nous est-elle donnée pour nous rassurer ?
Eve"