Encore des symboles très fort, mardi matin sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile, avec la première participation d’un officiel allemand à la commémoration de l’armistice de 1918, non pas pour célébrer une victoire trompeuse mais pour rappeler l’absurdité de toutes les guerres.
Un geste difficile, à la fois pour les Français d’inviter les Allemands et pour les Allemands d’accepter de commémorer cette date, toujours vécue come une humiliation dans l’histoire de l’Allemagne. Le président français Nicolas Sarkozy avait osé lancer l’invitation, la chancelière allemande Angela Merkel a osé l’accepter.
Pour les Français, la présence allemande sous l’Arc de Triomphe n’était pas un bon souvenir : la dernière fois qu’on avait vu des uniformes allemands c’était en 1940 et les photos de cet événement douloureux se trouvent encore en vente sur eBay ou dans les agences. A droite, un cliché © Lapy – Roger Viollet.
Pour les Allemands, l’armistice de 1918 n’était pas seulement la défaite dans la grande guerre et l’effondrement de l’Empire, mais le prélude à la très humiliante conférence de Versailles où les Alliés dictèrent des conditions impossibles et inacceptables à l’Allemagne vaincue, une analyse aujourd’hui partagée par les historiens les plus objectifs.
Depuis, des gestes ont été accomplis, politiques ou militaires comme le défilé de chars allemands sur les Champs-Elysées le 14 juillet 1994, sous les couleurs du Corps Européen, ou la participation à plusieurs reprises de la Brigade franco-allemande, seule unité franco-allemande totalement intégrée.
La réconciliation franco-allemande a commencé il y a un demi-siècle et a donc été marquée par des gestes forts, dont évidemment la rencontre De Gaulle Adenauer et la poignée de main Mitterrand-Kohl à Verdun. Lui-même l'un des artisans de ce rapprochement, l'ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing était présent sous l’Arc de Triomphe et a été embrassé chaleureusement par la chancelière à son arrivée.
L’échange de discours entre le président et la chancelière a été ému, comme l’hommage au dernier poilu mort en France l'année dernière, Lazare Ponticelli, un franco-italien. Comme aussi le ravivage de la flamme par les deux responsables politiques, la main sur la même épée, en hommage à tous les morts de la Grande guerre. J’ai volé ces quelques photos à France 2, qui avait eu la bonne idée de retransmettre l’événement en direct, avec un commentaire sobre et explicatif de Marie Drucker et Pierre Servent.
Militaires français et allemands présentant les armes, anciens combattants portant les drapeaux d’unités dissoutes, et que la chancelière a salués l’un après l’autre, enfants des collèges brandissant de petits drapeaux français et allemands, pas une fausse note dans cette cérémonie de retrouvailles, brève mais dense.
Angela Merkel a redit combien les Allemands avaient été sensibles au fait que les Français se joignent à la célébration de la chute du mur, à Berlin et à Paris, et a conclu son discours en allemand par un vibrant : “vive l’amitié franco-allemande” en français.
la Marseillaise puis l’hymne allemand (dernière version, heureusement) ont été chantés par les chœurs de l’armée française, qui ont donné à cette cérémonie la conclusion qui s’imposait : c’est l’hymne à la joie de Beethoven, hymne officiel européen, qui a résonné en finale sous la voûte de l’Arc de Triomphe.